‹ Origines du ChristianismeChapitre 65 sur 69 · VII · texte numérisé non relu

VII

Les Mystères (i).

Si Jésus-Christ lui-même usait d'une sage réserve en enseignant sa doctrine j de sorte qu'à l'égard de la foule qui ne comprenait pas ses paroles , il se servait de paraboles pour exposer les mystères du royaume de Dieu qu'il dévoilait à ses disciples : s'il usait de celte réserve envers ses disciples eux-mêmes, ne leur révélant les mystères que successivement , l'Église primitive pouvait et devait en dérober la connaissance aux profanes , ainsi qu'aux fidèles nouvellement convertis et qui n'étaient pas suffisamment préparés ni purifiés. Elle le fit pour ne pas exposer ce qu'elle a de plus sacré à une fausse interprétation, aux insultes et aux blasphèmes des incroyants, pour ne pas scandaliser les catéchumènes qui n'étaient pas encore en état de bien comprendre et pour leur inspirer avec le respect des choses saintes le désir d'y participer. Les mystères avaient rapport soit aux dogmes soit aux cérémonies, et saint Basile distingue avec soin, dans la doctrine de l'Église les JV)//*™ qu'on tenait secrets et les x»p->,</.<T* qu'on enseignait publiquement; il entend parles derniers, les dogmes pratiques, les préceptes moraux , et par les premiers, les mystères, notamment celui de la Trinité. La discussion de l'évèque Archelaiis

(l) Livres consultés : Schelstrate, diss. de. disciplina area ni , Rom.v , 1685 ; I»c Yluiz/.y, Méthode dont les Tores se sont servis eu traitant des mystères, Paris, 1683 : Schollincr, diss, île disciplina arcani . 1756.

avec Manès prouve qu'on cachait aux païens ce dogme qui donnait lieu , par dessus tout autre, aux erreurs les plus grossières et aux blasphèmes ; mais depuis la lutte contre l'arianisme , cette mesure ne pouvait plus être rigoureusement observée; aussi n'était-ce qu'un pieux désir exprimé par Grégoire de JNaziance quand il disait, dans une de ses homélies, que même dans la chaleur de la dispute, il fallait dérober le mystère de la sainte Trinité aux yeux des infidèles. La formule de la profession de foi et môme l'oraison dominicale étaient toujours tenues secrètes : on ne les communiquait aux catéchumènes qu'immédiatement avant le baptême, et saint Àmbroise prémunissait contre le danger de faire connaître l'une ou l'autre inconsidérément. On observait particulièrement les mystères pendant l'administration des sacrements. Les fidèles seuls pouvaient assister au baptême, et le premier concile d'Orange défendait encore d'y admettre les catéchumènes. La même chose avait lieu à la confirmation , et le pape Innocent Ier, dans sa lettre à Decentius, passe sous silence la formule usitée dans le sacrement de l'extrême-onction , « pour ne pas paraître en divulguer le » secret. » D'après un canon du concile de Laodicée, l'ordination ne devait jamais s'accomplir en présence des catéchumènes écoutants. On prenait soin surtout de cacher le dogme de l'Eucharistie et la célébration de ce mystère. Les apologistes du IIe et du IIIe siècle , Athénagore , Minutais , Tertullien et Origène , qui avaient , dans les calomnies des païens , une occasion si pressante de répandre sur ce point des idées justes, n'osèrent cependant pas rompre le silence; Justin seul, dans son apologie adressée à l'empereur et au sénat , essaya , en dévoilant le mystère eucharistique , d'imposer silence aux accusationsd'anlhropophagie et d'inspirer des sentiments plus modérés envers les chrétiens. C'est à cet esprit de réserve qu'il faut attribuer les tournures de phrases qui se trouvent si souvent dans les sermons des Pères, surtout dans ceux de saint Chrysoslôme: « Les initiés » savent ce que je veux dire ; les fidèles me comprennent. »

Même dans les écrits qui pouvaient facilement tomber dans les mains de personnes non baptisées , on prenait de semblables précautions ; on aimait mieux dire: « Les symboles, » la figure, l'image, » que nommer ouvertement le corps et le sang de Jésus-Christ. Epiphane, ayant à parler de l'institution de l'Eucharistie , cita les mots de la consécration d'une manière qui n'était intelligible que pour les initiés (™/To juov iorfroA). Lorsque saint Jean Chrysoslôme, dans sa lettre au pape Innocent, raconte l'irruption subite des soldats dans l'église . il dit ouvertement que le sang sacré de Jésus-Christ a été répandu; Pallade, au contraire, rapportant le même fait dans son ouvrage qui s'adresse «à un public nombreux, parle en termes couverts de l'effusion des symboles. Les Ariens ayant fait examiner publiquement, en présence des païens, l'accusation intentée à Athanase d'avoir brisé un calice destiné à administrer le sacrement de l'Eucharistie, le pape Jules et le concile d'Alexandrie de 339 exprimèrent leur indignation au sujet de cette profanation du saint mystère. Déjà Tertullien adressait aux hérétiques , et surtout aux Marcioniles, le reproche de ne pas observer les secrets de la discipline. Lorsque le paganisme fut à peu près éteint, et que tous les chrétiens ou du moins la plupart recurent le baptême dans leur enfance , cette discipline tomba d'elle-même en désuétude.

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