CHAPITRE VI
JÉSUS-CHRIST; JEAN-BAPTISTE; ENSEIGNEMENT DE JÉSUS; SES SOUFFRANCES, SA MORT ET SA RÉSURRECTION.
La formation de Jésus dans le sein de la sainte Vierge Marie n'est pas attribuée, dans les évangiles, à un homme, mais à la vertu toute puissante de Dieu qui créa aussi le premier homme. L'année et le jour où il faut placer la naissauce du divin enfant ne sont pas nettement déterminés. Selon l'opinion la plus vraisemblable, cette naissance devrait être reculée plus loin que dans lasupputation actuelle, et nous serions en retard de quatre années. Ce qui est tout-à-fait certain, c'est que sous le régne de l'empereur Auguste et du roi Hérode « le Verbe s'est fait chair et a habité parmi <f nous. »
Marie, qui mit au monde Jésus sans cesser d'être vierge, et Joseph, à qui elle était fiancée, descendaient l'un et l'autre delà race royale de David, quoique vivant dans une humble condition, et sinon pauvres, du moins également éloignés de la richesse. Dès sa naissance , il fut visible que le Christ, qui n'était pas destiné à la grandeur terrestre ni à une vie facile , était néanmoins celui devant lequel tout genou devait plier, car « lorsque Dieu envoya son fils
— i;J — » dans le monde, les auges aussi durent lui offrir leur ado- » ration (1). »
Les premiers à qui cet événement fut annoncé, étaient des hommes d'une humble condition, des bergers qui gardaient leurs troupeaux pendant la nuit autour de Bethléem, et l'Évangile fut d'abord prêché aux pauvres. De même, dans la suite, il n'y eut aussi que des gens d'humble condition qui furent choisis pour porter cette heureuse nouvelle à tous les peuples, afin que celui qui a des yeux pour voir voie comment Dieu choisit les faibles, et que toute sagesse, tout salut, toute force viennent uniquement de Dieu et non de la sagesse et de l'activité humaines.
Conformément au rit judaïque, l'enfant fut soumis à la circoncision le huitième jour, et reçut le nom de Jésus. Et lorsque les jours de la purification furent accomplis et que Jésus, porté par sa mère, parut dans le temple, un pieux vieillard, Siméon, prédit qu'il deviendrait, dans Israël, la ruine et la résurrection d'un grand nombre, et qu'il serait en butte à la contradiction. Ainsi vinrent bientôt à Jérusalem, conduits de Dieu, des hommes savants d'un pays lointain de l'Orient, lesquels demandèrent le roi nouveau-né des Juifs. Là-dessus le roi Hérode s'effraya et toute la ville de Jérusalem avec lui; et, pour se délivrer de la crainte, il eut recours à un moyen éprouvé, au meurtre de l'innocence. Tous les petits enfants au-dessous de deux ans furent, parses ordres, mis à mort à Bethléem et dans les environs. Mais Jésus fut emmené, sur un ordre divin, en Egypte, et lorsque, bientôt après, le tyran fut mort, Joseph, le père nourricier, prit l'enfant et la mère et revint avec eux dans le pays d'Israël. La famille vivait à ÏNazarelh dans le calme domestique , et « l'enfant croissait en sagesse, en Age et en grâce devant Dieu » et devant les hommes (2). »
Que celle sagesse ne fût pas apprise, qu'elle fût non pas
(it h. m. r,è.
(2) Luc II , 52.
empruntée à des rouleaux de parchemin, ni aux fausses lueurs des écoles, mais puisée à la pure source céleste, l'enfant eu donna, dans sa douzième année, une preuve publique à Jérusalem , dans le temple, où, assis au milieu des docteurs , il étonna par sa pénétration et ses réponses tous ceux qui l'écoutaient. L'Histoire Sainte se tait depuis celle époque jusqu'à celle de son enseignement public, et toutes les conjectures avec lesquelles on a essayé de remplir cette lacune, soit en bien, soit en mal, ne méritent absolument aucune créance. Par exemple, les Talmudistes ont imaginé « que Jésus avait appris en Egypte à faire ses » œuvres, qu'il en avait rapporté, dans une entaille pra- » tiquée dans sa chair , les formules magiques , et aussi qu'il » avait volé, dans le temple, le nom secret de Dieu, ]eshcm » ham phorasch, talisman avec lequel il opérait ses pro- » diges. » De pareilles fables furent inventées de très-bonne heure par les Juifs, vraisemblablement peu de temps après la destruction de Jérusalem. Ils les transmirent aux païens qui, comme Celse, s'en firent des armes contre le christianisme. En tout cas, il y a là l'aveu de grauds et frappants miracles, réellement accomplis par Jésus, que ses ennemis mêmes n'osaient nier directement et qu'ils préféraient, en conséquence, attribuer à des opérations magiques ou à l'abus du mystérieux nom de Dieu.
Dans la trentième année de sa vie, Jésus se produisit publiquement comme instructeur au milieu des Juifs, et à la fois comme auteur de la religion chrétienne. Pendant ce temps, le fils plus âgé du prêtre Zacharie, Jean, dont la naissance et la vie étaient extraordinaires, avait grandi. Cet homme, le plus grand qui soit né d'une femme, selon la parole de Jésus lui-même , apparaît comme le point d'interseclion de l'Ancien et du Nouveau Testament, comme un anneau nécessaire dans la chaîne des révélations divines. Repoussant l'honneur d'êlre pris pour Elie ressuscité , ou même pour le rédempteur attendu, il annonça : que le régne du Messie commençait; que précisément Jésus de
Nazareth était le Messie promis; que son royaume n'était ni terrestre ni national, et que son principal but était l'amélioration des sentiments et de la conduite. Il parla d'un royaume du ciel, non de la terre (les Juifs savaient aussi bien que nous que le ciel et la terre sont différents), d'un baptême du Messie dans le Saint-Esprit, d'une destruction des péchés du monde, pour laquelle il n'était pas nécessaire de descendre d'Abraham.
Jésus, âgé d'environ trente années et au moment de commencer sa mission , se fit baptiser par Jean. Alors Dieu glorifia d'une manière merveilleuse, la personne et la destination de Jésus dont la mission céleste fut annoncée humainement par Jean et divinement par des miracles. Dans ce temps Tibère était empereur, Poncc-Pilale procurateur romain en Judée, Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée ; Philippe, son frère, tétrarque d'Idumée, de ïrachonitis et d'Abilène.
Le soleil s'élevant, l'étoile du matin baissa. Jean, dont tout chrétien admirera le sublime caractère dans les quelques traits hardis avec lesquels le peignent lesévangélistes, fut jeté en prison par Hérode Antipas. Il avait plu à ce prince d'enlever à son propre frère Philippe sa femme Hérodiade, et celle-ci, contente du changement, vivait en inceste avec le tétrarque de Galilée. Le précurseur du Messie osa dénoncer hautement ce commerce illicite : il fut emprisonné pour être puni de sa hardiesse et pour apprendre à se taire; mais Hérode ne voulait pas le faire exécuter, craignant le peuple qui regardait Jean comme un prophète. Hérodiade , au contraire, ne connaissant pas la peur, le jour anniversaire de la naissancede son nouvel époux, détermina celui-ci à faire décapiter l'audacieux prédicateur don telle lui présent a la tête sur un plat. Ainsi finit Jean, après avoir été témoin des commencements de la vie publique de Jésus et avoir vu les fruits qui pouvaient le consoler de sa difficile mission.
Nous devons supposer la vie de Jésus Christ connue. Dédaignant la grandeur et le bien-être terrestres, aimé d'un
petit nombre d'âmes choisies, méconnu et poursuivi parles grands et les savants, comme par l'ignorante populace, il passa trois années à enseigner et à faire le bien. Réconciliation des hommes avec Dieu par la foi et l'amour fondés sur l'humilité, voilà sa doctrine et ceux qui cherchent leur honneur ne peuvent croire en lui. Il a lui-même donné une courte description de sa vie dans ces paroles recueillies par saint Mathieu : «Les aveugles voient, les boiteux marchent, » les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts » ressuscitent, l'Évangile est prêché aux pauvres, et heu- » reux celui qui ne se scandalise pas de moi. » Mais lorsque le scandale de la foule savante et ignorante eut atteint son plus haut degré, Jésus entra volontairement dans la voie des souffrances qui devaient amener notre salut.
Il y a une observation juste, mais qui n'est pas en notre honneur: c'est que les hommes croient très facilement le mal les uns des autres, et très difficilement le bien. Ainsi les ennemis de l'être le plus saint trouvèrent créance et appui : il put être méconnu , calomnié et supplicié.
Un esprit et un cœur tout divins , une manière d'envisager la vie entièrement opposée à la manière commune devaient naturellement se trouver dans le plus violent conflit avec le monde. « Il était dans le monde, et le monde ne l'a point » connu; il est venu chez soi, et les siens ne l'ont point » reçu. » Il avait aussi des partisans qui lui étaient attachés, mais avec hésitation et avec crainte , tandis que les puissants et la multitude , excités par les interprètes de l'Écriture et des lois, par les prêtres, les Pharisiens, s'élevaient contre lui avec jalousie, avec haine, avec fureur, et cherchaient à le tuer.
Il savait, il dit d'avance ses souffrances et sa mort, mais il évita de tomber aux mains de ses ennemis jusqu'à ce que son heure fut venue, jusqu'à ce qu'il eût annoncé ouvertement à Jérusalem , à la dernière fête de Pâques, qu'on allait le faire périr. Un de ses douze disciples les plus intimes, vendit pour trente deniers son maître qui .arrêté et chargé
de liens, parut d'abord comme un malfaiteur devant le grand prêtre pour être entendu. A la sommation solennelle de déclarer s'il était le fils de Dieu < Jésus répondit : oui. L'assemblée des prêtres, des docteurs cl des conseillers le déclara blasphémateur et digne de- mort. Du grand conseil des Juifs qui, sous la domination romaine, avait perdu la juridiction criminelle, l'affaire fut déférée au procurateur Pilate. Celui-ci, mû par des considérations politiques, condamna au supplice de la croix Jésus innocent et solennellement reconnu pour tel, après l'avoir abandonné à toutes sortes d'outrages et de mauvais traitements. Jésus , dans la trente-troisième année de sa vie , honni des Juifs et des Romains, mourut de la mort alors réservée aux plus vils criminels, entre deux meurtriers. Son corps ne fut point mutilé, suivant la coutume en pareil cas, mais un soldat , pour s'assurer qu'il avait rendu l'âme, lui ouvrit le côté avec sa lance. Un homme dévoué ensevelit soigneusement le corps de Jésus; on scella son tombeau et l'on y plaça des gardes.
Le troisième jour, Jésus reparut vivant au milieu de ses disciples, et la vérité de la religion qui vivait en lui ne put être obscurcie par sa mort ignominieuse : au contraire, elle sortit transfigurée avec lui du tombeau , et son but, à savoir la rédemptionet la réconciliation de l'humanité, en fut avancé. Il passa encore quarante jours sur la terre, instruisant ses disciples plus complètement du royaume de Dieu , de leurs fonctions et des moyens qu'ils avaient à prendre, sans que rien de particulier ni de positif là-dessus ait été consigné dans les saints Évangiles, si ce n'est le commandement général d'enseigner, de baptiser et d'observer tout ce qu'il avait ordonné.
Parmi ceux qui croyaient en lui, Jésus en avait choisi douze avec lesquels, en leur qualité de témoins de ses discours et de ses actions, il avait formé l'union la plus étroite. 11 leur laissa comme à ses représentants , ses pleins pouvoirs. On nomme encore soixante-douze autres disciples, liés
à lui par d'intimes rapports et qui, après son ascension, prêchèrent aussi l'Evangile, mais sans avoir le môme rang que les douze apôtres.
Tous ces disciples, ou du moins beaucoup d'entr'eux , furent conduits par Jésus, à la fin des quarante jours, du côté de Bôthanie : là il leva ses mains, les bénit , et, pendant qu'il se séparait d'eux, il fut enlevé au ciel et disparut à leurs regards.