FORMULES BT LIVRES LITURGIQUES
par cœur , ou la lire sur un autre texte (1). Certaines formules étaient écrites à part , sur des volumes ou rouleaux de parchemin. C'est le cas , en Orient , pour Vanaphora de la messe. En Italie on trouve aussi des rouleaux pour les cérémonies de la bénédiction <ics fonts et du baptême , pour le praeconium pas- <^^iale (2) , etc. Quelquefois les formules sont accomagnées d'indications sur Tordre des cérémonies; 'est ce qu'on appelle un ofdo. Il y a Vordo du bap- ^me , de l'ordination , de la pénitence , de la consération des églises , du chrême , etc. Ces ordines se rouvent ou isolés, ou réunis à d'autres formules dans e corps des libri sacramentorum. Il y a même des ^rédactions qui se restreignent aux détails du rite, des <îérémonies , et négligent les formules , que l'officiant doit trouver dans le sacramentaire.
Les sacramentaires ou libri sacramentorum acquirent plus d'importance en Occident qu'en Orient. Cela tient à ce que, dans les rits orientaux, les prières de la messe sont , sauf quelques exceptions , toujours les mêmes , tandis qu'en Occident elles varient d'une messe à l'autre. A Rome on avait encore une certaine fixité : la formule du canon était à peu près invariable. Mais dans les pays de rit gallican , il n'y avait guère de fixe que la commémoration de la dernière Cène avec les paroles de l'institution de l'Eucharistie. Plus tard, postérieurement à l'époque que nous étudions ici, l'usage s'établit d'insérer dans les sacramentaires les leçons et les chants de la messe. On eut ainsi ce qu'on appela des missels pléniers
(1) Un recueil de litanies diaconales, à l'usage de quelque église d'Egypte, a été publié par Giorgi à la suite de son ouvrage intitulé : Fr&gmentum Evangelii s. lohannis, Rome, 1789, et reproduit par M. Hammond, The liturgy of Antioch, p. 33.
(2) Cf. le mémoire de M. E. Langlois sur Un rouleau d'Exultet, dans les Mélanges de TEcole de Rome, t. VI, p. 467.
OU missels. Ces livres sont maintenant les seuls en usage.
§ 2. — Les lectures.
Les lectures se firent d'abord sur les livres bibliques eux-mêmes , soit isolés , soit groupés de diverses façons. Le président de rassemblée choisissait les passages à lire ; il arrêtait le lecteur quand il le jugeait à propos. Plus tard il y eut, pour chaque dimanche, pour chaque fête , un texte assigné, de longueur déterminée d'avance. Cela n'empêchait pas de se servir de livres au complet. On se contentait d'indiquer, soit en marge du texte, soit dans une table placée en tête , le commencement et la fin des leçons aJËférentes aux dimanches et aux fêtes. Cette table est désignée en grec par le terme de synaœaire, en latin par celui de capitulaire. On en vint bientôt à découper dans les livres de la Bible, même dans les évangiles, les leçons des différents jours de l'an* née. On eut ainsi, au lieu d'évangiles, des évanrgéliaires^ au lieu de bibles entières, des lecHonnaires. Encore finit-on par fondre dans le même recueil les leçons de l'Ancien Testament, des épitres, de l'évangile, et même des extraits de certains autres livres (1).
Il va de soi que les plus grandes variétés se produisirent ici, d'un pays à l'autre, et, dans le même pays , selon qu'il s'agissait de grandes églises , capables de supporter les frais d'une riche bibliothèque liturgique , ou de pauvres églises de campagne , qui étaient obligées de s'en tenir au strict nécessaire. A part le lectionnaire de Luxeuil, dont il sera question plus loin , je ne saurais citer de livres de ce genre en
(1) Pour les détails, voir l'article Lection&ry dans le Dictionary of Christian antiquities de Smith. Cf. Gennadius, 80.
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Ê Occident , pour les temps antérieurs à Charlemagne. ■ Ceux de l'Orient ne sont pas plus anciens. Mais il ' n'est pas douteux que la plupart des très anciens manuscrits de la Bible, grecs ou latins, qui sont venus jusqu'à nous, n'aient servi à la lecture publique dans les -églises. Ils portent encore la trace de cette affecteition.
§ 3. — Les pièces de chant.
Le chant des psaumes fut , dès l'origine, comme je
'ai indiqué plus haut, une des parties essentielles
^u service divin. On l'alternait avec les lectures que
^'on faisait soit à l'office des vigiles , soit à la messe,
vivant l'oblation.
Anciennement et jusqu'au déclin du quatrième siècle, le psaume était toujours exécuté en solo, et sans doute avec des modulations assez compliquées. Cependant l'assemblée répétait les dernières phrases de chant. C'est ainsi que les Constitutions apostoliques nous représentent l'exécution du chant liturgique (1). C'est encore ainsi que les règles du chœur prescrivent d'exécuter les pièces de chant qui, dans l'usage romain , correspondent à la plus ancienne psalmodie , je veux dire le graduel et les autres pièces intercalées entre l'épitre et l'évangile. Ces psaumes sont essentiellement des psalmi responsorii (répons), et on les appelle ainsi , parce que l'assistance y répond en effet, en reprenant les finales.
L'usage romain comporte deux genres de mélodies pour cette catégorie de chants sacrés ; l'une d'elles est désignée par un terme qui n'a rien à voir avec son caractère musical ; c'est ce qu'on appelle le graduel, que l'on exécutait à l'ambon ou gradua, et qui,
(1) Ci-dessus, p. 56.
pour cette raison, prenait le nom de psalmus gra^ dualis] l'autre est le psalmus tractus ou Trait. Au temps où remontent nos plus anciens documents sur ces détails, le psalmus tractus était exécuté, comme le graduel, à Tambon, et non pas au chœur. Son nom de tractus ne peut donc dériver que de son» caractère mélodique. Le trait est en effet d'une musique moins éclatante et plus traînante que le graduel.
L'usage de chanter V Alléluia est très ancien dans l'Eglise; mais l'adaptation de ce chant au service liturgique ne s'est produite qu'assez tard et avec beaucoup de diversité. A Rome, on le joignit au dernier verset du psaume graduel ; en Orient et dans les pays de rit gallican, il se chantait plus tard , après l'évangile ou à la procession de l'oblation.
A côté du psaume-répons s'introduisit, vers la fin du quatrième siècle , un autre genre de psalmodie , l'antiphone , psaume chanté à deux chœurs qui alternent. C'est à Antioche (1), au temps de l'évéque Léonce (344-357) que naquit cet usage. Sous la direction de deux ascètes, Flavien et Diodore, qui devinrent plus tard évoques , l'un d'Antioche môme , l'autre de Tarse , de pieux laïques s'assemblaient la nuit dans les sanctuaires des martyrs et passaient le temps à chanter des psaumes à deux chœurs. L'évoque Léonce, favorable au parti arianisant, voyait avec inquiétude ces réunions qui se tenaient en dehors de lui. Il décida les amis de Flavien et de Diodore à célébrer leurs pieuses veillées dans les églises de la ville. Cette circonstance contribua beaucoup à faire connaître le nouveau système de psalmodie. Il se répandit très rapidement. Au temps de saint Basile (2) ,
(1) Théodoret, Hisi, eccL, II, 24.
(2) Ep. 207.