CHAPITRE V
Les anciens livres de liturgie latine sont beaucoup plus rares que Ton ne serait tenté de le croire. Il n'y a rien à demander en ce genre aux provinces du Danube et de rillyricum latin, où florissaient les églises de Dorostorum, de Sardique, de Salone, de Sirmium, de Siscia, de Savaria, d'Augusta. La barbarie germanique, slave, finnoise, a tout détruit en ces pays; ils ont sans doute leur histoire liturgique , mais elle commence très tard, au neuvième siècle, au temps où les missionnaires de Rome et de Constantinople se disputent Thonneur d^évangéliser les populations conquérantes, désormais assises dans ces régions. L'Afrique non plus n'a rien à nous donner, si ce n'est la mention d'un libellus sacramentorum (1), composé. en Mauritanie, mais perdu sans retour, et quelques règlements épars dans ses conciles. Il existe, dit-on, d'anciens manuscrits de la liturgie espagnole; mais jusqu'à présent , elle n'est connue que par le missel
(1) Gennadius, De script,, 79 : « Voconius, Gastellani, Mauritaniae oppidi, episcopus, scripsit adversus Ecclosiae inimicos, ludaeos et Arianos et alios haereticos. Composuit etiam Sacramentorum egregium libellum. » — Aux environs de l'an 400, la législation ecclésiastique suppose que les évéques avaient eu jusque-là beaucoup de latitude pour la rédaction et l'usage des formules. Conciles de Garthage de 397 (c. 23) et de 407 {Cod, -103).
114 ORIGINES DU CULTB CHRÉTIBN.
mozarabe qui fut reconstitué par les soins du cardinal Ximénés. Sauf une seule exception, que je vais proposer, la liturgie de la Haute-Italie ne nous offre aucun texte antérieur au dixième siècle. Des manuscrits de la liturgie romaine , un seul — et ce n'est pas un livre officiel — a une origine absolument indigène et dégagée de toute influence transalpine ; tous les autres, et Dieu sait quelle immense multitude ils forment, remontent à des originaux plus ou moins retouchés dans la France carolingienne , depuis le huitième siècle. Des Iles-Britanniques il ne nous reste que des manuscrits mixtes , du huitième siècle au plus tôt, où les rites locaux sont bizarrement combinés avec ceux de Tèglise romaine. La Gaule est à peine moins pauvre. Il s'y est pourtant conservé quelques manuscrit» des temps mérovingiens.
Je vais décrire, dans ce chapitre, ce qui nous reste de vieux livres liturgiques , antérieurs à la combinaison des usages romain et gallican.
§ I. — Livres romains.
!• Le sacramentaire grégorien.
Dans une lettre du pape Hadrien (1) à Charlemagne, écrite entre 784 et 791 , il est dit que le roi avait, quelque temps auparavant, demandé qu'on lui envoyât de Rome le sacramentaire arrangé par saint Grégoire, et que le pape le lui avait expédié par Jean, moine et abbé de la ville de Ravenne.
(1) a De sacramentario vero a sancto disposito praedecessore nostro deifluo Gregorio papa : immixtum vobis emitteremus. lam pridem Paulus grammaticus a nobis eum pro vobis petente, secundum sanctae nostrae ecclesiae tradicionem, per lohannem monachum atquft abbatem civitatis Ravennantium vcstrae regali emisimus exceUentiae. » Cod, CaroL, édit. Jaffé, p. 274.
Aussitôt arrivé en France , le sacramentaire grégorien fut copié à un très grand nombre d'exemplaires. Toutes les églises, apparemment, furent obligées de le prendre pour base de Tordre liturgique. Bon nombre des copies exécutées sous Charlemagne et ses premiers successeurs se sont conservées jusqu'à nos jours. M. L. Delisle en a dressé récemment un catalogue (1), qui sera sans doute complété par de nouvelles recherches, mais qui suffit déjà à donner une idée de la rapide propagation du texte grégorien. Cependant le sacramentaire envoyé par le pape Hadrien était loin de contenir tous les détails, toutes les formules nécessaires. En le transcrivant, on le compléta. Dans certains manuscrits, son texte fut comi>îné d'un bout à l'autre avec celui du sacramentaire romain dont on se servait antérieurement. Dans d'autxes , et c'est le plus grand nombre , on se contenta de 3 oindre en appendice au texte grégorien les suppléxiïients qui furent jugés utiles. Je doute qu'il existe un :emplaire du texte grégorien pur de tout mélange ît dépourvu de tout complément.
Mais ceci importe peu, car dans les exemplaires fort >iombreux où le texte grégorien est suivi de supplé- :ments, il se trouve séparé de ceux-ci d'une manière fort nette, et rien n'est plus facile que de l'isoler. L'auteur de l'édition supplémentée a pris soin de nous renseigner sur le contenu du sacramentaire proprement dit et sur la nature des additions qu'il a cru devoir y faire : il a fg^jt précéder celles-ci d'une sorte de préface explicative et d'une table des pièces ajoutées. Rien n'est donc plus facile que de distinguer , dans les manuscrits grégoriens, ce qui représente
(1) Mémoires de l'Académie des inscriptions ^ t. XXXII, l"* partie. Le catalogue de M. Delisle comprend tous les sacramentaires latins, sans distinction ; mais les exemplaires du sacramentaire grégorien sont de beaucoup les plus nombreux.
l'exemplaire envoyé par Hadrien à Charlemagne
Le sacramentaire grégorien comprenait : 1* l'ordinaire de la messe; 2" les oraisons, préfaces et autres parties variables de la messe, récitées ou chantées par révoque officiant, pour tous les jours de fêteoo de station; cette série embrasse tout le cours de l'année ecclésiastique : elle commence à la veille de Noël ; 3® les prières de Tordination des diacres , prêtres et évoques.
La deuxième partie, de beaucoup la plus importante , est le corps du sacramentaire. Comme je l'audit, elle ne contient que les messes des jours d^ grande fôte ou de station solennelle. Il n'y en a poia-"^ pour les dimanches ordinaires, entre l'Epiphanie^^ le Carême, et depuis l'octave de Pâques jusqu'^ l'Avent. L'Avent avec le temps de Noël, le Carêmes avec la semaine pascale, l'Ascension, la Pentecôte ^ les Quatre-Temps , voilà tout ce qui représente lepr9^ prium de tempore des missels postérieurs. Les fêtes des saints, qui ont des dates fixes, sont distribuées, tant bien que mal, au milieu des fêtes mobiles, d6 façon cependant à ce que le Carême avec la semaine de Pâques forme une suite non interrompue.
Le lieu de la station est toujours indiqué expressément , à moins que le nom du saint ne désigne par lui-même l'église où a lieu la fête. Ainsi on n'a pas jugé nécessaire de dire où est la station le jour de saint Marcel, de sainte Agnès, de saint Silvestre, etc. Mais pour les jours du Carême, pour la fête des saints Innocents , pour celle do saint Félix de Noie, l'église est indiquée. Il y a même quelquefois deux indications , quand la station est précédée d'une procession générale : alors on marque l'église d'où part
(1) Je me sors, pour le sacramcatairc grégorien, de rédition de Muratori, Lilurgia Romanu vetuSy t. II.
la procession et celle où se célèbre la messe. De même quand il y a plusieurs stations le même jour ou plusieurs arrôts dans une procession, par exemple à la fête dje Noël, au jour de la litanie majeure, aux vêpres de la semaine de Pâques.
En somme, nous avons ici un livre disposé non pas pour Tusage romain en général, tel qu'il peut être appliqué en un .pays quelconque, mais pour l'usage romain tel qu'on l'observe à Rome. De plus, c'est un sacramentaire essentiellement stational, qui ne peut servir que les jours de fête ou d'assemblées solennelles. Il néglige non seulement les dimanches et les jours ordinaires, mais encore les solennités privées, comme le mariage et les funérailles , ou encore les nécessités particulières auxquelles correspondent , dans les livres complets, les messes en temps de guerre , contre la peste , la tempête et autres fléaux , pour les malades, les pécheurs, les voyageurs, et ainsi de suite. On n'y trouye même pas les formules relatives à la velatio virginum et à la réconciliation des pénitents.
Il faut donc bien se garder de prendre le sacramentaire grégorien pour ce qu'il n'est pas, de lui demander ce qu'il ne peut donner. C'est le livre du pape ; il contient les prières que le pape doit prononcer dans les cérémonies qu'il préside ordinairement.
Une autre erreur" dont il faut se garder, c'est de considérer ce livre comme l'œuvre de saint Grégoire lui-même. Assurément, il contient nombre de prières qui étaient en usage au temps de saint Grégoire et même longtemps avant lui. Mais l'auteur des supplépléments ajoutés en France avait remarqué déjà que saint Grégoire ne pouvait avoir indiqué sa propre fête ; il signale aussi comme des additions postérieures les messes de la Nativité et de l'Assomption de la sainte Vierge et celles de certains jours de Carême. Il avait
même distingué par des obèles (1) ce qui lui semblaiW^ avoir été interpolé. En effet, outre la messe de sainV~ Grégoire lui-même, il faut retrancher celles des quatr fêtes de la sainte Vierge, non seulement la Nativit et l'Assomption, mais encore la Purification et l'An — nonciation, et la fête de l'Exaltation de la Croix, ce^ fêtes n'ayant été introduites à Rome que dans le cou — rant du septième siècle. Quant au Carême , les s ta — tions des jeudis ne sont pas antérieures au pape Grégoire II (715-731) ; les stations du mercredi des Cendres et des jours suivants , jusqu'au premier dimanche de Carême, sont plus anciennes, mais pourtant postérieures à saint Grégoire. C'est encore une retouche que la station du l®*" janvier, indiquée ad S. Mariam ad Martyres^ puisque cette église, c'est-àdire le Panthéon , ne fut consacrée au culte que sous le pape Boniface IV (608-615). Sa dédicace est marquée au 13 mai : encore une fête postérieure à saint Grégoire ; il en est de même de la dédicace de Saint- Nicomède, au 1®*" juin, cette église ayant été consacrée sous Boniface V (619-625). Les églises de Saint-Hadrien , Saint- André près du Latran , Sainte-Lucie , Saint - Georges , Saint - Théodore , Saint -Apollinaire, mentionnées comme lieux de station, sont les trois premières du temps d'Honorius (625-638), les autres probablement postérieures. Enfin , la fête du pape saint Léon, marquée au 28 juin, est l'anniversaire non de sa mort , mais de la translation de ses restes sous Sergius (687-701) (2).
Ces changements sont les seuls que nous puissions
(1) On n*a pas, que je sache, signalé ces obéles dans les manuscrits actuellement conservés.
(2) n faut noter aussi que, au 29 juillet, on trouve, sous la rubrique SS. Felicis SimpliciU Faustini et Beatricis^ une messe en Tbonneur de saint Félix seulement. Cela suppose que la translation des trois autres martyrs était déjà faite. Elle eut lieu sous Léon II (682-683).
vérifier , avec les renseignements dont nous disposons. Mais il a pu y en avoir bien d'autres dont la constatation nous échappe. On fera donc bien de prendre le sacramentaire grégorien comme correspondant à Tétat de la liturgie romaine au temps du pape Hadrien. Il serait plus naturel, pour éviter toute équivoque, de rappeler sacramentaire d'Hadrien et c'est ce que je ferai désormais.
2" Le sacramentaire gélasien.
Je disais tout à Theure que le sacramentaire d'Hadrien avait été , aussitôt son arrivée en France , combiné avec un texte analogue, plus anciennement connu et beaucoup plus complet. Ce texte est ce que Ton appelle le sacramentaire gélasien. Eu dehors de ses combinaisons avec le sacramentaire grégorien, il est connu par quelques manuscrits du huitième siècle , dont le plus ancien est le n** 316 du fonds de la Reine, au Vatican. Ce manuscrit a été publié par Tommasi (1), dont Tédition est répétée dans le t. I de la Liturgia Romana vêtus de Muratori. Viennent ensuite deux manuscrits , Tun de Reichenau , l'autre de Saint-Gall, très imparfaitement connus par une publication de dom Martin Gerbert (2). Aucun de ces exemplaires ne porte le nom de Gélase. Cependant Tommasi, qui l'appliqua au texte publié par lui, ne faisait, on va le voir, que reprendre une désignation en usage au neuvième siècle (3).
(1) Codices Sacramentorum^ Rome, 1680.
(2) Ce sont les manuscrits 30 (Reichenau) de Zurich, et 348 de 8aint-Gall. Cf. Dclisle , L c, p. 83 , 84. Gerhert n'a publié aucun de ces deux sacramentaires , mais seulement un sacramentaire mixte, compilé au dixième siècle , ex triplici ritu gelasiano , gregoriano et amhrosiano. Ce sacramentaire provenait de Saint-Qall ; mais il se trouvait à Zurich au temps de Gerbert. C'est le manuscrit 348 de Baint-Gall qui avait fourni au compilateur le texte gélasien.
(3) Avant Tommasi, Morin et Bona avaient déjà qualifié de gélasien
. Dans rinventaire des livres liturgiques de Tabbaye de Saint-Riquier (1), on trouve des « missels » grégoriens , des gélasiens et un missel mixte , missalis gregoricmus et gelasianus modernis temporibus ah Albino ordinapus. Walafrid Strabon (2) rapporte que Gélase passe pour avoir mis en ordre les prières composées par lui et par les autres ; il ajoute que les églises des Gaules se servirent de ses oraisons et que plusieurs les emploient encore ; mais que saint Grégoire, frappé de l'imperfection du livre de Gélase, le retoucha et en fit le liber sacramentorum grégorien. Ces deux témoignages sont de la première moitié du neuvième siècle. Cinquante ans plus tard, Jean Diacre, dans sa vie de saint Grégoire (3) , s'exprime à peu près comme Walafrid Strabon. On croyait donc , au neuvième siècle , qu'il avait existé un sacramentaire de Gélase et que le sacramentaire grégorien n'en était qu'un remaniement. Par sacramentaire grégorien , on entendait évidemment le sacramentaire d'Hadrien, tel que je viens de le décrire , et qui porte en tête le nom de saint Grégoire. Mais qu'entendait-on par sacramentaire gé- Içisien ?
Evidemment le même texte que celui du cardinal Tommasi. C'est en effet sous le nom de sacramentaire gélasien qu'il est coté dans une compilation du dixième siècle, publiée par dom Gerbert. L'auteur de cette compilation voulut réunir en un même volume les trois textes gélasien , grégorien , ambrosien. Pour le premier il copia purement et simplement le ms. 348 de
le texte que Tommasi publia plus tard, et qu'ils connaissaient par le manuscrit lui-même.
(1) Chronicon Centulense^ Migne, P. L., t. CLXXIV, p. 1261. Cf. G. Becker, Catalogi bibliothecarum antiqui, Bonn, 1885, p. 28.
(2) De rébus eocl., c. 22.
(3) II, 17 : « Gelasianum codicem de missarum solemniis, multa subtrahens, pauca convertens, nonnulla vero superadiciens pro exponendis evangelicis lectionibus in unius libri volumine coartavit. »
Saint-Gall, qui porte encore la trace de ce travail de transcription (1). Walafrid Strabon , qui écrivait dans les environs de Saint-Gall, ne peut avoir donné un autre sens au mot gélasien. Du reste on ne connaissait en France que deux types de sacramentaires romains; celui d*Hadrien portait le nom de saint Grégoire ; quand on parle d'un autre type , il ne peut y avoir aucun doute. Cette considération s'applique aux appellations employées dans le catalogue de Saint-Riquier. Quanta Jean Diacre, qui vivait à Rome, on pourrait croire que pour lui le terme de codexgelasianus s'appliquait à quelque autre forme du sacramentaire Tomain. Mais ce soupçon doit être écarté, car Jean Diacre parle du sacramentaire antérieur à saint Grégoire en des termes qui conviennent exactement au texte que nous étudions en ce moment. Il est en effet plus long que celui du sacramentaire grégorien [multa mbtrahens) ; les formules communes sont presque toujours les mêmes {pauca convertens)] il est divisé en plusieurs livres, tandis que le grégorien n'en forme qu'un seul {inunius lihri volumine coartavit) (2).
Maintenant, quelle raison avait-on de mettre le nom de Gélase sur ce Liber sacramentorum ? Le titre, dans les manuscrits du Vatican et de Saint-Gall (celui de Zurich n'en a pas) est simplement Liber sacramentorum Romanae ecclesiae^ sans aucun nom de pape. Quant au texte lui-même , il contient une grande quantité de choses postérieures non seulement à Gélase, mais à saint Grégoire. Ce n'est donc pas le sacramentaire lui-même qui a pu suggérer son attribution à Gélase. Je ne crois pas non plus qu'il y ait ici une tradition. Le sacramentaire gélasien dérive de li-
(1) Delisle, p. 86: cf. ci-dessus, page 119, note 2.
(2) Je ne vois pas très bien ce que Jean Diacre veut dire par les mots nonnullai vero superadiciens pro exponendis evangelicis lectionibus.
vres officiels qui ont été en usage à Rome vers la fin du septième siècle. Il est peu naturel de croire que , à une telle date , il y ait eu à Rome une liturgie gélasienne. Tout procédait alors de la tradition grégorienne ; non sans doute que l'on s'abstint d'introduire les modifications nécessaires : mais, même quand on changeait quelque chose, c'était toujours l'usage de saint Grégoire que Ton était censé suivre. C'est de cette façon de se représenter les choses que provient l'appellation de sacramentaire grégorien, appliquée, sans la moindre hésitation , par le pape Hadrien , à un livre de beaucoup postérieur à saint Grégoire. Si les livres romains que nous trouvons en France avant Hadrien et Charlemagne avaient porté un nom de pape, c'eût été, sans aucun doute, celui de saint Grégoire. On peut, du reste, sans recourir à une tradition peu supposable, expliquer comment la dénomination de sacramentaire gélasien s'est introduite. Elle apparaît d'abord parmi les lettrés franks du neuvième siècle, dans un monde très préoccupé de liturgie et d'histoire ecclésiastique. Le Liber pontificalis y était connu et considéré comme une grande autorité. Quand on le feuilletait pour y chercher des renseignements sur les livres de la liturgie romaine , on y trouvait bien que saint Léon et saint Grégoire avaient ajouté quelques mots au canon de la messe, mais saint Gélase était le seul pape que son biographe eût présenté comme l'auteur d'un Liber sacramentorum. Encore , en y regardant de près , s'aperçoit-on que la vie de Gélase ne parle que de préfaces et d'oraisons isolées, et non pas d'une collection systématique, officielle (1). Mais il n'en fallait pas davantage pour in-
(1) Fecit etiam et sacramentorum praefationes et orationes cauto sermone {Liber pont., t. I, p. 255). Dans certains exemplaires du De acriptoribus de Gennadius, on trouve une notice sur Gélase, où
ûxxlquer ridée que Gélase avait publié un sacramentaire. Depuis renvoi du pape Hadrien on se trouva en présence d*un sacramentaire attribué à saint Grégoire et différent de celui que Ton connaissait déjà. Dès lors, celui-ci ne pouvait être que celui de Gélase. Et une fois cette idée entrée dans Tesprit des chefs d'école, A^lcuin et autres , il était inévitable qu'elle se répandit partout et très rapidement. Parmi les études auxcjuelles présidaient ces savants, il en est peu qui aient u autant d'importance et d'application pratique que 'étude de la liturgie. Le sacramentaire gélasien de- '^rint un dogme d'école; sa situation était désormais inexpugnable.
Pour nous, cette désignation ne peut avoir aucune valeur. Par sacramentaire gélasien il faut entendre un recueil liturgique romain, importé en France assez longtemps avant Hadrien, assez longtemps après saint Grégoire. Cette détermination chronologique peut être précisée par une étude plus attentive des manuscrits. Le plus ancien d'entre eux , le n** 316 du fonds de la Reine, est, au jugement de M. Delisle (1), « du septième siècle ou du commencement du huitième. » Cette appréciation est confirmée par le contenu du livre. On n'y trouve point encore les stations des jeudis de Carême, instituées par Grégoire H (715-731). L'original romain était donc antérieur à la mort de ce pape. On y trouve , en revanche, certaines choses qui n'ont pu y être introduites avant le septième siècle : un capitulum sancti Gregorii papae (2) (I, 21), les
il est dit avoir écrit tractatus diversarum scripturarum et sacramentorum {Ibid., p. 257).
(1) L. c, p. 68. Cf. Bibl. de l'Ecole des chartes, 1876, p. 476.
(2) Le nom de saint Grégoire est au canon de la messe, où il n*a pu s'introduire qu'un certain temps après sa mort. Mais ce sont là des détails qui varient d'un manuscrit à l'autre , et que l'on ne peut faire remonter sûrement à l'original.
stations des mercredi, vendredi et samedi avant le premier dimanche de Carême, les quatre fêtes de la Vierge, celle de TExaltation de la Croix. Ces cinq fêtes sont postérieures à saint Grégoire (f 604) et antérieures au pape Sergius (687-701) (1) ; celle de l'Exaltation aura sans doute été introduite après le recouvrement de la vraie croix par Héraclius (628). Il reste donc une incertitude d'un siècle environ (628-731) sur la date de l'original romain de notre sacramentaire.
Je dis Toriginal romain. Je devrais plutôt -dire le modèle, le cadre romain, car il s'en faut de beaucoup que les manuscrits gélasiens nous aient conservé un texte romain pur de tout mélange. D'abord toutes les indications topographiques ont disparu. Pas une seule des basiliques de Rome n'est mentionnée. On a supprimé aussi toutes les prières afférentes à certaines circonstances propres au culte romain, comme la messe de sainte Anastasie, au jour de Noël, la litanie majeure (25 avril), les processions des vêpres pascales, les collectes à certaines fêtes. C'est l'année ecclésiastique de Rome, ce sont des formules romaines, mais appropriées à l'usage de pays éloignés de Rome.
Le sacramentaire n* 316 a été exécuté en France , vraisemblablement pour l'abbaye de Saint-Denis, dont les trois patrons sont nommés au canon de la messe, avant saint Hilaire et saint Martin. Les deux autres manuscrits, ceux de Reichenau et de Saint-Gall, sont aussi des manuscrits franks. C'est aussi en France que se trouvaient les manuscrits dont les liturgistes carolingiens se servirent pour compléter le sacramentaire d'Hadrien. Tous ces manuscrits s'accordent sur certaines variantes significatives dans les formules de prières pour le souverain, à l'office du vendredi-saint. Le sacramentaire d'Hadrien nomme l'empereurromain,
(1) Liber pont., p. 379, 381.
LES LIVRES DE LITURaiE LATINE. 125
seul, sans lui associer le souverain frank. Dans le sacramentairegélasien, les formules sont modifiées ainsi qu'il suit : Oremus et pro christianissimo imperatore VEL REGE NOSTRO Ulo. Resptce propitius ad Romanum sivE FRANCORUM beuignus imperium (1).
Mais les modifications ne se bornent pas à la suppression des particularités relatives à la ville de Rome et au pays soumis à Tempire. Il y en a d'autres , de sens purement liturgique, qui représentent une combinaison entre l'usage romain et l'usage gallican. C'est surtout dans le rituel des ordinations qu'elles se rencontrent. Je vais signaler les principales : j'aurai plus tard à revenir sur ce point. A la suite de la bénédiction du sous-diacre (1 , 96) on trouve une formule intitulée Consecratio manuum, qui est évidemment hors de place, car jamais les sous-diacres n'ont eu la consécration des mains. Cette formule, du reste, appartient au rituel de l'ordination des prêtres, selon le rit gallican. Il est impossible qu'elle soit romaine. Nous savons en effet, par les documents les plus sûrs, que la consécration des mains ne faisait pas partie des rites de l'ordination en usage à Rome. Nous sommes donc en présence d'une interpolation gallicane.
Elle n'est pas isolée. Tout le rituel des ordres mineurs, tel qu'il se présente dans les sections 1 , 95 , 96, du sacramen taire gélasien, est gallican d'un bout à l'autre. Il porte en tête la rubrique Incipit ordo de sacris ordinibus benedicendis. Puis vient une instruction sur les conditions d'âge et autres pour recevoir les ordres, transcrite de la décrétale du pape Zosime
(1) La correction n'a pas été faite d'abord dans le texte des messes Tempore belli et Pro regibus ^ qui figurent dans le III* livre du sacramentaire gélasien sous les n*" 57-62. Los prières de ces messes reviennent presque toutes dans le supplément du sacramentaire grégorien , n"» 83-87. Sauf un seul cas (n» 83) , le mot christianus s*y trouve toujours substitué à celui de Romanus:.
à Hésychius de Salone (1), puis les dix premiers chapitres des Statuta eceîesiae antiqua, sur Tordination ou l'installation des évêques, prêtres, diacres, sous-diacres, acolytes, exorcistes, lecteurs, portiers, psalmistes, vierges sacrées. Ce document, souvent cité sous le nom de quatrième concile de Carthage, est en réalité un règlement d'origine gallicane , publié dans la province d'Arles, vers la fin du cinquième siècle. Tout cela sert de préface aux Benedictiones super eos qui sacris ordinibus benedicendi sunt, bénédictions qui, comme on le verra plus tard, n'étaient point en usage à Rome. Le compilateur qui a inséré ce long morceau avait sous les yeux un texte gallican qui comprenait tous les ordres. Il s'est borné, pour les bénédictions, aux formules des ordres mineurs, celles des ordres majeurs ayant trouvé place à d'autres endroits ; mais, par mégarde, il a laissé subsister à la suite des formules relatives aux sous-diacres , un fragment du rituel de l'ordination des prêtres.
Ces interpolations ne sont pas les seules ; j'aurai bientôt l'occasion de le démontrer.
Dans la distribution des fêtes, il y a souvent désaccord entre le sacramentaire gélasien et le sacramentaire grégorien. Le premier admet certaines fêtes que l'autre n'a pas, et réciproquement. Or il est à remarquer que, dans cette divergence, le sacramentaire grégorien av pour lui le suffrage du sacramentaire léonien dont je parlerai tout à l'heure, c'est-à-dire d'une compilation entièrement romaine, formée en dehors de toute influence franque ou gallicane. Jamais le sacramentaire léonien ne mentionne une fête propre au gélasien. Au contraire, il contient six ou sept fêtes propres au grégorien; ce sont celles des Sept-Frères (10 juillet), de saint Etienne pape (2 août), des saints Félicissime
(1) Jaffé, 339, c. 3.
et Agapit (5 août) , des saints Félix et Adauctus (30 août), de saint Chrysogone (24 novembre). De plus, il mentionne, quoique hors de sa place, Tanniversaire de saint Silvestre, inconnu au recueil gélasien ; enfin il fixe au 16 septembre la fête de sainte Euphémie , comme le sacramentaire grégorien , tandis que le gélasien la marque au 13 avril (1). Cette dernière variante , qui se recontre aussi dans le martyrologe hiéronymien et dans le missel mozarabe, pourrait bien avoir été inspirée par l'usage gallican. On en peut dire autant des fêtes de rinvention de la vraie Croix et de la Passion de saint Jean-Baptiste, qui sont marquées dans les livres liturgiques gallicans, mais pour lesquelles on ne saurait citer aucun ancien document romain. Je signalerai encore la désignation post clausum Paschae^ appliquée aux dimanches entre Toctave de Pâques et la fête de la Pentecôte. Elle se rencontre dans le Missale Gothicum et dans le lectionnaire de Luxeuil, livres gallicans ; Grégoire de Tours s'en sert (2) ; mais on ne la rencontre pas dans les livres de vrai style romain.
Ces détails sont propres à montrer que le sacramentaire gélasien ne saurait être considéré comme témoignant toujours et partout des usages de l'église romaine. C'est un livre romain d'origine et pour l'ensemble de son texte, mais qui a subi plus d'une retouche dans le sens gallican.
3* Le Missale Francorum,
C'est à côté du sacramentaire gélasien qu'il convient de placer le Missale Francorum, Ce manuscrit est actuellement le n^ 257 du fonds de la reine Christine ,
(1) C'est aussi le jour où cette fête est marquée dans le calendrier de Carthage et dans tous les calendriers grecs.
(2) Gloria conf., 47.
au Vatican (1). Avant d*entrer dans la bibliothèque Petau , d'où il passa dans celle de la Reine , il avait longtemps séjourné à Tabbaye de Saint-Denis, où il se trouvait dés le treizième siècle. Il est écrit en onciale et doit remonter à la fin du septième siècle ou au commencement du siècle suivant. Son origine franque n'est pas douteuse. Dans les prières politiques, le regnum Francorum a été partout substitué à l'empire romain.
Ce n'est qu'un fragment. Il contient d'abord les ordinations, la bénédiction des vierges et des veuves , la consécration de l'autel, puis onze messes, dont la première est pro regibus, le deuxième en l'honneur de saint Hilaire, les autres du commun des saints ou pour des intentions quelconques. La collection se termine par le Canon actionis^ c'est-à-dire le canon romain, qui s'interrompt, avec le manuscrit lui-môme, dans le Nohis quoque.
Toutes les messes de ce sacramentaire sont de rit et de style romain : çà et là cependant on rencontre quelques rubriques gallicanes : post prophetiam^ ante nomiaa. Au commencement, les prières de l'ordination offrent une complexité plus grande. Il y a, pour cette partie, d'intéressants rapprochements à faire entre le Missale Francorum et le sacramentaire gélasien. Cependant je ne crois pas qu'ils dépendent l'un de l'autre ni qu'ils aient été copiés sur le même original.
4" Le sacramentaire léonien.
Joseph Bianchini publia le premier, en 1735 (2), le
(1) Delisle, I. c., n* 4. — Le texte a été publié par Tommasi (l. c), par Mabillon , dans son De liturgia gallicana , et par Muratori , L c,
(2) Dans le tome IV de TAnastase le bibliothécaire de son oncle Fr. Bianchini. Cette édition fut reproduite par Muratori, dans le
texte de ce sacramentaire , retrouvé peu auparavant dans la bibliothèque du chapitre de Vérone. C'est un manuscrit en onciale, du septième siècle, au jugement de M. Delisle (1). Il est mutilé au commencement, de sorte que, de ses douze sections, correspondant aux douze mois de Tannée, il ne s'en est conservé que neuf. Encore la quatrième, celle du mois d'avril, est-elle incomplète. La disparition des trois premiers mois est fort regrettable, car c'est là que. se trouvaient les cérémonies pascales, la partie la plus intéressante des sacramentaires.
Ce qui reste du mois d'avril consiste en trente-neuf sections, comprenant autant (2) de messes en l'honneur des martyrs; les martyrs ne sont pas nommés (3), de sorte que les formules peuvent servir pour des martyrs quelconques. Le mois de mai contient les messes de l'Ascension , de la Pentecôte et des Quatre-Temps d'été ; le mois de juin les messes en l'honneur de saint Jean-Baptiste, des saints Jean et Paul, des apôtres Pierre et Paul; dans le mois de juillet on ne trouve d'autre fête que celle des Sept-Frères martyrs; puis vient une grande quantité de messes et d'oraisons pour diverses nécessités; au mois d'août il y a un plus grand nombre de fêtes , celle du pape saint Etienne (2 août), celle des saints Xyste, Félicissime et Agapit (6 août), celle de saint Laurent (10 août),
t. I de sa Liturgia Romana vêtus (1748). Les frères Ballerini en ont donné une autre, revue sur le manuscrit, dans leur édition des œuvres de saint Léon. C'est celle-ci qui figure dans la Patrologie de JTigne, t. LV. Cf. Delisle, n« 1.
(2) Et même un peu plus. Les numéros sont quelquefois mal mis, de sorte que deux messes se trouvent rangées sous le même.
(3) Cependant ces messes ayant été d'abord composées pour l'anniversaire de martyrs déterminés, elles contenaient originairement des noms. On les a supprimés, non cependant sans qu'il en soit resté deux, ceux de saint Tiburce (n"* 6) et de saint Grégoire ou plutôt ©eorges (n« 33).
celle des saints Hippolyte et Pontien (13 août), celle des saints Adauctus et Félix (30 août). En septembre on trouve les fêtes des saints Cornélius et Cyprien (14 septembre), de sainte Euphémie (16 septembre), de la dédicace de Téglise Saint-Michel sur la voie Salaria (30 septembre) , puis les Quatre-Temps d'automne , les prières pour Tordination et le natale des évoques , prêtres , diacres , pour la bénédiction de& vierges et des époux. Au mois d'octobre il n'y a pas de fête, mais seulement des messes de siccitate temporis et super defunctis. En novembre se rencontrent les fêtes des Quatre-Couronnés, de sainte Cécile, des saints Clément et Félicité , Chrysogoiie et Grégoire , enfin de saint André. Le mois de décembre s'ouvre par les messes de Noël ; puis viennent les fêtes de saint Jean Tévangéliste et des saints Innocents, enfin les Quatre-Temps d'hiver.
A quelle date remonte ce recueil ?
Il contient, à la fin du mois d'octobre, une oraison composée pour l'enterrement ou l'anniversaire du pape Simplicius, qui mourut en 483. Mais il faut, je crois, descendre beaucoup plus bas que cette date.
Plusieurs prières, en effet, font allusion à des temps où les Romains étaient assiégés, entourés d'ennemis, • exposés au massacre et au pillage. D'autres sont des actions de grâces à Dieu à la suite d'une victoire ou d'une délivrance. Parmi ces dernières j'en signalerai une, qui est la Secrète d'une messe indiquée au mois de juillet, sous le numéro 28. On va voir que cette messe n'a rien à faire au mois de juillet , mais qu'elle doit être rapportée au temps de Pâques; c'est un des innombrables exemples du désordre qui règne dans tout le recueil : Munera nomini tuo^ Domine, cv/m gratiarum actione deferinms , qui nos ab infestis hostibus liberatos paschale sacramentum secura tribuis mente suscipere. Les sièges ou pillages de Rome par Alaric,
Genséric, Ricimer, se placent tous dans les mois
d'été ; il ne peut donc y avoir été fait allusion dans
la prière qui nous occupe. Au contraire, le long siège
de Vitigès, qui dura une année entière, fut levé au
^ mois de mars. Cette année-là (538), le dimanche de
Pâques tombait le 4 avril. La coïncidence est remar-
gusile.
On pourrait trouver dans le sacramentaire véronais d*autres traits qui s'expliquent beaucoup mieux par les préoccupations du siège de 537-538 que par des allusions à d'autres événements. Il en est ainsi, par exemple, de la préface d'une autre messe du mois de juillet (XVIII, 6) : Agnoscimus Domine.., ad peccantium '^'"^^writa pertinere ut servorum tuorum labore quaesita sub ^::^-<mspectu nostro manibus diripiantur alienis, et quae ^Memdantibiis famulis nasci tributs^ ab hostibus patiaris ^làbmimi. En 537, ce furent les Goths qui moissonnèrent ^dans la campagne de Rome, et, du haut de leurs mu- ^■•ailles, les Romains durent assister avec douleur à ^ette opération qui faisait passer entre les mains des assiégeants le fruit de leurs propres travaux. Il est d'ailleurs absolument impossible de rapporter cette prière aux temps d'Alaric et de Genséric. Les Wisigoths et les Vandales pillèrent la ville plus que la campagtie. S'il s'agissait d'eux , on trouverait bien quelque part, ■ dans cette longue suite de messes tempore hostili^ quelques allusions au pillage des bâtiments publics, des églises, des maisons particulières. Du reste, quand ces envahisseurs se présentèrent devant Rome, la saison était trop avancée pour que les récoltes fussent encore sur pied. Au contraire, tout s'explique très bien dans l'hypothèse où il s*agit des Ostrogoths et du siège de 537-538. Cependant, comme les Romains furent souvent assiégés pendant la guerre gothique et, plus tard, pendant l'invasion lombarde, je ne voudrais pas assurer qu'il s'agit précisément du
132 ORiaiNBS DU CULTE CHRÉTIEN.
siège de Vitigès. Celui-ci est le plus ancien auquel on puisse penser : voilà tout ce que je veux dire.
Cettte limite supérieure étant déterminée, il reste à voir si on ne pourrait pas trouver une limite inférieure moins vague que celle que nous fournit la paléographie. Je ne crois pas qu'il faille descendre au- ' dessous de saint Grégoire. Sans doute le sacramentaire contient en deux endroits le nom d'un saint Grégoire; mais, s'il n'y a pas confusion paléographique, entre les deux noms Georgius et GregoriuSy confusion assez fréquente dans les manuscrits, comme il s'agit d'un martyr, c'est en tout cas un autre saint Grégoire que le pape. Celui-ci, d'ailleurs, édicta que la prière Hanc igitur oblationem, au canon de la messe, serait désormais terminée par les mots diesque nostros in tua pace disponas atque ab aetema dainnc^ tione nos eripi et in eleotorum tuorum iubeas grege nv/merari. Le canon de la messe manque, il est vrai, dans le manuscrit de Vérone : il devait se trouver au commencement, dans la partie perdue. Mais la prière Hanc igitv/r se retrouve un certain nombre de fois dans le reste du texte : or elle ne présente jamais la finale grégorienne. Comme il n'y a par ailleurs aucun indice des temps postérieurs à saint Grégoire , on ne risque pas grand chose en attribuant le vieux sacramentaire véronais au milieu ou au déclin du sixième siècle.
C'est un livre entièrement romain , non seulement parce qu'il ne contient aucun mélange d'éléments gallicans, non seulement parce que, dans les prières politiques, il mentionne toujours l'empire romain et avec un sentiment très vif de loyalisme , mais encore parce qu'il nous offre à chaque page ces attaches topographiques qui ne permettent pas de confondre un texte composé pour l'église locale de Rome avec un texte simplement conforme à l'usage romain. Les rubriques qui annoncent les fêtes des saints marquent
souvent Tendroit de la station , et cela avec une précision topographique fort grande. Ainsi VI id. iuL, natale sanctorum Felicis, Philippi, in cymiterio Priscillae; Vitalis et Martialis, in cymiterio Iordanorum; et Silomi, IN cymiterio Maximi, via Salaria; et lanuarii, IN CYMITERIO Praetextati, VIA AppiA ; — III uon aug,, natale sancti Stéphanie IN cymiterio Callisti via Appia ; — VIII id. aitg., natale sancU Xysti^ in cymiterio Callisti ; et Felicissimi et Agapiti , in cymiterio Praetextati, VIA Appia; — prid, kal. oct. natale basilicae Angeli IN Salaria. Cette dernière fête est la dédicace d'une église de la banlieue de Rome. Une autre messe de dédicace, en rhonneur de saint Etienne, se trouve parmi les messes du mois d'août (1) ; elle doit avoir rapport soit à Téglise de la voie Latine, soit à celle de Cœlius. La préface de Tune des messes en Thonneur des saints Jean et Paul (2) suppose Tofflciant à Rome , et même dans Téglise consacrée aux deux martyrs. On en peut dire autant des messes en Thonneur des apôtres Pierre et Paul et de bien d'autres. Parmi les services des défunts , plusieurs formules (3) supposent que Ton est à Saint-Laurent-hors-les-murs et que Ton prie pour lun des papes enterrés dans cette église (4). Il est inutile d'insister davantage. L'origine romaine de ce recueil est de toute évidence.
D'autre part, il faut bien se garder d'y voir un livre oflBciel, à l'usage du pape et des stations solennelles, comme le sacramentaire d'Hadrien. C'est une compilation privée , dans laquelle on a entassé, sans beaucoup d'ordre, des pièces très diverses d'âge et de facture. Sans doute on y trouve les messes stationales des grandes fêtes et des Quatre-Temps ; mais à côté de
(1) Mtiratori, p. 388, 389.
(2) Muratori, p. 329.
(3) Muratori, p. 453.
(4) Zosime, Xyste III, Hilaire.
134 ORiaiNBS DU CULTE CHRÉTIEN.
ce nécessaire il y a un énorme superflu. Les autres sacramentaires se bornent à donner une messe par station; dans le gélasien on trouve quelquefois deux oraisons là où le grégorien n'en a qu'une ; c'est une variante, une oraison de rechange. Dans le manuscrit de Vérone, le rechange est bien plus considérable. Ainsi, pour la fête de sainte Cécile, il y a cinq messes, neuf pour Noël et pour la Saint-Etienne, huit pour saint Sixte, quatorze pour saint Laurent, vingthuit pour saint Pierre et saint Paul, et ainsi de suite ; quant aux messes privées, ad libitum, elles sont innombrables.
Dans cet immense recueil, il y a, comme je l'ai dit, plus de choses que d'ordre. Ainsi la messe de la Pentecôte est intercalée au milieu des messes des Quatre- Temps d'été ; sous la rubrique qui annonce l'anniversaire du pape saint Etienne , au 3 août, on ne trouve que des messes en l'honneur de saint Etienne , premier martyr; celles-ci manquent, en revanche, à leur véritable place, entre Noël et la Saint-Jean d'hiver. Les Quatre-Temps de décembre sont placés après Noël ; beaucoup de messes pro diversis ou du commun des martyrs se trouvent à des mois impossibles. Il y en a, au mois de juillet, qui supposent que l'on est encore aux fêtes de Pâques; on voit des messes de vigile placées après celles de la fête qu'elles devraient précéder. Un livre officiel ne saurait être à ce point en désordre.
Il faut ajouter qu'il contient un certain nombre de pièces dont la présence ne s'expliquerait guère. Les Ballerini ont relevé une contradiction entre le décret de Gélase De recipiendis et non recipiendis libris et l'une des messes de notre sacramentaire. Dans celle-ci (1), on dit que les apôtres Pierre et Paul sont
(1) Muratori, p. 344.
morts le même jour, il est vrai, mais tempore discreto, à des années différentes. Or le décret de Gélase traite cette opinion de commérage hérétique , sicut haeretici garriunt. Cette contradiction aurait de Timportance s'il était sûr, comme le croient les Ballerini, que le décret sur les livres est vraiment Toeuvre de Gélase ou même d'un pape quelconque. Ce point me semblant difficile à établir, je me bornerai à signaler un certain nombre de préfaces où s'expriment des sentiments que Ton est étonné d'y rencontrer. Ce sont de véritables déclamations contre les moines, les mauvais moines, il est vrai, en tout cas fort singulières. On fait remarquer à Dieu que son église contient maintenant de faux confesseurs (1), mêlés aux vrais; on parle beaucoup des ennemis, des calomniateurs, des orgueilleux qui s'estiment meilleurs que les autres et les déchirent, qui se présentent sous des dehors pieux, sub specie gratiae, mais avec l'intention de nuire. On proclame la nécessité de se défendre contre eux, de joindre l'astuce des serpents à la simplicité de la colombe, de ne pas s'abandonner à une bonté imprévoyante , de pardonner sans doute , mais aussi de se défendre. On prend même quelquefois l'offensive. On proclame que ces censeurs valent moins qu'ils ne le croient. S'ils ne voient pas eux-mêmes leurs faiblesses, leurs turpitudes, d'autres les aperçoivent, et Dieu tout le premier. Ils ont beau tenir dçs discours doucereux, compulser les saintes Ecritures, on sait que c'est surtout dans le lit des autres qu'ils vont chercher le Christ; ils seront jugés sur leurs mœurs, non sur leurs paroles. Ces mauvais ouvriers prétendent restreindre la liberté dont jouit l'Eglise et la réduire à une honteuse servitude. On les voit
(1) Muratori, p. 301. — Confesseur, dans la langue du quatrième et du cinquième siècle, a souvent le sens d'ascète, de moine isolé.
136 ORmiNES ou CULTE CHRÉTIEN.
pénétrer [dans les maisons, emmener des femmelettes chargées de péchés ; experts en captation , ils^ s'approprient la fortune des veuves et même celle des femmes mariées. A en juger d'après leur conduite extérieure, que ne doivent-ils pas faire en secret? C'est un scandale pour les fidèles et même pour les païens, que ce spectacle détourne du baptême (1).
J'atténue. Il est inutile d'insister. Cette façon de mettre ses adversaires au prône et plus qu'au prône est évidemment étrangère au style officiel de l'église romaine. Le compilateur du sacramentaire ne doit pas avoir inventé ces étranges oraisons ; il n'est guère possible qu'elles aient été composées au sixième siècle. Le sens donné au mot confessor et surtout la mention d'un public païen encore nombreux nous reportent plutôt au déclin du quatrième siècle, au temps de Damase et de Sirice, par exemple , alors que Rome connaissait à peine les couvents d'hommes, mais voyait, en revanche , un grand nombre d'ascètes isolés, du type de saint Jérôme, de Rufin, de Pelage. On sait combien peu saint Jérôme a ménagé le clergé romain. Il est à croire qu'on ne demeurait pas en reste avec lui et que ses coups lui étaient quelquefois rendus.
Ces conflits durent se reproduire assez souvent. Nous constatons qu'ils retentirent jusque dans le domaine de la liturgie.
Du reste, il est sûr que de tels propos liturgiques n'ont pu être tenus que dans des assemblées restreintes, dans de petits conciliabules privés, où l'ofiBciant, profitant de la liberté dont jouissait encore, en ces matières, l'improvisation individuelle, pouvait donner carrière à ses rancunes. On a eu tort d'écrire de pareilles choses. Qu'on les ait recueillies après coup et
(1) Muratori, p. 350 et auiv.
^ïisérées dans un recueil de textes liturgiques, c'est
^ïie maladresse que l'on ne sera pas tenté d'imputer
^vix chefs de Téglise romaine. Les Ballerini ont donc
i^ien jugé quand ils n'ont vu dans le sacramentaire
Soi-disant léonien qu'une collection privée, formée et
^sposée avec peu d'intelligence.
Cela n'empêche pas que ce sacramentaire n'ait une très grande valeur. Les formules dont je viens de parler sont relativement peu nombreuses ; elles forment l'exception. Quant aux autres, ce que j'ai dit plus haut ne permet pas de douter qu'elles n'aient une origine romaine , exclusivement romaine , et qu'elles ne remontent à un temps antérieur, quelquefois de beaucoup, au pontificat de saint Grégoire.
5** Le rouleau de Ravenne.
M. Ceriani a publié récemment (1) un rouleau liturgique provenant de la collection du prince Antoine Pie de Savoie. Ce parchemin, long de 3™60, bien qu'il soit mutilé aux deux extrémités, contient, en grosse écriture onciale, quarante oraisons du type romain , toutes relatives à la préparation de la fête de jNoël. Sur le revers ont été copiées (2), en minuscule du dixième siècle, sept lettres d'un arche*vêque de Ravenne appelé Jean et une autre du pape Serge IIL Ces huit docîuments rentrent tous dans k période 900-910. La lettre du pape Serge a rapport laux intérêts de l'église de Ravenne et l'archevêque témoigne, dans une des siennes , qu'il en avait pris
(1) Il rotolo opistografo del principe Antonio Pio di Savoiay in-f*, ttilan, 1883. Ce mémoire, tiré à soixante exemplaires, n'est pas facile à rencontrer. J'ai pu consulter l'exemplaire de M. L. Delisle.
(2) Pour cette partie de son texte, le rouleau a été réédité par M. S. Lôwenfeld dans le Neues Archiv, U IX, p. 515 et suiv. , avec un eommentaire historique.
lecture. Il y a donc lieu de considérer toute cette correspondance comme provenant des archives métropolitaines de Ravenne. Le rouleau liturgique sur le dos duquel on la transcrivit ne peut guère provenir d'ailleurs. Nous avons donc ici un recueil d'oraisons qui a été à Tusage de l'église de Ravenne. Une seule d'entre elles, la vingt-septième, se retrouve dans les documents connus de la liturgie romaine ; elle figure dans le sacramentaire léonien, à l'une des messes de la fête de Noël (1), et dans le sacramentaire grégorien (2), au milieu d'un groupe d'oraisons pour la même fête. Les oraisons de Ravenne ne sont point disposées dans l'ordre de la messe ; elles sont dégagées de toute distribution de ce genre et simplement juxtaposées. On a pu s'en servir pour l'office aussi bien que pour la messe. Cette circonstance diminue beaucoup l'importance du rouleau de Ravenne. Il est du reste difficile d'en fixer la date. L'onciale est assez grossière ; elle peut être du huitième ou du neuvième siècle aussi bien que du sixième.
6* Les Ordines Romanû
Mabillon a publié , dans le tome II de son Musœv/m Italicum (3), un certain nombre à* Ordines Romani^ ou rituels des différentes cérémonies. Tous ces documents ne sont pas du même âge : on peut y suivre -les modifications de la liturgie pontificale du neuvième au quinzième siècle. Les plus anciens sont les seuls dont nous ayons à nous occuper ici; car il est naturel de négliger ceux qui correspondent à la liturgie romaine modifiée depuis le neuvième siècle, soit en France, soit à Rome , sous diverses influences. De toute la
(1) Muratori, t. I, p. 468.
(2) Muratori, t. II, p. 10.
(3) Edition reproduite dans la Patrologie latine de Migne, t. LXXVIII.
sémje ne retiendrai que les Ordines n®' I, VII, VIII et •H, dont le premier est relatif à la liturgie de la messe, -fo second à celle du baptême, les deux autres aux Prémunies de rordination.
Encore y a-t-il lieu de distinguer entre les diverses parties de VOrdo Romanus /, tel que l'a publié Af abillon. Tout provient, il est vrai, de manuscrits du xreuvième siècle, et Ton peut affirmer que tout existait d^jà dans les premières années de ce siècle. Mais tout 'est pas romain au même degré.
Après quelques préliminaires sur la distribution du crvice liturgique entre les clercs des sept régions .e Rome, VOrdo nous donne la description de la :ïDûesse stationale, présidée par le pape. Cette première ;partie comprend les chapitres 1-21 de Mabilloii.
On la retrouve, arrêtée à cet endroit, dans plusieurs xnanuscrits , cités par Mabillon et par d'autres , en particulier dans celui de Vérone, publié par Fr. Bianchini (1). Viennent ensuite quelques suppléments, relatifs aux particularités qu'offre le service quand le pape est empêché, et encore à certaines fêtes ou certains temps de Tannée ; ces suppléments sont propres au manuscrit de Saint-Gall, qui forme la base de Tédition de Mabillon. On peut y joindre les chapitres 48-51, qui se rencontrent aussi dans le manuscrit de Vérone et qui ont le même caractère de supplément. Quant aux chapitres 27-47, c'est la description des cérémonies de la fin du Carême et de la semaine sainte. Un autre directoire pour les mêmes cérémonies, mais prolongé jusqu'à la fin de la semaine pascale, est joint en appendice à VOrdo 1 dans l'édition de Mabillon. Ce sont deux rédactions, la seconde plus complète, du même Or do pascal. Elles ne se trouvent pas dans les mêmes manuscrits.
(1) Anast. BihUt t. III, p. xzxix.
Amalaire, chorévêque de Metz, publia, vers l'année 830 , un ouvrage en quatre livres , intitulé De officiii ecclesiasticis . C'est un commentaire des cérémonies liturgiques et de l'office divin. Parmi les documents dont il se servit pour le composer , il y avait un Ordo Romanus , qu'il cite fort souvent , comme une grande autorité. On y retrouve le texte de VOrdo I de Mabiilon , y compris les chapitres sur les cérémonies pascales. Ceux-ci sont donc fort anciens ; cependant ils ne correspondaient pas à l'usage réel de Rome, et Amalaire eut Toccasion d'en faire l'expérience dans un voyage qu'il fit à Rome en 832, précisément pour ses études sur la liturgie. Le pape Grégoire IV le mit en rapport avec son archidiacre, Théodore, qui lui donna tous les éclaircissements qu'il demandait. Il est à remarquer que, presque chaque fois qu'il s'agissait des cérémonies pascales, le témoignage de l'archidiacre donnait un démenti à VOrdo, Le pauvre Amalaire fut obligé de constater que son document laissait à désirer (1).
Du reste, il n'est pas besoin d'un long examen pour reconnaître que VOrdo pascal n'a pas la physionomie romaine de VOrdo de la messe. En ouvrant celui-ci , nous nous sentons transportés à Rome, au milieu du clergé romain, distribué en sept régions, avec des jours de service spécial pour chaque région. L'officiant , c'est le pape lui-même , domnus apostolicus^ qui se montre entouré des grands dignitaires de sa cour , leprimicier, le secondicier, le sacellaire, le nomenclateur et autres. Il part de son palais de Latran et se rend à cheval, en procession, à quelqu'une des basili-
(1) Ses ennemis ne manquèrent pas de tirer parti de cela. Plonis, Adv. Amalarium, 1,1 : a Libellum Romani ordinis tantae auctori* tatis habet ut eum pêne ad verbum nitatur exponere ; et tamen statim sibi ipse contrarius asserit hune Romano archidiacono cuius traditionibus gloriatur ignotum. »
M LB6 LIYRBS DB LITURGIB LATINB. 141
F çues de Rome. Tous ces détails sont évidemment
^applicables ailleurs. Dans VOrdo pascal, au contraire,
•DOTis nous trouvons dans une ville quelconque et nous
voyons officier un pontife ordinaire, un évoque, quel-
q;uiefois même un abbé. C'est encore Tusage romain ,
ais tel qu'on l'observe ailleurs qu'à Rome , et non
SUIS combinaison avec des coutumes inconnues autour
pape.
On ne saurait donc accorder à cet Ordo pascal la
xanéme confiance qu'au reste. Il contient sans doute
eaucoup de détails romains, mais qui, dans tous les
as, doivent être contrôlés d'après des documents plus
siirs.
Parmi ceux-ci figure un fragment d'Ordo pascal ret*TOuvé par M. de Rossi dans le célèbre manuscrit épigraphique et topographique d'Einsiedeln , et publié par lui dans le tome II de ses Imcriptiones christianae^ p. 34. Il ne contient que les trois derniers jours de la semaine sainte; mais il est absolument romain.
VOrdo Vil de Mabillon, relatif aux cérémonies de l'initiation chrétienae , catéchuménat , baptême, conflnnation, n'est pas moins documenté que VOrdo L Comme lui , il a été publié d'après des manuscrits du neuvième siècle; avant la mort de Cliarlemagne , l'évêque d'Amiens, Jessé, le commenta et même le transcrivit en grande partie dans son Epistola de baptismo (1). Il doit même remonter beaucoup plus haut, car il figure presque tout entier dans le sacramentaire
gélasien.
Quant à VOrdo VIII et à VOrdo IX, je ne puis citer
d'autres marques extrinsèques de leur antiquité, que leur présence dans des manuscrits du neuvième siècle. Il sont d'ailleurs de fort bonne note : comme le précédent, ils supposent que les cérémonies se passent
(1) Migne, P. L., t. CV, p. 781.
142 OaiOINES DU CULTE CHRÉTIEN.
à Rome et sont présidées par le pape en personne.
J'ai trouvé dans le manuscrit latin n*" 974 de la bibliothèque nationale , qui provient de Tabbaye de Saint- Amand, tout un groupe d'Ordines romani qui me semble avoir échappé jusqu'ici aux liturgistes. Le manuscrit contient des traités de saint Augustin ; on a profité de quelques feuillets vacants, au commencement et à la fin, pour y transcrire les Ordines. Leur texte, comme celui du saint Augustin, est du neuvième siècle. Il comprend : l*" la description de la messe stationale ; 2® les cérémonies pascales ; 3** Tordre de la litanie majeure; 4® Tordination des prêtres et des diacres ; b"" la dédicace des églises ; &"* la procession de la Chandeleur. Pour toutes ces cérémonies, le rituel est strictement romain , romain de Rome ; le pape est toujours censé présent et officiant (1).
UOrdo de la messe stationale, dans Tétat où il nous est parvenu, est certainement postérieur à saint Grégoire. On y trouve diverses prescriptions que nous savons avoir été introduites ou rétablies par lui. Ainsi il y a dans Tescorte du pape des défenseurs régionnaires, dignitaires créés par saint Grégoire (2) ; le graduel est exécuté par un chantre et non plus par un diacre, conformément à la règle promulguée dans le concile romain de 595 ; le Pater est placé avant le Paœ Domini, modification que saint Grégoire atteste lui-même (3) avoir introduite. Mais on ne saurait affirmer que tout ce rituel remonte au temps de saint Grégoire et au commencement du septième siècle. La mention des diaconies, la désignation du palais de Latran par le nom àepatriarchiimi{i), le grand développement delà cour
(1) On trouvera, dans Tappendice à ce volume, le texte de ces Ordines et celui de M. de Rossi.
(2) Ep, VIII, 14.
(3) Ep. IX, 12.
(4) Lit. pontif.y t. I, p. 364, note 6. Le palais pontifical était, au
LBS LITRBS DB LITURGIE LATIIiS. f 43
ntificale, tout cela sent plutôt le septième siècle aucé. Du reste VAgrms Dei est mentionné , et nous vous que ce chant fut introduit par le pape Ser- 5us (687-701) (1). C'est donc tout à fait à la fin du sep- Lème siècle, ou plutôt au siècle suivant, que je placeôis la rédaction de VOrdo tel que nous Tavons. Encore ut-il descendre plus bas, au moins pour certains d'enles suppléments, car dans Tun de ceux-ci (c. 24), il st question du roi Charles et du temps où siégeait le ape Hadrien. Pour cette partie additionnelle , VOrdo 'est pas antérieur à 795.
§ 2. — Livres gallicans.
7® Le Miss&le gothicum (2).
Ce précieux manuscrit porte le n® 317 dans le fonds de la Reine, au Vatican. Il provient de la bibliothèque Petau. D'après certains détails de son contenu (3) , on a pu établir qu'il a été exécuté pour l'église d'Autun. Tommasi, qui l'édita le premier, et Mabillon, qui le publia d'après lui, ont cru à tort qu'il provenait de la province de Narbonne, soumise aux rois Wisigoths. Cette appréciation semble leur avoir été suggérée par une note écrite au XV® siècle en tète du manuscrit : Missale gothicum. 11 ne faut pas non plus prendre au pied de la lettre ce qu'en dit Mabillon quand il y voit
huitième siècle , appelé episcopium ; la désignation de patriarchium n'apparaît pas, dans le L. P., avant la notice de Sergius (ibid.y p. 371, ligne 10).
(1) Lib. pontif., t. I, p. 376.
(2) Delisle, SacramentaireSy n* 3. Editions par Tommasi, Mabillon, Muratori, II. ce. Cf. Neale et Forbes, The ancient liturgy of the gailican churchy p. 32. Le De liturgia gallicana de Mabillon a été réimprimé dans le tome LXXII de la Patrologie latine de Migne, avec tous les textes édités ou réédités par l'illustre bénédictin.
(3) n contient des messes spéciales pour les fêtes de saint Symphorien et de saint Léger.
le purus ordo gallicamis. En fait, ce sacramentadre contient beaucoup d'éléments romains.
Deux messes manquent au commencement , à en juger par la numérotation de celles qui suivent. La série conservée s'ouvre par la messe de la vigile de Noël. Après TEpiphanie on trouve quelques messes en rhonneur de divers saints, puis vient le temps du Carême et de Pâques , les fêtes de l'Invention de la sainte Croix, de saint Jean TEvangéliste , les Rogations, l'Ascension et la Pentecôte, enfin d'autres messes en l'honneur des saints , soit propres à certaines fêtes, soit communes , et six messes pour les dimanches. Le volume , mutilé à la fin , s'interrompt dans une missa cotidiana Romensis dont la première oraison seule est donnée. Sauf cette dernière pièce, toutes les formules sont disposées suivant l'ordre de la messe gallicane ; mais beaucoup d'entre elles , surtout dan^ les messes en l'honneur des saints, sont des formule romaines.
Il y a une messe en l'honneur de saint Léger, oi l'on parle de ses reliques comme répandues dans toute la Gaule. Saint Léger, évêque d'Autun, est mort en 678. Le manuscrit ne peut donc être antérieur aux dernières années du septième siècle. Au jugement de M. Delisle, on ne peut guère en abaisser la date au delà du commencement du siècle suivant.
8* Le Missale gallicanum vêtus (1).
Ce sacramentaire, de même date que le précédent, porte le n*" 493 dans le fonds palatin, à la bibliothèque du Vatican. Il est fort mutilé. Les fragments ne sont même pas tout à fait en ordre dans le manuscrit ; mais
(1) Delisle, n* 5. — Editions de Tommasi, Mabillon, Muratori, Neale et Forbes.
LBS LIYRBS DE LITURGIE LATINE. 145
•emier éditeur, Tommasi, les a disposés comme
Qvenait.
i y trouve d'abord une messe en l'honneur de
Germain d'Auxerre , suivie de prières pour la diction des vierges et des veuves. Après une la-
se présentent deux messes in Adventu Domini ,
de la vigile de Noël et les prières pour la nuit mte , interrompues par une autre lacune. Au de celle-ci on se trouve au milieu des rites du ihuménat et de la Traditio symboli, afférente au nche avant Pâques, suivant le rit gallican. Puis, > une troisième lacune, viennent les cérémonies , semaine sainte , des fêtes de Pâques et la suite ropre du temps jusqu'à la messe des Rogations, ! texte s'interrompt.
ns les endroits où ce sacramentaire peut être ^aré avec le précédent , on trouve beaucoup de aies identiques. Ni l'un ni l'autre n'est complet.
reconstituer certaines séries de prières il faut uppléer l'un par l'autre. Du reste , il y a ici , Qe dans le sacramentaire d'Autun, une forte pro- 3n d'éléments romains.
/ 9* Les messes de Mono (1).
Mone (2) publia , en 1850 , un recueil de onze es gallicanes , déchiffrées dans un manuscrit pa- ;este provenant de Reichenau. L'écriture est iale de la fin du septième siècle (3). D'après une ajoutée après coup , à la fin du manuscrit , ce-
elisle, !!• 8 (§ 1).
ateinische und griechische Messen aus dem zweiten bis sech» irhundert, Francfort, 1850. — Cf. Migne, P. L., t. CXXXVIII, Neales et Forbes, op. cit.^ p. 1.
elisle, /. c, p. 82.
lu
lui-ci aurait appartenu à Jean II, évéque de Constance (760-781).
Ces textes ont, sur les précédents, l'avantage d'être absolument gallicans, sans aucun mélange d'éléments romains. Malheureusement, sauf une messe en Thonneur dé saint Germain d'Auxerre (1), toutes les autres sont des messes de jours ou de dimanches ordinaires, sans rapport à une fête spéciale. A chaque messe il y a deux contestationes ^ ou préfaces, au choix de l'officiant. L'une des messes est toute entière en vers hexamètres, particularité unique dans Tensemble des textes liturgiques connus jusqu'à présent.
A ce fragment de sacramentaire il faut joindre quelques feuillets palimpsestes publiés par Am. Peyron. Mai, Bunsen. Les fragments de Mai et de Peyron paraissent provenir du même manuscrit de la. bibliothèque ambrosienne (2). Ceux de Bunsen ont étéi déchiffrés dans un manuscrit de Saint-Gall (3). Tousces débris sont de facture gallicane très bien marquée. On n'en pourrait dire autant d'un dernier fragment publié récemment par M. Bickell, d'après un manuscrit de Cambridge (4); il contient une partie de la messe de Noël , composée presque entièrement avec des oraisons romaines.
(1) Cette messe est tout différente de celle du Missale gallicanum,
(2) M 12 (ou 14) sup. Ceux de Peyron âgurent dans son livre intitulé : M. T. Ciceronis orationum fragmenta inedita, Stuttgard, 1824, p. 226 ; ceux de Mai , dans ses Script. Vett, , t. HI ,2» p. , p. 247. M. C.-E. Hammond a réimprimé les premiers dans sa brochure Thé ancient liturgy of Antioch^ p. 51 ; les autres dans son Liturgies eaêtern und western, p. lxxxi. Ces derniers figurent aussi dans la Patrologie de Migne, à la suite des messes de Mone, t. c, p. 883.
(3) Bunsen, Anal, antenicaena^ t. III, p. 263 ; Hammond, LitUrgy of Antioch , p, 53.
(4) Zeitschrift fur katholische Théologie, 1882, p. 370.
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10* Le lectionnaire dé Luzeuil.
Ce manuscrit, n® 9427 de la Bibliothèque nationale , ontient les leçons des messes de l'année ecclésiastiue. Il est en minuscule du septième siècle. Mabillon B trouva à Tabbaye de Luxeuil et le publia dans son )e liturgia galliccma. Cette publication n'est pas inégrale, Mai)illon n'ayant pas jugé utile de reproiuire dans leur entier des textes connus d'ailleurs ; Is se borne à donner le commencement et la fin de ihaque leçon, avec les références opportunes ; mais 1 donne toutes les rubriques, qui sont ce qu'il y a de )lus important à connaître.
Le lectionnaire de Luxeuil est un livre purement gallican, sans la moindre trace d'éléments romains. [1 est disposé suivant l'ordre de l'année ecclésiastique gallicane, et c'est là son grand intérêt. Les fêtes des saints sont peu nombreuses ; celle de sainte Geneviève est la seule qui pourrait fournir quelque indication sur l'origine du manuscrit. Quoiqu'il ait été trouvé à Luxeuil, il ne présente aucun détail qui se rapporte particulièrement à cette région.
11* Les lettres de saint Germain de Paris.
Il faut compter au nombre des documents les plus ^^écieux pour l'étude de la liturgie gallicane deux ^ttres publiées par Martène (1), d'après un manuscrit -^utun. La première porte en tête l'indication Germa- ^-*^ episcopus Parisius scripsit de missa. Je ne vois pas ^'il y ait la moindre raison de contester cette attri- ^tion. Saint Germain de Paris (v. 555-576) est célè- ''ï^e (2) pour son zèle à célébrer dignement les saints
(1) Thea. anecdot,, t. V. Cf. Migne, P. L.. t. LXXII, p. 89.
(2) Fortunat, Carm., II, 9.
offices; il n'est pas étonnant qu'il se soit donné la peine d'écrire quelques pages sur le sens symbolique des rites de la liturgie. Tel est en effet le sujet traita dans les deux lettres ; la première est consacrée à h messe, la seconde à certains détails spéciaux, aux ce rémonies extraordinaires, aux vêtements liturgiques Pour expliquer les rites, le vénérable auteur est oblige d'en faire une description sommaire, et c'est là ce qu fait pour nous l'intérêt de son exposition (1).
12* Livres bretons, irlandais, etc.
Les anciens manuscrits liturgiques provenant des Iles Britanniques sont, à une seule exception près, des li vres mixtes, romains pour le fond, mais gallicans poui certains détails. Le plus important est le « missel d( Stowe (2) » qui contient, à la suite de l'évangile d( saint Jean, un ordinaire de la messe, puis les prières de trois messes spéciales, un Ordo baptismi , un Ordi ad infirmum visitandum, enfin un traité en irlandaiî sur les cérémonies de la messe. Tout n'y est pas di la même écriture. Les textes latins sont en partie di huitième siècle, en partie du dixième. C'est la seconde main qui a écrit presque toutes les rubriques ; elle i aussi ajouté beaucoup de choses dans les espaces laissés d'abord en blanc ou même sur l'ancien texte préalablement gratté. Le commencement du canoi appartient à cette seconde écriture, de même que li rubrique Canon dominicus papae Gilasi, à laquelle il ne
(1) On peut tirer des lettres de saint Germain une sorte d'Ord( gallicanus. Le IV* concile de Tolède (c. 25) ordonne aux évéques d< remettre à chacun dos prêtres qu'ils envoient gouverner une paroisse un libellus officialis pour les diriger dans l'accomplissement des cérémonies du culte. Aucun livre de ce genre n'est venu jusqu'à nous
(î) Publié par Warren, The Liturgy and rilual of Vie Celtic church Oxford, 1881, p. 207-248. Cf. Whitley Stokes, The Irish passages ii thn Stowe missal, Calcutta, 1881.
convient pas d'ajouter trop de confiance. En fait nous avons ici le canon romain ordinaire , dans sa forme grégorienne, c'est-à-dire avec la finale diesque nostros îtc, dans le Hanc igiPur, Il est seulement interpolé, à livers endroits, soit de première, soit de deuxième lain. Parmi ces interpolations, une des plus curieuses st celle du Mémento des défunts (première main) ; on
voit nommés une série de justes, depuis Abel jus- U-'aux saints irlandais du sixième siècle. On y trouve iJ-Ssi les noms du pape saint Grégoire et des trois c*emiers successeurs de saint Augustin sur le siège s Cantorbéry, Laurent, Mellitus et Justus. Ce derî^OT mourut vers l'année 627; c'est le plus jeune des tints nommés ici.
Quelques fragments gallicans se remarquent dans • livre de Deer, évangéliaire de la bibliothèque de u.iiiversité de Cambridge (1), qui provient de l'Ecosse, ^ns les livres irlandais de Dimma (2), de Mul- Q.g (3) et dans un manuscrit de Saint-Gall (4). Mais ^ ne sont là que de faibles vestiges.
En revanche nous possédons encore un livre lituricjue irlandais absolument exempt de toute trace d'in- Vience romaine. C'est l'Antiphonaire de Bangor (5). '^ manuscrit, actuellement conservé à la bibliothèque ■txibrosienne, est daté par le morceau qui le termine, '-ïie énumération des abbés du monastère de Banîor (6), depuis le fondateur saint Comgill, jusqu'à 'abbé en fonctions, Croiian, qui siégea de 680 à 691.
(1) Warren, l. c, p. 164.
(2) Ibid., p. 167.
(3) Ibid., p. 171.
(4) N- 1394 ; Warren, ibid., p. 177.
(5) Publié par Muratori, Anecdota bibl. Ambrosianae, t. IV, p. 121 ; dltion répétée dans la Patrologie latine de Migne, t. LXXII, p. 582.
(6) l\ ne faut pas confondre ce monastère de Bangor, situé dans le omté de Down, en Irlande, avec le monastère de Bangor, dans le ays de Galles, dont parle Bédé, Hist. eccl,, II, 2.
150 ORIGINES DU GULTB GHBÉTIBN.
Il contient un certain nombre d*hymnes pour rofflce de matines, puis diverses oraisons relatives au même office, enfin quelques antiennes et autres petites pièces.
13* Le sacramentaire gallican (1).
Il me reste à décrire un livre qui , comme là plupart des anciens manuscrits liturgiques, a reçu de son premier éditeur une désignation inexacte. C*est le Sacramentarium gallicanum de Mabillon. De même que le Missale gothicum et le Missale gallicamm sont ainsi appelés , quoiqu'ils ne soient pas des missels, mais des sacramentaires, de même le Sacrarrmr torium gallicanum porte ce titre, bien qu'il ne soit pas un sacramentaire, mais un missel. Mabillon le trouva à Bobbio et le publia dans son Musaeum Italicum (2). Le manuscrit , envoyé à Saint-Germain des Prés au moment de l'édition, y demeura depuis. Il est maintenant à la bibliothèque nationale (n** 13246). M. Delisle le fait remonter au septième siècle.
Malgré cette haute antiquité, le missel de Bobbio n'est qu'un des plus médiocres témoins de l'usag© gallican. Il commence par une missa Romensis cotti" diana, où les deux usages gallican et romain scal^ combinés d'une façon spéciale. Jusqu'à la préface 9 tout le rituel est gallican ; depuis la préface, tout es* romain. Viennent ensuite les messes et cérémonies 4^ Tannée ecclésiastique : la série s'ouvre par tfois messes in adventum Domini^ avant la vigile de Noël ; les fêt^S des saints sont peu nombreuses ; il y a une messe ©^ rhonneur de saint Sigismond, pour les malades attelants de la fièvre quartaine. Pour chacune des messes oï^
(1) Delislo, !!• 6.
(2) T. I, 2« p. Cf. Migne, P. L., t. LXXII, p. 451 ; Muratori, EZ^U- Rom., t. II, p. 775; Neales et Porbes, op, cit., p. 205.
LBd LIYBÈST DE LITURGIE LATINE. 151
trouve d'aboï*d lie texte des trois leçons gallicanes, pms viennent leâ quatre oraisons avant la préface, enfin celle-ci , sous la rubrique Contestatio. Aucune des messes n'est prolongée au delà du Sanctus, ce qui suppose qu'on les terminait toutes comme la missa Romensis cottidiana du commencement.
Mabillon pense que le missel de Bobbio pourrait provenir de la province de Besançon, où se trouvait Luxeuil, métropole monastique du couvent italien. Il Toit dans la messe de saint Sigismond un indice en faveur de cette conjecture. Je ne sais s'il a raison. La messe de saint Sigismond n'est pas une messe pour Tanniversaire de ce saint, mais pour la guérison des fiévreux dont il était considéré comme le patron, et cela bien ailleurs qu'en Séquanaise et en Bourgogne. J'iosisterais plutôt sur le lieu d'où vient le manuscrit et sur ce que le nom de saint Ambroise figure au canon de la messe , particularité qui ne se rencontre dans aucun sacramentaire gallican ou frank. Déplus, le rit romain est combiné ici avec le rit gallican d'une façon particulière , tout à fait différente des systèmes de combinaisons que nous trouvons dans les manuscrits franks des derniers temps mérovingiens. Ce n'est pas tout à fait la liturgie ambrosienne, mais c'est quelque chose d'analogue. Le canonromain est franchement ^opté, plus complètement même que dans le rit ambrosien, qui a maintenu ici quelques particularités.
14* Livres ambrosiens.
Les collections de l'Italie du Nord, particulièrement ^Ambrosienne de Milan et le trésor de la cathédrale ^^ cette même ville ont- conservé un assez grand nom- *5^ de manuscrits liturgiques à l'usage des églises de ^*t ambrosien. Les plus anciens sont du dixième siè- ^1^. La tête de la série est représentée par le sacra-
meiitaire de Biasca (1) , d'une exécution assez grossière, comme on peut s'y attendre, puisqu'il s'agit d'ur livre à l'usage d'une paroisse de campagne. Dans les livres ambrosiens, l'année ecclésiastique commence i la Saint-Martin (11 novembre) ; l'ordinaire de la messe est placé après la semaine de la Pentecôte, au miliei] du volume. Outre les sacramentaires , il y a aussi quelques antiphonaires. Malheureusement on ne trouve nulle part, dans ces vieux livres , les rites de la confinnation , de l'ordination , de la dédicace des églises.
(1) Ambros., A 24 bis inf. ; Delisle, n" 71. — H n'entre pas dans mou plan de décrire, même sommairement, les manuscrits de la liturgie ambrosienne, et je ne les ai pas étudiés assez longtemps pour être é même de le faire. Le peu de temps que j'ai pu leur consacrer m'f beaucoup appris, grâce à cette circonstance que j'avais pour guid( le savant le plus versé dans l'étude de la liturgie milanaise, M. Vabbi Geriani. H faut espérer qu'il publiera un jour les résultats de ses Ion gués et consciencieuses recherches. En attendant, on trouvera, dam le mémoire de M. L. Delisle, p. 198 et suiv., la description des plui anciens sacramentaires ambrosiens.