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CHAPITRE VI

Les Ordines Romani nous décrivent la messe stationale, celle que célébrait le pape en personne, dans les grandes réunions liturgiques où tout le clergé et tous les fidèles étaient convoqués et même censés présents. Les prêtres, dans leurs églises titulaires (1), dans les églises et chapelles des cimetières, dans les oratoires des monastères, des diaconies, des maisons particulières, célébraient suivant un rite identique pour le fond, mais dépourvu de solennité. Le prêtre cardinal n'avait à sa disposition que des clercs inférieurs, des acolytes; il était obligé de remplir luimême beaucoup de fonctions qui , à la messe solennelle, étaient confiées aux diacres. Cette disparité ne tenait pas à la différence de rang entre le prêtre et Tévêque, car il arrivait assez souvent que, le pape se trouvant empêché , la messe stationale fût célébrée par un prêtre ; alors le cérémonial n'était guère moins imposant et compliqué que si le pape eût été présent. Ce n'était pas non plus le lieu de la station qui fai-

(1) Le P. de Smedt, dans le mémoire cité plus haut, p. 10, note 2, a émis l'idée que les prêtres de Rome n'avaient pas le droit de célébrer l'Eucharistie dans les églises titulaires. Ce système, qui repose sur une interprétation inexacte de l'ancien usage du fermentum (v. Liber pontif.^ t. I, p. 169, note 4), me paraît tout à fait insoutenable.

sait la différence. On pouvait célébrer des messes privées à Saint-Pierre, à la basilique Constantinienne du Latran, à Sainte-Marie-Majeure; réciproquement, il arrivait très souvent que la messe stationale , avec toute sa pompe, fût célébrée dans une église presbytérale. On peut même dire que toutes ces églises , ou presque toutes, avaient, au moins une fois chaque année, rhonneur d'être désignées comme lieu de station. La différence tenait au caractère de l'assistance. Aux messes des chapelles, des cimetières, des titres presbytéraux, et même des grandes basiliques, hors les jours de station, il n'y avait qu'une assistance privée, une famille, une corporation, un quartier, un groupe quelconque de fidèles indigènes ou de pèlerins. La messe était une messe privée. La messe publique, c'était la messe stationale, celle à laquelle toute l'église était censée prendre part.

C'est évidemment celle qui correspond le mieux au caractère primitif de l'institution et celle qui se recommande le plus à l'étude. Telle qu'elle est décrite dans les Ordines du huitième et du neuvième siècle, elle comporte un cérémonial fort postérieur à l'âge antique ; la cour pontificale, déjà très développée, y tient une place considérable ; les divers groupes de clercs, classés par ordres et par régions, la corporation des chantres, les staurofores de quartier, la hiérarchie militaire et civile, tout le monde a son rôle dans ces pompes du culte. Je laisserai dans VOrdo tout ce qui regarde cette partie du cérémonial et je ne m'atta- 'cherai qu'aux rites essentiels, communs à la liturgie romaine et aux autres liturgies.

1* Entrée de Tofficiant.

L'assemblée des fidèles est réunie ; les prêtres, auxquels se joignent les évêques présents à Rome, ont

pris place dans l'abside, réservée au clergé supérieur. Le pontife et ses diacres partent du secretarium ou sacristie, édicule situé vers l'entrée de l'église, et s'avancent vers l'autel. Les ordines du huitième siècle nous les représentent revêtus de leurs costumes liturgiques, précédés de sous-diacres, dont l'un balance l'encensoir (1) et de sept acolytes portant des cierges (2). Pendant cette procession, le chœur [schola cantorum) exécute Tantiphone ad introitum, A l'origine cette antiphone comportait le chant du psaume entier ou au moins de plusieurs versets ; on ne s'arrêtait que quand le pontife était parvenu à Tautel. Avant d'y arrriver, il rencontrait un clerc qui lui apportait un fragment de pain consacré , provenant d'une messe précédente. Cette parcelle eucharistique était destinée à être placée dans le calice avant la cérémonie de la « Fraction du pain (3). » En entrant dans le sanctuaire, le pape donnait le baiser de paix au premier des évêques, au premier des prêtres et à tous ses diacres , puis il allait se prosterner devant la table

(1) A en juger par les ordines et autres livres liturgiques, ainsi que par les énumérations de mobilier sacré que Ton trouve dans le Liber pontificalis , Tencensoir portatif n'était usité à Rome , jusqu'au neuvième siècle, que pour les processions. On parfumait ainsi la voie que le cortège devait suivre. Quant aux encensements de l'autel , de l'église, des membres du clergé ou de l'assistance , il n'en est jamais question.

(2) Je soupçonne qu'il doit y avoir un rapport entre la coutume de porter ainsi des cierges devant le pape et aussi devant le livre des Evangiles, à certains moments , et les cierges figurés parmi les insignes des plus hauts dignitaires de l'empire romain, dans la Notitia dignitalum imperii,

(3) h'Ordo porte que le pontife salutat sancta. C'est, je crois, à cette rencontre du pape et de l'Eucharistie que se rattache une cérémonie actuellement en usage à la messe solennelle célébrée par le pape. On expose le Saint-Sacrement dans une des chapelles qui se trouvent sur le parcours de la procession, entre le secretarium et l'autel. Arrivé devant cette chapelle , le pape s'arrête et s'agenouille quelque temps devant le Saint-Sacrement. Ce rap|vochement m'a été suggéré par M. de Rossi,

sainte. Quelques instants avant son arrivée on y avait porté solennellement le livre des évangiles, qui s'y trouvait déposé. Après la prostration , les diacres allaient deux à deux baiser Tautel sur les côtés; le pontife s'en approchait aussi et le baisait, ainsi que le livre des évangiles.

Il est difficile d'assigner une date précise à cette cérémonie. Dans tous les rites l'entrée de l'officiant fut de bonne heure entourée de quelque pompe. On ne se trompera pas de beaucoup en rapportant au cinquième siècle au moins la plupart des détails qui viennent d'être décrits.

2* Chants préliminaires.

Le Kyrie eleison doit être considéré comme le résidu de la prière litanique ou dialoguée entre l'un des ministres sacrés et l'assistance entière. Cette forme de prière joue, comme on l'a vu, un très grand rôle dans les liturgies grecques. La liturgie de Constantinople contient une litanie au commencement de la messe, avant l'entrée des célébrants. A Rome, il semble bien qu'elle ait formé jadis le début de la liturgie. Il était de règle, au huitième siècle, que les jours de litanie, c'est-à-dire les jours où l'on venait en procession générale à l'église de la station , on ne chantât ni Kyrie ^ ni Gloria ; la réunion s'ouvrait par le Pax vobis et la première oraison. De même le Kyrie était supprimé, les jours d'ordination, parce que l'on chantait la litanie après le graduel. Maintenant encore, le Kyrie eleison^ à la messe du samedi saint, n'est autre chose ^ue la finale de la Ktanie par laquelle cette messe commence (1). Saint Grégoire (2) atteste que,

(1) Cette corrélation du Kyrie et de la litanie est encore très apparente dans les Ordines du douzième siècle.

(2) Ep. IX, 12 : « In quotidianis missis aliqua quae dici soient ta-

de son temps, les mots Kyrie eleison et Christe eleison étaient, sauf aux messes quotidiennes, accompagnés d'autres formules ; sans doute une litanie , plus ou moius allongée.

La litanie des saints actuellement en usage nous a conservé cette antique forme de la prière dialoguée, telle qu'elle était prononcée dans l'église romaine. Sans doute elle a subi beaucoup de développements , surtout dans la première partie , qui contient les invocations aux saints. Mais la fin, celle où Ton répond Terogamus, audi nos, a une touche tout à fait antique; elle ressemble beaucoup aux prières litaniques en usage dans l'église grecque; bien qu'elle ne soit attestée que par des textes du huitième siècle, il est probable qu'elle remonte beaucoup plus haut.

Il est d'ailleurs évident que la coordination du ! iyrie eleison avec la litanie n'a pas lieu , à Rome, de I la même façon que dans les églises orientales. A Rome, cette invocation se place au commencement et à la fin de la litanie; elle est récitée alternativement par le préchantre et par les fidèles. En Orient elle constitue la réponse du peuple aux demandes de la litanie diaconale. Saint Grégoire remarquait ^éjà cette diJBférence (1). Elle vient de ce que, à Rome, '6 Kyrie eleison est adventice, comme il l'est du reste ^9,ns tous les pays d'Occident (2). On ne pouvait sup-

^®ïïms, tantiunmodo Kyrie eleison et Christe eleison dicimus, ut in ^*s deprecationis vocibus paulo diutius occupemur. »

(1) Ep. IX, 12 : « Kyrie eleison autem nos neque diximus neque **icimn8 sicut a Graecis dicitur, quia in Graeciis simul omnes di- ^^nt, apud nos autem a clericis dicitur et a populo respondetur; et ^^tidem vicibus etiam Christe eleison dicitur, quod apud Graecos

. *^Villo modo dicitur. »

(2) Concile de Vaison (529), c. 3 : « Et quia tam in sede apostolica ^Viam etiam per totas orientales atque Italiae provincias dulcis et ni- ^ïàium salutaris consuetudo est intromissa ut Kyrie eleison frequen- ^i"U8 cum grandi affectu et compunctione dicatur, » etc. Le concile Conclut à l'adoption de cette coutume par les églises de la province

primer la formule Te rogamus^ audi nos^ qui, dans la litanie romaine, joue le même rôle que le Kyrie eleison dans la litanie grecque. Il fallut trouver à celui-ci une autre place. Chose assez singulière, le Kyrie eleison qui est plus jeune, à Rome, que la litanie, s*est maintenu dans le service de la messe, tandis que la litanie , plus ancienne que lui, en a été à peu près éliminée.

Le Gloria in excelsis, — Cet hymne est, comime le Kyrie ^ d'importation grecque. On le trouve, sous une forme un peu différente , il est vrai, dans les ConsH* tutions apostoliques (1) (VII, 47) et dans les appendices de la Bible grecque , à la fin du codeœ Alexandrie nus (cinquième siècle). C'était un hymne matinal; il faisait partie de l'office de matines, et non de la liturgie proprement dite. A Rome on l'introduisit d'abord à la première messe de Noël , qui se célébrait avant le jour. Le pape Symmaque en étendit l'usage aux dimanches et aux fêtes des martyrs (2) , mais seule-

d* Arles, qui ne la connaissaient pas encore. Le mot intromissa ne devrait pas s'étendre aux églises d'Orient, car il est sûr qu'elles avaient le Kyrie eleison dés la plus haute antiquité : la rédaction du canon est un peu défectueuse sur ce point. Mais il est clair que le concile de Vaison considérait comme une importation d'assez fraîche date le Kyrie eleison alors usité à Rome et en Italie (Milan).

(1) Voici le texte des Constitutions : a A6Ea év {k|/C<txoic Becp xai M Y^C etpi^vT), êv àvOptbiroiç eûSoxCa.

» AlvoO(iév (TE, 0(ivoO{Aév ce, euXoYoO(iév «re, 6oÇoXoYoû(tév «re, TCpo<niuvoO* \U\ (je 6ià ToO (ieYà>ou àpxtepécoç, aè, xàv 5vTa 6eàv, à^éwriTov Sva, &icp6- (TiTOv (lovov, 6ià xiîv {teY<^XY)v aou fiô^av,

» Kupie, paciXeO ÈTroupdivie. 6eè nàxep TcavToxpàTop ,

» Kupie 6 Oeèç , ô Tcaxi^p toù XpiaxoD , xoO &(i.w(jiov dfivoù , àç alpei vijy &(iapx(av Tou xodixou , TrpoaSeÇat xVjv SéTjciv ^{kôv , ô xaôiQ(i.evoc èizi T«i>v Xspouêl(ji, ÔTi (j\i (lovo; &Y^o(» ^ (lovoç xupioç lïjaoO XpurcoO . toO 6eov nourtic

Les éditions portent , à la fin , 'lT)<roùc Xgiaxoz ; il faut évidemment corriger comme je l'ai fait. Ce texte s'inspire de la doctrine subordinatienne. On l'a soigneusement corrigé en le transportant dans la liturgie romaine.

(2) Lib, pontif., t. I, p. 129 (Télesphore\ et 263 (Symmaque).

ment à la messe épiscopale. Les prêtres ne pouvaient le chanter que le jour de Pâques , quand ils remplaçaient le pape empêché , ou le jour de leur installation dans leurs fonctions sacerdotales (1).

3* Première oraison.

Après le salut à l'assistance , le célébrant invite à la prière d'ouverture , appelée collecta , parce qu'elle se fait au moment où l'assemblée achève de se réunir (2). Cette prière est la première des trois « prières collectives (3) » que comporte la messe romaine. Les deux autres sont la prière super oblata (secrète), et la prière post communionem.

4* Les lectures et le chant des psaumes.

Dès le commencement du sixième siècle, il n'y avait plus à Rome que deux lectures , l'Epitre et l'Evangile (4). La première est empruntée tantôt à l'Ancien Testament , tantôt au Nouveau (les évangiles exceptés) , mais le plus souvent aux épitres de saint Paul ou aux.épitres catholiques, d'où le nom d'épitre.

A l'origine les lectures avaient été plus nombreuses; il est même resté, dans l'usage actuel, plus d'une trace de la leçon prophétique maintenant disparue. D'abord cette leçon subsiste encore à certains

(1) Ord. Rom. /, 25. Cf. VOrdo du manuscrit de Saint-Amand (imprimé à l'appendice), chapitre de l'ordination des prêtres.

(2) Colligere plebem est l'expression ordinaire pour rendre l'idée de réunir, tenir une assemblée liturgique. Le sens du mot collecta ( = collectio y comme missa = missio) est bien déterminé par les rubriques du sacramentaire grégorien, relatives aux jours de litanie. L'oraison indiquée pour l'église d'où part la procession est dite ad collectam, U est inutile de rappeler que les mots grecs «ruvaÇic, <tuvàyeiv sont les équivalents des termes latins collecta et colligere.

(3) Ci-dessus, p. 101.

(4) L. P., Célestin, t. I, p. 230.

jours de Quatre-Temps et de Carême. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est la disposition des chants sacrés entre l'épitre et l'évangile. Ces chants sont toujours au nombre de deux, un psalmus responsorius ou répons , qui porte le nom spécial de Graduel , et V Alléluia (1) auquel se rattache encore un verset de psaume ; pendant le Carême , et autres temps de pénitence , ainsi qu'aux messes funéraires, V Alléluia est remplacé par un psaume dont la mélodie a un caractère spécial, c'est «le psalmus tractus ou Trait (2). Dans tous les cas il y a toujours un second chant ^ après le graduel. Pourquoi cette dualité? On en i trouve la raison en considérant que , dans les rares « messes où la leçon prophétique s'est conservée , on exécute le graduel entre cette leçon et l'épitre et-z: V Alléluia ou le trait entre l'épitre et l'évangile. Ainsi les deux chants ont été d'abord intercalés un à un entre les leçons ; puis, la première ayant été supprimée, on les a réunis tous les deux entre l'épitre et l'évangile.

La suppression de la leçon prophétique , à Rome , a dû se faire dans le courant du cinquième siècle. C'est vers le même temps qu'elle fut aussi opérée à Constantinople. La liturgie arménienne , qui est une forme ancienne de la liturgie byzantine, comporte encore les trois leçons , tandis qu'il n'y en a plus que deux dans les plus anciens livres liturgiques de rit byzantin.

(1) Le chant de VAlleluiai est très ancien daiis l'Eglise, mais son adaptation à une place déterminée dans le service divin varie d*iin rit à l'autre. Dans le rit gallican, VAlleluiai était chanté après l'évangile , à la procession de l'oblation ; c'est aussi l'usage en Orient, L'AHeiuia avant l'évangile est une spécialité du rit romain. Avant saint Grégoire, on ne le chantait que pendant le temps pascal (JEp. IX, 12),. n paraît même qu'on avait commencé par le chanter seulement le jour de Pâques (Sozomène, Hisi. eccl,, VII, 19).

(2) Ci-dessus, p. 107.

LA MBSSE ROUAINE. 161

J'ai d^à dit que les chants de psaumes intercalés ?^nii les lectures de la messe remontent à la même ^mtiquité que ces lectures elles-mêmes et qu'ils nous "viennent en droite ligne du service religieux des synagogues juives. Dans la liturgie chrétienne ces chants sont la plus ancienne et la plus solennelle représentation du Psautier davidique. Il faut bien se garder de les mettre sur le même pied que les autres chants , Introït , Offertoire , Communion , qui ont été introduits plus tard , et seulement pour occuper l'attention pendant de longues cérémonies. Le graduel Btles chants similaires sont exécutés pour eux-mêmes ; pendant qu'on les exécute, célébrants et assistants l'ont rien autre chose à faire que de les écouter. y^si là l'antique chant des psaumes qui , dans la primitive église, se mêlait aux lectures des livres saîrés (1).

Le nom de Graduel vient de ce que ce psaume se 'hantait sur le grackbs ou ambon, comme les lectures ; l était toujours exécuté par un soliste , et le chœur '^ bornait à reprendre la phrase musicale finale (2). ■•Bs autres chants étaient exécutés in piano, par le 'l^ceur ou schola cantorum. Il était même de règle, i^squ'à saint Grégoire , que le graduel et ses appendices fussent chantés par les diacres seuls, comme l'évangile, et cette fonction avait, dans le ministère des diacres, un relief tout spécial. Elle est souvent ïnentionnée dans les épitaphes :

Ps&llere et in populis volui modulante propheta sic merui plebem Chri^ti retinere sacerdos,

(1) On voit par là quelle hérésie on commet en remplaçant ces bants par des morceaux d'orgue.

(2) Les régies du chœur prescrivent encore d'exécuter ainsi les nales. Cet usage est très ancien , car il en est fait mention dans les onstitutions apostoliques : « ... Tl; toù; tou Aa6iô tJ/aXXéTO) djjivou; xaî Xctàc xà ànLooaxixioL ûico4'aXXéTa) » (II, 57). Cf. ci-dessus, p. 107, 108.

dit un évêque, expliquant ainsi comment les fidèles. ravis de son chant, l'ont récompensé en l'élevant à Té piscopat (1). On lit dans l'épitaphe du diacre Redemp tus, contemporain du pape Damase :

Dulcia nectareo promehat mella canore prophetam celebrans placido modul&mine senem ;

dans celle de Tarchidiacre Deusdedit (V* s.) :

Hic levitarum pHmus in ordine vivens Davitici cantor carminis iste fuit (2) ;

dans celle de Tarchidiacre Sabinus (V* s.) :

[Ast eg\o qui voce psalmos modulatus et arte [diYé]r8is cecini verba sacr&ta sonis (3).

Pour être diacre , il fallait avoir une belle voix posséder à fond Tart de la musique.

A foçce de rechercher cette qualité, on en vint en négliger d'autres plus essentielles. Saint Grégoi crut devoir obvier à cet inconvénient en supprima le privilège des diacres par rapport au chant des psa— mes (4). Mais si le graduel cessa d'être chanté ples diacres, il continua d'être exécuté en solo.

Les lectures étaient autrefois précédées d'une in vitation au silence, dont la formule s'est conserv-^ dans l'ordre de la cérémonie appelée « Ouvertudes oreilles » ou « Tradition du Symbole », une des (^ rémonies préparatoires au baptême. C'est le dia(5-:3 qui disait à haute voix : State cum silentio^ audienù^é intente /

(1) De Rossi, Bull,, 1864, p. 55. •

(2) De Rossi, Roma soti., t. III, p. 239, 242.

(3) De Rossi, Bull, 1864, p. 33.

(4) Concile de 595, c. 1.

A^près les leçons, nous devrions trouver Thomélie. ûs à Rome Thomélie paraît être tombée d'assez bonne Jure en désuétude. Saint Grégoire, et, avant lui, saint ion, sont les seuls anciens papes dont il reste des )mélies et même que l'on sache en avoir prononcé, icore les homélies de saint Léon sont-elles courtes réservées à certains jours solennels. Les prêtres mains n'avaient pas le droit de prêcher, et les pas voyaient d'un mauvais œil que les autres évoques ssassent prêcher les leurs (1). Sozomène, qui écriit vers le temps de Xystus III, rapporte que personne > prêchait à Rome (2).

On ne trouve non plus , dans les livres liturgiques 1 huitième siècle, aucune trace du renvoi des catélumènes et des pénitents. C'est qu'ils ont été transits en un temps où la discipline du catéchuménat et ' la pénitence avait subi de grandes modifications. Il r avait plus de catéchumènes adultes , et les péniits publics étaient ordinairement confinés dans des Uastères. Cependant les anciennes formules de la '^a catechumenorum et de la missa paenitentium se t conservées , la première dans l'ordre baptismal i cité, la seconde dans un récit de saint Grégoire. j our de l'Ouverture des oreilles, le diacre congé- »^ t; les candidats au baptême en disant : Catechumeni ^dant ! Si quis catechumenus est recédât ! Omnes ca- ^^9jimeni exeant foras ! Saint Grégoire raconte (3) que Ï.3: religieuses, excommuniées par saint Benoît, fu- ^t, enterrées dans une église , et que , chaque fois ^ l'on célébrait la messe , au moment où le diacre 9tit : Si quis non communicat, det locv/m! leur nour-

0 Lettre du pape Célestin aux évêques de Provence; Jafifé, 381. ^) Sozomène, Hist, eccl.j VII, 19.

^) Dial., II, 23.

164 ORirrlNES DU CULTE GHAÉTIBN.

rice les voyait se lever de leurs tombes et sortir du lieu saint. La façon dont Grégoire s'explique : Cftfirm' que, . . ex more diaconus clamarBt , suppose que cette formule de renvoi, ou une formule équivalente, étai encore en usage de son temps , à la flù du sixième siècle.

5* La prière des fidèles.

La messe des catéëhumènes est terminée; la mes -s des fidèles va commencer (1). L'évéque salue de nc^^ veau l'assistance : Dominus vàbiscum / Vuis il l'invîi à la prière : Oremus ! Il est étrange que, pas plus a huitième siècle qu'à présent, cette invitation ne soi suivie d'aucun effet. Personne ûe prie. Le pape et ses assistants vont recueillir les offrandes du peuple et du clergé, le chœur exécute un morceau de chant ; mais aucune prière n'est marquée dans les livres, aucune rubrique ne suppose que l'on en ïasse en particulier et secrètement. Il y a donc ici un hiatus évident; quelque chose a disparu. Et ce quelque chose n est rien moins que la « Prière des fidèles » qui, dans toutes les autres liturgies , se place à ce moment.

Je suis porté à croire que la disparition n'est pas tout à fait complète et que la formule usitée jadis dans l'église romaine s'est conservée dans la série des oraisons solennelles du vendredi saint.

Au huitième siècle , ces oraisons étaient récitées non seulement le vendredi, mais aussi le mercredi de la semaine sainte. Rien , dans leur teneur, ne les rattache spécialement aux solennités de la Passion et de

(1) L'usage de chanter le Credo à ce moment de la messe ne s'est introduit à Rome que dans la première moitié du onzième siècle. Bernon, abbé de Reichenau, raconte que, lui présent, Tempereui Henri II réussit à faire accepter cet usage au pape Benoît VÏII (1012' 1024) ; jusque-là les Romains ne le connaissaient pas (De off. missae, c. 2 ; Migne, P. L., t. CXLII, p. 1060).

J^JH MBSaX ROMAINSv 165

la Pâque. Ce sont des prières pour les besoins ordinaires de l'Eglise, pour la paix, pour Tévêque, pour la Uiérarchie tout entière, jusqu'aux confesseurs (ascètes), vierges et veuves; pour l'empereur romain; pour les malades, les pauvres, les prisonniers, les voyageurs, les marins ; pour les hérétiques, les schismatiques, les juifs et les païens. Ce sont les mêmes intentions dont la série revient à plusieurs reprises dans les liturgies quotidiennes des églises orientales. Je conjecture donc que ces oraisons ont fait autrefois partie de la messe romaine ordinaire et qu'elles étaient récitées après les lectures, à l'endroit où elles continuèrent d'être récitées , le mercredi et le vendredi saint (1).

&" h*oSra,nde,

Si la liturgie romaine a perdu la solennité de la prière des fidèles , en revanche elle a conservé celle de l'offrande , qui disparut de bonne heure de toutes les autres liturgies (2). Les fidèles apportent le pain et le vin, et non seulement les laïques, mais les clercs, les prêtres , le pape lui-même , chacun doit faire son offrande. Le pape, assisté des évêques et des prêtres, reçoit lui-même les pains ; l'archidiacre et ses collègues reçoivent les amulae ou burettes de vin. Cette division des rôles se maintient pendaut toute la cérémonie ; l'espèce du vin est le domaine spécial des diacres.

Pendant l'offrande , le chœur exécute un psaume à répons, appelé Offertorium, Ce chant est d'usage ancien. 11 fut introduit à Carthage du vivant de saint Augustin. Comme toutes les nouveautés, celle-ci fut

(1) A cette antique prière des fidèles correspondent, dans l'usage actuel, les prières dites du prône, entre Tévangile et l'homélie.

(2) Elle n'est plus d'usage à Rome, mais on la conserve à Milan, et, en France, en certains pays.

critiquée ; un certain Hilaire, personnage de rang tri bunitien {vir tribunitius) , fit à ce propos un tel tapage que Ton crut devoir prier Tévêque d'Hipponc d'écrire pour le réfuter. Ce fut l'occasion du livre actuellement perdu , intitulé Contra Hilarum , où TiL lustre docteur défendit morem qui tune esse apud Cok thaginem coeperat, ut hymni ad altare dicerenPur cz psalmorum libro (1), sive-ante oblationem y sive cfijm distribueretur populo quod fuisset oblatum.

Actuellement V Offertoire n'a plus qu'un seul verse sans répons ; mais , dans les anciens antiphonair^ il offre une contexture plus étendue et plus comp3 quée.

L'offrande terminée , l'archidiacre choisit parmi le pains offerts ceux qui doivent servir à la communioi et les range sur l'autel. Il y place aussi le vase {scyphus) contenant le vin pour la communion des fidèles, les deux pains offerts par le pape lui-même, enfin le calice qui servira , comme ces deux pains , à la communion tant du pontife que du haut clergé. Il a soin de verser dans ce calice , avec le vin offert par le pape, un peu de celui qu'offrent les prêtres et les dia cres et de celui qui est contenu dans le scyphus et qu représente l'offrande des fidèles ; enfin il y ajoute un( petite quantité d'eau.

Aucune prière n'accompagne ces dispositions. L( pape n'y intervient pas ; il est en ce moment à soi siège, au fond de l'abside. Les prières actuelles d( l'offertoire ne sont pas marquées dans les ancien livres. Elles sont tout à fait analogues, pour le sens, ; celles que font les prêtres grecs et que faisaient san

(1) Aug., Retr&ct.^ II, 11. — Remarquer le mot hymnus employ pour désigner un psaume et l'usage d'emprunter au livre des Psau mes le texte de l'offertoire. Cela n'exclut pas des formules tirée éventuellement des autres livres sacrés ou même d'ailleurs ; mais cel éclaire l'origine et la nature primitive do ce chant ecclésiastique.

1 doute les prêtres gallicans , avant lo commencement \ de la messe, à la table de prothèse (1).

f 7* Les prières consécratoires.

: La préparation de Toblation se faisant , dans Tusage romain, à l'autel lui-même et pendant 'la messe, il l ne peut y avoir d'entrée solennelle de Toblation pré- I parée d'avance, comme dans les rits orientaux et f gallicans. Le baiser de paix, la lecture des diptyques, sont renvoyés plus loin. Aussitôt que Tarchidiacre avait achevé de disposer sur Tautel les pains et les calices à consacrer , le pape , s'étant d'abord lavé les mains, se transportait à l'autel et commençait les prières consécratoires (2). Il invitait d'abord les fidèles à une prière, la deuxième des prières collectives de la messe romaine. C'est celle que l'on appelle oraison super oblata ou Secrète, Elle est précédée d'un invitatoire de forme spéciale : Orate ^ fratres, ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiât apud Deum Patrem omnipotentem. La formule que l'ofiBciant récite ensuite et qui , à l'origine , n'était que la conclusion de la prière faite en silence par les fidèles , est prononcée à voix basse, d'où le nom de Secrète. Elle se

(1) Sur la particularité qu'offre ici l'usage spécial des Dominicains, voy. le chapitre suivant.

(2) De divers textes du Liber pontificalis (surtout t. I, p. 139, note 3, et p. 246, note 9) rapprochés d'un passage do VOrdo I de Mabillon (c. 48), il semble résulter que les prêtres titulaires avaient eu ici , à l'origine, un rôle spécial. On tenait devant eux des oblatae , posées sur des patènes. Us récitaient le canon en même temps que le pape et célébraient ainsi avec lui la liturgie eucharistique. Si j'ai bien compris les textes en question, l'usage eût été tel au commencement du sixième siècle, pour toutes les messes stationales. Au huitième siècle, ce rite n'était plus observé qu'aux fêtes de Noël, de Pâques, de la Pentecôte et de Saint- Pierre. Les autres jours, la coopération des prêtres ne se produisait que pour l'offrande, la fraction et la communion.

termine par une ekphonie, par une finale dite à haute voix, à laquelle on répond Amen.

Alors a lieu la prière eucharistique , correspondant à ÏAnaphora des liturgies grecques (1). Elle est cou- — pée par le chant du Sanctus en deux parties, de Ion — gueur inégale, dont la première, modulée à hautes voix, porte le nom de Préface, la seconde, récitée voix basse, s'appelle Canon, UAnaphora romaine a dea attestations d'une antiquité très grande. La formula dont on se sert maintenant existait déjà, mot pou' mot, au commencement du septième siècle. C'e saint Grégoire qui la retoucha le dernier en y ajoutant , dans la prière Hanc igitur, les mots diesque nostros in tua pace disponas (2) , atque ab aeterna damnations nos eripi et in electorum tuorum iubeas grege numerari. L'auteur du Liber pontificalis , au commencement du sixième siècle, parle du canon comme d'une formule fixe et de teneur connue. Il suppose môme qu'elle existait depuis longtemps, car il raconte que saint Léon (440-461) y ajouta quelques mots (3). Mais on peut remonter plus haut et constater sûrement que l'oraison à laquelle saint Léon ajouta ces quatre mots existait déjà au temps du pape Damase. On en a la preuve dans une critique soulevée contre elle par le diacre schismatique Hilaire, l'auteur des Quaestiones Veteris et

(1) Le groupement de la prière colleciwe et de la prière euchsiristique n*est pas particulier, dans l'usage romain, à la liturgie de la messe. On le rencontre dans toutes les consécrations et bénédictions solennelles.

(2) Il est possible que cette prière pour la paix temporelle ait été inspirée par les maux incessants de l'invasion lombarde. Cf. Liber pontif.y t. I, p. 312.

(3) Ce sont les mots sanctum sacrificium , immaculat&m hostiam, qui forment apposition à la mention du sacrifice de Melcbisédech , dans l'oraison Supra quae propitio. Je pense que saint* Léon aura voulu introduire ici une protestation contre les Manichéens, qui n'admettaient pas l'usage du vin dans leur liturgie. Cf. Lt6. pantif,, t. I, p. 239.

Novi TestamenPi (i) , contemporain de Damase. Ce théologien fourvoyé identifiait Melchisédech avec le Saint- Esprit et, tout en lui reconnaissant la qualité de prêtre de Dieu, il considérait son sacerdoce comme inférieur à celui du Christ : Similiter et SpiriPus sanctus Quasi autistes sacerdos appellatus est eœcelsi Dei, non summum, sicut nostri in ohlatione praesumunt. Quia quamvis unius substantiae Christus et Spiritus sanctus, uniuscuiu^que tamen ordo ohservandus est. Les mots ^%on swmmus, sicut nostri in oblatione praesumu/nt, visent évidemment la formule summus sacerdos Puus Melchisédech de Tépiclèse romaine.

Il y a plus encore. On retrouve de très longs fragxxients du canon romain dans un ouvrage assez peu jpostérieur à Damase , le De sacramentis du pseudo- -Ambroise. Ce livre, dont ni Tauteur ni la date ne sont sissignables avec précision, me paraît avoir été comj)Osé dans une de ces églises du nord de la péninsule italique, où l'usage de Rome se combinait avec celui <ie Milan, à Ravenne peut-être. Comme il suppose la population des villes encore partagée entre le paganisme et la religion chrétienne et qu'il est d'ailleurs emprunté en partie à un livre analogue de saint Ambroise, on ne se trompera pas de beaucoup en le datant des environs de l'année 400. Voici les parties du canon romain qui figurent dans son texte (2) :

(1) Migne, P. L., t. XXXV, p. 2329.

(2) De Sacram., IV, 5 ; Migne, P. L., t. XVI, p. 443. — Danssonlivre intitulé Liturgica Latinorum (t. I, p. 301), publié à Cologne en 1571, Pamelius, chanoine de Bruges, introduisit ce fragment au milieu des prières de la messe ambrosienne, ce qui a donné lieu de le citer comme <c canon ambrosien. » En réalité, il n'y a jamais eu de canon ambrosien; avant l'adoption du canon romain à Milan, les prières consécratoires y avaient encore une teneur variable, comme dans les livres gallicans. Quand le canon romain fut adopté , il le fut suivant la forme qu'il avait au septième siècle , après la retouche introduite par saint Grégoire. La messe ambrosienne de Pamelius est, à bien

Vis scire quia verbis caelestibus consecratur? Accipe qu sunt verba. Dicit sacerdos : Fac nobis, inquit, hanc oblatioru ascriptam , ratam , rationabilem , acceptabilem , quod figura est co ports et sanguinis lesu Christi. Qui pridie quant patereiur , in san lis manibus suis accepit panem, respexit in caelum ad te, san* Pater omnipotens , aeterne Deus , gratias agens , benedixit , freg\ fractumque apostolis suis el discipulis suis tradidit, dicens : « Aci pite et édite ex hoc omnes : hoc est enim corpus meum, quod % multis confringetur ». Similiter etiam calicem, postquam caenati est, pridie quam pateretur, accepit, respexit in caelum ad te^ san Pater omnipotens , aeterne Deus , gratias agens , benedixit , apostc suis et discipulis suis tradidit, dicens : t Accipite et bibite ex ) omnes : hic est enim sanguis meus ».

Et sacerdos dicit : Ergo memores gloriosissimae eius passionis ab inferis resurrectionis et in caelum ascensionis, offerimus tibi hc immaculatam hostiam , hune panem sanctum et calicem vitae aet nos ; et petimus et precamur, ut hanc oblationem suscipias in subli altari tuo per manus angelorum tuorum , sicut suscipere dignatus munera pueri tui iusti Abel et sacrificium patriarchae nostri Abrai et quod tibi obtulit summus sacerdos Melchisedech,

Ce texte correspond, non pas tout à fait mot à me mais cependant très étroitement, à celui du canon a tuel , depuis la conclusion de la formule des dipt ques jusqu'à Tépiclèse inclusivement.

Mais reprenons la suite de VAnaphora romaine.

Après le salut, l'invitation à élever les cœurs v€ Dieu et à lui rendre grâces (1), TofiBciant commence Vere dignum et iustum est, etc. Dans le sacramentai d'Hadrien , cette formule , c'est-à-dire la préface, ] comporte qu'un petit nombre de variantes pour 1 principales fêtes. Auparavant elles étaient beaucoi plus nombreuses. Le sacramentaire léonien don: lieu de croire que l'improvisation, ou du moins l'i

des égards, un texte artificiel, composé par l'éditeur lui-même. E ne se rencontre dans aucun des manuscrits de la liturgie ambrosieni (l) Le Sursum corda est attesté par saint Cyprien (De domin. oi tione^ 31) : « Adeo et sacerdos ante orationem praefatione praemi: parât fratrum mentes dicendo : Sursum, corda, ut, dum respon( plebs Habemus ad Dominum^ admoneatur, » etc.

tercalation de phrases préparées par l'officiant luinciéme, était encore pratiquée au sixième siècle. La préface se termine par une évocation de la gloire divine et le chant du Sanctus.

Après le Sanctus, le canon romain, au lieu de passer tout de suite au récit de la dernière Cène, interosle un long morceau destiné à énumérer les personnes au nom de qui se fait Toblation, l'Eglise atholique tout entière, le pape (au besoin l'évéque u lieu) et tous les évêques orthodoxes ; puis le sou- ^%7erain et les fidèles présents; enfin, par suite de la ^3ommunion des saints, tous les justes entrés dans la béatitude céleste : la vierge Marie, les apôtres, les pa- ^es leurs successeurs, les martyrs et autres saints. X'oblation est ainsi celle de toute la famille chrétienne : Dieu est prié de Taccepter et de la transformer au corps et au sang du Christ.

Les textes subsistants présentent, pour cette partie du canon (1), des formules très arrêtées, non pas tellement toutefois que Ton n'y ait prévu djes suppléments, destinés, soit à commémorer la fête du jour, soit à- énumérer certaines personnes ou certaines catégories de personnes. Ainsi, il n'est pas douteux que les noms des quatre patriarches d'Orient et peutêtre de certains primats occidentaux n'aient été autrefois prononcés à la suite de celui du pape romain dans la formule Te igitur. Le Mémento, qui lui fait suite, comporte une interruption où l'on pouvait intercaler beaucoup de noms et d'intentions. Pour le Commimicantes^ le sacramentaire d'Hadrien ofiFre luimême des variantes relatives à la solennité du jour. Plus bas, la liste des papes, réduite aux trois premiers noms. Lin, Clet, Clément, devait être récitée tout au

(1) Ce sont les oraisons qui commencent par les mots Te igitur , MementOy Communicantes , Hanc igitur, Quam oblationem,.

172 ORI&INBS DU GULTB CHRÉTIEN.

long. Il n'est pas impossible que Tancien catalogue pontifical dont les débris ont été interpolés dans le martyrologe hiéronymien (1), ait été relevé sur quelque exemplaire du canon. Les noms de martyrs qui figurent ensuite ne représentent, eux non plus^, qu'un simple choix. Les églises qui adoptèrent la liturgie romaine ne se firent pas faute de compléter cette liste, en y ajoutant les noms des saints qu'elles honoraient plus spécialement (2). Enfin, le Hanc igipur donne place, aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte, à une commémoration des nouveaux baptisés. Autrefois on y récitait, aux jours de scrutin, les noms des candidats au baptême, tandis que ceux de leurs parrains ou marraines avaient place au Mémento (3). Des adjonctions semblables avaient lieu aux messes d'ordination, de profession religieuse, de mariage, de funérailles, etc. En somme, toute cette partie du canon correspond à la récitation des diptyques en usage dans la liturgie gallicane et dans les liturgies d'Orient, mais placée, dans ces liturgies, avant le commencement de la préface. Cette dernière disposition peut paraître plus naturelle. Il est probable, toutefois, que, dès le commencement du cinquième siècle,- celle du canon romain était déjà ce qu'elle est maintenant. En effet, la formule finale de toute cette série d'énumératibns, celle qui forme transition avec le Qui pridie^ se rencontre déjà dans le De sacramentis, en termes à peu près identiques à ceux du Quam oblationem actuel.

Le récit de l'institution {Qui pridie) et l'Anamnèse {Unde et memores) qui en est la suite, n'offrent aucune

(1) Liber pontifie adis, t. I, p.LXX ; De Rossi, Roma soft., 1. 1, p. 114.

(2) En France, oii trouve toujours, à cet endroit, les noms de saint Hilaire et de saint Martin.

(3) Ordo Rom,, VII, 3.

LA 1CB88B ROlfÂlNE. 173

p^ttiGukurité. H n'en est pas de même de l'Epiclèse. Cette partie du canon est ainsi conçue :

Stipm ^uae (les oblations) propitio ac screno vultu respicere

Q^eris et accepta habere , sicuti accepta habere dignatus es

unera pueri tui iusti Abel et sacrificium patriarchae oostri

brahae, et quod tibi obtulit su m m us sacerdos tu us Melchise-

«ch [saDctum sacrificium, immaculatam hostiam]. Supplices te

ogamus, omnipotens Deus, iube haec perferri per manus sancti

LUgêli^tui in sublime altare tuum, in conspectu divinae maiestatis

>iiae, ut quotquot ex bac altans participatione saorosanctum Pilii

Luio0rpu8 et sanguinem sumpsei*imu8,omni benedicUone caelesti

et.gratia repleamur.

Cette prière est loin d'avoir la précision des formules grecques où Ton spécifie expressément la grâce demandée , c'est-à-dire Tintervention du Saint-Esprit pour opérer la transformation du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ. Il n'en est pas moins vrai : 1® qu'elle occupe, dans la suite matérielle et logique de la formule, exactement la même place que l'épiclèse grecque ; 2® qu'elle est aussi une prière adressée à Dieu pour qu'il intervienne dans le mystère. Mais , au lieu que les liturgies grecques s'expriment en termes clairs et simples , la liturgie romaine s'enveloppe ici de formes symboliques. Elle demande que lange du Seigneur prenne l'oblation sur l'autel visible, et la porte au plus haut des cieux , sur l'autel invisible élevé devant le trône de la majesté divine. Le mouvement symbolique est de sens contraire à celui des formules grecques : ce n'est pas le Saint-Esprit qui descend vers l'oblation, c'est l'oblation qui est emportée au ciel par l'ange de Dieu (1). Mais, dans un cas comme dans l'autre , c'est après son rappro-

(1) n ne faut pas oublier, quand il s'agit de formules aussi anciennes, que le Verbe divin est quelquefois qualifié d'ange du Seigneur. Je n'entends pas définir si c'est ou non le cas ici.

chement, sa communication, avec la vertu divine qu'on parle d'elle comme du corps et du sang du Christ.

Les prières qui suivent correspondent à la grande intercession des liturgies grecques , et se trouvent placées comme l'est cette formule dans Tusage syrobyzantin.

Il est sûr que nous n'avons encore ici qu'un formulaire très réduit. Il commence par la commémoration des fidèles défunts {Mémento) (1) ; mais il comprend aussi celle des vivants et des saints {Nobis quoque), A la fin de cette prière, après les mots largitor admitte, il y a un hiatus évident. On vient d'énumérer les saints au milieu desquels on demande d'être admis un jour , puis on continue : Per Christwm Dominum nostrum , per quem haec omnia , Domine , semper bona créas, sanctificas^ vivificas et praestas nobis. Il est clair que les mots haec omnia bona ne se rapportent pas à ce qui précède : ils ne peuvent non plus désigner les offrandes consacrées, qui sont désormais le corps et le sang du Christ, et, par suite, ne sauraient s'accommoder des termes creas^ sanctificas, vivificas. L'explication la plus simple , c'est qu'il y avait ici autrefois une mention des biens de la terre, avec énumération de leurs diverses natures, blé, vin, huile, etc. Cette manière de voir est , du reste , confirmée par le fait que des bénédictions d'aliments avaient lieu , à certains jours , à cet endroit de la messe ; ainsi , le breuvage d'eau, de lait et de miel que l'on donnait aux néophytes , à Pâques et à la Pentecôte. Voici la foiunule de cette bénédiction,\d'après le sacramentaire

(1) Le Mémento des défunts manque dans quelques anciens exemplaires du canon, par exemple dans celui du sacramentaire gélasien. Cela vient, je crois, de co que cette formule servait de cadre aux diptyques des morts , que Ton récitait sur un texte spécial , un rouleau, un tableau, ou autre chose de ce genre.

iéonien, à la première messe de la Pentecôte (1) :

Benedic, Domine, et bas tuas creaturas fontis, mellis et lactis, ^t pota fiamulos tuos ex hoc fonte aquae vitae perennis qui est dpiritus veritatis, et enutri eos de hoc lacté et melle, quemadmo- <iuin patribus nostris Abraham, Isaac et lacob [promisisti] (2) ûxtroducere te eos in terram promissionis , terram fluentem melle et lacté. Coniunge ergo famulos tuos, Domine, Spiritui sancto, sicut coniunctum est hoc mel et lac , quo caelestis terrenaeque ^ubstantiae significatur unitio in Christo lesu Domino nostro, per q^uem haec omnia, etc.

C'est encore à ce moment que Ton bénissait, le jour àe l'Ascension, les fèves nouvelles; le jour de Saint- Sixte (6 août), le raisin nouveau (3).

Benedic, Domine, et bas frnges novas fabae, etc. Benedic, Domine, et bos fructus novos uvae, etc.

Enfin , c'est à ce moment que Ton bénissait et que l'on bénit encore, le jeudi saint, l'huile destinée au soulagement des malades.

Il n'est donc pas douteux que la formule per quem haec omnia n'ait été originairement précédée, même en dehors de ces circonstances extraordinaires, d'une prière pour les biens de la terre. Ceci ajoute encore à la ressemblance entre le canon romain et la partie correspondante des liturgies grecques ou orientales.

8* La fraction du pain.

Le canon terminé , on récite maintenant le Pater , encadré , suivant l'usage universel , entre une petite

(1) Muratori, t. I, p. 318.

(2) Je supplée ce mot, omis dans le manuscrit.

(3) Muratori, t. I, p. 588, p. 746 ; t. II, p. 109. Cf. Liber pontif,, t. I, p. 159.

176 0RIGINB8 DU GULTB CHRÉTIEN.

préface et un développement sur le thème de la finale {Libéra nos).

Avant saint Grégoire, on procédait tout de suite & lai fraction ; c*est lui qui transporta le Pater à la suite dm canon , jugeant inconvenant que cette dernière formule, œuvre d'un lettré quelconque, fût seule récitée sur Foblation, à Texclusion de la prière composée pa^ le Seigneur lui-même (1). Cette transposition, bien que saint Grégoire se défende d^avoir imité qui que ce soit, eut pour effet de conformer Tusage de Rome à celui de Gonstantinople.

La cérémonie qui suit est fort compliquée en appa. rence. Elle commence par le baiser de paix, qui se place aussitôt après le salut Pax Domini sit setnper voblscum. Le pape met dans le calice le fragment de pain consacré qui lui a été apporté au commencement dé la messe; puis il rompt une de ses deux oblatae, et en laisse la moitié sur l'autel. Ge n'est pas encore la fraction .proprement dite ; mais , comme on va enlever de dessus l'autel tous les pains destinés à la communion, et que Ton tient à ce que , dum missarv/m, solerrmia peraguntur, altare sine sacrificio non sit (2) , cette moitié est destinée à assurer une sorte de permanence.

L'église romaine attachait beaucoup d'importance à ce que les rites de la communion continssent une

(1) Ep. IX, 12 : « Orationem vero dominicain idcirco mox post precem dicimus, quia mos apostolonim fuit ut ad ipsam solummodo orationem oblationis hostiam consecrarent. Et valde mihi inconveniens visum est ut precem quam scholasticus composuerat super oblationem diceremus, et ipsam traditionem quam Redemptor noster composuit super eius corpus et sanguinem non diceremus. Sed et dominica oratio apud Graecos ab omni populo dicitur, apud nos vero a solo sacerdote. » — On n'est pas obligé de croire , malgré l'autorité de ce texte, que la liturgie apostolique n'ait connu d'autre formule que le Pater ; mais il est difficile de contester que saint Grégoire l'ait pensé.

(2) Ordo Rom, de Saint-Amand. Voy. à Tappendice.

LA MBB8B BOMAINB. VTl

expression très claire et très vive de l'unité ecclésiastique. C'est à cela que se rattache Tusage du ferrnentum^ du pain consacré envoyé de la messe épiscopale aux prêtres chargés de célébrer dans les tituli (1); c'est encore cette signification qui se retrouve dans le rite des scmcta , du fragment consacré à la messe précédente , qui est apporté au commencement de la messe et mis dans le calice au Pax Domini. C'est partout, dans toutes les églises' de Rome, c'est toujours, dans toutes les assemblées liturgiques, celle d'aujourcl*liaii comme celle d'hier, le même sacrifice, la même ^^charistie, la même communion. De même, afin de îen marquer que le pain rompu et distribué en dex)rs de Tautel est le même qui a été consacré à Tauel , on en laisse un fragment sur la table sainte.

L'antre moitié de la première oblata et la seconde out entière sont placées sur la patène et portées deant le pape, qui, après le Pax Domini, est retourné son siège. Quant aux autres pains consacrés, l'arhidiacre les fait porter devant les évêques et les prê- ""tres , dans des sacs de lin que les acolytes tiennent suspendus au cou. Alors a lieu la fraction dupain, opérée par le presbytermm tout entier; le pape y prend part aussi, mais par l'intermédiaire de ses diacres; ce sont eux qui rompent Voblata et le demi-oôte^a déposées sur la patène. Depuis le pape Sergius (687- 7M) cette cérémonie s'accomplit au chant de VAgntis Bd. Il est probable que , avant saint Grégoire , le Patw était récité à ce moment, après la fraction (2).

(1) Sur ce rite, v. le Liber pont,, t. I, p. 169, note 4.

(2) Ce qui me porte à le croire , c'est qu'il n'y a , dans les ancieni livres romains, aucune prière immédiatement préparatoire à la communion. Dans la liturgie gallicane, la bénédiction, dans les liturgies g^recques , des prières de même sens sont indiquées à cet endroit. TJhialus qui apparaît ici , dans la messe romaine , doit avoir pour origine la translation du Pater à une autre place. Cet hiatus est com-

9° La communion.

La fraction terminée , les diacres présentent la p^ tène au pape; il y prend un fragment, en détactd une parcelle et consomme le reste ; puis il met la pair, celle détachée dans le calice que Tarchidiacre a a^ porté de Tautel et qu'il tient auprès de lui. C'est ~ rite de la Commixtion. Le pape boit ensuite au c lice , présenté et soutenu par l'archidiacre.

Vient ensuite la communion du haut clergé. L^ évoques et les prêtres s'approchent du pape , qui lemiremet, dans la main, un fragment pris sur la patène- Ils se rendent à l'autel , posent sur la table sainte h main qui contient le pain consacré et communient ainsi. Les diacres en font autant après eux. L'archidiacre rapporte le calice à l'autel ; il le remet entre les mains du premier des évoques, et celui-ci, après y avoir bu, le présente aux autres évéques, aux prêtres et aux diacres.

Alors a lieu la communion du reste de l'assistance. Le pape, et avec lui les évoques et les prêtres, distribuent l'Eucharistie sous Tespèce du pain ; l'archidiacre à la suite du pape, les autres diacres à la suite des évêques et des prêtres , présentent le calice. Comme le calice du pape ne sert que pour le haut clergé , Tarchidiacre a soin de verser préalablement dans les vases où se trouve le vin consacré pour la communion du peuple, quelques gouttes de celui où le pape a bu le premier , puis ce qui y reste après la communion des évêques, prêtres et diacres. Ainsi est exprimée l'idée que , bien que tous n'approchent pas leurs lèvres du même vase, tous cependant boivent

blé actuellement par des prières que le prêtre récite en son particulier.

LA MESSE ROICAINE. 179

le même breuvage spirituel. Du reste, le rite de la commixtion, opéré par le pape sur le calice principal, est répété par les évêquçs et les prêtres sur tous les calices secondaires dans lesquels les fidèles prennent la communion sous l'espèce du vin.

Avant la communion du peuple, Tarchidiacre annonçait le jour et le lieu de la prochaine station. Ce moment était choisi par précaution ; les personnes qui ne prenaient point part à la communion avaient sans doute rhabitude de sortir avant qu'elle ne commençât. Pendant que les fidèles communiaient, le chœur chantait l'antiphone ad communionem. Maintenant on la chante après et on se borne à Tantienne , qui n'est exécutée qu'une fois. Mais les livres liturgiques du neuvième siècle supposent encore une vraie antiphone, avec le psaume chanté soit tout entier, soit en partie, suivant que la communion est plus ou moins longue ; on le terminait par la doxologie Gloria Patrie etc. , et on répétait Tantienne. Comme celui de TOffertoire, ce chant doit remonter à la fin du quatrième siècle environ (1).

La communion finie, le pape revient à l'autel et,

après avoir salué rassemblée, il l'invite à faire la prière d'action de grâces, post coînmunionem . C'est la troisième des prières collectives de la messe romaine. Elle est suivie d'un dernier salut; puis un diacre prononce la formule de congé : Ite, missa est y et le cortège du pape se reforme, tel qu'il était à l'entrée. En retournant au sacrariumy le pontife bénit successivement les divers groupes de clercs et de fidèles qui s'échelonnent sur son passage.

(1) Voy. ci-dessus, p. 165.

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