‹ Origines du culte chrétienChapitre 26 sur 52 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

(3) « XXI a XVI kal. ian. usque in diem Epiphaniao qui est VIII id. ian. continuis diebus , nulli liceat de ecclesia absentare. » — II semble que, si la fête du 25 décembre avait été observée alors en Espagne, on Teût mentionnée dans ce canon.

(4) S. Epiphane (Haer. , LI , 16, 24 ; Exp. fidei, 22) a toujours été pour le 6 janvier, exclusivement.

(5) Sermon 202.

250 ORiaiNBS ou culte cihrétien.

blit dans toute TEglise , de célébrer Tanniversaire la naissance du Christ ; mais on n'adopta pas p tout le même jour. En Occident on choisit le 25 cembre, en Orient le 6 janvier. Les deux usages, d bord distincts, finirent par se combiner, de sorte qu^ les deux fêtes furent observées par tout le monde q\j^ à peu près.

Comment est-on arrivé à ces dates? Plusieurs systèmes ont été proposés. Je vais les indiquer.

D'abord on a pensé aux Saturnalia du calendrier romain ; on aurait voulu détourner les fidèles de célébrer une fête populaire, en dirigeant leur piété vers le souvenir du Christ. Mais ce système doit être écarté, car il n'y a pas coïncidence : la fête des Saturnalia commençait le 17 décembre et ne se prolongeait pas au delà du 23.

Une explication meilleure , c'est celle qui est suggérée par la fête du Natalis Invicti, marquée au 25 décembre dans le calendrier profane de la collection philocalienne. VInvictus est le soleil, dont la naissance coïncide avec le solstice d'hiver, c'est-à-dire avec le 25 décembre, suivant le calendrier romain. Le culte mithriaque et, d'une manière plus générale, le culte du soleil , eut beaucoup de relief et de popularité au troisième siècle et au quatrième. On peut être porté à croire que l'église romaine choisit le 25 décembre pour faire concurence au mithriacisme (1). Mais cette raison ne rend pas compte de la fête du 6 janvier. Voici une autre solution , qui a l'avantage de s'appliquer aux deux fêtes à la fois.

On est arrivé à la date de la naissance du Christ en partant de celle que Ton croyait être celle de sa mort.

Cette dernière date ne peut être déterminée histo-

(1) Voir les textes cités par Mommsen, Corp, inscr. lat., t. I, p. 410.

LB8 FâTBS CHRÉTIENNES. 251

^^^ement : les données fournies par les Evangiles et t^^r la tradition ne suffisent pas à établir une solution ^^crtaine. De bonne heure, cependant, on s*évertua à ^^"ésoudre le problème. Clément d'Alexandrie (1) cite c3es calculs privés qui aboutissaient, pour le jour, au SI mars, au 13 ou au 19 avril. Le De Pascha compulius, cité plus haut, donne le 9 avril; Lactance (2), le 23 mars. Une solution plus généralement admise , c'est celle du 25 mars. TertuUien est le premier qui Fait mentionnée : Passio perfecta est sub Tiberio Caesare , consulibus Rubellio Gemino et Fuflo Gemino [29] , mense martio^ temporibus Paschae ^ die VIII kal. april.^ die prima azymorum (3). Hippolyte, dans sa table pascale, marque la Passion du Christ à une année où le 14 nisan tombe un vendredi 25 mars. Le catalogue philocalien des papes donne la même date, de jour et d'année, que Tertullien. 11 faut remarquer que le cycle d'Hippolyte et le catalogue philocalien dérivent de documents officiels et peuvent être invoqués comme indices de Tusage ecclésiastique romain. Cette même ;date du 25 mars figure dans certains actes de Pilate, qui, vers le commencement du quatrième siècle , à tout le moins , jouissaient en Orient d'une grande publicité et même de quelque considération. Cet écrit, très répandu en Asie Mineure, porta les Quartodécimans de Phrygie à fixer la Pâque au 25 mars ; en Cappadoce , les tenants de cette secte se partageaient entre le 25 mars et le 14 nisan, se refusant toujours à solenniser le dimanche (4). En Gaule, au cinquième et au sixième siècle, la tradition du

(1) Loc. cit,

{Tj De mort, pers., 2; Divin. Inst,, IV, 10.

(3) Adv. ludaeos (écrit vers 207), c. 8. Ces données sont inconciliables. Le 25 mars 29 la lune était au dernier quartier; la Pàque ne pouvait tomber ce jour-là.

(4) Epiphane,fHaer., L, 1; cf. Philastrius, Haer., 58.

25 mars était tellement ancrée qu'elle avait donné lieu à une fête, et même à deux, celle de la Passion et celle de la Résurrection, qui se célébraient le 25 et le 27 mars, sans préjudice des solennités mobiles du vendredi saint et du dimanche de Pâques (1).

Ces observances festales donnent Tidée d'une tradition invétérée. Il ne faut pas croire pourtant que cette tradition ait un fondement historique. La Passion n'a certainement pas eu lieu un 25 mars (2). Ce jour a dû être choisi arbitrairement, ou plutôt suggéré par sa coïncidence avec l'équinoxe (officiel) de printemps. La mort du Christ se trouvait ainsi tomber le jour même où , suivant une idée universellement répandue , le monde avait été créé.

Une fois cette date obtenue , et obtenue en partant de considérations astronomico-symboliques, il est assez naturel que l'on s'en soit servi pour aboutir à une autre coïncidence. Le Christ n'a pu passer en terre qu'un nombre entier d'années ; les fractions sont des imperfections qui ne cadrent pas avec le symbolisme des nombres; on est toujours porté à les éliminer le plus possible. Dès lors , l'Incarnation a dû avoir lieu le 25 mars , comme la Passion ; et T Incarnation étant comptée à partir du premier instant de la grossesse de Marie, la naissance du Christ doit avoir eu lieu le 25 décembre.

(1) Calendrier de Perpétuas, évéque de Tours (f v. 490), dans Greg. Tur., Hist. Fr., X, 31 ; Martyrologe hiéronymien , 25 et 27 mars. Cf. Martin de Braga, De Pascha, 1 (Migne , P. L., t. LXXII, p. 50) : « A plerisque Gallicanis episcopis usque ante non multum tempus custo* ditum est ut scmper VIII kal. april. diem Paschae (inexact) celebrarent, in quo facta Christi resurrectio traditur. » Il y a ici une confusion. C'est passio qu'il faudrait au lieu de resurrectio, à moins que Martin n'ait écrit VI hal. au lieu de VIII hal,

(2) En 29 et en 35 , le 25 mars tombe un vendredi ; mais ce vendredi ne peut être ni le jour ni le lendemain de la Pàque juive; l'âge de la lune s'y oppose. Dans l'intervalle de ces deux dates, le 25 mars ne coïncide pas avec le vendredi.

Cette explication serait plus facilement acceptable si on la trouvait toute faite dans quelque auteur (1) ; malheureusement , il reste encore à produire un texte qui la contienne et Ton est réduit à la supposer. Elle est d'ailleurs de ce que Ton pourrait appeler le style reçu en ces matières.

Du reste, je vais proposer une coïncidence qui peut servir à la fortifier. Jusqu'à présent, nous ne rendons compte que de la date du 25 décembre. Celle du 6 avril reste à expliquer.

Sozomène (2) mentionne une secte de montanistes qui célébraient la Pâque le 6 avril au lieu du 25 mars, en vertu de cette considération que, le monde ayant été créé à Téquinoxe, c'est-à-dire, selon eux, le 24 mars, la première pleine lune du premier mois avait eu lieu quatorze jours plus tard, le 6 avril (3). Or, entre le 6 avril et le 6 janvier , il y a juste neuf mois, comme entre le 25 mars et le 25 décembre. La date grecque de la Nativité , le 6 janvier , se trouve ainsi en rapport avec un comput pascal fondé sur des considérations symboliques et astronomiques, tout à fait semblables avec celui d'où l'on parait avoir déduit la date du 25 décembre.

En somme, il est possible que l'on soit arrivé à

(1) On la trouve bien , mais après coup , alors que la fête de Noël est reçue depuis longtemps. Ainsi saint Augustin reproche aux Juifs d'avoir violé le précepte Non coques agnum in lacté matris suae. L'agneau , c'est J.-C. , égorgé le 25 mars , c'est-à-dire le même jour où sa mère avait commencé d'avoir du lait : « Dicuntur enim feminae ex quo conceperint lac colligere » {In Heptat., II, 90).

Page 1