‹ Origines du culte chrétienChapitre 30 sur 52 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L ORDINATIOK.

S 1. — la hiérarchie ecclésiastique.

La hiérarchie ecclésiastique, dans son état primitif, comprenait, comme on Ta vu plus haut, les trois degrés de Tépiscopat, du presbytérat et du diaconat. Les fonctions des deux premiers ordres ne pouvaient être exercées que par des hommes, mais les femmes avaient été associées, dans une certaine mesure, aux

$oins du ministère diaconal. A côté des diacres du sexe masculin, Tancienne Eglise connaissait des diaconesses (1), qui portaient aussi le nom de Veuves, X^ipat, viduae, ou môme de Vierges, virgines canonicae.

(1) L'inscription suivante, découverte dans le cimetière de Priscille, est peut-être la plus ancienne des inscriptions chrétiennes qui mentionne un membre du clergé. C'est Tépitaphe d'une diaconesse {jk^qql) :

^XéJSik * APKAC • XHPA • HTIC IÇïldeN • AITH • DE • MHTPI • YXuxuTATH • 4>A(£BIA . eEO^IAA »vyAtHP M>mCEN

» Flavia Areas, veuve, qui vécut quatre-vingt-cinq ans. A sa mère » chérie Flavia Théophila , sa fille , a fait (ce tombeau). » H est diA* cile qu'il soit question ici d'une veuve ordinaire. A quatre-vingtcinq ans , la viduité n'est pas une situation si rare qu'on soit porté k la mentionner dans les épitaphes (De Rossi , Bull,, 1886, p. 90 ; cf, Bull, critique, t. VUI, p. 255).

Elles s'occupaient surtout des œuvres de charité et d'hospitalité ; mais elles avaient aussi quelques fonctions liturgiques , dans la célébration du baptême et des agapes. Quant au ministère de Tautel , il était réservé aux diacres, et l'on ne voit pas que, sauf abus, les diaconesses y aient eu aucune part.

Le diaconat des femmes se maintint jusqu'au cinquième et au sixième siècle. Alors les baptêmes d'adultes étant devenus de plus en plus rares, les diaconesses perdirent l'occasion d*exercer leurs, fonctions liturgiques ; les monastères de femmes attirèrent peu à peu à eux les saintes personnes qui vivaient dans le siècle de la vie religieuse. On s'habitua à se passer de cet ordre spécial , exceptionnel. Déjà , au milieu du troisième siècle , les diaconesses de Rome étaient rangées dans le canon, c'est-à-dire dans le groupe des personnes assistées par Téglise, et non dans le clergé proprement dit (1).

Pendant que le diaconat des femmes perdait ainsi de son importance, celui des hommes prenait un grand développement; les fonctions des diacres se répartissaient entre les degrés d'une hiérarchie plus ou moins compliquée. En Orient, on s'en tint à deux degrés, celui de diacre et celui de sous-diacre. A Rome, le sous-diaconat fut lui-même subdivisé : outre les sous-diacres, il y eut des acolytes ou suivants, La lecture des livres sacrés , dans les assemblées liturgiques, avait d'abord été confiée à des personnes quelconques , désignées par les présidents. Elle devint de très bonne heure une fonction : les lecteurs apparaissent dès la fin du deuxième siècle ; on les rangea aussi dans le clergé. Il en fut de même, à Rome, des exorcistes et des portiers. En Occident , les exorcistes

(1) Sur les diaconesses, voy. Thomassin, Discip. de l'Eglise , I, i, 52 ; II, I, 43.

l'ordination. 331

^v^sûent des fonctions assez actives dans le service de ^^ préparation au baptême. En Orient, ces fonctions ^^^nt dévolues à d'autres clercs , les exorcistes furent PÎ^xitôt considérés (1) comme des personnes investi ^s de pouvoirs surnaturels extraordinaires, qui leur étaient donnés par Dieu directement et non pas par l'Eglise. Ils restèrent, pour cette raison, en dehors ^e la hiérarchie ecclésiastique. Quant aux portiers, On ne jugea pas à propos d'agréger au clergé proprement dit des employés d'un ordre aussi vulgaire (2). Il y eut donc deux types de hiérarchie, Tun à cinq, l'autre à huit degrés.

La lettre écrite, en 251, par le pape Cornélius (3) à Tévêque d'Antioche Fabius contient un dénombrement précis du clergé romain. Il y avait alors quarante-six prêtres, sept diacres, sept sous-diacres, quarante-deux acolytes, cinquante-deux clercs inférieurs, exorcistes, lecteurs, portiers ; outre cela plus de quinze cent veuves ou assistés. Nous avons ici, en y comprenant le pape lui-même, les huit ordres de la hiérarchie ecclésiastique latine (4). Fabien, le prédécesseur de Cornélius, avait constitué les sept régions ecclésiastiques (5) et les avait réparties entre les

^1) Const. Ap., VIII, 26.

(2) Cependant, au-dessous des degrés de sous-diacre et de lecteur, ou plutôt en dehors de la hiérarchie proprement dite, TOrient connaissait d'autres catégories, les unes communes à toutes les églises, les autres diversifiées suivant les localités et leurs nécessités spéciales, confesseurs, vierges, veuves, psalmistes, portiers, interprètes, copiâtes , parabolans , etc. Const. Ap, , VIII , 23-28 ; Pseudo-Ignace , Àntioch., 12; Epiphane, Expos, /îd., 21 ; Concile d'Antioche, c. 10; de Laodicée, c. 23, 24.

(3) Eusébe, H. E,, vi, 43.

(4) La correspondance de saint Cyprien prouve qu'à Carthage aussi et au milieu du troisième siècle, on connaissait tous ces degrés, sauf peut-être celui de portier, que je n'y vois pas mentionné. Mais le silence sur cet ordre s'explique par le peu d'occasions que saint Cyprien et ses correspondants pouvaient avoir de les mentionner.

(5) Catal. libérien ; voy. mon édition du Liber pontif.f t. I, p. 5.

332 ORiaiNBS ou cultb chrétien.

Bopt diacres. Cette répurtitiou eutmlna aussitôt u distribution du clergé qui subsista bien lougtemp après, la distribution en sept régions. Le diacre Jean au commoncemont du sixième siècle, le remarque ex< pressèment : « Septem regionibus ecclosiasHca a^ nos milUia continetur (1). » Les Ordines Homani d huitième et du neuvième siècle sont encore plut clairs h co sujet. U faut noter, du reste, que le nom bro d()s régions, non seulement est égal, dès Torigine à colui dos diacres et des sous-diacres, mais qu'il évidemment influé sur celui des acolytes. Quarante-— deux acolytes , cela fait six par région. Ajoutées l^v sous-diacre, vous avez, dans chaque région, septi^ clercs inférieurs au diacre, les six acolytes et le sous — diacre, qui est comme l'acolyte eu chef.

Il y a donc lieu de considérer les fonctions de sous — diacre (it d'acolyto comme un développement de (iel-^ les du diacre. Du reste ces trois catégories do clercs oat^ ceci de comnuin qu'elles sont attachées au service à& Tautel, co qui n'(^st pas le cas pour les clercs info— ritiurs (2).

Les acolytes se rencontrent à Rome et à Carthage dès le milieu du troisième siècle. Mais il n'en faut pas con(ilure (pie, mémtï en Occident, toutes les églises, et surtout les petites , fussent pourvus de clercs de cet ordre. Tandis que les degrés d'exorciste et de lecteur se rencontrent un peu partout, celui d*acolyte

(1) Ep. 9Ld Sen&rium, 11 (Migno, P, L., t. LIX, p. 405.)

(2) Ceci eat trài bion expoHÔ par lo diacre Joan, loc» cit., 10 : « Aculythi autoin oxorciaUH hoc ordiuc difforunt quod exorcisUt portandi •acramenta oaquo Har.ordutibus miniHtrandi negata potostat est, tantumquo manuB iiupositioai vacent, proptor quod exorcistae dicuntur, yel caetera quae intra acolyUioruni ordiuoin etse probantur explore f«8tiaont. Acolytbi vero Aacramontorum purianda vasa suscipiuut et miniatraudi sacordoiibui ordinein goruiit. Idooque exorcista àori po« test acolytbuH ; iste vero ad oxorcistarum offlciuiu uulla penituo pro» moUone descendit. »

■ l'ordination. 333

■ manque dans certains pays de Textrôme Occident (1). A I Rome, depuis Tinstitution de la schola cantorum , les I acolytes se trouvant être les seuls bas clercs en ser- I vice actif, prirent une importance plus grande encore

que par le passé. Ils sont mentionnés à chaque instant dans les Ordines du huitième et du neuvième siècle. Les prêtres cardinaux n'ont point d'autres assistants dans leurs églises titulaires ; dans les cérémonies pontificales, ils sont chargés de tous les services inférieurs, de plus en plus compliqués ; pendant le Caï^^me et aux solennités baptismales, ils exercent les foxictions dévolues autrefois aux exorcistes, comme les sons-diacres ont absorbé celles des lecteurs.

Des portiers, lecteurs, exorcistes, le pape Cornélius

'^ e marque que le nombre total , embrassant les trois

Catégories. Chacune d'elles en contenait moins qu'il

y avait d'acolytes. Le nombre do ces clercs devait

re en rapport avec des nécessités de service que

ous ne connaissons que très vaguement (2).

Les portiers sont assez rarement nommés dans les

documents romains (3). Les lecteurs y figurent , au

(1) Voy. plus loin, p. 352. — L'opigraphio chrctienno de la Gaule ïie donne, à ma connaissance, qu'un seul acolyte, à Lyon, en 517 (Le Blant, 36). Les Statuta prouvent que ce degré était connu dans la province d'Arles.

(2) Dans le procès-verbal de saisie de l'église de Girta, en 303, on voit figurer avec l'évéque trois prêtres, trois diacres, quatre sousdiacres, des fossores en nombre plus considérable, mais indéterminé ; six seulement sont nommés. Outre ce clergé, présent à la saisie, il y a sept lecteurs. I\ n'est question ni d'acolytes , ni d'exorcistes , ni de portiers (Migne, P., L., t. VIII, p. 731). Remarquer la conformité du nombre des prêtres et des diacres avec les prescriptions de la Constitution apostolique égyptienne, Funk, Doctrina apostolorurriy p. 62, 66; cf. Bulletin critique, t. VIT, p. 366.

(3) Le plus ancien , à ma connaissance , est ce Romanus ostinrius, que le Liber pontificalis (t. I, p. 155) assigne pour compagnon de martyre à saint Laurent, en 2^. Les décrétales des papes Sirice, Zosime, Gélase (Jaffé, 255, 339, 636), sur l'avancement dans la carrière ecclésiastique, ne font pas mention de l'ostiariat comme d'un ordre

contraire , très fréquemment. La série de leurs épitaphes commence dès le deuxième siècle , par des monuments probablement antérieurs à Tertullien, le premier auteur qui les mentionne (1). Au quatrième siècle, c'était par excellence Tordre de début et de probation. C'est par lui que commençaient les jeunes clercs ; ils demeuraient lecteurs jusqu'à Tâge adulte, nécessaire pour exercer les ordres supérieurs (2). La plupart des carrières ecclésiastiques dont on connaît le détail ont commencé par le lectorat. C'est le cas de saint Félix de Noie , de saint Eusébe de Verceil, du père du pape Damase, des papes Libère et Sirice, du diacre de Fiesole Messius Romulus, de saint Epiphane de Pavie et de bien d'autres (3). On ne doit donc pas s'étonner que ces clercs aient été fort nombreux au quatrième et au cinquième siècle (4). Ceux

de début. Gélase , le seul qui le nomme , Toppose aux autres degrés en disant que la connaissance des lettres est obligatoire pour entrer dans les ordres, et que, sans elle , vix fortassis ostiarii {quis) possit implere ministerium. Le L. P. contient (t. I, p, 164, 171) deux énumé* rations des degrés de la hiérarchie; Tordre de portier no figure que dans la seconde : le Constitutum Silvestri l'omet cinq fois sur sept dans des cnumérations du même genre. Je ne connais pas d'inscription romaine qui mentionne ce degré. On le rencontre dans une loi de 377 {Cod, Theod., XVI, xii, 24) ; voy. aussi l'inscription de Trêves, Le Blant, 292, et la lettre des ss. Loup et Euphrone (Hardouin, Conciles, t. II, p. 791). Les portiers furent remplacés de bonne heure, à Rome, par les mansionarii, sorte de sacristains en dehors des ordres, que l'on trouve dès le sixième siècle.

(1) Sur les ôpitaphes des lecteurs Fauor et Claudins Atticianus, voy. De Rossi, Bull, 1871, p. 32. Tertullien, Praescr., 41.

(2) Voy. les décrétales citées plus haut, p. 333, note 3. Les personnes qui entraient dans le clergé à l'âge adulte pouvaient commencer aussi par le degré d'exorciste ; les enfants étaient toujours rangés parmi les lecteurs.

(3) Pour Félix de Noie, Paulin, Nat. IV Fel., v. 104 ; pour Eusébe, s. Jérôme, De Vtris, 96; pour le père de Damase, pour Libère, Sirice, Romulus, inscriptions publiées dans mon édition du L. P., 1. 1, p. 213, 210, 217 ; dans le Bull, de M. de Rossi, 1883, p. 17; pour Epiphane, sa vie par Ennodius (p. 332, Hartel).

(4) Le Constitutum Silvestri en compte quatre-vingt-dix à Rome.

l'ordination. 33&

dont les épitaphes nous sont parvenues étaient, en général, arrivés à Tâge adulte. Mais il y avait dans la corporation beaucoup de jeunes enfants. Leurs voix argentines perçaient les immenses espaces des basiliques et portaient jusqu'aux rangs les plus lointains de Tassem- Wée. Dans ce ministère, bien grave pour un âge si tendre , ils étaient exposés aux tentations d'espiègierte. L'épitaphe du pape Libère ne néglige pas de signaler la sagesse dont il fit preuve dans ce stage de la carrière : jamais on ne l'entendit lire malicieuse- Hieiit de travers , estropier le texte saint pour Tamu- Senient des têtes légères. Les lecteurs étaient répartis entre les titres paroissiaux (1), ce qui n'excluait pas leur groupement régional. De bonne heure aussi on les forma en corporation, la schola lectorum^ dont l'existence à Rome n'est, il est vrai, attestée par aucun document direct (2). Mais il y avait de ces scholae dans d'autres églises (3) ; et à Rome , la schola cantorum^ qui est très apparente depuis le septième siècle, était composée surtout de lecteurs. Ceux-ci, il est vrai , avaient perdu leurs fonctions liturgiques. Les vigiles étant tombées en désuétude d'assez bonne

En 484, le clergé de Carthage comprenait environ cinq cents personnes, inter quos quam plurimi erant lectores infantuli (Victor Vit., III, 34). Voy. De Rossi, Bull. 1883, p. 17-22.

(1) Voy. les pa^es que j'ai consacrées à cette question dans les Mélanges de l'Ecole de Rome, t. VII, p. 55-57.

(2) Lo Constitutum Silvestri, après avoir mentionné les quatrevingt-dix lecteurs de Rome, dit qu'ils étaient accompagnés au concile par leurs parents. Ceci n'indique pas une corporation d'internes»

(3) On connaît à Lyon un primicerius scholae lectorum (Le Blant, 667 A, inscription do 552); à Tongres ou à Reims, un primicerius scholae clarissim.aey m.ilitiaeque lectorum, (Lettre de s. Rémi, dans Migne, P. L., t. LXV, p. 969) ; à Perrhé, dans la province Euphratésienne, un prim.icerius lectorum {Conc. C/iaZced., sess. XIV) ; à Carthage {Victor Vit.f toc. cit.), on parle d'un maître de ces enfants. Cf. répitaphe d'un princeps cantorum, sacrosancte aeclisiue Mirtilliae (Myrtilis, en Lusitanie), publiée par M. de Laurière, dans le Bulletin des Antiquaires de France, 1882, p. 217.

heure , les leçons de la messe se trouvant, dès le cinquième siècle, réduites à Tépitre et à l'évangile, la . lecture de l'évangile étant réservée aux diacres, les lecteurs n'avaient plus que d'assez rares occasions de ^ remplir leur ministère. Ce qui restait de leçons infé — rieures en dignité à celles de l'évangile fut confié aux^^ sous-diacres ; les lecteurs adultes disparurent , et les ^ jeunes enfants de la schola cantorum n'eurent plus-« d'autre fonction que de chanter. De là le nom de^ schola cantorum (1).

Les fonctions d'exorciste étaient aussi des fonction&s de début, mais seulement pour les adultes (2). Il sem — ble que , avant le cinquième siècle , elles aient été^ plus exercées que depuis. Les épitaphes romaines^ d'exorciste sont toutes du troisième ou du quatrièmes siècle; au concile d'Arles de 314, sur neuf clercs in — ■ férieurs qui sont nommés comme venus avec leurs évê — ■ ques, on trouve sept exorcistes et deux lecteurs (3). Les-» fonctions de ces clercs étant étroitement en rapport avec-^

(1) La schola cantorum se recrutait, surtout vers le huitième et 1^ neuvième siècle, parmi les orphelins {Liber diurnus, VII, 19, Garnier ; Liber pontificalis ^ t. II, p. 92, 195). Elle occupait un édifice situé dans la via Merulana, entre les deux églises de Saint-Matthieu et de Saint-Barthélémy (Urlichs, Codex 17. R. topogr,, p. 173) ; la première seule de ces églises est de position connue. — On voit, dans les Ordines Romani ^ que la schola avait à sa tète plusieurs sousdiacres : le prior ou prim.iceriu8y le secundus ou secundicerius ^ le tertius et le quartus ou archiparaphonista étaient les dignitaires de la corporation. Au-dessous d'eux il y avait des chefs de groupe, ou paraphonistae. Dans les cérémonies, les enfants s'alignaient sur deux rangs, les dignitaires en tête , les paraphonistes en serre-file.

(2) Voy. la célèbre épitaphe de FI. Latinus, évêque de Brescia, C. I. L., t. V, n* 4846. — Saint Martin commença par être exorciste.

(3) D'après le Constitutum Silvestriy le stage dans les fonctions d'exorciste ne durait qu'un jour ; un mois , d'après le L. P. (Silyestre) ; cependant, le second concile pseudo-silvestrin réclame encore dix ans. Sur la discipline réelle , voy. les décrétales citées plus haut, p. 333, note 3. — Le Constitutum, qui compte à Rome quatrevingt-dix lecteurs et quarante- cinq acolytes, ne marque que vingtdeux exorcistes.

l'ordination. 337

la préparation au baptême , elles disparurent en môme temps que le catéchuménat. Les inscriptions qui les mentionnent ne les rattachent jamais aux titres ou aux régions de Rome, bien qu'ils dussent être groupés d'après celles-ci , comme les autres clercs. Depuis le commencement du sixième siècle on n'en entend presque plus parler (1) ; s'il y a encore des exorcistes à Rome , c'est parmi les petits clercs de la schola ccm-

§ 2. — Les rituels latins de Vordination.

Les documents qui nous restent sur les rites de 1* ordination dans l'église latine sont :

1® Les Statuta ecclesiae àntiqua, recueil de canons disciplinaires et liturgiques formé en Gaule , dans la {Province d'Arles, vers le commencement du sixième Siècle (2). On y trouve marqués les principaux rites cîe l'ordination, pour tous les ordres. L'usage dont il "témoigne est évidemment l'usage gallican. C'est le seul texte où cet usage se soit conservé pur de tout xaélange, car les livres liturgiques gallicans ne contiennent pas les cérémonies de l'ordination.

2® Les sacramentaires romains, — Ici il ne faut tenir compte, en général, que du sacramentaire léonien et de celui du pape Hadrien. Ils contiennent identiquement les mêmes prières pour l'ordination des diacres, des prêtres et des évêques, et ils ne contiennent

(1) Les inscriptions donnent encore un exorciste à Eclane, mort en 511 ; un autre à Côme, en 526 (C. /. L., t. IX, n» 1381 ; t. V, n« 6428).

(2) Maassen, Quellen, t. I, p. 382. Ce recueil fut inséré, sous le titre Concilium Carthaginiense quartum, dans la collection canonique d'Espagne (Hispana), d'où il passa dans celle du faux Isidore. Beaucoup de personnes le citent encore sous ce titre et, ce qui est plus grave, l'allèguent comme document des usages ecclésiastiques africains au quatrième siècle.

que celles-là. On n'y trouve aucune mention des ordres inférieurs au diaconat.

3® Les Ordines Romani. — J'en ai trois à citer : a) celui du manuscrit de Saint-Amand (1), qui ne contient que les ordinations romaines des Quatre-Temps, c'està-dire celles des diacres et des prêtres ; b) VOrdo VIII de Mabillon, qui contient de plus l'ordination des clercs inférieurs et celle des évêques; c) VOrdo IX de Mabillon, où se trouvent les cérémonies relatives aux diacres, aux prêtres, aux évêques et au pape lui-même. Les trois Ordines sont en somme d'accord entre eux, et le rituel qu'ils décrivent cadre exactement avec celui que supposent les deux sacramentaires.

4** Le sacramentaire gélasien et le Missale Franconm, — Ces deux compilations nous ofiFrent le rituel au grand complet , pour tous les ordres ; mais il n'est pas besoin de les étudier longtemps pour s'apercevoir que beaucoup de choses très différentes de provenance y sont mêlées et combinées. On y trouve : a) un passage d'une lettre du pape Zosime sur les interstices des ordinations ^2); b) les chapitres I-X des Statuta ecclesiae antlqua (3); c) des prières pour l'ordination des cinq degrés inférieurs (4); d) des prières pour les ordinations des diacres, des prêtres, des évêques (5). Dans cette dernière partie, les prières romaines, celles du sacramentaire léonien et du sacramentaire d'Hadrien, sont encadrées dans d'autres prières qui supposent un rituel très différent de celui de Rome.

De cet exposé il résulte que l'usage romain doit être cherché dans les deux sacramentaires léonien et

(1) Voy. l'Appendice.

(2) Ceci dans le gélasien seul, I, 95.

(3) Dans le Missale Francorurriy il manque les chapitres relatifs aux lecteurs et aux sous-diacres.

(4) Gél., I, 96.

(5) Gél., I, 20, 99.

l'ordination. 339

grégorien ainsi que dans les Chdines, Les Statuta et les parties non romaines du sacramentaire gélasien et du Missale Francorum représenteront l'usage gallican.

§ 3. — Les ordinations à Rome.

1* Les ordres mineurs.

Après ce qui a été dit plus haut, on trouvera tout naturel que les livres romains ne contiennent aucune cérémonie d'ordination pour les trois degrés inférieurs. Cette cérémonie, si elle avait lieu, était toute privée; elle se passait à l'intérieur de la schola cantorum, hors de la vue du public.

Même pour l'acolyte et le sous-diacre, il n'y avait pas d'ordination solennelle. Au moment de la communion, à une messe quelconque, même non stationale, le futur acolyte s'approchait soit du pape, s'il était présent, soit de l'un des évêques de la cour pontificale, tenant le sac de lin, emblème et instrument de la plus haute fonction de ces clercs, celle de porter aux prêtres les oblatae ou hosties consacrées, au moment de la fraction du pain. Il se prosternait, et le pontife lui donnait sa bénédiction en ces termes : Intercedente beata et gloriosa semperque virgine Maria et beato apostolo Petro , salvet et custodiat et protegat te Dominus. S'il s'agissait d*un sous-diacre , au lieu du sac de lin , il tenait un calice vide qui lui avait été présenté par l'archidiacre ou par l'évêque lui-même; mais toute la cérémonie consistait en une simple bénédiction, de môme teneur que dans le cas précédent, sans aucun rapport spécial avec une collation d'honneur ou de pouvoir. Encore cette formule de bénédiction n'estelle pas d'une saveur très ancienne ; je ne la crois pas antérieure au septième siècle. Le diacre romain Jean,

au commencement du sixième siècle, parle de la tradition du calice comme constituant le seul rite de l'ordination des sous-diacres (1).

2* — Ordinations des Quatre-Temps (prêtres et diacres).

Les ordinations des diacres et des prêtres étaient aussi d'un rituel très simple, mais elles se célébraient avec la plus grande publicité et en station solennelle. Il n'y avait pas d'ordination tous les ans ; quand le besoin s'en faisait sentir, on choisissait toujours un samedi des Quatre-Temps (2).

Les ordinands, choisis par le pape, étaient d'abord présentés aux fidèles [pendant les messes stationales du mercredi et du vendredi, à Sainte-Marie-Majeure et aux Saints-Apôtres. Peu après le commencement de la messe, un notaire montait à l'ambon, proclamait les noms des élus et engageait les personnes qui auraient eu quelque chose à dire contre eux à le faire sans aucune crainte :

Auxiliante Domino Deo Salvatore nostro lesu Christo, elegimos in ordine diaconi (sive presbyteri) illum subdiaconum (sive diaconum) (de titulo illo). Si quis autem habet aliquis contra hos vires, pro Deo et propter Deum cum fiducia exeat et dicat Verumtamen memor sit communionis suae.

C'est la formule du sacramentaire gélasien (I, 20); les deux autres ne la contiennent pas. UOrdo IX , et celui de Saint-Amand ont des formules à peu près identiques. Dans la rubrique du sacramentaire géla-

(1) « Cuius hic apud nos ordo est ut accepte sacratissimo calice... subdiaconus iam dicatur » Migne, P. L., t. LIX, p. 405.

(2) Il semble qu'à l'origine, jusque vers la fin du cinquième siècle, les Quatre-Temps de décembre aient été choisis de préférence, car le Liber pontificalis mentionne presque toujours les ordinations comme célébrées mense decembri.

l'ordination. 341

sien, c'est le pape qui prend la parole : adnunciat pontifex in populo, dicens. Les Ordines lui substituent, l'un un lecteur, l'autre un scriniarius ou notaire. Ces deux expressions doivent être considérées comme équivalentes , car , dans le premier cas , le mot lector ne désigne pas Tordre de lecteur , mais la fonction remplie au moment dont on parle. Il est à croire d'ailleurs que, bien que la formule soit présentée dans VOrdo gélasien comme prononcée par le pape et rédigée en son nom, elle fut toujours lue à sa place par une autre personne.

Les ordinands étaient placés à un endroit spécial, bien en vue , afin qu'il ne pût y avoir d'erreur sur leur identité. Cette épreuve publique avait été précédée d'une déclaration devant les plus hauts dignitaires de l'église ; le candidat avait dû jurer qu'il n'avait jamais commis aucun des quatre péchés énormes qui, suivant la discipline du temps (1) , étaient des empêchements aux ordres.

C'est le samedi soir, à la messe de vigile, qu'avait lieu l'ordination. Les textes du huitième siècle supposent déjà que cette messe était anticipée et célébrée dans le courant de l'après-midi. A l'origine elle se cé-

(1) Ces péchés sont énumérés dans VOrdo VIII de Mabillon ; ce sont : la sodomie , la bestialité , l'adultère , la violation des vierges consacrées. Cette énùmération ne comprend pas tous les péchés qui, dans l'ancienne discipline, étaient soumis, secrets ou non, à la pénitence publique, et constituaient ainsi un empêchement aux ordres. U y a donc ici une difficulté qui n'a pas, que je sache, été résolue d'une manière satisfaisante. Je crois , quant à moi , que ces interrogatoires préalables à l'ordination remontent à un temps oîi le baptême se recevait, en général, à l'âge adulte, et qu'elles concernaient, non pas rétat présent de la conscience de l'ordinand, mais sa conduite avant de recevoir le baptême. Tout en proclamant la rémission des péchés, si énormes qu'ils fussent, par la vertu du sacrement de baptême, TEglise pouvait avoir des exigences spéciales pour les personnes qui se présentaient aux ordres. C'est ainsi que l'on excluait les bigames, sans s'inquiéter de savoir si le premier mariage avait été contracté avant ou après le baptême.

lébrait la nuit, comme la messe du samedi saint (l). On commençait par l'antiphone ad Introïtum^ puis venait la longue série des leçons, en grec et en latin, entrecoupée de chants et de prières. Un peu avant TEvangile , l'archidiacre allait prendre les candidats et les conduisait devant le pape. Le pontife se levait et adressait à l'assemblée une invitation à la prière.

Oremus, dilectissimi , Deuin Patrem omnipotenteoi , at saper hos famulos suos quos ad officium diaconii vocare dignatur benedictionem gratiae suae clementer effundat et coDsecratioDis io« dultae propitius dona conservet.

Cette formule est celle que les sacramentaires léonien et gélasien indiquent pour l'ordination des diacres ; il y en a une autre, peu différente, pour Tordination des prêtres. Dans le sacramentaire d'Hadrien, avec lequel concorde VOrdo VIII de Mabillon, la fo^ mule est disposée de telle façon qu'elle peut s'appliquer en même temps au diaconat et à la prêtrise. Cet Ordo suppose, comme aussi les deux autres documents de même nature, que les diacres et les prêtres étaient ordonnés en même temps , les sous-diacres destinés à la prêtrise recevant d'abord la bénédiction du diaconat, puis, aussitôt après, celle de la prêtrise (2).

Sur l'invitation du pape, tout le monde se prosternait, le pontife lui-même, les ordinands, le clergé, les fidèles, et la schola cantorum entonnait la litanie. Celle-ci étant terminée, le pape se relevait, posait

(1) Saint Léon, dans une lettre à Tévéquc d'Alexandrie Dioscore (Jaffé, 406), insiste beaucoup sur ce point.

(2) Cet usage de conférer simultanément le diaconat et la prêtrise explique pourquoi les biographes pontificaux du neuvième siècle, en décrivant le cursus honorum des papes choisis parmi les cardinaux prêtres , omettent invariablement de mentionner le diaconat et passent toujours du sous-diaconat à la prêtrise. Cf., dans le Liber pori" tificsLlis, le début des vies de Léon III, Pascal I, Grégoire IV, Serge II, Léon IV, Benoît III, Adrien II, Etienne V.

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les mains sur la tête de chacun des ordinands et prononçait une double formule de prière, une oraison ordinaire et un canon consécratoire (1) (prière eucharisHque),

Deus (2), conlatoi* sacrarum magnifiée dignitatum , quaesumus, at hos famulos tuos quos ad officium Icvitarum vocare dignaris » altaris sancti ministerium tribuas sufficienter implere. cunctisque donis gratiae redundantes et fiduciam sibi tuae maiestatis acquirere et aliis praebere facias perfectae devotionis exemplum.

Vere dignum ... Âdesto(3) quaesumus, omnipotens Deus, honorum dator, ordinum distributor , offîciorumque dispositor. Qui in te manens innovas otnnia; et cuncta disponens per Verbum, Virtatem, Sapientiamque tuam, lesum Ciinstum, Filium tuum, dominum nostrum, sempiterna providentia praeparas et singulis quibusque temporibus aptanda dispensas. Cuius corpus Ëcclesiam tuam caelestium gratiarum varietate distinctam, suorumque coQnezam distinctione membrorum, per legem totius mirabilem compagis unitam, in augmentum templi tui crcscere dilatarique largiris, sacri muneris servitutem trinis gradibus ministrorum nomini tuo militare constituens; electis ab initio Levi filiis qui mysticis operationibus domus tuae fidelibus excubiis permanentes, haereditatem benedictionis aeternae sorte perpétua possiderent. Super hos quoque famulos tuos, quaesumus. Domine, placatus intende, quos tuis sacris altaribus servituros in officium diaconii suppliciter dedicamus. Et nos quidem, tanquam bomincs, divioi sensus et summae rationis ignari, horum vitam quantum possumus aestimamus. Te autem, Domine, quae nobis sunt ignota non transeunt, te occulta non fallunt. Tu (4) cognitor peccatorum, tu scrutator es animarum, tu veraciter in eis caeleste potes adhibere iudicium, et vel indignis donare quae poscimus. Emltte in eos, Domine, quaesumus, Spiritum sanctum , quo in opus ministerii

(1) Cette oraison doit être considérée comme la conclusion de la prière collective que l'on vient de faire après l'invitatoire Oremus^ dilectissimû Ici la prière que l'assemblée faisait ordinairement en silence (cf. ci-dessus, p. 101) est remplacée par la litanie.

(2) Cette formule est propre au sacramentaire léonien. Je corrige conlaior ; le manuscrit porte consolator.

(3) Formule commune aux trois sacramentaires.

(4) Greg, : « Tu cognitor secretorum, tu scrutator es cordium ; tu eorum vitam caelesti poteris examinare iudicio quo semper praeyales, et admissa purgare et ea quae sunt agenda concedere. Emitte...»

fideliter exsequendi munere septiformi tuae gratiae roborentar. Abundet in eis totius forma virtutis, auctoritas modesta, pudor coDStans, innocentiae puritas et spiritalis observantia disciplinae. Iq moribus eorum praecepta tua fulgeant, ut suae castitatis exemplo imitationem sanctae plebis acquirant, et bonucn conscieotiae testimonium praeferentes in Ghristo firmi et stabiles persévèrent, dignisque successibus de inferiori gradu per gratiam tuam capere potiora mereantur.

Ces prières terminées , les nouveaux diacres recevaient Taccolade du pape, des évoques et des prêtres, et prenaient place avec les autres diacres , aux côtés du pontife.

Les candidats à la prêtrise se présentaient alors, soit qu'ils eussent été promus depuis longtemps au diaconat (1), soit qu'ils fissent partie du groupe de diacres que Ton venait d'ordonner. Ils se prosternaient devant le pontife et celui-ci récitait sur eux deux autres prières de même forme que les précédentes. Après quoi, ils recevaient l'accolade du pape, des évoques et des prêtres, et prenaient place en tête de ceux-ci.

Voici , sauf la litanie , les formules (2) en usage pour l'ordination des prêtres.

Invitatoire :

Oremus, diiectissimi , Deum Patrem omnipotentem , ut saper hos famulos su os quos ad presbyterii munus eiegit caelestia dona multiplicet , quibus quod eius dignatione suscipiuDt eius exsequantur auxilio.

Litanie.

Oraison :

Exaudi nos, Deus salutaris noster, et super hos famulos tuos benedictionem sancti Spiritus et gratiae sacerdotalis effunde vir-

(1) Ceci devait être rare ; on ne passait pas facilement du diaconat à la prêtrise. C'était , en réalité , déchoir et s'écarter du chemin qui conduisait à la papauté.

(2) Toutes ces formules sont communes aux trois sacramentaires.

l'ordination. 345

tutem , ut quos tuae pietatis aspectibus ofierimus consecrandos perpétua muneris tui largitate prosequaris.

Eucha/ristie :

Yere dignum ... Deus, honorum omnium et omnium dignitatum quae tibi militant distributor , per quem profîciunt universa , per quem cuncta firmantur, amplifîcatis semper in melius naturae rationabiiis incrementis per ordinem congrua ratione dispositum. Unde sacerdotales gradus et officia tevitarum sacramentis mjsticis instituta creverunt; ut cum pontifîces summos regendis popiHis praefecisses, ad eorum societatis et operis adiumentum sequentis ordinis viros et secundae dignitatis eligeres. Sic in eremo per septuaginta virorum prudentum mentes Moysi spiritum propagasti; quibus ilie adiutoribus usus in populo, innumerabiles multitudines facile gubernavit. Sic in Eleazaro et Ithamar filiis Aaron paternae plenitudinis abundantiam transfudisti, ut ad hostias salutares et frequentioris officii sacramenta sufficeret meritum sacerdotum. Hac providentia, Domine, Apostolis Filii tui Doctores fidei comités addidisti, quibus illiorbem totum secundis praedicatoribus impie verunt. Quapropter infirmitati quoque nostrae, Domine, quaesumus, baec adiumenta largire, qui quanto magis fragiliores sumus tanto bis pluribus indigemus. Da, quaesumus, Pater, in hos famulos tuos presbyterii dignitatem; innova in visceribus eorum spiritum sanctitatis ; acceptum a te, Deus, secundi meriti munus obtineant, censuramque morum exempio suae conversationis insinuent. Sint probi cooperatores ordinis nostri; eluceat in eis totius forma iustitiae, ut bonam rationem dispensationis sibi creditae reddituri aeternae beatitudinis praemia consequantur.

3* Ordination des évêques.

On voit que tout le rite de Tordination des diacres et des prêtres, suivant Tusage romain, consistait en prières , les unes faites en commun par toute l'assistance, les autres récitées par le pape sur Ferdinand prosterné. Le cérémonial n'était pas plus compliqué pour les évoques.

Les évêques que le pape ordonnait étaient presque toujours ceux de sa province métropolitaine. Ce n'était pas lui qui les choisissait; ils étaient élus dans leurs

localités. L'élection faite, on en dressait un procèsverbal ou décret , que signaient les notables de l'endroit, clercs et laïques , puis le futur évéque, escorté de quelques représentants de son église , se rendait à Rome, où l'on procédait à la vérification de l'élection et à l'examen du candidat. Si l'élection était reconnue régulière et si le pape approuvait le choix des électeurs, on célébrait la consécration. Pour celle-ci, aucun temps de l'année n'était spécialement désigné, mais la cérémonie devait toujours avoir lieu un dimanche.

Comme aux ordinations des Quatre-Temps , on différait la litanie et le Kyrie eleison jusqu'après le graduel. Ce chant étant terminé, le pape invitait les fidèles à la prière; tout le monde se prosternait et l'on chantait la litanie. Après la litanie, le pape se levait et prononçait sur le candidat une double formule de prière, tout à fait de même type que pour les diacres et les prêtres. Le nouvel évêque se relevait alors, recevait l'accolade du pape , des évêques et des prêtres et prenait place en tête des évêques. Le chœur entonnait alors V Alléluia ou le trait et la messe continuait comme à l'ordinaire. Voici les formules spéciales pour l'ordination des évêques :

Invitatoire (1) :

Oremus , dilectissimi nobis, ut his viris ad utilitatem Ecclesiae provebcndis i2) benignitas omaipoteatis Dei gratiae suae tribuat largitatem.

Litanie. Oraison :

Propitiare, Domine, supplicationibus nostris, et inclinato super

(1) Cette formule et la suivante sont communes aux trois sacramentaires.

(2) Gélasien seul. — Je corrige providendis en provehendis.

h ORDINATION. 347

'^c^s famulos tuos cornu gratiae sacerdotalis benedictionis tuae in ^c>s effunde virtutem.

Eucharistie :

Vere dignuni ... Oeus bonorum omnium, Deus omnium dignitsfctum quae gioriac tuae sacratis famulantur ordinibus; Deus qui NAoysen famulum tuum secreti familiaris a£fatu , inter cetera caelestis documenta culturae de babitu quoque indumenti sacerdotalis instituens, electum Aaron mystico amictu vestiri inter sacra iussisti ; ut intelligentiae sensum de exemplis priorum caperet secu- '^ui'a postcritas, ne eruditio doctrinae tuae uUi deessct aetati, cum ^t apud veteres reverentiam ipsa signifîcationum species obtineret ^t apud nos certiora essent expérimenta rerum quam aenigmata :fi^urarum. Iliius naraque sacerdotii anterioris habitus nostrae mentis ornatus est , et pontificalem gloriam non iam nobis honor oomoiendat vestium sed splendor animorum. Quia et illa quae tune carnalibus blandiobantur obtiitibus ea potius quae in ipsis erant intcUigenda poscebant. Ei idcirco bis famulis tuis quos ad suiDQii sacerdotii ministcrium delegisti, banc quaesumus, Domine, gratiam largiaris, ut quidquid illa velamina in fulgore auri, in nitoregemmarum, in multimodi oporis varietate signabant, boc in horum moribus actibusque clarescat. Comple in sacerdotibus tuis mysterii tui summam, et ornamentis totiu;^ glorificationis instructos caeiestis ungucnti fluoré sanctifica. Hoc, Domine, copiose in eorum caput influât, hoc in oris subiecta decurrat, hoc in totius corporis extrema descendat, ut tui Spiritus virtus et interiora horum repleat et exteriora circumtegat. Abundet in bis coiistantiafidei, puritasdilectionis,sinceritaspacis [(1). Sintspeciosi tnunere tuo pedes horum ad evangelizandum pacera , ad evangelizandum bona tua. Da eis , Domine, ministerium reconciliationis in verbo et in factis et in virtute signorum et prodigiorum. Sit sermo eorum et praedicatio non in persuasibilibus humanae sapientiae verbis , sed in ostensione Spiritus et virtutis. Da eis , IDomine, claves regni caelorum ; utantur, nec gloricntur, potestate c^uam tribuis in aedificationem non in destructionem. Quodcum-

(1) Les phrases entre crochets ne figurent ni dans le sacramentaire léonicn, ni dans le grégorien ; mais elles se trouvent dans le gélasien et même dans le Missa,le Francnrum, qui contient aussi cette formule. Le style , la tournure de ce passage est tout à fait conforme au reste du morceau. Dans le conflit des autorités paléographiques, cette circonstance me porte à croire qu'il a dû faire partie de la formule romaine originale.

que ligaverint super terram sit ligatuni et in caelis, et quodcumque solverint super terram sit solutum et in caelis. Quorum detinuerint peccata, detenta sint, et quorum dimiserint tu dimittas. Qui benedixerit eis sit benedictus et qui maledixerit eis maledictionibus repleatur. Sint fidèles servi, prudentes, quos constituas tu, Domine, super familiam tuam, ut dent illis cibum in tempore necessario, utexhibeant omnem hominem perfectum. Sint sollicitudine impigri, sint spiritu ferventes. Oderint superbiam, diiigant veritatem , nec eam umquam deserant aut iassitudine aut timoré superati. Non ponant lucem ad tonebras, nec tenebras [ad] lucem. Non dicant malum bonum , nec bonum malum. Sint sapientibus debitores et fructum de profectu omnium consequantur.] Tribuas eis cathedram episcopalem ad regendam Ecclesiam tuam et plebem universam. Sis eis auctoritas, sis eis potestas, sis eis firmitas. Multiplices super eos benedictionem et gratiam tuam, ut ad exorandam scmper misericordiam tuam , tuo munere idonei , tua gratia possint esse devoti.

Dans cette cérémonie , comme dans les ordinations de diacres et de prêtres , le pape procédait seul. IL pouvait y avoir des évoques dans son entourage, et en général il y en avait; mais il était seul à officier- Cette dérogation au principe qu'un seul évoque n*eir peut ordonner un autre est mentionnée, au sixième siècle, dans le Breviarium de Ferrandus (1).

4* Ordination du pape.

Le cérémonial de la consécration du pape n'était pas beaucoup plus compliqué, mais il présentait des particularités spéciales. La cérémonie avait lieu le dimanche , comme pour les évêques , mais toujours à Saint-Pierre, comme pour les diacres et prêtres de Rome. On tenait à ce que tout le haut clergé de Rome reçût l'ordination dans le sanctuaire même de l'apô-

(1) Cap. 6 : Ut unus episcopus episcopum non ordinet^ excepta ecclesia Romana, Ce canon est emprunté au concile romain de 386; mais les mots excepta ecclesia Romana sont de Ferrandus lui-même, et témoignent de Tusage du sixième siècle.

l'ordination. 349

tre. L'élu (1) se revêtait au secretarium des vêtements liturgiques du pape, sauf le pallium. Au chant de rintroït, il s'avançait vers l'autel et se prosternait devant, comme à l'ordinaire. Mais au lieu de se relever aussitôt pour aller à son siège, il demeurait prosterné pendant que l'on chantait la litanie. Après la litanie, il se relevait à moitié et les trois évêques d'Albano , de Porto et d'Ostie récitaient sur lui une première , puis une seconde oraison, enfin une prière eucharistique. Pendant celle-ci, qui était récitée par l'évêque d'Ostie, des diacres tenaient l'évangile ouvert au-dessus de la tête de l'ordinand. La bénédiction terminée, l'archidiacre disposait le pallium sur les épaules du nouveau pontife, celui-ci montait à son siège et entonnait aussitôt le Gloria in excelsis (2). La messe continuait comme de coutume ; après la messe , le pape était reconduit au Latran avec une pompe extraordinaire. Les formules de bénédiction étaient les mêmes que pour les autres évêques. Cependant la phrase Et idcirco, où est exprimée la dignité conférée à l'ordinand, était modifiée ainsi qu'il suit :

Et idcirco huic famulo tuo , quem Apostolicae sedis praesulem et primatem omnium qui in orbe terrarum sunt sacerdotum ac universalis Ecclesiae tuae doctorem dedisti et ad summi sacerdotii. ministerium elegisti, etc.

§ 4. — Les ordinations suivant le rite gallican. Les cérémonies des ordinations, suivant le rite gal-

(1) C'était toujours un diacre ou un prêtre de Rome, plutôt un diacre qu'un prêtre. Avant les dernières années du neuvième siècle, aucun évéque ne fut promu à la papauté. On sait assez à quels désordres et à quelles controverses donna lieu le cas de Formose, évéque de Porto avant d'être élu pape. Au dixième siècle, les infractions à la règle ancienne se produisirent plusieurs fois ; elle cessa dés lors d'être considérée comme obligatoire.

(2) Outre VOrdo IX de Mabillon, ce rituel est décrit dans le Liber DiurnuSy II, 8 (Garnier), 57, Rozière.

lican, sont décrites sommairement dans les Statuta Ecclesiae antiqua\ saint Isidore, dans son De ofj^ctis ecclesiasticis , 1. II, en parle d'une manière tout à fait conforme à cette description, dont même il reproduit le texte. Dans le sacramentaire gélasien et dans le Missale Francorum on trouve à la fois les cérémonies des Statuta et les prières romaines que nous venons d'étudiëV, et, de plus, certaines prières qui sont ou incompatibles avec Tusage romain ou tellemeat identiques de sens avec les prières romaines qu'elles forment avec elles une sorte de pléonasme. Encore ceci ne concerne-t-il que les trois ordres supérieurs; pour les cinq ordres inférieurs, il n'y a aucun trait commun aux deux liturgies ; les cérémonies des Satuta et des deux livres liturgiques sont entiéremert différents de ce que nous trouvons dans Tusage romain. Je vais les décrire successivement en reproduisant les formules telles qu'elles se trouvent dans les deux sacramentaires mérovingiens.

Portiers. — Le portier est d*abord instruit par ^a^ chidiacre de la conduite qu'il doit tenir dans la «maison de Dieu » ; puis Tarcliidiacre le présente à Tévèque. Celui-ci prend sur l'autel les clefs de l'église et les remet à l'ordinand, en lui disant (1) :

El

Sic âge quasi redditurus Deo rationem pro his rébus quaeistis clavibus recluduntur (2).

(1) Cette formule et les suivantes , à moins d'indication contraire, figurent, avec peu de modifications, dans le pontifical actuel, quii comme tous les livres romains postérieurs au neuvième siècle, contient, pour les ordinations, un mélange des deux antiques rituels romain et gallican.

(2) Ces formules, comme les formules analogues de l'ordination des lecteurs (Accipe^ et esto) et des exorcistes {Accipe, et commenàî sont déjà dans les Statuta, ce qui suppose qu'elles étaient en usage» à Arles au moins, dès la fin du cinquième siècle.

l'ordination. 35t

Alors a lieu la bénédiction, précédée, suivant le style gallican, d'un invitatoire ou préface :

Deum Patrem omnipotentem suppliciter deprecemur ut hune

famulum suum nomine lllum benedicere dignetur, qucm in

officium ostiarii eligere dignatus est , ut sit ci fidelissima cura in

<lîebus ac noctibus ad dislinctionem horarum certarum ad invo-

oandum nomen Oomini.

Domine sancte , Pater omnipotens , aeierne Deus , benedicere digneris hune famulum tuum ostiarium nomine Jllum^ ut inter LDitores eccicsiac paret obsequia et intcr eiectos tuos partem ireatur habere mercedis.

Lecteurs. — L'évoque s'adressant au candidat, lui dit :

Eiigunt te fratres tui, ut sis lector in domo Dci tui; etagnoscas officium tuum ut impleas illud : potens est enim Deus ut augeat tibi gratiam.

Ces paroles (1) supposent qu'il y a eu d'abord une élection. L'élection proclamée, le pontife adresse au peuple une allocution (2) dans laquelle il met en relief la foi et le talent de l'élu ; puis, à la vue de tout le monde, il lui remet le livre où il doit lire, et lui dit :

Accipe, et esto verbi Dei relater, habiturus , si fideliter et uti-

(1) Elles figurent y dans les deux sacramentaircs , sous la rubrique S^raefntio lectoris, formant ainsi le pendant des invitatoires usités pour les autres ordres ; mais leur forme est très différente. J'ai cru devoir les placer au commencement de la cérémonie, c'est-à-dire au moment qui est indiqué par le sens de la formule. De cette façon, la l>énédiction se présente sans invitatoire. Peut-être l'allocution de l'évéque en tenait-elle lieu ; mais cela est peu probable. Le pontifical actuel a un invitatoire spécial.

(2) Nos manuscrits n'ont aucun formulaire de cette allocution. H y en a une dans le pontifical actuel, de même que pour les trois autres ordres mineurs, de portier, d'exorciste et d'acolyte. Je ne saurais dire à quelle date elles remontent au juste ; mais elles doivent être fort anciennes.

liter impleveris officium , partem cum his qui verbum Dei minis

traverunt.

Puis vient la prière :

Domine sancte , Pater omnipotens, aeterne Deus, benedicew^

digneris famulum tuum nomine lllum in offîcio lectoris, ut assi

duitate lectionum distinctus atque ornatus curis modulis spirital: 2 devotione resonet ecclesiae (1).

Exorcistes, — L'évêque remet au candidat le livr^ des exorcismes, en disant :

Accipe et commenda, et babeto potestatem imponendi manuon super energumenum, sive baptizatum sive catecbumenum.

Puis vient la bénédiction :

Deum Patrem omnipotentem supplices deprecemur, ut hune famulum suum nomine lllum benedicere dignetur in officium exorcistae, ut sit spiritalis imperator ad abiciendos daemones de corporibus obsessis cum omni nequitia eorum multiformi.

Domine sancte , Pater omnipotens , aeterne Deus , benedicere digneris famulum tuum hune nomine lllum in offîcio exorcistae, ut per impositionis manuum et oris officium eum eligere digneris, et imperium habeat spiritus immundos coercendi (2) , et probabilis sit medicus Ecclesiae tuae , gratiae curationum virtute confirmatus.

Acolytes, — L'ordre d'acolyte ne paraît pas avoir été partout en usage dans les pays gallicans. Sans

(1) Ce texte, qui est celui du sacram. gélasien, est altéré et inintelligible à la fin. Celui du Missale Francorum n'est pas en meilleur état : Ut assiduitate electionum distinctus atque ordin&tus curis modolis spiritali devotione lingua resonet Ecclesiae. Dans le pontificat actuel on trouve ici un texte clair, qui procède de celui-ci, mais avec de fortes retouches.

(2) Les deux mss. portent spirituum immundorum coercendo (coercendum Miss. Fr.); je corrige d'après le Pontifical. Miss, Fr, Plus haut, le sacram. gél. porte oris in officium. Les mots eum eligere digneris semblent superflus ; ils sont omis dans le pontifical.

l'ordination. 353

doute les Statuta (1) décrivent cette ordination comme les autres ; mais le sacramentaire gélasien omet les formules de bénédiction ; dans le Missale Francorum^ on ne trouve que l'oraison , sans invitatoire , et encore à une place insolite , entre la bénédiction des portiers et celle des lecteurs. Dans la collection canonique irlandaise , l'ordre d'acolyte n'est point compté au nombre des sept degrés ecclésiastiques; on le range avec celui de psalmiste ou de chantre , en dehors de la hiérarchie ordinaire (2). D'après les Statuta^ l'ordinand était d'abord instruit par l'évêque des devoirs de sa fonction , puis l'archidiacre lui remettait un chandelier avec un cierge , pour signifier qu'il aurait le soin d'allumer les luminaires de l'église, de plus un "urceolus ou burette , vide , signe de la fonction de présenter à l'autel le vin de l'eucharistie. Voici la formule de bénédiction (3) :

Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Oeus, qui Mojsi ^^ Aaron locutus es ut accenderetur lucerna in tabernaculo testi- ^ooii, sic benedicere et sanclificare digiieris hune famulum tuum ^^ Bit acoiitus Id Ecclesia tua.

SouS'diacres. — L'ordinand reçoit des mains de l'évêque la patène et le calice, vides, et des mains de 1' B.Tchidiacre , l'aiguière avec sa cuvette et une serviette. Avant la tradition de ces objets, l'évêque ^clresse au candidat une allocution dont le Missale ^r^ancorum nous a conservé le texte :

Tide cuius ministerium tibi traditur. Et ideo si usque nunc ^^isti tardus ad ecclesiam, amodo debcs esse assiduus; si usque

(1) Les Staiiuta,^ rédigés à Arles, correspondent à'; l'usage de Tune ^cs plus considérables parmi les églises des Gaules.

(2) Ed. Wasserschleben, p. 23, 26.

(3) L'invitatoire, qui manque au Miss. Fr., se trouve dans le ponti- ^cal actuel. l\ est de style gallican, comme toutes ces prières.

nunc soin nolen tus , amodo vigil; si usque nuDC ebriosas , Ambdà sobrius; si usque nunc iniionestus, amodo castas. Oblatioaei quae vcniunt in altai-io, panes propositionis appeliaotur. De ipan oblationibus (1) tantum débet in altario poni quantum populo possit suffîcere , ne aliquid putridum in sacrario maneat. PalUe vero quae sunt in substraturio in alio vase debent lavi , in ali( corporales pallae. Ubi pallae corporales lavatae fuerint, nnlloii linteamen ibidem aliud débet lavi ; ipsa aqua in baptisterio débet vergi. Ideo te admoneo ; tu ita te exhibe ut Dec piacerepos8i8(2}.

C'est ici qu'a lieu la tradition des instruments. L'évéque invite ensuite à la prière :

Oremus Deum et Dominum nostrum, ut super servum saoïi Illum quem ad subdiaconatus offîcium evocare digoatus estinfon* dat benedictionem et gratiam suam , ut in conspecta suc fidelitdr servions destinata sanctis praemia consequatur.

La bénédiction a lieu ensuite :

Domine sancte, Pater omnipotens aeterne Deus , benedicere digneris famulum tuum hune Illum, quem ad subdiaconatus offîcium eligere dignatus es, uti eum sacrario tuo sancto strenaon soUlcitumque caelesti militiae instituas , et sanctis altaribus fideliter subministret. Requiescat super eum Spiritus sapientiae et intellectus , Spiritus consilii et fortitudinis , Spiritus scientiae et pietatis; repleas eum Spiritu timoris tui ut eum in ministerio divino confirmes, ut obediens atque dicto parens, tuam gratiam consequatur.

Diacres. — Les formules du Missale Francorum supposent que le candidat, choisi préalablement par Tévêque, est présenté au peuple, qui doit témoigner de son acceptation par une acclamation exprimée. A

(1) Cette partie de l'instruction est incompatible avec Tusage romain, oU le choix des oblatae est l'affaire, non des sous-diacres, mais des diacres. Dans le rit gallican, ce choix, se faisant à la sacristie, pouvait être confié aux sous-diacres.

(2) Cette allocution figure au pontifical actuel , mais on y a ajonté un certain nombre de phrases.

l'ordination. 355

Rome, le silence des fidèles est considéré comme une approbation du choix fait par Tévôque; dans le rit gallican il faut que cette approbation soit manifestée expressément. De plus , Tusage des Quatre-Temps étant inconnu dans les pays de rit gallican , la présentation au peuple n'a lieu qu'au jour même de Tordination. Voici le discours que Tévôque adresse au peuple , en lui présentant Télu :

Dilectissimi fratres , quamlibet possint ad ordinationem ecclcsiastici ministerii promovendam sibi ipsa sufficere privilégia sacerdotum, attamen quia probabilior et nostra apud Doniinum cod- ^^rsatio est et eorum quorum honor augctur maior est gratia si d quod arbitria nostra eligunt etiam vestrac confirmet dilectionis •<l.seDsuSy idcirco filium nostrum lUum cupio ad offîcium diaco- '^.tus ia consortium nostrum divinitatis auxilio promovere ; an ^^m dignum bocoffîcio ceuseatis scirc desidcro; et si vestra apud ^«am concordat electio, testimonium quod vultis vocibus ad- 'Bz-obate.

Les fidèles s'écriaient alors : Dignus est (1) ! Puis ^^ évéque reprenait la parole pour inviter à la prière :

Commune votum communis prosequatur oratio, ut bic totius âcclesiae prece qui in diaconatus ministerio praeparatur leviticac ^ii^nedictionis (2) et spiritali conversatione praefulgens gratia ^anctificationis eluceat.

L'évoque prononce (3) alors la formule de bénédic-

(1) Cette acclamation, do mémo que rallocution à laquelle elle sert de réponse, a été supprimée dans les livres d'où dérive le pontifical actuel. Mais lo début do la prière qui suit , Commune votum, suppose qu'on vient d'exprimer des suffrages. Ces paroles n'ont plus de sens avec la disposition actuelle de la cérémonie.

(2) Texte altéré. Pontifical : qui ad diaconatus ministerium praepara/ur, leviticae benedictionis ordine clarescat et spirituali, etc.

(3) Le pontifical actuel présente ici l'invitatoiro gallican Commune volvcm , puis un invitatoiro romain , formé lui-mcme do deux formules romaines de ce genre, enfin le canon consécratoire romain, Dnus honorum, d&tor (ci-dessus, p. 343).

tion , en tenant la main étendue sur la tête de Tordinand :

Domine sanctc, spei, fîdci, gratiae etprofectuum inaDerator,<iai in caelestibus et terrenis angelorum ministeriis ubique disposai per omnia elementa voluntatis tuae défendis affectum , huDC qooque famulum tuum Hlum speciali dignare inlustrare aspecta, ut tuis obsequiis expeditus sanctis altaribus minister purus adcresci^ et indulgcntia purior, corum gradu quos Apostoli tui in septenam numéro , beato Stcphano duce ac praevio , sancto Spirltu aocton elegerunt dignus existât , et virtutibus universis quibus tibi se^ vire oportet instructus compleat.

Prêtres. — La suite des cérémonies était exactement la même pour les prêtres que pour les diacres, sauf que les premiers recevaient l'onction des mains; encore celle-ci était-elle d'usage pour les diacres en certains endroits (1). Voici la formule d'allocution :

Quoniam, dilcctissimi fratrcs , rectori navis et navigio deiérendis eadem est vel sccuritatis ratio vel timoris, commonis eorum débet esse sententia quorum causa communis existit. Nec frustra a Patribus rominiscimur institutum ut de electione eoram qui ad regimon altaris adhibendi sunt consulatur et populus; qoia de actu et convcrsationc praesenti quod nonnumquam ignoratora pluribus scitur a paucis, et neccssc est ut facilius quis obedientiam cxhibeat ordinato cui adscnsum praebuerit ordinando. Pratris nostri et conpresbyteri conversalio , quantum nosse mihi videor, probata ac Deo placita est , et digna , ut arbitrer , ecclesiastid honoris angmento. Sed ne unum fortasse vel paucos aut decipiat adsonsio aut fallat affectio, sententia est expetenda multorum. Itaque, quid de eiiis actibus aut moribus noveritis, quid demerito

(1) Gildas, Liber quevulus^ III, 21, parle d'une bénédiction qua initifintur sacerdotum vel ministrorum manus. Cette expression sem* ble viser un rite spécial , probablement une onction , accomplie sur les mains des prêtres et des diacres. L'onction des mains pour ces deux ordres se rencontre dans les livres liturgiques anglo-saxons du dixième et du onzième siècles ; il résulte de la lettre de Nicolas I" i l'archevcque de Bourges Rodulfe (Jaffé, 2765) que, vers le temps de Charles le Chauve, l'onction des diacres était en voie de s'introduira en France.

l'ordination. 357

censeatis, Deo teste, consulimus. Débet banc fidem habere caritas vestra quam secundum praeceptum Evangelii et Deo exhibere debetis et proximo, ut buic testimonium sacerdoti magis pro me- , rito quam pro affectione aliquid tribuatis. Et qui devotionem omnium expectamus, intelligerc tacentes non possumus ; scimus tamen, quod est acceptabilius Deo.aderit per Spiritum sanctum consensus udus omnium animarum. Et ideo electionem vestram <'ebetis voce publica profiieri.

Après racclamation Dignus est (1) ! Tévêque continuait ;

Sit nobis, fratres, commuais oratio , ut hic qui in adiutorium et 't;ilitatem vestrae salutis eligitur presbyteralus benedictionem di- ""^ni indulgentia muneris consequatur ; ut sancti Spiritus sacerdo- ^lia dona privilcgio virtutum , ne impar loco deprebendatur , ^Ijtineat.

Puis venait la bénédiction, pendant laquelle non feulement l'évêque, mais tous les prêtres présents étendaient la main sur la tête de Ferdinand :

Sanctificationum omnium auctor, cuius vera consecratio, plena benedictio est, tu, Domine, super hune famulum tuum Illum quem presbyterii honore dedicamus manum tuae benedictionis (2) infundc ; ut gravitale actuum et censura vivendi probet se esse seniorem, bis institutus disciplinis quas Tito et ïimotheo Paulus exposuit ; ut in lege tua die ac nocte , Omnipotens, meditans, quod legerit credat, quod crediderit doceat, quod docuerit imitctur ; iustitiam, constantiam, misericordiam, fortitudinem, in se ostcndat, exemple probet, admonitione confirmet; ut purum

(1) L'allocution qui précède a été conservée dans le pontifical actuel ; mais sa finale a été remplacée par l'admonition romaine , cidessus, p. 340. Le Dignus est est également supprimé, avec l'invitation Sit nobis, qui forme le pendant de la formule Commune votum de l'ordination des diacres. A la place de l'invitatoire Sit nobis et de la prière Sanctificationum ^ on trouve les formules romaines données ci-dessus, p. 344, 345.

(2) Ici le Miss. Fr, ajoute eum ; le sacram, gélasien , où la formule est au pluriel, porte his au même endroit; c'est encore un passage altéré.

358 ORIGINES DU GUI.tr CHRÉTIEN.

atque}iminaculatuin ministerii tui donum custodiat , et per oba^^ quium plebis tuac corpus et sanguiocm Filii tui immacalata beo^^ dictione transformet, et inviolabili caritatc in virum perfectum, i ^ mensuram aetatis plenitudiDis Christi , in die iustitiae aeterU^ iudicii, conscientia pura, fide piena, Spiritu sancto plenus persolvat-^

Venait ensuite Tonction des mains, accompagnée^^ de cette formule (1) :

Consecrentur manus istae et sanctificentur per istam unctionem ^ et nostram benedictionem ; ut quaecumque bcnedixerint bencdicta ^M siDt, et quaecumque sanctificaverint sanctificentur.

Evêques. — Dans les pays de rit gallican , la con — sécration des évêques était célébrée, le plus souvent,^ dans l'église même qu'ils étaient appelés à gouver — lier (2). Le métropolitain et les évêques de la pro — vince se transportaient sur les lieux, dirigeaient Félec — tion et célébraient Tordination. On commençait pa s'entendre, en dehors de toute forme liturgique, su le choix d'un candidat ; puis , quand on avait acquit la certitude qu'il réunirait l'unanimité morale des suf- — frages, le président du corps épiscopal le présentait officiellement au clergé et au peuple assemblé dans l'église. Cette présentation (3) était accompagnée d'un

(1) L'onction et la formule ont passé du rituel gallican dans le pontifical romain.

(2) Cependant les suffragants de l'évéque do Milan se transportaient dans la cité métropolitaine (Ennodius, Vita Epip/i. , p. 341, Hartel). Les métropolitains de Milan et d'Aquilée se consacraient l'un Tautre, mais la cérémonie devait avoir lieu dans la ville de Ferdinand (Lettre de Pelage I", Jaffé, 983; Migne, P. L., t. LXIX , p. 411). Le IVconcile de Tolède (C33) laisse au métropolitain le choix du lieu, en ce qui regarde ses suifragants ; quant à lui-même, il doit être consacré dans sa ville épiscopale. En Gaule , la cérémonie avait lieu -ordinairement dans l'église qu'elle concernait {Conc. Aur., IV, 5), à moins qu'elle ne se fît à la résidence royale.

(3) Quand les rois franks se furent réservé l'approbation des élections ou même le choix des titulaires, cette présentation devint une pure cérémonie. Il n'en avait pas été de même à l'origine.

L*0RDINATI0N. 359

discours , dont une formule (1) s'est conservée dans fes livres liturgiques :

Servanda est, dilectissimi Fratres, in excessu sacerdotum lex (2)

^intiqua Ecclesiae ut decedcntibus fpastoribusj alii (3) dignissimi

^%ibrogentur, per quorum doctrinam fides catholica et religio chris-

"^AaDa subsistât; ne ovili Domini praedo violentus inrumpat, et

^^^Jspersas absque pastore oves fur nocturnus invadat. Recepto

^faque dispensatione Dei saccrdote vestro, sollicite vobis agendum

^^st ut in locum defuncti talis successor praeparctur ecclesiae ,

^suius pervigili cura et instanti sollicitudine ordo ecclesiae et cre-

^entium fides in Dei timoré melius convalescat ; qui, praecipiente

Apostolo, in omni doctrina formam boni operis ipse praebeat,

cuittsque habitus, sermo, vultus, incessus, doctrina, virtus

sit; qui vos ut pastor bonus fîdc instruat, exemplo patientiae do-

ceat, doctrina religionis instituât, in omni opère bono confirmet

caritatis exemplo. Secundum voluntatem ergo Domini in locum

sanctae memoriae Illius nomine , virum venerabilem Illum testi-

monio presbyterorum et totius cleri et consilio civium ac consis-

tcntium (4) credimuseligendum ; virum, ut nostis, natalibus nobi-

lem, moribus clarum, religione probum, fide stabilem, misericordia

abundantem, bumilem, iustum, pacifîcum, pationtem, caritatem

habentem, tenacem, cunctis quae sacerdoti (5) eligcnda sunt, bonis

moribus exuberantem. Hune ergo, dilectissimi fratres, tcsti-

monio boni operis clectum, dignissimum sacerdotio consonantcs

laudibus clamate et dicite : Dignus est.

L'acclamation Dignus est (6) s'étant fait entendre ,

(1) Cotte formule, incompatible avec l'usage romain , n'est pas entrée dans le pontifical, p) Sacerdotum et antiquae Miss. Fr.

(3) Decidentibus aliis quidem dignissime. Miss. Fr.

(4) Les cives sont les citoyens du lieu; les consistcntes y les rosidents qui appartiennent à une autre cité.

(5) Sacerdos M, Fr. Plus bas. tcstimonii.

(6) Cette acclamation est souvent indiquée dans les récits d'élection épiscopale. Cf. Grégoire de Tours, II, 13; Sidon. Apoll., Ep. , VII, 9; vio do saint Gôry, évoque do Cambrai {Anal. Boll. , t. VII, p. 391). Le discours que Sidoine prononça lors de l'ordination de Simplicius do Bourges est l'équivalent exact do la formule que jo donne ici. •

le prélat consécrateur invite les assistants à la prière

Deum totius sanctificationis ac pictatis auciorem.qui placatioD& suam et sacrifîcia et sacra constituit. Fratres dilectissimi, depr mur, uti hune famulum suumquem exaltare in Ëcclesia et senLorum cathedrae, concordibus sua inspiratione iudiciis et effu^is super plebem suam votis fîdelibus ac vocum testimoniis, vol^mit imponi , conlocans eum cum principibus populi suî; ad eorimi. nu ne precem universam eundem summo sacerdotio débita hocà ris plenitudine, charismatum gratia, sanctifîcationum ubertate, praecipue humilitatis virtute locupletet; ut rector potius non tollatur , sed in omnibus se quantum est maior humilians sit ipsis quasi unus ex illis; omnia iudicia Domini nostri non pro tantum sed et pro omni populo qui sollicitudini suaecreditur con^ tremiscens ; ut qui mcminerit de speculatorum manibus omnium animas requirendas , pro omnium salute pervigilet, pastorali erga créditas sibi oves Domini diligentia eius (1), semper se flagrantissimum adprobansmandatorum. Ut igitur praefuturus omnibus, electus ex omnibus, univcrsis sacris sacrandisque idoneus fiât, sab bac, quae est bomini per hominem postrema benedictio, consummata atque perfecta, suae consecrationis, nostrae subplicationis , adtentissimis concordissimisque omnium precibus adiuvemur; omnium pro ipso oratio incumbat, cui exorandi pro omnibus pondus imponitur. Impetret ei affectus totius Ecclesiae virtutem, pietatem, sanctiûcationem, et caeteras summi sacerdotii sacras dotes universae Ecclesiae profuturas, Domino Deo nostro, qui sacrorum munerum profluus fons est, qui dat omnibus adfluenter, quod sacerdoti pio aSectu poscitur, ad exundandam in omnibus sanctifîcationem suorum omnium, promptissime ac plenissime conferente (2).

Vient ensuite la prière consécratoire. Le Missale Francorum et le sacramentaire gélasien s^accordent à donner le texte romain Deus honorum omnium^ mais

(1) Ce passagejest très altéré dans lo Miss. Fr. ; on y lit : pastorali erga créditas sibi oves Domini diligeniiae eius semper se flagrari' tissimum, adprobans. Te dcUctorum adigitur pvacfuturuSy ex om.nibus electus^ ex omnibus universis

(î) Cette formule, elle aussi incompatible avec l'usage romain, n'est pas entrée dans le pontifical, qui suit ici le formulaire donné ci-dessuSjfp. 347. Construisez : Domino... conferente, ad exundandam... quod poscilur sacerdoti {consecrando) .

l'ordination. 361

augmenté d'un long développement qui manque aux

sacramentaires léonien et grégorien (1). Comme tout

^e reste de la formule , elle suppose que Ton consacre

ôxî même temps plusieurs évêques, tandis que les

dçux allocutions ci-dessus sont constamment au sin-

Slilier (2). Hors de Rome, la consécration simultanée

^6 plusieurs évoques devait être un cas très rare. J'in-

olinerais donc à croire que la formule est toute ro-

^*^:»iaine et qu'il ne subsiste pas de formule gallicane pour

^liette partie de la cérémonie.

Pendant que Tévéque président, c'est-à-dire le métropolitain, prononce la prière consécratoire, deux évê- ^es tiennent ouvert le livre des évangiles sur la tête de Tordinand; tous les évêques présents étendent la main sur lui.

Après la prière consécratoire vient Tonction des mains (3) , accompagnée de la formule suivante (4) :

UnguaDtur manus istae de oleo sanctifîcato et cbrismate sanc^ tificationis, sicut unxit Samuel David in regem et prophetam; ita anguantur et consumraentiir in nomine Dei Patris et Filii et Spiritus sancti, facientes imaginem sanctae crucis Salvatoris domini nostri lesu Ghristi qui nos a morte redemit et ad régna caelorum perducit. Exaudi nos, pie Pater, omnipotens, aeterne Ocus, et pracsta quod te rogamus et oramus.

(1) Voir plus haut, p. 347.

(2) n en faut dire autant des oraisons préparatoires romaines que le Missale Francorum place avant Tallocution. Au contraire, les formules de la messe d'ordination, qui viennent après le canon consécratoire, sont toutes au singulier.

(3) L'onction des mains est la seule dont il soit question dans les anciens livres mérovingiens. Celle de la tête n'y figure pas. Au temps de Louis le Pieux, elle était d'usage ordinaire en France (Amalairo, De eccl. officiiSf II, 14).

(4) Elle ne se trouve que dans le Missale Francorurrif à la suite de celle des prêtres, ci-dessus, p. 358, sous la rubrique item alia. Je pense que ce n'est pas une simple variante, mais une formule spéciale pour les évoques. Cette distinction est conforme à l'usage actuel , où la formule Consecrentur sert pour les prêtres , la formule Unguaniur pour les évêques.

362 ORIGINES DU GULTB GHRÉTIBN.

§ 5. — Le8 ordinations en Orient.

Pour les rites orientaux je me bornerai aux descriptions contenues dans les Constitutions Àpostoliquesj VIII, 4, et suiv., et dans le De ecclesiastica hierarchia de Denys l'Aréopagite, c. 5.

S*il s'agit d'un évêque , le candidat est présenté à rassemblée, à laquelle président plusieurs évéques, entourés du clergé local. Le premier des évéques, c'est-à-dire , en droit , le métropolitain ou son suppléant, interroge l'assistance sur l'identité du candidat et sur ses qualités. Est-ce celui-ci que l'on veut? A-t-il telle et telle qualité essentielle à son état? Ces demandes se reproduisent trois fois, la troisième fois avec plus de solennité. Le peuple doit répondre à haute voix : « Il est digne ! *A5i<Jç eerrtv, »

Alors trois d'entre les évéques s'approchent de l'autel. L'ordinand s'agenouille , et , pendant que deux diacres tiennent le livre des Evangiles ouvert sur sa tête,, le président prononce une prière consécratoire, de forme eucharistique. Quand elle est terminée, on répond Amen.

Le nouvel évéque est ensuite conduit à son siège, reçoit le baiser de paix et célèbre lui-même la messe.

La môme forme s'observe pour les prêtres, les diacres , les diaconesses , les sous-diacres et les lecteurs, sauf que l'évêque diocésain préside seul à la cérémonie. Les prières consécratoires sont toujours accompagnées de l'imposition des mains.

Tel est le rituel des Constitutions apostoliques (1). Celui de Denys est identique au fond ; mais il y a

(1) Aprt^s le canon consécratoire récité sur révoque , Tauteor des Consl, ajoute : « El; Tt5v iTCKTxéTCuv àvoiçep^Tco ti^v OuaCav HtX tûv x*^P^ x'oO x6ipoTovY)6<vTo;. r> Ces mots n'ont pas, pçurmoi, un i^ens bien clair.

l'ordination. 363

quelques détails plus précis. Ainsi, pendant la prière ^orisécratoire, le diacre ne s'agenouille que d'un seul g^nou. Après cette prière, Tofficiant fait le signe de 1^ croix au front du nouvel ordonné, et proclame solennellement son nom.

On voit que, dans tous les rites , la cérémonie de l*ordination consiste surtout dans une prière récitée ^Ur Tordinand, en assemblée publique et solennelle. Cette prière est accompagnée de l'imposition des xnains (1). Dans cette généralité, le rituel est déjà attesté par les livres du Nouveau Testament (2). On y voit également que le choix des chefs et des ministres de TEglise fut, dès l'origine, réservé aux apôtres ou à leurs représentants. Il passa naturellement aux évoques, leurs successeurs et continuateurs, en ce qui regardait la direction des chrétientés locales. Quant à l'installation des évéques eux-mêmes, on considéra qu'il était indispensable de la confier à une autorité d'un ordre plus élevé que l'évéque isolé. Cette autorité ne pouvait être que l'autorité supérieure de l'Eglise, l'ensemble de sa hiérarchie épiscopale. Comme il était impossible d'en réunir tous les membres à chaque ordination , on s'accorda à admettre qu'elle serait représentée par le groupe des évoques voisins, ou, * en certains endroits, par l'évêque de la mère-église. De là l'obligation des trois évéques, universellement admise, dès le commencement du quatrième siècle , à moins qu'il ne s'agisse d'un consécrateur assez qua-

(1) Il convient do rappolor ici le mot do saint Augustin ; « Quid aliud est manuum impositio quam oratio super hominem ? » Cette observation est si juste que l'on voit souvent les livres rituels omettre de mentionner on termes exprès l'imposition des mains. EUq était censée indiquée par Voratio super hominem,

(2) Actesy VI, 6; XIII, 3; I Tim., IV, 14; U Tim., I, 6.

lifié pour représenter à lui seul Tensemble de Tépiscopat (1).

Outre rintervention d'au moins trois évoques, Tordination épiscopale fut caractérisée , avec la même universalité, par le rite de TEvangile ouvert sur la tête de Tordinand (2). Ce rite, déjà établi au quatrième siècle, ne peut être primitif, mais il est sûrement fort ancien.

L*onction, propre au rit gallican, aura été suggérée par l'Ancien Testament, où il est si souvent question de l'onction des prêtres. Elle ne paraît pas très ancienne; quelques indices porteraient à en chercher l'origine dans les églises de Bretagne (3) , qui la pratiquaient dès le sixième siècle.

C'est vers le même temps, ou plutôt un peu après, que la tradition des vêtements liturgiques et autres insignes analogues commença à prendre place parmi les cérémonies de l'ordination. J'ai négligé jusqu'à présent les indications que nous fournissent, à ce sujet, les Ordines romains et les autres documents rituels. Voici le moment de s'en occuper.

(1) C'est le cas du pape. Je ne serais pas étonné qn*il y ait ou an usage semblable à Alexandrie ; mais je n'en ai pas la preuve. Le patriarche d'Alexandrie était , comme le pape , le seul évéque de sa province dont l'ordination fût accompagnée du rite de l'imposition de l'Evangile.

(2) Voir cependant les restrictions indiquées à la note précédente. Elles n'atteignent pas , d'ailleurs, le caractère d'universalité que l'on reconnaît ici à ce rite.

(3) Gildas est le premier auteur qui la mentionne. Les Statuts l'ignorent évidemment; il en est de même, je crois, des auteurs franks du sixième siècle et des auteurs espagnols jusqu'à saint Isidore inclusivement. Elle a toujours été plus largement pratiquée en Grande- Bretagne qu'ailleurs. Cf., ci-dessus, p. 356, note 1.

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