‹ Origines du culte chrétienChapitre 31 sur 52 · LE COSTUME LITURGIQUE · texte numérisé non relu

LE COSTUME LITURGIQUE

1* La tunique et la planète.

A Rome , au cinquième siècle , le costume de ville des personnages officiels se composait essentiellement d'un vêtement de dessous, tunique avec ou sans manches, et de Idipaenula, immense pardessus, sans ouvertures sur le devant et sans manches. On passait la tête par une ouverture ménagée au milieu du vêtement, et on le relevait sur les bras quand on voulait se servir de ses mains. Nous trouvons ce costume prescrit par une loi de 397 (1) , qui interdit aux sénateurs de paraître à Rome avec la chlamyde, habit militaire, et ne leur permet que le colobus, tunique sans manches, et la paenula. C'est aussi celui qui est figuré dans une peinture du cinquième siècle environ, où est représenté un préfet de Tannone avec son fils (2). Cependant , quand ils étaient dans Texercice de leurs fonctions, les magistrats portaient encore la toge. Les ofjîciales (appariteurs, employés) en tenue portaient aussi Is. paenula sur la tunique; mais celle-ci devait être serrée à la taille par une ceinture ; de plus ils devaient porter bien ostensiblement un pallium

(1) Cod. Theod., XIV, x, 1.

(2) Annali delV Istituto, 1885, pi. 1.

de couleur voyante, qui servait à faire reconnaître leur dignité (1). Ce pallium était une sorte d'écharpe; on peut voir par les deux figures 1914 et 1915 du dictionnaire des antiquités de M. Saglio comment il

était porté , soit sur la paenula , soit même sur la tunique.

Sauf cet insigne, sur lequel nous aurons à revenir, le costume du clergé romain était absolument identique au costume civil des personnes de quelque situation. Le pape Célestin, dans une lettre (2) adressée aux évoques de Provence, blâme Tusage d'un costume ecclésiastique spécial , bon signe qu'il n'y en avait aucun dans son église et dans les pays de sa juridiction immédiate (3). Les documents, liturgiques ou autres, de Tusage romain, supposent que tous les clercs, depuis le pape jusqu'à l'acolyte et même audessous , portent la planète ou paenula par-dessus la tunique. La planète est ordinairement de couleur foncée, brune ou violette (jpurpurea) , la tunique de couleur claire. Or ce costume était encore porté, au sixième siècle, par les laïques de distinction. Le biographe de saint Fulgence rapporte que, lorsque ce saint évêque débarqua en Afrique, à son retour de

(1) a Discoloribus palliis pectora contegentes conditionis suae necessitatem ex huiusmodi agnitione testentur. » U pourrait bien se faire que cette écharpe ne fût qu'une réduction de la toge antique. Tout est possible en ce genre de transformations. Les reUgieux de certaines congrégations de clercs réguliers (au mont Saint-Bernard, par exemple, à Klosterneubourg et ailleurs) portent actueUement, sur leurs habits, une bande de toile qui pend par devant et par derrière. Elle n'est pas large de trois doigts. C'est pourtant un surplis, c'est-à-dire une tunique longue et à manches. Après cela on ne peut guère s'étonner de voir la toge se réduire à une écharpe.

(2) Jaffé, 369.

(3) Le long développement sur le sens des vêtements sacerdotaux de Tancienne Loi , qui se trouve dans la prière pour l'ordination des éyéques (ci-dessus, p. 347), suppose aussi qu'il n'y avait point, au temps oU cette prière fut rédigée (vers le cinquième siècle), de vêtements liturgiques bien caractérisés.

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Tèxil , comme il pleuvait , les nobles étendirent leurs planètes au-dessus de sa tête, pour l'abriter. Jean Diacre, dans sa vie de saint Grégoire, décrit, d'après des peintures contemporaines , le costume de ce pape et de son père Gordianus : tous deux étaient habillés de la même façon ; ils portaient , sur la dalmatique , une planète couleur châtain.

La tunique inférieure est devenue l'aube, d'où sont dérivés, par diverses modifications, le rochet des chanoines et le surplis; ces vêtements peuvent être portés par des clercs de divers ordres. La planète est devenue la chasuble , qui n'est plus guère portée que par les prêtres et les évêques. C'était un vêtement coûteux; les simples clercs y renoncèrent d'assez bonne heure.

En dehors de Rome le costume liturgique comprenait essentiellement les mêmes pièces, l'aube {tunica, linea, alba^ ortxbtpiov) et la planète, appelée aussi capsula (chasuble) ou amphibalum (1) , et, en grec , phelonion {(fik6)fm). L'aube du diacre, sans avoir la forme de la dalmatique spéciale, à l'usage romain, était cependant d'une matière plus précieuse que celle des clercs ordinaires; on ne la serrait pas à la taille par une ceinture : elle tombait librement (2).

2* La dalmatique.

Outre ces deux vêtements essentiels et communs à tous les clercs , le pape et ses diacres portaient , aux

(1) Ces deux termes se rencontrent pour la première fois, avec le sens bien net de vêtement liturgique, dans le traité de saint Germain de Paris. A Rome, on se servait du mot planeta, dont l'origine est inconnue; le terme casula ou plutôt casulis y apparaît pour la première fois dans la vie d'Etienne II (L. P, , t. I, p. 443 , 1 , 18), et encore sous une forme bien altérée (quodsulis).

(2) C'est ainsi qu'elle est décrite par saint Germain de Paris; les diacres grecs l'ont toujours portée de cette façon.

jours de fête , entre la tunique ordinaire {linea) et la planète, une seconde tunique à manches larges, appelée dalmatique. Cette combinaison des trois pièces de vêtement est bien antérieure au temps où se constitua le costume ecclésiastique. Le jour de son martyre (258), saint Cyprien portait une tunique de lin, une dalmatique, et un vêtement de dessus, analogue à Is, paenula ou planète (1). Dès la fin du cinquième siècle, la dalmatique, démodée sans doute comme vêtement commun, était devenu un insigne propre au pape et à ses clercs (2). Le pape l'accordait quelquefois, comme une décoration honorifique , à des évêques où à des diacres d'autres églises. Le pape Symmaque (v. 513) en conféra le privilège aux diacres d'Arles : saint Grégoire (599) à l'évêque de Gap et à son archidiacre (3). Les évoques et les diacres de Ravenne représentés dans les mosaïques du sixième siècle portent aussi la dalmatique, sans doute en vertu de quelque concession analogue.

(1) ActSL procons, , 5 : et Se lacorna byrro oxspoliavit et genu in terra flexit et in orationem se Domino prostravit. Et cum se dalmatica oxspoliasset et diaconibus tradidissot , in linea stetit ot coepit speculatorom sustinoro. »

(2) Le Liber pontificalis (t. I , p. 171 do mon édition) en attribue l'introduction au pape Silvostro. La vie légendaire do saint Silvostre, écrit do la fin du cinquième siècle , ne la fait pas remonter aussi haut, mais elle on suppose Tusago existant depuis environ un siècle. Il est à remarquer que , pour Tautour de ce document , la tunique diaconalo romaine a d'abord été ce mémo rolobus que Tempereur Ilonorius imposa aux sénateurs comme tunique de ville (ci-dessus , p. 3G5).

(3) Vita 8, Cîiesarii, c. 4 (Migno, P. L. , t. LXVII, p. lOKi); Grog. M,, Ep.f IX, 107. Saint Grégoire a mémo l'attention d'envoyer à Gap les dalmatiquos toutes faites, signe (ju'on n'en trouvait pas ordinairement dans le pays. — On cite souvent une concession analogue faite par le pape Zacharie à l'évêque do Vienne, Austrobert ; mais lo document qui la contient est une lettre apocryphe (Jaffé, 2258).

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3* La mappula et les manches.

^ Le Liber pontifioalis. au commencement du sixième Siècle, mentionne, outre la dalmatique, un autre insigne des diacres romains, et même des diacres du ^ocèse suburbicaire (1). C'est le pallium linostimum, 9^i se porte sur le bras gauche. Ce pallium linosti- ^u^n, en tissu de laine et de lin, n'est qu'une variété ^® la serviette ou mappula, qui fait partie de certains Costumes de cérémonie, par exemple de celui du con- ^^1 inaugurant les jeux du cirque. Les Ordinesdu neu- ^ème siècle parlent de la mappula du pape. Cepen- ^^nt on ne rencontre jamais cet insigne dans les Mosaïques et autres monuments figurés , à Rome , ^Vant le douzième siècle. Cela tient sans doute à ce ^e la mappula ne servait qu'à certains moments et cîue , comme on pouvait à chaque instant la déposer et la reprendre, elle n*était pas considérée comme faisant partie du costume. En revanche, quand on figure des personnages dans Tacte de présenter ou de recevoir quelque chose , il ont presque toujours sur les mains une serviette précieuse, déployée. Quelques monuments anciens (2), qui n'ont rien à voir avec le costume liturgique, nous montrent comment on portait la mappula, quand on ne s'en servait pas pour offrir ou recevoir quelque chose. Elle était pliée et posée sur le bras gauche , les extrémités pendantes , comme les prêtres, diacres et sous-diacres latins portent actuellement le manipule , lequel n'est du reste qu'une transformation de l'antique mappula.

La m^ippula, comme insigne liturgique, ne se ren-

(1) T. I, p. 171, 189, note 62 ; p. 225, note 2.

(2) Peinture de Syracuse, publiée par M. de Rossi, Bull. y 1877, pi. xi ; cf. le bas-rclicf trouvé à Travaux (Jura) et public par le P. Thédenat dans le Bulletin des antiquaires de France^ 1887, p. 178.

contre pas en dehors de Rome (1). Mais en Orient et dans les pays gallicans (2) , on portait des manches {manualia, manicae, emfjtavCxta) en étoffe précieuse, qui recouvraient la tunique aux extrémités des bras.

Les pièces du costume liturgique que nous avons étudiées jusqu'ici ne sont autre chose que des vêtements communs , auxquels on donna peu à peu un caractère sacré. Venons maintenant aux insignes ecclésiastiques proprenjent dits.

4* Le pallium.

Le pape portait déjà, dès la fin du cinquième siècle, un insigne auquel on donnait le nom de pallium. C'était une longue bande de laine blanche, drapée autour des épaules, et dont les deux bouts retombaient Tun par devant, l'autre par derrière.

L'évéque d'Ostie le portait aussi, par un privilège spécial, comme consécrateur ordinaire du pape; les évoques de Ravenne avaient le même privilège , dès le sixième siècle, comme on le voit parles mosaïques où ils sont figurés. Le pape Symmaque en fit la concession à saint Césaire d'Arles, et cette concession se renouvela pour les successeurs de celui-ci. On voit saint Grégoire conférer le pallium aux évoques de Syracuse, de Messine, de Milan, de Salone, de Nicopolis , de Corinthe , de Justiniana Prima , d'Autun , de Séville, de Cantorbéry.

Cet insigne parait remonter à une concession impériale. Tel est encore, à la fin du huitième siècle, le sentiment du fabricateur de la donation de Cons-

(1) n est possible que riiriYovàTiov , sorte de bourse en forme de losange (jue les évoques grecs portent suspendue à Ja ceinture, da côté droit, dérive aussi do la mappula.

('2) Saint Germain, ép. 2.

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