‹ Origines du culte chrétienChapitre 33 sur 52 · LE COSTUME LITURGIQUE · texte numérisé non relu

LE COSTUME LITURGIQUE

ceinture ; Textrémité est tenue à la main gauche , ou rejetée sur le poignet gauche. Dans les diptyques du sixième siècle, au lieu de tomber de Tépaule gauche, la première extrémité tombe de Tépaule droite ; mais on a soin de l'amener d* abord au milieu de la poitrine, de sorte que le bout tombe droit au milieu du corps, entre les jambes. Cette déviation est obtenue, soit au moyen d*une fibule qui saisit l'orfroi sur la poitrine , soit tout simplement en serrant Técharpe d'une manière convenable.

L'eflfet de cette draperie est d'une analogie frappante avec l'aspect du pallium pontifical, tel que nous le présentent les anciens monuments. Celui-ci, cependant, a beaucoup moins d'ampleur. Ce n'est pas une draperie richement brodée et terminée par un orfroij c'est une longue bande de laine blanche, étroite, et partout d'égale largeur, sans autre ornement qu'une petite croix noire à chaque extrémité. Par ailleurs elle est drapée exactement comme l'écharpe consulaire, sauf que la seconde extrémité, au lieu de revenir par devant aboutir à la main gauche, retombe librement derrière le dos. Pour qu'elle ne traîne pas, elle est écourtée à la hauteur des pieds, ou même plus haut.

Ainsi, par sa forme elle-même, le paWmm pontifical révèle son origine officielle. Il est à regretter que nous n'ayons, en ce qui regarde l'église romaine, aucun document de sa provenance et de son usage avant le commencement du sixième siècle. Au moment où il en est d'abord question, sous le pape Symmaque, l'église romaine était séparée de Constaiitinople par un schisme; ce n'était pas pour elle le temps des faveurs impériales. Cette situation remontait à l'année 484. Plusieurs années avant cette dernière date, Rome avait cessé d'obéir aux empereurs pour passer sous Tautorité de souverains barbares. Il

faut donc remonter assez haut dans le cinquième siècle pour trouver un temps favorable. D'autre part, les évoques de Gaule et d'Espagne (1) avaient, en dehors du pallium romain , concédé depuis le sixième siècle à quelques-uns d'entre eux, un pallium qui leur servait d'insigne et qui semble bien avoir eu la môme forme que celui du pape. Ceci porterait à croire que la concession impériale remontait à un temps où la Gaule était encore romaine dans son ensemble, c'est-à-dire .à la première moitié du cinquième siècle. Les évoques d'Afrique portaient aussi le pallium comme insigne de leur dignité (2). S'ils le tenaient de l'empereur, ils devaient l'avoir reçu avant l'invasion des Vandales. C'est au même temps que nous reporte la plus ancienne mention du pallium que l'on trouve dans la littérature ecclésiastique d'Orient. Saint Isidore de Péluse (3) connait déjà cet insigne sous son nom grec à*omophorion ; il lui rattache même une signification symbolique , ce qui donne lieu de croire que l'introduction n'en était pas récente.

Je serais donc disposé à croire que l'origine de cet insigne doit être cherchée plutôt dans le quatrième siècle que dans le siècle suivant.

En ces temps anciens, le pallium était l'insigne par excellence de l'autorité épiscopale dans son plein

(1) Saint Germain de Paris, cp. 2. Le premier concile de Màcon (58!) interdit aux évéques de célébrer la messe sans pallium : Ut epifcopus sine pallio missas dicere non praesumat. La leçon archiept^ copus, qui se trouve dans les textes imprimés, n*est qu'une correction d'éditeur; les manuscrits portent episcopus. Cf. Lœning, Deutsch. Kirchenrecht , t. II, p. 94. Pour TEspagne, voy. ci-dessous, p. 377.

(2) Vie de saint Fulgcncc, c. 18. Saint Fulgence , par humilité, s'abstenait de le porter : u Orario quidem sicut omnes episcopi numquam utcbatur. » Le terme iVorarium ne doit pas donner le change; il est employé en Espagne [Conc. Tol.^ IV, c. 27) , et mémo à Rome {Lib. pont,, 1. 1, p. \T2, I. 3\ dans le sens de pallium épiscopal.

(3jEp., 1, I3(î.

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exercice. Un pape, un patriarche, était-il déposé, on lui enlevait son palliujn. Le pape Félix IV voulut investir son successeur avant sa mort : il lui remit son pallium (1). Il semble qu'en Orient, comme dans les pays gallicans, le pallium fût porté indistinctement par tous les évoques, et l'on ne peut môme dire qu'ils eussent besoin d'en être investis par leurs métropolitains ou leurs patriarches. L'usage romain de réserver cet insigne à certains évéques et de le leur envoyer de Rome , parait être une modification de l'institution primitive. Je ne serais pas éloigné de croire qu'il a quelque rapport avec le changement qui transforma, dans l'opinion et dans le langage, un insigne d'origine officielle en une relique de l'apôtre Pierre.

Bien qu'ayant au fond la môme origine que celui des autres évoques , le pallium du pape prit peu à peu une signification différente et plus élevée. Une circonstance qui dut concourir à lui donner beaucoup de prestige, c'est que, sauf les exceptions d'Ostie et de Ravenne , les évoques suffragants de Rome n'avaient pas l'usage de cet insigne, soit que le pape se fût opposé d'abord à ce qu'ils le reçussent, soit qu'il les en eût privés par la suite (2) , ce qui serait bien extraordinaire.

(1) Voy. Lib. pontif., t. I, p. 282, note 4; p. 293, 1. 2 ; p. 353, 1. 2, 3; p. 472, 1. 3; Théophane, a. m. 6221 ; cf. cr-dessous, p. 381, note 1.

(2) Les évêqucs du diocèse suburbicaiçe étaient, vis-à-vis du pape, dans une situation beaucoup plus subordonnée que celle des autres évéques vis-à-vis de leurs métropolitains. Us étaient obligés de venir à Rome se faire ordonner ; le pape les ordonnait tout seul , sans le concours d'autres évéques; ils n'avaient pas le droit de fonder, sans son autorisation, des églises rurales. Il suflSt de parcourir les registres de Gélase, de Pelage et de saint Grégoire pour constater la différence entre le régime de la province romaine et celui de la province d'Arles, par exemple, ou de Milan. Comme ceux d'Afrique, les prélats de la Basse-Italie font plutôt l'effet de curés importants (et encore !) que de véritables chefs de diocèse.

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5* L'étole.

Les évêques n'étaient pas les seuls dignitaires ecclésiastiques à qui fût attribué un insigne distinctif. Les prêtres et les diacres avaient aussi le leur. Cependant il y a ici une différence à faire entre Tusage romain et celui des autres pays. A Rome on parait avoir été d'abord peu favorable aux insignes ; la lettre du pape Célestin aux évéques de Provence le montre déjà. Mais ce qui le fait voir encore plus clairement, c'est que Vorarium du prêtre et du diacre , considéré comme insigne apparent et distinctif, y demeura inconnu, au moins jusqu'au dixième siècle, tandis qu'il était adopté partout ailleurs. Sans doute il est question de Vorarium dans les Ordines du neuvième siècle; mais on y voit aussi que ce vêtement est porté par les acolytes et les sous-diacres tout aussi bien que par les clercs majeurs, et que sa place est sous le vêtement apparent, dalmatique ou planète, et non par-dessus. Cet orarium n'est que le sudarium antique, mouchoir, cravate, qui a fini par prendre une forme spéciale et même par devenir un accessctire du vêtement de cérémonie i : ce n'est pas un msi^ne. Je n'en connais aucune représentation romaine ânî^ rieuro au douzième siècle. Les prêtres, les diacres, .jj: ficurent dans les mosaïques ne présentent janiais ?:■ détail de costume.

11 n'en était pas de même ailleurs. Vers la fin du quatrième siècle, le concile de Laodicée en PLrrrit

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interdit aux clercs inférieurs , sous-diacres , lecteurs , etc., d'usurper Vorarin/m. Saint Isidore de Péluse (1) le connaît comme quelque chose d'analogue au pal- Hum épiscopal, sauf qu'il est en lin, tandis que le pallium est de laine. Le sermon sur l'enfant prodigue, attribué à saint Jean Chrysostome, emploie le même terme d'ôôrfvYi; il ajoute que cette pièce de costume était disposée sur l'épaule gauche, et que son flottement rappelait les ailes des anges.

Les diacres grecs portent encore l'étole de cette manière, bien apparente, sur le vêtement de dessus, et fixée à l'épaule gauche. Le nom antique d!orarimrh (àpcÉpiov) lui est resté. Quant à Yorarium des prêtres, il se porte, comme l'étole des prêtres latins, autour du cou, les deux bouts retombant par devant , presque jusqu'aux pieds. C'est ce qu'on appelle Vépitrakilion

Ces distinctions se retrouvent en Espagne et en Gaule. Le concile de Braga, en 561 (2), ordonna aux diacres de porter leurs oraria, non sous la tunique, ce qui les faisait confondre avec les sous-diacres, mais par-dessus, sur l'épaule. Le concile de Tolède, en 633, désigne (c. 27) Yorarium comme un insigne commun aux trois ordres supérieurs, évêques, prêtres, diacres ; il spécifie (c. 39) que le diacre doit porter le sien sur l'épaule gauche , et que cet insigne doit être blanc, sans mélange de couleurs ou de broderies d'or. Un autre concile de Braga, tenu en 675, interdit aux prêtres (c. 3) de célébrer la messe sans avoir un orarium passé autour du cou et croisé sur la poitrine, exactement comme le font maintenant les prêtres

(1) Loc. cit, : « *H ôOovri ti.e6' ^c XeiToup^oOdiv sv àYioi; ot Siàxovot. »

(2) a Item placuit ut quia ia aliquantis huius proviaciae ccclesiis diacones absconsis infra tunicam utuntur orariis, ita ut nihil differri a subdiacono vidcantur, de cetero superposito scapulae, sicut dccet, utantur orario. »

latins. Saint Germain de Paris parle de Tinsigne épiscopal et de Tiiisigne diaconal ; il donne au premier le nom de paUium^ dit qu'il se porte autour du cou, qu'il descend sur la poitrine et qu'il est terminé par des franges. Quant à l'insigne diaconal, il rappelle étole {stola)\ il dit que le diacre le porte sur l'aube. Cette façon de porter Tétole diaconale se répandit, pendant le moyen âge, dans presque toute l'Italie et jusqu'aux portes de Rome (1). Mais à Rome môme on semble avoir maintenu l'ancien usage, avec un compromis toutefois. On finit par adopter Tétole des diacres et par la disposer sur l'épaule gauche ; mais on passa toujours la dalmatique ou la planète par dessus (2).

On accepta aussi l'étole presbytérale : dans la mosaïque de Sainte-Marie in Trastevere^ on voit un prêtre orné de cet insigne. Il est à remarquer que les quatre papes qui figurent dans la môme mosaïque portent le pallium, mais sans étole. L'un semble exclusif de l'autre. En fait, les Oi^dines àxx neuvième siècle , quand ils décrivent le costume du pape, omettent toujours l'étole. Du reste, dans les monuments où on peut les voir rapprochés , les deux insignes offrent une ressemblance frappante. Il suflBt, pour s'en convaincre , de jeter les yeux sur la mosaïque que je viens de citer , ou encore sur les miniatures du cartulaire de Tivoli. Dans celles-ci, on voit, groupés ensemble, le pape, avec son pallium sur la planète, et des évoques suburbicaires avec leur étole sous le même vêtement. C'est exactement la môme forme, la même couleur, la même décoration de petites croix noires. On conçoit très bien que celui qui porte

(1) Voir le costume de saint Laurent dans les iUustrations du cartulairc de Tibur (Bruzza, Il regesto di Tiuolî, pi. iv).

(2) C'est ce qui fait que l'on a été obligé de la saisir à la ceinture, de sorte qu'elle se porte eu bandoulitM'o.

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