‹ Origines du culte chrétienChapitre 34 sur 52 · LB COSTUME LITURGIQUE · texte numérisé non relu

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l'un des deux insignes ne doit pas porter l'autre (1).

Cependant ils finirent par se combiner. A Ravenne, où Ton a toujours eu le goût des décorations, Tévêque Ecclesius porte, dans la mosaïque de Saint- Vital, à la fois l'étole presbytérale et le pallium romain. Ce monument semble isolé ; les autres évéques de Ravenne, successeurs d'Ecclesius, sont figurés avec le pallium seul. On retrouve les deux à la fois dans le sacramentaire d'Autun (2) et sur le paliotto de saint Ambroise de Milan ; tel parait avoir été dès lors l'usage du clergé frank.

Si Ton tient compte de ces faits, de ces différences et de ces changements , on est porté à se figlirer ainsi qu'il suit rhistoire des insignes appelés pallium, omophorion, orarium, étole, épitrachilion. Tous ont la môme origne. Ce sont des marques de dignité, introduites dans Tusage ecclésiastique pendant le quatrième siècle, analogues à celles que le Code théodosien prescrit à certaines catégories de fonctionnaires. L'église romaine , pour une raison ou pour une autre j refusa de les accepter, ou plutôt s'en tint au pallium du pape , qui prit bientôt une signification toute spéciale. Ailleurs, on adopta l'insigne pour les trois degrés supérieurs de la hiérarchie, en le diversifiant un peu suivant le degré ; le diacre le porta sur l'épaule gauche, le prêtre et l'évoque autour du cou; le diacre sur la tunique qui est son vêtement 4§ dessus , le prêtre sous la planète, l'évêque par-dessus (3).

(1) Cf. la peinture de Saint-Clément (De Rossi, Bull.y 1865, p. 2), qui représente le pape Nicolas transférant les restes de saint Clément ; le pape a le pallium sans l'étole ; saint Méthode et un autre évéque qui l'assistent, ont l'étole sans le pallium. Cette peinture est du douzième siècle.

(2) Voy. la reproduction publiée par M. L. Delisle, dans la Gazette archéologique de 1884 , pi. 20.

(3) Cependant , pour cette différence entre le prêtre et l'évêque , nous sommes assez peu renseignés. Le canon du troisième concile de

Le palliuiïi, sauf les croix qui en ornaient les extrémités, était toujours de couleur blanche; il en était de môme de l'étole diaconale et aussi de Tétole prèsbytérale ou épiscopale. Le pallium a toujours et partout été en laine ; en Orient, l'étole diaconale était de lin ; je ne saurais dire en quelle matière était cette étole et celle du prêtre dans les pays occidentaux.

6" Les souliers et la coiffure.

Les souliers et la coiffure devinrent aussi matière à particularités distinctives. Tous les clercs n'avaient pas le droit de porter les campagi^ espèce de mule qui ne couvrait que le talon et l'extrémité du pied. C'était déjà, au sixième siècle, la chaussure de cérémonie du haut clergé de Rome et de Ravenne (1). Pour la porter, il fallait une permission du pape (2).

Braga (ci-dessus , p. 377) , qui prescrit aux prêtres de croiser Torarium sur la poitrine, suppose , par là même , qu'il se portait sous la planète. Le concile no dit pas que cette disposition soit propre aux prôtres ordinaires et que les évéquos en doivent observer une autre. Le terme sacerdoles , dont il se sert , peut comprendre les évéquos aussi bien que les prêtres. Par ailleurs , Tancienne littérature ecclésiastique d'Espagne ne fournit aucun renseignement. En Gaule, saint Germain do Paris parle du p&llium épiscopal après avoir décrit la chasuble, ce qui donne lieu de croire qu'il se mettait par-dessus. J'ai déjà dit que l'évoque Ecclesius de Ravenne est représenté avec l'étole ou orarium pondant par devant , sous la planète, et en même temps avec le pallium par-dessus, et que cet usage fut adopté en France aux temps carolingiens. Les évoques grecs portent aussi à la fois répitrajchilion et l'omophorion. Ce cumul d'insignes était interdit on Espagne au septiômo siècle (Cono. Toi, /V, c. 39), et nous constatons que le pape s'en abstint jusqu'au douzième siècle environ, se contentant do son pallium, sans y joindre Tétole.

(1) On peut la voir représentée dans les mosaïques du temps, oa particulier dans celles do B. Vital de Ravenne, oh elle est portée par l'empereur, les officiers de sa cour, l'évéque de Ravenne et ses diacres. L'un des Ordines romani la mentionne comme celle des prêtres et des diacres romains ; l'autour de la fausse donation do Constantin en parle aussi, quoique on termes assoz peu clairs.

(?) Saint Grégoire [Ep. VIII, 27) intordit aux diacres de Catano de

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Dans les histoires de dépositions relatives au pape Martin et à Tantipape Constantin (1), on voit que, en pareil cas, non seulement on enlevait le pallium, mais on coupait les courroies des campagi,

La tiare parait avoir été, à Torigine, un insigne tout à fait particulier au pape. Au moins ne le rencontre-t-on nulle part ailleurs en Occident. Il n'y en a aucun document antérieur à la vie du pape Constantin (708-715) (2), où Ton voit le pape faire son entrée à Constantiuople cum camelauco^ ut solitus est Roma procedere, La similitude du mot camelaucum avec le terme grec de xatxtjXauxiov , montre qu'il s*agit ici d'un couvre-chef. Soixante ans plus tard, l'auteur de la fausse donation constantinienne en donne la description et en explique l'origine. L'empereur Constantin a voulu donner sa couronne impériale à saint Silvestre ; mais celui-ci s'y étant refusé par humilité , il lui posa sur la tête une coiffure phrygienne (3) de couleur blanche , frigium candido nitore , et lui accorda, à lui et à ses successeurs, le droit de la porter dans les processions, à l'imitation de la pompe souveraine. Cet insigne n'apparaît, à ma connaissance, sur aucun monument antérieur aux peintures de l'ancienne église de Saint-Clément, à Rome (XIP s.). Dans ces peintures, le bonnet, de forme à peu prés conique, s'appuie sur une couronne gemmée; cette couronne

porter le campagus ; il déclare que, dans toute la Sicile, les diacres de Messine sont les seuls qui en aient le privilège, à eux concédé par ses prédécesseurs.

(1) a Cum incidisset psachnion (pallium) beati viri excubitor et corrigiam compagiorum eius... » (Hardouin, Conc, t. III, p. 682 ; L. P., t. I, p. 472).

(3) La tiare du pape et le bonnet phrygien ont ainsi une parenté réelle, quoique éloignée. La mitre des évéques, qui n*est qu'un capuchon sublime, dérive d'un vêtement {cuculla) qui était autrefois celui des gens de peine et des pauvres paysans.

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doit avoir été ajoutée postérieurement au huitième siècle, car la fausse donation constantinienne suppose qu'elle n'était pas en usage alors. La deuxième couronne ne se rencontre pas sur les monuments avant le temps de Boniface VIII; la troisième a été ajoutée par Tun des papes d'Avignon.

7" La housse blanche des clercs romains.

La donation de Constantin mentionne un autre msigne , particulier non plus au pipe seul , mais aux membres du clergé romain , c'est celui de la housse blanche {mappula ou mappulum) (1), en toile de lin, soyeuse , qu'ils avaient lo droit de mettre sur la selle de leurs chevaux, les jours de procession. Les clercs romains étaient fort jaloux de ce privilège. Au temps de saint Grégoire (2), ils protestèrent vivement contre les usurpations que le clergé de Ravenne se permettait sur ce point. Le biographe du pape Conon (3) (687) lui fait un grand crime d'avoir autorisé un diacre de Syracuse à user du mappulum. A Rome les moindres clercs , même avant d'être entrés dans les ordres mineurs, en avaient la jouissance (4).

8" La crosse et Tanneau.

La crosse et l'anneau, comme insignes de la dignité épiscopale, sont mentionnés dans le quatrième concile de Tolède (c. 27) et dans le De ecclesiasticis

(1) a Decernlmus et hoc ut clerici eiusdem sanctae Romanae ecdesiae mappulis et linteaminibus , id est candidissimo colore decorari equos et ita equitari. »

(2) Ep. III, 56, 57.

(4) Ordo Rom,t IX ^ 1 : « Accipient primam benedictionem ab archidiacoao, ut liceat eis super linteum vellosum sedere , quod mos est ponere super sellam equi, »

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officiis (II, 5) de saint Isidore. Ils étaient donc entrés dans l'usage, en Espagne, dès le commencement du septième siècle. Au onzième siècle, on s'en servait à peu près partout , comme le prouve l'histoire de la querelle des investitures. Du reste, bien avant cette date, certaines vies de saints, rédigées en pays gallican , donnent lieu de croire qu'ils n'étaient pas particuliers à l'Espagne. C'est ce qui résulte encore de remploi de la crosse, sous le nom de cambuta, dans la cérémonie de la dédicace suivant le rit gallican. A Rome, au contraire, cet insigne était inconnu. Quand la crosse épiscopale eut été adoptée partout, avec son symbolisme si naturel , on s'étonna que le pape , le pasteur des pasteurs, fût le seul qui ne fit pas usage du bâton pastoral. Pour expliquer cette particularité, qui n'est que l'ancien usage romain mieux conservé à Rome qu'ailleurs, on eut recours à des légendes sans aucune autorité (1).

Quant à la mitre, comme il n'en est nulle part question avant le onzième siècle, il n'y a aucune raison d'en parler ici. Du reste, pas plus au onzième siècle qu'à présent, elle ne constituait un insigne épiscopal proprement dit.

La tradition des vêtements ou insignes ecclésiastiques eut sa place dans le rituel de l'ordination. Les textes, cités plus haut, de saint Isidore et du quatrième concile de Tolède en parlent expressément, mais sans dire à quel moment de la cérémonie elle avait lieu. Les autres documents du rituel gallican sont muets

(1) C'est l'histoire du bàtoa de saint Pierre, qui est confié à un évoque missionnaire pour ressusciter un de ses compagnons mort en route. Innocent III (De ait. myst.f I, 62) est le premier qui ait donné cette explication. Il la rattache à la légende de saint Eucher de Trêves. Au temps où il écrivait, on racontait la même histoire à propos de beaucoup d'autres saints.

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sur ce détail. Dans les Ordines romains du neuvième siècle on voit Tarchidiacre revêtir les ordinands du costume de l'ordre qui va leur être conféré , puis les présenter au pape ainsi habillés , pour recevoir la bénédiction du diaconat, du presbytérat ou de Tépiscopat. Cette cérémonie se fait en avant de l'autel, dans l'enceinte réservée ou presbyterium , en dehors de Tabside où siège le pontife entouré des clercs majeurs. Les vêtements qui sont l'objet d'une collation solennelle sont : Torarium, avec la dalmatique pour les diacres, et la planète pour les prêtres; Tévêque revêt à la fois la dalmatique et la planète, celle-ci par-dessus Tautre.

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