LA CONSÉCRATION DES VIERGES
S 1 . — La profession virginale.
Les formes de la vie ascétique, dans Tantiquité chrétienne, se sont succédé ainsi qu'il suit (1). On a d'abord pratiqué individuellement Tascétisme, sans se séparer de la communauté ecclésiastique, sans quitter sa famille, sa cité, ses relations habituelles. Puis, l'expérience ayant montré les difficultés de cette combinaison, on s'est « retiré du monde », on a cherché en dehors des lieux habités le silence et la solitude. Ce second stade est celui des moines ou a/nachorètes isolés. Enfin, des ascètes ou des anachorètes ont imaginé de se réunir, de former des groupes recrutés uniquement parmi les personnes de leur profession 5 isolés du « monde » , et môme des chrétiens ordinaires. Ainsi est née la vie cénobitique.
Je n'ai à considérer ici que le premier degré, celui de l'ascète vivant dans l'église locale, sans ségrégation d'aucune sorte. Il y en eut des deux sexes, et cela de très bonne heure; on en trouve, dès le deuxième siècle , sous des noms divers , ascètes , eu-
(1) J'indique ici l'ordre logique, auquel correspond, on somme, l'ordre chronologique.
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ques, continents, encratites, etc. Au quatrième
icle, le terme d'ascète ou de moine (aoxiî'niç, fxovaxoç)
ait le plus en usage pour les hommes dans les pays
3 langue grecque ; en latin , quand on ne se servait
as de ces termes eux-mêmes, on employait celui de
onfesseur, plus tard celui de religieux [confessor^ reli-
iosiÂs) (1). Quant aux femmes, on les désignait par le
lom de vierges^ ou vierges sacrées (mÉpôevot, virgines sa-
i>rae).
Ce tenne, comme du reste la plupart de ceux qui précèdent, exprimait le genre de renoncement qui était surtout recherché et estimé. Il faut être très réservé dans les rapprochements que Ton fait entre les religieux ou religieuses modernes et leurs ancêtres de la haute antiquité. Ceux-ci recherchaient Tascétisme pour luimême, et non comme une condition favorable au recueillement (2) ou à Texercice des œuvres de charité, de prédication, d'enseignement. La vierge chrétienne qui était restée vierge avait rempli l'essentiel de ses obligations surérogatoires. On ne lui demandait ni ferveur spéciale , ni assiduité extraordinaire aux réunions de culte , ni dévouement particulier aux bonnes œuvres. Ce n'est que plus tard, quand la ferveur se ralentit dans l'ensemble des communautés chrétiennes , que l'on eut l'idée d'attendre des continents une piété plus, grande que celle des autres. Il est vrai
(1) Confessor ost le terme de la liturgie romaine; voy. ci-dessous, p. 406, note 2 ; une épitapho (De Rossi, BulL, 1874, pi. vi) de Tarquinio8 mentionne un Eulicius confessor ; c'est dans ce sens que le terme est employé par les conciles d'Elvire (c. 25), d'Arles (314, c. 9), do Tolède (400, ce. G, 9).
(2) Saint Paul (I Cor,, VI) se place à un point do vue plus conforme au nôtre; noter que, dans ce qu'il dit de la virginité, il est tr('*s préoccupé du retour prochain du Christ : tempus brève eslj praelerit figura huius mundi. Ce n'est pas, il faut en être bien convaincu, de cette doctrine de l'Apôtre que dérive l'ascétisme chrétien. L'ascèse est antérieure au christianisme et ne lui est nullement particulière.
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qu'on y arriva vite ; la léf,nslation ecclésiastique §S)it soutonuo ou m(^ine suppléée dans cette voie par les tendances de l'opinion. Los gens qui se relâchent ve sont pas fftch(^s do voir un petit nombre de courageujr se dévouer à porter les fardeaux qu'eux-mêmes n'osent plus remuer. Quant aux œuvres d'assistance charitable, elles étaient considérées comme incombant, soit aux fidèles, quels qu'ils fussent, soit à la communauté, représentée par le clergé et ses auxiliaires^ évoques, diacres, diaconesses, ministres inférieurs.
L'idée génératrice de la profession virginale, c'est qu'une telle manière de vivre, supérieure aux forces do la nature, honore extrêmement le christianisme (1). Les vierges des deux sexes, surtout les femmes, à cause de leur fragilité spéciale, sont l'honneur de l'Eglise, les plus précieux joyaux de sa parure. Aussi, bien loin de les cacher derrière des murs et des grilles, est-on heureux de les montrer. Les confesseurs et les vierges sacrées , auxquelles on adjoint les veuves restées fidèles, après un court mariage, à la profession de viduité, forment comme une aristocratie dans la communauté des fidèles; ils ont une mention spéciale dans les prières (2), une place spéciale à l'église. On ne leur ménage pas les marques de respect; les matrones ne quittent pas la sainte assemblée sans venir demander le baiser aux vierges consacrées.
La liberté la plus grande présidait à l'entrée dans l'état virginal. Aucune cérémonie n'en consacrait le
(1) Baint Ambroino compare volontiors los vierges chrétiennes aux vostalos romaines. U triomphe naturollomont du petit nombre de collofl-ci , du CRract()ro tomporairo ot forcé do leurs engagements.
(2) Dans la formule romaine de la pri(\re des fldi^Ies, telle que nous Ta conservée la liturgie du vendredi saint (ci-dessus, p. 104), les ascètes des deux sexes sont marquéu aussitôt après le clergé : « Oré' mus fit pro omnibus episcopis.,, ostlariiSy confeaaoribuaf virginibuB, viduia et pro omni populo Dei. »