‹ Origines du culte chrétienChapitre 41 sur 52 · LA RÉCONCILIATION DBS PÉNITENTS · texte numérisé non relu

LA RÉCONCILIATION DBS PÉNITENTS

^^lle des pénitents (1). Cette cérémonie est prescrite Pa.r le quatrième concile de Tolède (633) (2) , et Ton ^H trouve tout le détail dans le missel mozarabique. Après quelques préliminaires, où Ton trouve le Pliant de reproche, Popule métis , quid feci tibi, qui est filtré dans notre service du vendredi saint, TofiBce Ciommence par les trois leçons prophétiques {Isaïe, 52, 53), apostolique (/ Cor., 5, 6) et évangélique. L'usage gallican, dont témoigne aussi le lectionnaire de liuxeuilj était de lire la Passion dans un texte composite, une sorte de Diatessaron , où les quatre évangiles étaient combinés. Le récit était réparti entre les divers offices du jeudi et du vendredi saint. Au service de l'Indulgence on commençait par les mots Mane autem facto , cena pura^ consilium inie^ runt (3). Après ces lectures venait la cérémonie proprement appelée de Tlndulgence. Les assistants, qualifiés indistinctement de pénitents, sont par trois fois invités à se prosterner et à invoquer la miséricorde divine. Les formules conservées ressemblent beaucoup à celle de la missa paenitentiwm dans la liturgie des Constitutions apostoliques.

L'archidiacre, s'adressant alors à l'assemblée, clercs

(1) Ceci résulte, je crois, de la lettre 20 de saint Ambroise : a Erat autem dies quo sese Dominus pro nobis tradidit, quo in Ecclesia paenitentia relaxatur. »

(2) Can., 6 : « Oportet eodem die mysterium crucis, quod ipse Dominus cunctis annuntiandum voluit , praedicare atque indulgentiam criminum clara voce omnem populum postulare, ut paenitentiae compunctione mundati venerabilem diem dominicae Resurrectionis remissis iniquitatibus suscipere mereamur , corporisque eius et sanguinis sacramentum mundi a peccato sumamus. »

(3) Matth.. XXVII, 1. Les mots cena pura, qui n'appartiennent pas au texte biblique, sont une très ancienne désignation du vendredi saint. On la rencontre dans un livre de comput pascal rédigé à Rome au quatrième siècle (Krusch, Der Skjdhrige Ostercyclus^ p. 234). Le texte Mane autem facto est assigné , par le lectionnaire de Luxeuil , à l'ofiGice de Seconde , ofiGice matinal , correspondant à celui de Prime , dans Tusage romain.

4S8 ofRièl^iA Dû tvvtfÉ Glitt(iK4i!l:

et fldèle<;, l'invite à crier IndùlgMtid/ (1) Quaiid Ifer acclamations se taisent, l'archrdiàfcrèf évoquô le son-, venir du « bon Pâ^tetii* qUi a doiiné âa Vie pour sô^ms brebis » ; puis il intité à îtt pflët^. L'ôveQûé lafôrmdl e

dans une sorte de litanie à lalqtïêlle on répond par d ^

nouveau cris : IndiÀlp&HticÉ /

Te precàraur, Domine, ^ Indctlgéntia \ Procédât ab Altissicncf — Indulgentia 1 Succurrat nobis miseris — ^ndulgentia I Delicta purget omnibus — Indulgentia!

P'raeRtetup paenitëntibuô — ïn'diirgèVitia I Pat^oniEl sit liigèntibus — Indulgentia:! Brranttcs fide oorrigat ~ Iiidufgenifa I Lapsos pcccatis erigat r— Indulgentia !

Te deprecamur, Domine, — Indulgentia!

Vient ensuite une prière eii forme de collecte, prononcée au nom de tous par Tévôque seul ; il y fait appel à la clénlèhce divine en faveur des pénitents.

Les cris d'indulgence se font entendre de nouveai^, puis la litanie, puis la prière de Tévéque , avec dl'aùtres formules, inais aans le mémo ordre. La série terminée, on la reprend une troisième fois.

La troisième fois, Torâisôn finale est omise ef le service continue par l'adoration de la croix et la messe des présarictïfi'és , à peu près comme daùs Tusage actuel.

La eérémoTiié de" Tlndùlgence s'isioîe aisément des autres parties du service. Elle comprend trois actes : le prière des pénitents eux-mêmes , Tintercession de l'assemblée en leur faveur, l'a prière a'drèësée' en soii nom, par l'évéque, à la miséricorde divine. Les livres

(1) La rubrique du missel mozarabique actuel supposé que ces ae-^ elamations étaient réglomontées ; la première fois on ne doit paë cf ier plus' de trois cents fois, la seconde pl\is de deuiC cékits ; la troisidiifté' plus do cent.

liturgique» bq . distinguent pas très uettpment les péxiitepts 4b rea$§Ufble (les a^$i$tant$. Tout le monde (1) parait être 4'^JpçI d^^T^s \a, situation de pénitent, puis <aiis celle (i'inti^pçeps^ur. Mftis l^s rôles doiveut être distingués si Ton veut ramener ce yituel à son sens primitif. A Torigine, les pénitents ne rentraient pas dans la communauté des fidèles sans le consentement exprimé de ceux-ci. Quand il ne se manifestait pas spontanément, Tévêque devait le provoquer. La scène est décrite dans un passage où TertuUien (2) représente le pape Calliste procédant à la réconciliation d'un pécheur repentant :

« Tu introduis dans Téglise Tadultère pénitent, qui » vient supplier l'assemblée des fidèles ; le voilà, vêtu » d'un cilice , couvert de cendre , dans un appareil » lugubre et propre à exciter l'épouvante. Il se pros- » terne au milieu de l'assistance, devant les veuves, » devant les prêtres ; il saisit la frange de leurs ha- » bits ; il baise les traces de leurs pas ; il les prend » par les genoux. Pendant ce temps là, tu harangues » le peuple, tu excites la pitié publique sur le triste » sort du suppliant. Bon pasteur, benoît pape, tu » racontes la parabole de la brebis perdue pour » qu'on te ramène ta bique égarée (3) ; tu promets » qu'elle ne s'échappera plus de la bergerie, etc.

Entre ce tableau et le rituel du missel mozarabique, il y a la différence qui sépare le troisième siècle du sixième, pour Içs choses de cet ordre. Mais les cris d'indulgence qui retentissaient autrefois le vendredi saint dans les églfses du royaume wisigoth dérivent

(1) Rapprocher ceci de ce qui a été dit plus haut , p. 423 , note 1 , sur Torigine de la cérémonie des Cendres.

(2) De pudicitia, 13.

(3) n ne faut pas oublier que cette description est une caricature. Tertullien, adversaire acharné de la pénitence, fait son possible pour la ridiculiser.

430 ORIMKBS DU CULTB GHBÉTIEir.

en droite ligne des cris de pitié que les fidèles persévérants proféraient jadis, soit spontanément, soi^ sur les exhortations de l'évéque, quand un pèche pénitent venait demander sa réhabilitation à 1' semblée chrétienne.

Page 1