‹ Origines du HavreChapitre 6 sur 15 · FONDATION DE LA VILLE · texte numérisé non relu

FONDATION DE LA VILLE

M. du Chillou médite la fondation d'une ville.

— Opinion sur lui. — Il achète des terrains. — Démarches vers le Roi pour établir la ville. — Adoption de ce projet, — Canalisation d'eau douce. — Pendant trois ans la ville ne se bâtit pas. — Premières maisons en i520. — Nouveaux privilèges, premier voyage du Roi au Havre. — Condition de résidence pour jouir de ces privilèges. — Obstacles au développement de la ville. — Procès entre le seigneur de Graville et M. du Chillou. — La ville mise sous séquestre. — Arrêt du Parlement de Rouen.

— Le Havre reste port Royal. — La ville devient seigneuriale. — Maie-Marée. — Nombre des victimes.

— Où elles habitaient. — Les navires perdus dans les fossés et la crique de Graville. — Administration des officiers du seigneur de Graville. — Jean du Bec remplace JM. du Chillou. — M. de la Mailleraye succède à Jean du Bec. — Assemblée municipale. — • Les maisons des bourgeois du Havre ne sont pas habitées. — Difficultés pour les franchises. — Les droits de prévôté. — Leur suppression.

Voyage du roi au Havre en i53i. — Résultats heureux pour la ville. — Mise à exécution de la suppression des droits de prévôté. — Suspension de la levée des droits féodaux. — Enquêtç pour exproprier le seigneur de Graville. — Résultat négatif. — Extension des privilèges. — Essais pour faire sortir la nef « Françoise. » — Foires. — Encouragements à bâtir.

— La ville devient royale.

ETOURNONS maintenant un peu en arrière, c^est-à-dire au commencement de Tannée 1 5 1 7, pour connaître ce qui se passait autour de ces immenses chantiers du havre de Grâce

3o DESCRIPTION HISTORIQUE

et pour assister à la naissance de la ville Françoise dont les premiers développements furent aussi lents que difficiles.

En effet, au moment même où il prenait la direction des travaux du havre, M. Guyon Le Roy du Chillou poursuivait un ordre d^idées tout autre que celui qui avait présidé à la fondation du port *, suivant Texpression de ses contemporains, M. du Chillou voulait plutôt son profit particuUer que les affaires de sa commission (i). Il voulait, en Tachetant des habitants communiers dlngouville, s^approprier le territoire de la ville, s'en faire et maintenir seigneur, comme de fait il avait assez bien commencé (2).

Dès le 6 mai lôiy, M. du Chillou réunissait à Ingouville, dans la maison de Tun d'eux, quelques habitants de cette paroisse qui avaient droit, pour leurs bestiaux, aux pâturages des marais communaux à travers lesquels on creusait le nouveau port. Par persuasion ou menaces, il obtenait de ces pauvres habitants, simples usufruitiers et non propriétaires, la cession pour son compte personnel de 24 acres ou 126.000 mètres de terre à prendre dans les terrains communaux, de chaque côté du havre (3).

Cette acquisition avait été faite moyennant le service d'une rente de vingt-quatre sols par an ou vingt-quatre francs de notre monnaie, prix véritablement dérisoire, puisqu'il ne représenterait

ET TOPOGRAPHIQUE DU HAVRE 3l

aujourd'hui qu'un capital d'environ cinq cents francs, c'est-à-dire le tiers d'un centime par mètre carré. Il est vrai qu'indépendamment de cette rente, M. du Chillou avait promis d'accorder aux paroissiens d'Ingouville le revenu d'une rue, mais cette condition non écrite ne fut jamais exécutée.

Ce contrat si avantageux pour M. du Chillou, qui connaissait la valeur qu'allaient prendre ces terrains jusque-là presque sans importance, paraît avoir été tenu secret pendant quelque temps. L'acquéreur avait sans doute craint des revendications du seigneur de Graville, nu-propriétaire des terrains aliénés, ou de la part des autres usagers qui n'avaient pas concourru à l'aliénation.

En effet, le 12 mars i^^, M. du Chillou avait présenté au Roi son aveu et dénombrement pour le domaine d'Orcher, mais il n'avait fait aucune déclaration à l'égard du territoire de la ville de Grâce. Ce fut seulement après le voyage du Roi, au mois d'août 1620, au moment où s'élevaient les premières maisons de la ville, que M. du Chillou fît présenter aux administrateurs du Domaine, le 3 octobre 1620, son acte de foi et hommage préliminaire de Taveu qu'il devait fournir ensuite (4).

Le 8 septembre iSiy, quelques mois après son acquisition de terrains, M. du Chillou, poursuivant le projet de fondation d'une nouvelle ville

à cet endroit, avait envoyé à Argentan, Jacques d'Estimauville, son lieutenant, pour trouver le Roi et remettre à celui-ci une missive signée de lui et de Nicolas de la Primaudaye, contrôleur des ouvrages du havre, sous les ordres de M. du Chillou, depuis Tannée i5i3.

Cette lettre portait que « si tel était le plaisir a du Roi, donner les franchises à tous ceux qui « voudraient venir demeurer et habiter au lieu « de Grâce, que le port en serait rendu beaucoup (( plus commode et à ce moyen y arriverait « grande quantité de navires qui seraient la cause (( de plus facilement le faire réduire en perfection « d'ouvrage et où le Roi et la chose publique « pourraient avoir gros profit (5) ».

Le lieutenant de M. du Chillou resta à Argentan, près du Roi, pendant 25 jours, pour attendre l'expédition des lettres de franchises qu'il sollicitait. Ce laps de temps n'était certes pas trop long pour une décision aussi importante que la création d'une ville.

Jacques d'Estimauville était à peine de retour au havre de Grâce que le roi signait à Argentan, le 8 octobre i 5 17,1a charte qui exauçait les vœux du vice-amiral, en accordant aux futurs acquéreurs de ses terrains, des privilèges fort importants.

En effet, le roi avait adopté la proposition de M. du Chillou « de faire construire et édifier « forteresse et ville close au long du port et havre

« de Grâce. » Il exemptait de Timpôt des tailles toutes les personnes qui habiteraient ou demeureraient dans la clôture de la ville ; il leur octroyait, en outre, le franc-salle pour la pêche, droguerie et pour leur usage, sans payer le droit de gabelle, mais pendant l'espace de dix ans seulement. Enfin, le Roi prescrivait rétablissement d'un grenier à sel dont le produit serait employé aux fortifications de la ville (6).

Ayant obtenu ce premier succès, Guyon Le Roy du Ghillou ne perdit pas de temps ; il prépara le « pourtrait de la grandeur et largeur d'une (( ville, close de fossés et de murailles » avec la canalisation des eaux de Sainte-Adresse, sources de Vitanval, pour procurer de l'eau douce aux futurs habitants de la ville (7).

Puis, le 5 novembre i5i7, M. du Ghillou envoyait à Tours, vers le Roi, son messager habituel, Jacques d'Estimauville , pour lui soumettre ces plans et projets. Gelui-ci resta près du Roi pendant 28 jours et ne partit qu'après avoir obtenu l'adhésion qu^il sollicitait.

Dès le 5 janvier jjf^, M. du Ghillou s'occupait de la construction de la fontaine et de sa canalisation sur un parcours d'une lieue *, ces travaux furent menés si rapidement, que huit mois après tout fonctionnait convenablement (8).

La clôture de la ville ne fut pas terminée aussi promptement, car une seule muraille

avait été construite, en 1 624, du côté ouest (le long de la rue delà Corderie) sur i5o mètres de longueur, et il est probable que remplacement du surplus des murs, au nord-ouest et au nord, avait seulement été tracé sur le papier.

Il est déjà facile de se convaincre que, pendant les années i 5 1 7 et 1 5 1 8, la construction de la ville proprement dite n'avait guère avancé, si Ton excepte les quelques baraquements établis vers le village de Leure, pour les ouvriers bretons et autres employés aux travaux. De plus, les travaux du port et les déplacements de terre et de vase qu'ils avaient nécessité le long des quais • le nivellement de ces amas de terre pour exhausser le sol primitif situé en contrebas des hautes marées de vive-eau ^ les épidémies qui avaient dû en résulter, toutes ces considérations avaient sans doute repoussé les amateurs de terrains.

Ces premières difficultés ayant été atténuées, on serait peut-être tenté de croire que pendant les années iSig, 1620 et suivantes, les habitants des environs sont accourus planter leur habitation à Grâce pour profiter des privilèges accordés par François I" • il n'en fut pas ainsi, et dans le cours du mois d'août 1620, ce monarque étant venu visiter le port et les environs, tout en constatant avec satisfaction l'avancement des travaux, exprimait son regret de ce « que la ville

(( n'était encore grandement peuplée ni édifiée (( de maisons. »

Le Roi apprit, par les personnes de son entourage, que certains nobles ou marchands hésitaient à venir demeurer près du nouveau havre, parce qu'ils n'étaient pas assurés de la continuation des exemptions et privilèges accordés pour dix ans seulement, par la charte du 8 octobre i5ij.

L'objection était sérieuse ; le Roi le comprit aussitôt et accorda, à perpétuité, ces privilèges et exemptions aux termes d'une charte donnée au port même de Grâce (g). En outre, par d'autres lettres patentes données à Blois, le 1 5 décembre 1 520, il confirmait l'érection déjà décidée d'un grenier à sel en la ville Françoise, mais au sujet duquel des difficultés s'étaient élevées pour l'approvisionnement du sel au profit des navires qui abordaient au hoc (lo).

A cette date, plusieurs terrains avaient déjà été fieffés par M. du Chillou, moyennant des rentes fixées à un sol par pied carré, représentant un revenu de o fr. 2 5 au capital de 5 fr. par mètre carré. Aussi ces bourgeois, manants et habitants (sic) de la ville Françoise de Grâce, obtinrent, le 1 2 avril i52i, l'entérinement de la charte de i52o à la cour des aides de Normandie et à la Chambre des comptes à Paris, mais avec cette condition « que ceux qui prétendraient être

« exempts de la taille sur ces mots : habitants de (( la ville de Grâce résideraient sans fraude dans « cette ville (i i).

Cette générosité du roi François P"^ à Pégard de la ville de Grâce avait suscité les réclamations de ceux qui acquittaient les impôts d'autant plus lourds, que les imposables étaient moins nombreux. Dès i523, les délégués des Etats de Normandie remontrèrent au Roi que, par suite des privilèges promis à ceux qui viendraient habiter au havre neuf, les taillables des diverses paroisses pour s'affranchir de cet impôt, quittaient leurs villages et se réfugiaient dans la ville privilégiée, ce qui causait de graves préjudices aux paroisses, voisines et devenait Toccasion de fraudes nombreuses (12).

Pris ainsi entre ses promesses écrites et les réclamations fondées des Etats, François P^ se trouva amené à rétracter ses précédentes chartes, ou tout au moins à les expliquer • c'est ce qu'il fit par une nouvelle charte donnée à Blois, le 5 février ^3^, par laquelle il déclara que les franchises et autres exemptions des tailles accordées précédemment devaient s'entendre seulement des aides et impositions et non pas de la taille que tous devaient payer (i3).

Les prérogatives accordées par le roi François P'', par ses lettres patentes de 1617 et

de 1620, étaient en effet de nature à attirer des habitants ; aussi quelques maisons commençaient à surgir sur le territoire de la ville. On peut citer comme exemple Robert Mahieu , marchand dlngouville, qui était venu s'établir près du havre, en 1620, en y bâtissant le premier (14), sur remplacement de la maison sise rue de Paris, n*" 6 ou 8 -, Robert Galopin, cordier, demeurait au Havre, à la date du 29 juillet i52i (i5).

La restriction des franchises, apportée par le roi François I" dans ses lettres patentes du 5 février Yj^, ainsi que le procès intervenu entre M. du Chillou d'une part et le seigneur de Graville de Paulre, furent deux obstacles de nature à paral3^ser les intentions des fondateurs et à ralentir les progrès delà nouvelle ville.

L'application du contrat d'acquisition des terrains voisins du havre, c'est-à-dire leur revente et la construction des premières maisons, révéla une opposition presque générale de la part du seigneur de Graville, de plusieurs habitants d'Ingouville et même des représentants du Roi.

C'est ainsi que vers la fin de Tannée i 620, le seisjneur de Graville intenta en i*"^ instance, au bailliage de Montivilliers et ensuite devant le parlement de Rouen, un procès tngage pleig'e, contrée M. du Chillou pour empêcher la construction et édification de plusieurs maisons que Guyon Le

Roy^ sieur du Chillou^ s'efforçait faire au dit lieu (de Grâce) comme propriétaire des 24 acres de terre.

Pour faire juger en même temps la question de propriété du surplus des marais communaux d'Ingouville, le seigneur de Graville fit appeler dans la cause les paroissiens d'Ingouville et le procureur du Roi (16).

A titre de solution provisoire, le Parlement rendit, le 19 mars-j^f-J, un arrêt plaçant sous séquestre tous les terrains, fieffés ou non ; Padministrateur était autorisé à adjuger aux criées les parcelles de terrain mo3^ennant rente et à la charge expresse de les édifier^ héberger et maisonner. Quant aux places non bâties, déjà concédées par M. du Chillou, elles devaient être remises en adjudication • et à Tégard des terrains édifiés de maisons, les cessions étaient maintenues moyennant le paiement de la rente convenue.

Ces procès n'étaient pas de nature à encourager M. du Chillou, resté directeur général des travaux du port, à poursuivre activement l'extension de la ville. Son découragement dut être encore bien plus grand lorsque, le i3 mai 1624, le parlement de Rouen rendit un arrêt définitif qui adjugeait au seigneur de Graville les vingtquatre acres objet du contrat du 6 mai lôiy, lequel était annulé. Toutefois, remplacement des tours, murailles et fossés de la ville était réservé

ET TOPOGRAPHIQUE DU HAVRE Sq

au Roi qui, en outre, était autorisé à exproprier le surplus des 24 acres, moyennant indemnité au profit du seigneur de Gra ville et des habitants d'Ingouville . Enfin , M. du Chillou était condamné à la restitution des revenus qu'il avait déjà perçus et à tous les dépens du procès (17).

Aussitôt après cet arrêt, le seigneur de Graville, se substituant à M. du Chillou, fit percevoir les rentes foncières qui avaient été stipulées dans les 107 concessions de terrain déjà faites aux particuliers -, puis, pendant les années suivantes, il fieffa quelques autres parcelles de terrains vagues (18).

Les conséquences de l'arrêt de 1524 sont faciles à saisir. En déclarant le Roi, représentant TEtat, propriétaire du port et de ses dépendances, le Parlement de Rouen voulait affranchir le nouveau havre de toute servitude féodale et lui laisser la hberté dont il avait joui jusqu'alors, comme port de fondation royale.

Mais, en reconnaissant aux fermiers des prévôtés de Leure et d'Harfleur, c'est-à-dire aux douanes de l'époque, la faculté de percevoir certains droits à Tentrée et à la sortie des navires, l'arrêt de 1624 apportait des entraves de nature à écarter les navires qui chargeaient ou déchargeaient en franchise dans d'autres ports, notamment celui d'Harfleur.

Quant au changement du propriétaire de la

ville, nous ne savons s'il était plus avantageux d'être à la discrétion d'un spéculateur de terrains ou à la merci des officiers et fermiers d'un seigneur de Graville qui ne résidait pas sur place et dont le château était habité par un simple concierge !... (19).

Un des premiers événements qui signalèrent cette nouvelle époque de l'histoire de notre ville, fut la catastrophe du i5 janvier -Jl^, plus connue sous le nom de male-marée, c'est-à-dire de mauvaise marée, et dont le souvenir s'est perpétué parmi la population havraise.

Guillaume de Marcelles a mentionné dans ses mémoires cette funeste nuit, qu'il n'avait pas vue, mais dont il avait recueilli les détails de la bouche de son père, témoin de ce terrible accident. Malheureusement, ce chroniqueur est bref dans son récit, car il s'est borné à écrire : (20)

(c En l'an i525, lejour de Saint-Maur, iS"" (c jour de janvier, la mer fut s'y débordée de (c telle hauteur et à heure de nuict que tous « les habitants de la dite ville ou sy en eust de « sauvez, qui ne fussent péris de la dite marée, et « qui est chose bien remarquable, ce fut que de (( cette grande et furieuse marée furent jetés et (( portés jusques de dans les fossés du château de (f Graville à une grande lieue de la dite ville, 28 if navires drogueurs allant à la pêche des harencs

« et maquereaux quin^ayant peu être ramenez au « havre d'icelle ville auroientesté là depessez.

« A raison de ces choses, la dite marée « auroit été appelée la male-marée et, en commé- « moration de ce, se faict chacun an du dit jour « de Saint-Maur une procession générale en la « dite ville et en Teglise Notre-Dame d^icelle se « chante et célèbre en haut une grande messe des (c trépassés fort solennellement pour Tame des (c trépassés en la dite nuict à cause de la dite (c male-marée.

Un autre acteur de ce drame maritime; Robert Mahieu, habitant la ville du havre de Grâce, déposait dans une enquête faite à la fin de Tannée i532 (21) sur le même fait « que depuis « dix ou douze ans est advenu (au Havre) un (( grand inconvénient à raison de Pimpetuosité « de la mer qui noya plus de 100 personnes aux « lieux ainsi bas édifiés, etc. -»

Quoique les dates indiquées par ces deux habitants du Havre soient un peu différentes, nous n^hésitons pas à dire qu^il s'agit de la même calamité, le témoignage de Robert Mahieu nous faisant connaître le nombre des victimes et Tendroit où elles se trouvaient lorsqu'elles ont été surprises par l'inondation.

Il est facile de comprendre que les 28 bateaux pêcheurs s'étaient mis à l'abri dans le havre de Grâce, dès les signes précurseurs de la tempête,

mais tout d'abord on se demande comment ils ont été lancés à une lieue de là, à travers un immense terrain ferme.

Suivant nous, ces navires étaient stationnés dans le havre et dans la grande barre qui communiquait avec le bassin ou fosse de Leure, et dans cette fosse de Leure se raccordait la crique de Graville, qui prenait sa source aux fossés creux du château de Graville.

Les vents d'ouest régnaient sans nul doute dans ce moment terrible, et les bateaux de pêche, en suivant la grande barre, avaient été entraînés dans la fosse de Leure et dans la crique de Graville. Mais le chemin suivi par ces navires, grâce à la hauteur extraordinaire des eaux, étant devenu impraticable à la marée baissante ainsi qu^aux autres marées ordinaires, on fut obligé de laisser les navires sur place.

Quoique le nombre des victimes eût été considérable, tous les habitants n'avaient cependant pas péri dans cette catastrophe, car un grand nombre de ceux qui figurent sur le plan des terrains et maisons de la ville Françoise, dressé avant la fameuse marée, existaient encore en i532, comme nous aurons l'occasion de le rappeler en vérifiant la population de cette ville sous François P'.

Les victimes, nous apprend Robert Mahieu, habitaient dans les endroits où le niveau du sol

n'avait pas été exhaussé *, or, les maisons situées entre le grand quai et la place du Vieux-Marché étaient bâties sur un sol qui avait été surélevé par les déblais du havre (22). Si ces maisons avaient été inondées, leurs étages supérieurs n^auraient pas du être submergés -, il est donc probable que ce quartier avait peu souffert.

Les terrains situés au nord de la place du Vieux-Marché et de la rue de la Halle étaient restés, il est vrai, à leur niveau primitif ; mais ils n'avaient encore reçu aucune construction (23). Ce n'est pas là non plus qu'il faut chercher les victimes du 1 5 janvier 73I3.

Il est plus probable que ces infortunés, composant la population ouvrière, logeaient dans des habitations provisoires, élevées sur le terreplein de la jetée du Sud. Surpris à Pimproviste, au milieu de la nuit, entre les débordements de la mer dans le chenal du havre, d'un côté, et le long du rivage, de Pautre côté, ces individus n'avaient point trouvé de retraite et avaient été noyés comme le dit Guillaume de Marcelles.

Il y avait en effet autrefois, de ce côté, dit le même chroniqueur (24) « grand nombre de « maisons du commencement de la ville et havre « qu'il a convenu lever de là pour les reta- « blir au costé de deçà, telles que la maison « de Vauchouquet, la maison d'un surnommé « de Bordeaux, dit Mondoux, maître charpentier,

« et plusieurs autres, à raison de l'impétuosité de (( la mer. »

Ajoutons que la maison du sieur de Vauchouquet, mentionnée à la date du 2 novembre i523, était située à proximité de la jetée du Sud (2 5). Mais en 1 532, cette maison avait été reconstruite sur le grand quai à POuest de Tallée Duval, sur un terrain concédé au sieur de Vauchouquet, en 1524(26), figuré sur notre plan comme place vide.

Il faut en conclure que la male-marée, la mauvaise marée de i525, en détruisant les habitations élevées sur le terre-plein de la jetée du Sud ou de la Floride, avait anéanti toute la population qu'elles renfermaient, et qu^au contraire, le côté Nord du Havre, c'est-à-dire la ville proprement dite, avait été épargnée d'une destruction complète.

Les officiers du seigneur de Graville ayant pris possession de la ville Françoise, aussitôt après l'arrêt de 1 524, firent percevoir les droits seigneuriaux, honorifiques ou pécuniers qui y étaient attachés. Guillaume de Harcelles, fils du receveur de cette seigneurie, rapporte « que le (f seigneur de Graville avait toujours joui paisi- « blement de ces rentes, redevances et droits « seigneuriaux jusqu'en Pannée 1541. »

La captivité du Roi et les années difficiles qui la suivirent jusqu'en i53o, n'étaient pas de

nature à favoriser Pessor de la nouvelle ville encore si modeste et si peu peuplée. Jusqu'à présent, Thistoire est à peu près muette sur cette période troublée. Le gouvernement était déjà assez occupé à poursuivre la répression des malversations et le remboursement des concussions dont le Trésor Royal avait été victime depuis quelques années -, il fallait bien faire rendre gorge à tous ces financiers sans vergogne, dont Tun achetait à lui seul tout une ville avec ses bénéfices illicites.

D'après Guillaume de Harcelles, M. du Chillou n'aurait pas changé de poste, mais il serait décédé vers i528. C'est là une opinion erronée, car, d'après M. S. de Merval, ce fonctionnaire ne mourut qu'en i533.

M. du Chillou eut pour successeur messire Jean du Bec, chevalier, sieur de Bourry, qui était vice-amiral en même temps que capitaine de la ville de Grâce. C'est sous ce titre qu'il signa, le 28 décembre i528, la commission délivrée à Jean Le Prévost, en qualité de procureur des habitants du Havre.

L'administration de M. Jean du Bec ne fut pas de longue durée. « Peu après, dit Guillaume « de Marcelles, messire Charles de Mouy ou de « Moy, chevalier, sieur de la Mailleraye, gentil- « homme de la chambre du Roi, aurait succédé

« aux mêmes estats, outre aussi qu'il était capi- « taine de la ville d'Honfleur, lequel aurait « continué en cette même charge de faire tract vailler au bâtiment et construction de la ville a de Grâce. »

Il est probable que M. de la Mailleraye était entré en fonctions au mois de février 1529. M. Jal (27) dit qu^il avait succédé dans la charge de lieutenant général et de vice-amiral, au sieur de Boury, et que Pamiral Chabot lui en avait donné la provision le 20 février 1529.

A la fin de Tannée i 628 avait eu lieu, sinon la première assemblée municipale, du moins Tune des premières qui aient été tenues dans la ville Françoise pour l'administration des affaires communes aux habitants et aux bourgeois.

Le capitaine du havre se réservait exclusivement l'administration de la marine et du port, tandis que le seigneur de Graville était chargé de la justice, et que les intérêts des habitants étaient gérés par un mandataire pris parmi eux.

Les habitants et bourgeois de la ville Françoise s'étaient réunis pour ce dernier but, le 29 décembre i528, au nombre d'une cinquantaine, dans la maison de M. du Chillou. Il y avait déjà parmi eux quatre habitants « élus sur le fait et (c gouvernement de la ville, « c'est-à-dire chargés de ^administration municipale. C'étaient MM. Jacques d'Estimauville, Robert d'Arry, Robert

Mahieu et Richard Valentin ; puis, venaient le contrôleur, Richard Cordier, huit conseillers et quatre quarteniers (28). Tous furent d'avis d'instituer ou plutôt de continuer aux fonctions de maire ou procureur général de la ville Françoise de Grâce, Jehan Leprevost, demeurant en cette ville, auquel ils allouèrent une indemnité annuelle de 20 livres, équivalant à 400 fr. valeur actuelle de l'argent.

Il ne faut pas s'étonner du petit nombre d'assistants à cette réunion générale des habitants de la ville Françoise, beaucoup de bourgeois qui avaient acheté des terrains afin de devenir propriétaires dans cette ville et de s'affranchir des impositions et notamment de l'aide, ne venaient pas y résider réellement, ils se contentaient de fieffer un coin de terre et d'y bâtir une simple cabane (29).

Ces abus , signalés au Roi , motivèrent les lettres patentes du 17 mai 1627, portant que ceux-là seulement qui auraient fieffé et maison bâtie et qui y résideraient, seraient affranchis.

Ces lettres ne furent entérinées à la cour des aides que 18 mois plus tard, c'est-à-dire le 6 novembre 1628, et portées à la connaissance des intéressés seulement le 18 mai 1529.

Dans l'intervalle, des commissaires s'étaient transportés à Grâce *, ils y avaient compté le nombre des maisons bâties et dressé un état des

fieffés -, mais ils avaient constaté en même temps que la plupart des fieffataires et les propriétaires de maisons n'y résidaient pas, et qu^ainsi, le peuplement, que la charte de 1 5 1 7 et les suivantes avaient eu pour but d'encourager, ne se réalisait pas (3o).

En conséquence, le huissier Piquiervint dans les quartiers de la ville donner lecture de ces lettres, signifiant «; que tous ceux qui n'auraient « pas établi leur demeure et résidence actuelle es « maisons et fieffés qu'ils ont en la ville dans un « an de ce jour, seraient exclus des privilèges (3 1).

Les fonctions de procureur des bourgeois et habitants étaient loin de constituer une sinécure, car ceux-ci avaient souvent des difficultés, soit avec le Parlement de Rouen, pour la reconnaissance de leurs privilèges, soit avec la Cour des aides, relativement à leurs exemptions d'impôts, soit avec les fermiers de la prévôté de Leure et d'Harfleur et de la seigneurie de Graville.

En 1628, les bourgeois ayant subi quelques restrictions dans l'exercice des privilèges qui leur avaient été octroyés, de la même manière que ceux de Dieppe, s'adressèrent au Roi, qui leur était toujours excessivement favorable, pour obtenir de nouvelles lettres auxquelles serait annexée la liste des privilèges dont jouissaient les Dieppois.

Cette requête fut accordée au mois d'octobre

i528, le Roi ayant déclaré queson intention était de traiter favorablement les habitants de la ville de Grâce , et afin que cette ville se puisse parfaire c( et habiter de gens, maisons et édifices pour la (( seureté de nos navires et vaisseaux, fortification <f et seureté de la dite cote de Normandie et des (( marchands fréquentant la mer en icelle (32). »

On se rappelle que Parrêt du i3 mai 1624, en déclarant le Havre port royal, avait autorisé le fermier de la prévôté de Leure et d^Harfleur à percevoir au débarquement les droits de coutume ou de douane que ses prédécesseurs percevaient auparavant dans les ports d'Harfleur et de Leure ; droits que le fermier nes^étaitpas cru autorisé à lever depuis Touverture du chenal du Havre jusqu'en 1524.

Par suite de cette extension de revenus, la ferme de la prévôté avait aussi augmenté de valeur, et le 28 septembre i525, devant les officiers du Roi à Montivilliers, cette ferme avait été adjugée pour trois ans, moyennant 2 35 livres, représentant une somme d'environ 4,700 Ir. de notre époque. Le 2 5 septembre i528, cette ferme de la prévôté de Leure et d'Harfleur fui adjugée, toujours pour trois ans, moyennant seulement le prix de 200 Hvres, ce qui fait supposer rétat stationnaire ou même décroissant delà navigation du Havre, entre les années i525 et i53o.

François P'" était trop bien disposé en faveur

du havre de Grâce pour maintenir cette entrave financière au développement du commerce de notre ville.

Quoique ces droits ne fussent pas très onéreux, car ils réprésentaient à peine un franc par loo kilogrammes à raison de 4 deniers par cent livres pesant de marchandises, la perception en était plus tracassière que productive pour le trésor royal. Plusieurs procès avaient été intentés à ce sujet devant le bailliage de Montivilliers et le Parlement de Rouen. Au cours de ces procédures, les revenus communs de la ville avaient été séquestrés et détournés de leur véritable destination qui était l'achèvement des fortifications et la clôture de la ville a dont il pou '/ait advenir grant inconvé- (c nient au Roi et la chose publique, attendu que « la dite ville de Grâce est assise en païs de (( frontière et la i""^ entrée du royaume (33).»

Le remède notait pas difficile à trouver. En présence des bonnes grâces du Roi, les habitants s^adressèrent de nouveau à lui et il souscrivit aussitôt à leur supplique, en supprimantes droits de prévôté dans Penclos de la ville et du port de Grâce « voulant que les habitants et étrangers <f soient francs et exempts du paiement de ces « droits et abolissant les procès qui étaient en « instance au moment de cette suppression ».

Cette suppression était accordée par François I" « afin qu'ils se puissent augmenter et

« peupler en la dite ville, de gens marchands et (( habitants qui la facent et rendent bonne riche (f et populeuse pour soutenir et défendre une « affaire et invasion d'ennemis s'il y parvenoit.»

Cette charte, datée du mois de janvier ^^ ne fut exécutée qu'en Tannée 1 532, parce qu'elle devait auparavant être engistrée au Parlement de Rouen, qui procédait toujours avec une sage lenteur lorsqu'il s'agissait d'une innovation ou de la suppression d'un ancien usage. Toutes les lettres patentes devaient être adressées à cette Cour afin qu'elle en vérifiât les motifs et suspendit leur exécution, si les lettres patentes causaient préjudice au public ou à des particuliers.

Le 2 5 septembre i53i, on allait procéder, à Montivilliers, au renouvellement du bail des prévôtés de Leure et d'Harfleur, lorsque Jean Leprevost, procureur des habitants du Havre, accompagné de Jean Clerice, Tun des principaux propriétaires de cette ville, se rendit au bailliage, et muni de la charte de suppression de la prévôté, il sollicita un sursis d'adjudication pour l'enclos de la ville de Grâce. Les oi]ficiers du Roi ne crurent pas devoir accorder ce sursis et les enchères furent ouvertes ; mais un seul amateur se présenta-, c'était Jean Clerice, qui offrit le prix de 120 livres. En présence de cette offre minime, l'adjudication fut renvoyée à un jour ultérieur.

L'année i532 doit être considérée comme

Tune des plus heureuses de rhistoire de notre ville, à cause des événements qui s'y passèrent et des profits que tira le Havre de la visite de François P', au commencement de cette année i532.

La date de ce vo3^age n'est pas connue exactement, mais elle doit être reportée soit au mois de février, soit au mois de mars.

En eiïet, d'une part, la présence du Roi est constatée à Rouen les 2 et 7 février \^ par les dates de deux édits qu'il y avait rendus (34)-, d'autre part, le Roi était à Honfleur, c'est-à-dire bien près du Havre, vers le milieu de mars -^^ d'après ce passage des mémoires de Martin du Bellay (35).

« Le Roi.de France envoya en mission vers « les princes d'Allemagne Messire Guillaume du « Bellay seigneur de Langey, gentilhomme de la <( chambre du Roi. Au dit lieu d'Honnefleu fut (( depesché le dit du Bellay vers la mi-mars jH^ « et environ la mi-avril en suivant (il) arriva « devers iceux princes de l'empire. Pendant ce « temps arrivèrent devers le Roi deux ambassa- (c deurs l'un du Roi de Hongrie et l'autre par (c l'Empereur pour solliciter une alliance et de « Targent, etc. »

D'un autre côté, François P', arrivé à Caen le i*"" avril, mentionne dans sa charte donnée en cette ville au mois d'avril i532 (après Pâques),

<c le tracé de Tenceinte et clôture de la ville de « Grâce que en avons fait faire dernièrement que (c avons esté (36.) »

L'un des premiers effets de ce voyage au Havre fut d'activer Pentérinement par le Parlement de Rouen, des lettres patentes qui avaient supprimé les droits de prévôté dans l'étendue du havre de Grâce.

Le Parlement de Rouen ordonna l'exécution de ces lettres, par arrêt du 22 mars ]^ et délégua Jean Lesueur pour y procéder sur place, ce qu'il fit immédiatement.

Mais le Parlement de Rouen voulant sauvegarder les intérêts du trésor Royal et ceux des tiers, car il avait été saisi d'une opposition de la part des religieux de l'Abbaye du Valasse, près Bolbec, avait imposé aux habitants du Havre l'obligation de garantir à l'Etat, d'abord un revenu minimum de 100 livres pour l'étendue de la prévôté située en dehors du Havre et qui était maintenue, et ensuite , de fournir à TAbbaye du Valasse les prises de sel en nature ou argent auxquelles cet établissement avait droit chaque année.

L'origine de cette redevance au profit des religieux du Valasse , remontait au douzième siècle. Les possesseurs de la ville de Leure et de ses salines leur avaient accordé, en effet, une rente de sel à prendre chaque année à cet

endroit et cette donation avait toujours reçu son exécution sur les revenus de la prévôté de Leure.

Enfin, le Parlement de Rouen avait prescrit une enquête sur la nature des droits supprimés et rinscription sur des tableaux publics des exemptions accordées par les lettres patentes du mois de janvier \^,

Parti de Rouen le lundi de Pâques i532, Jean Lesueur arriva au Havre le 3 avril et descendit à Phôtellerie du Lyon-d'Or^ que tenait Guillaume Larcher (actuellement hôtel de VAigled'Or^ rue de Paris) ; il n'avait pas réussi à se loger dans Phôtellerie de la Salamandre (sur le grand quai, près de l'allée Duval), parce qu'il n'y avait pas de place à ce moment.

Le lieu de la première entrevue ayant été fixé primitivement dans Thôtel de la Salamandre^ tenu par Jean Delaporte, Jean Lesueur s'y rendit le lendemain et reçut les administrateurs de la ville pour délibérer sur l'objet de sa mission. Puis, le surlendemain, une assemblée générale des habitants fut convoquée dans la maison de M. du Chillou, pour discuter les conditions de la suppression des droits de la prévôté.

Cette suppression ne pouvait être qu'approuvée par les habitants de la ville ; aussi une seule objection se produisit-elle de la part du frère

Nollent, prieur de l'Abbaye du Vallasse, qui fit observer que les revenus de la prévôté ainsi réduits ne seraient peut-être pas suffisants pour assurer la redevance à laquelle PAbbaye avait droit ; que si les habitants garantissaient envers TEtat le revenu de la prévôté de Leure, ils devaient assurer la redevance des 4 minots de sel due à PAbbaye du Valasse. Cette observation, conforme d'ailleurs à l'arrêt du Parlement, fut reconnue juste par l'assemblée.

Mais il ne suffisait pas de reconnaître le principe de la suppression des droits de prévôté, il fallait encore préciser la nature de ces droits pour éviter toutes difficultés dans l'application. Le même jour, 6 avril, Jean Lesueur et les bourgeois du Havre dressèrent le tableau des droits supprimés, qui consistaient dans les 4 deniers par baril de hareng, futaille, pelleterie et balle ou ballot de marchandises, iG deniers par grenier de marchandise, 16 deniers pour lest de cuirs secs ou salés, 4 deniers pour 100 livres pesant de marchandises, cire, sucre, épicerie et fer.

Tel est le compte rendu succint de cette assemblée, commencée et terminée par une allocution de Lesueur, ainsi que le constate son rapport dont un exemplaire est conservé aux archives municipales du Havre. M. Borely a fait à ce sujet un récit où l'imagination remplace trop souvent la simple

vérité historique *, la date même de cette réunion n^a pas été respectée ; nous ne savons pourquoi il l'a reportée au 27 avril 1 53 1 , c'est-à-dire un an avant le voyage de François V^ et la délégation de Jean Lesueur ?

Cette suppression des droits de la prévôté de Leure et d'Harfleur pour retendue du havre de Grâce, fut complétée par une autre mesure, non moins avantageuse pour notre ville, encore due à la dernière visite de François P^

L'arrêt du i3 mai 1524, en même temps qu'il attribuait au fermier de la prévôté de Leure et d'Harfleur la faculté de percevoir les droits que nous avons énumérés, avait attribué au seigneur de Graville les taxes de varech, eauye, secages de rez, balisages et autres droits féodaux. Par suite du développement de la navigation au Havre, ces droits valaient, en i532, 400 livres par an, c'est-à-dire un chiffre double de celui des droits de prévôté (37).

Par ordonnance donnée à Caen, le 10 avril 1 532, le Roi fit suspendre la levée des droits que percevaient les fermiers et officiers de Graville sur les marchandises chargeant et déchargeant au havre de Grâce, parce que François I" se proposait, à bref délai, d'exproprier le sol et les revenus de la ville de Grâce en indemnisant le seigneur de Graville, conformément à la réserve insérée dans l'arrêt du i3 mai 1524.

A ce préliminaire se rattache toute une procédure d'enquête commencée au 'mois de juin et terminée en octobre i532, dans le but de déterminer l'indemnité due au seigneur de Graville, par suite de l'expropriation projetée des terrains sur lesquels était bâtie la ville Françoise (38).

Le iGjuin i532, par ordonnance datée de Chateaubriant, en Bretagne, François I" avait commis M' René Bec-de-Lièvre, conseiller au Parlement de Rouen, pour procéder à cette enquête au havre de Grâce, et ce commissaire partit de Rouen, le 14 août 1622, accompagné de Jean Bertein, son adjoint.

Arrivés au Havre, ils se mirent en rapport avec le lieutenant général de la vicomte de Montivilliers et les principaux habitants.

Le lundi 26 août i532, le commissaire enquêteur fit publier sa commission « en la (( cohue et prétoire où se tenait la juridiction de « l'amiral, au havre de Grâce présence des (( officiers du Roi et d'un grand nombre de « peuple assemblé. »

Après avoir donné des instructions pour faire assigner les représentants du seigneur de Graville et les témoins qui devaient être entendus « le 24 septembre i532 et jours suivants en la « maison et hôtellerie où pend pour enseigne « la Salamandre^ près la grosse tour, » (Maison

Vauchouquet, sise grand quai et allée Duval, le conseiller Bec-de-Lièvre repartit pour Rouen, annonçant son retour au Havre de Grâce pour le 23 septembre suivant.

Il revint, en effet, ce jour et logea à Phôtel de la Salamandre. Le surlendemain, au moment de procéder à l'audition des témoins, le procureur de la dame de Graville réclama un sursis en déclarant interjeter appel de la commission, devant le Parlement de Rouen \ mais Pavocat du Roi, Laurens Bigot, ayant refusé tout sursis, on procéda à Taudition des deux principaux témoins, Jean de Masure, fermier, et Jean de Marcelles, receveur de la seigneurie de Graville.

Le lendemain, le procureur de la dame de Graville voulut expliquer son appel au nom de sa cliente, mais on passa outre et Penquête eut lieu ce jour et les suivants ; simultanément à cette opération, M. Bec-de-Lièvre fit procéder à Parpentage des terrains fîefîés ainsi que des rues et places publiques, il reçut la requête des habitants d'Ingouville qui sollicitaient une indemnité pour les droits de pâturage qu'ils possédaient sur les marais d'Ingouville avant la construction du havre. Le seigneur de Graville s'adressa également à ce commissaire pour obtenir la levée du séquestre mis sur les droits féodaux qu'il percevait dans le port du havre.

Toutes ces réclamations et procédures

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aboutirent à un rapport dans lequel le conseiller Bec-de-Lièvre proposait en échange des 24 acres de terrain sur lesquelles la ville avait été construite, le tiers et danger, évalués à 240 livres par an, revenant au Roi, dans la forêt de Hallates, appartenant au seigneur de Graville, plus la remise de cent livres de rentes, due par ce dernier au domaine du Roi, sur diverses terres.

Nous ignorons pour quelle cause cette proposition ne fut pas acceptée immédiatement, mais seulement en 1541, époque à laquelle le Roi fit incorporer au domaine de l'Etat, le terrain occupé par la ville Françoise du Havre.

Le voyage de François P^ au Havre, en -J

avait encore eu pour résultat d'augmenter en faveur de cette ville les franchises accordées par les chartes de iSiy et i52o.

Par ses lettres patentes, données à Caen, au mois d'avril i532, ce monarque déclarait affranchir (( à perpétuité, de tailles, aides, subsides, cf impôts, sauf l'imposition foraine, tous ceux et « celles qui sont et viendront, dans le délai de « trois ans, demeurer et habiter dans l'enceinte <( de la ville. »

Mais le Roi mettait pour conditions que l'exemption ne devait profiter aux bourgeois (c que (( pour les maisons et biens qu'ils ont et auront 'c en la dite ville et non autrement et qu'ils y

« bâtiraient une maison et édifice de la valeur « de 4 à 5oo livres tournois (39). »

La première condition avait pour but de faire disparaître les fraudes déjà signalées en i523 et par lesquelles tantôt les habitants des villes voisines se faisaient porter comme bourgeois, propriétaires en la ville Françoise, pour ne pas payer les impôts dans les villes où ils résidaient personnellement *, tantôt les propriétaires habitant réellement en la ville Françoise, prétendaient s^exempter des mêmes impôts dans les autres villes où ils avaient des intérêts pécuniers.

La visite de François I" n'avait pas eu seulement pour but les progrès de la ville Françoise, mais encore Pachèvement et Pamélioration du port qui avait dû être délaissé pendant quelques années.

Il est probable que, depuis 1624, le trésor royal avait été trop obéré pour subvenir aux dépenses considérables occasionnées par le nouveau havre *, le dernier versement fut sans doute celui de dix mille livres ou 200.000 fr., payés avant la captivité de François P', en vertu d'un mandat délivré par le Roi au camp devant Pavie, le 23 novembre 1524 « pour convertir et employer à la construction et édifice du havre de Grâce (40). »

François P"^ voulant reprendre cette œuvre abandonnée, chargea Tamiral Philippe Chabot, sieur de Brion, d'achever la grosse tour et les

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jetées, d'approfondir le chenal du havre et de réparer Técluse de la grande barre, ainsi que la maison des barres qui menaçait de s'écrouler. De plus, on construisit à cette époque une seconde tour, projetée en \^^ mais dont on ne retrouve pas de trace avant cette époque.

L'amiral Brion, obligé d'accompagner le Roi dans ses courses à travers le royaume, ne pouvait surveiller lui-même ces travaux, et comme son prédécesseur, Tamiral Bonnivet^ il transmit ses pouvoirs à M. de la Mailleraye, viceamiral et capitaine du havre, qui prit le titre de a commissaire député en l'absence du sieur de (( Brion, amiral, pour ordonner de l'édifice, (( ouvrage, prix, marchés et paiement du dit « havre (41). »

M. de la Mailleraye résida au havre pendant la durée de ces travaux, lesquels commencés après le i^"" avril, n'étaient pas encore terminés au mois de novembre suivant. Il avait pour contrôleur Raoul de Rogy, ainsi que l'indique cet article d'un mandat de paiement délivré le i5 juin i532 (42) :

(( Mandons être alloué, etc., à Charles de « Mouy, seigneur de la Mailleraye, la somme de « sept cents livres tournois •, et à Raoul de Rogy, « contrôleur du dit ouvrage, la somme de deux « cent quatre-vingt-quinze livres tournois. Aux-

« quels par ces présentes nous avons ordonné et (f ordonnons d'estre fournies, savoir est, au dit « vis-amiral commissaire pour ses paines et (( sallaires de faire continuellement séjour au dit (c havre de Grâce, vacquéet entendu aus affaires, fc ordonnances des devis, pris, marchés et paiece ment durant sept mois entiers commencez le (( premier jour d^avril derrain passé et finissant « le derrenier jour du mois d^octobre prochain (( venant -, qui est à raison de cent livres pour « chacun dMceux mois.

(( Et à icelluy de Rogy, pour avoir servy en (( Testât de contrôleur et avoir été présent à « veoir et faire iceux devis, prix, marchez et paiece ments et de ce fait registre:, expédier les rooUes, (( acquis à ce nécessaire où il a continuellement (( entendu, vacqué et vacquera durant le temps (c dessus dit. »

M. de la Mailleraye avait traité avec Michel Ferey « maître es œuvres de massonnerie au « bailliage de Caux, ayant la charge de faire la « massonnerie du port et havre de Grâce. » Cet entrepreneur travailla à ce port, du mois d^avril au onze novembre i532, c^est-à-dire jusqu^au deuxième toisage de ses travaux fait par les maîtres-maçons chargés de les vérifier ; la première vérification ayant été opérée le 21 août précédent.

Ces travaux comprenaient cf 636 toises de (f maçonnerie faites et parfaites tant en la tour et « jetée du costé d'amont que en la première tour (f du dit havre du costé d'aval (43). »

Quatre charpentiers étaient occupés à la construction du pont huchon et à l'établissement de batardeaux, en amont de Técluse de la grande barre, pendant que 1 8 maîtres pionniers et leurs ouvriers nettoj^aient le chenal, encombré par les vases ou le galet, comme le prouve cet article des rôles de paiement : ^c maîtres pionniers travaillant « entre les jetées et barres du dit havre (44). »

Une partie de ces vases et galets était transportée par des banneaux et déposée contre les quais de bois ou clayonnages dont les interstices laissaient glisser les terres du quai: « Quatre « banneaulx ordonnés pour charrier en porter du « perroy à rempUr derrière le quay en bois du a dit havre et autres lieux (45). )j

L'eau de la grande barre était lancée avec tant de force dans le havre, que Ton avait vu se reproduire les excavations déjà signalées en i523, à la sortie de cette barre *, aussi Ton dut payer, en i532: « 120 livres 8 sols tournois pour 172 « tonneaux de pierre de bite, pour mettre et « jeter à pierre perdue, au bout des planchers de « bois des barres, en une fosse qui s'est faite du « sault de Teau sortissant d'icelles barres, afin de

« garder et tenir en seureté les fondements et (c joues d'icelles (46). »

Ces travaux de toutes natures avaient occasionné des dépenses assez considérables, dont il est difficile de préciser le chiffre, puisque deux rôles et un mandat de paiement ont seuls été retrouvés-, mais on peut cependant, à Paide de ces renseignements, indiquer un chiffre minimum.

La deuxième vérification des travaux de maçonnerie atteignait 1 1,146 livres tournois -, les rôles des autres travaux pour la semaine du 3o septembre au 5 octobre i532 et celle du 4 au 9 novembre même année, se montaient à 328 livres *, en y ajoutant les indemnités s'élevant à 995 livres allouées à M. de la Mailleraye et à Raoul de Rogy, on arrive au chiffre de 12.469 livres ou 260.000 francs, valeur actuelle, comme dépenses justifiées. Et si Ton double cette somme pour tenir compte des documents de comptabilité qui ont disparu, on arrive sans peine à un demimillion de francs dépensés par le Roi pour le havre de Grâce à la suite de sa visite du mois de lévrier ou mars ^^.

En parcourant la ville et les environs, au commencement de Tannée i532, le Roi avait sans doute été attristé de voir sa grande et belle nef, restée immobile dans la fosse de Leure ou dans la grande Barre, menaçant de rester en état d'innavigabilité. Il fit donner des ordres pour

mettre à la mer cette merveille de Part naval, et quelques mois après, Pamiral de France, Philippe Chabot, agissant pour le compte du Roi, passait à Tours, le i3 juillet i532, un marché avec Gerosme Féo « pour le fait de la grosse nef, « nommée la Françoise du havre de Grâce, à « la condition expresse qu'il fournirait bonne et « valable caution (47).

Gérôme Féo était probablement quelque capitaine vénitien ou génois, expérimenté dans la marine, mais trop peu fortuné pour prendre la responsabilité d'une telle entreprise. Au commencement du mois de mai i533, Féo n'avait pas encore fourni la caution de 3o.ooo Uvres qui lui avait été imposée ; c'est seulement le 1 7 mai i533 qu'il obtint d'un bourgeois de Rouen, nommé Alexandre RousseUin, cette somme considérable.

Cette tentative ne paraît pas avoir réussi et nous verrons plus loin qu'Hun autre essai, dirigé par le sieur de Villiers, n'obtint pas plus de succès, et que cette fois il fallut se décider à détruire l'œuvre considérable qui avait tant coûté au trésor royal.

François P% voulant favoriser par tous les moyens, le développement de la ville Françoise de Grâce avait, par lettres patentes, données à Vatteville, au mois de mai i535, établi dans cette ville, deux foires franches par chaque

année, d'une durée de i5 jours ouvrables, c'est-àdire non compris les dimanches et fêtes ; la i""" commençant le lundi de Quasimodo et la 2''^'' le 26 novembre. De plus, par la même charte, le Roi avait institué le capitaine de la ville, conservateur de ces foires, avec le pouvoir de juger sommairement et même d'heure à heure, à THôtelde-Ville, les différends qui pouvaient surgir entre les marchands et acheteurs (48).

Le résultat de cette nouvelle institution fut d'abord loin de répondre à la louable initiative du Roi. Ces assemblées ne tardèrent pas à dégénérer en réunions tumultueuses, surtout à cette époque de propagande calviniste, d'autant plus que le gouverneur du Havre ne résidait pas dans cette ville et que ses officiers subalternes n'avaient pas la même autorité que lui On en trouve un exemple lors de la foire Sainte-Catherine, en 1641, dans cet article d'un mandat de paiement délivré pas les administrateurs municipaux du Havre, le 28 décembre 1541 (49) :

« Pa3^é douze sols à Toussaint Hamel lequel « a porté lettre de par la ville à M. de la Mailleraye (( pour l'avertir des aucuns destourbiers (empê- (( chements, troubles) qui étaient survenus en la « dite ville, la foire scéante lors, w

Les foires du Havre furent supprimées lors de la révocation générale des foires du royaume.

SOUS Henri II, puis elles furent rétablies dans notre ville par François II, en 1 559.

Enfin, par de nouvelles lettres patentes, données au mois de mai 1640, le Roi avait confirmé les précéSentes franchises accordées aux habitants du havre en faveur de ceux qui, dans Tespace de 2 ans, viendraient y construire des maisons de 4 à 5oo livres tournois.

Malgré ces prérogatives de toutes sortes, la ville Françoise ne progressait pas rapidement, la population était à peu près stationnaire, ainsi que le Roi le reconnaissait dans sa charte donnée à Fontainebleau,, le 3o mars i543, par laquelle il déchargeait les habitants du Havre de leur quote part dans la solde des gens de guerre « afin '(. de leur donner meilleure volonté, moyen et « occasion de lui être bons et fidèles sujets et (( de rendre ci-après la dicte ville mieux et plus « abondamment peuplée et habitée qu^elle « n'est (5o). )>

François P'' revint à Vatteville, puisa Rouen, où il séjourna aux mois de septembre, octobre, novembre et décembre 1 540. A une si petite distance du havre de Grâce il dut, sans doute-, venir ici s'informer de la situation de cette ville et des causes qui arrêtaient son essor.

Parmi ces causes, il faut placer cette circonstance que le seigneur de Graville, resté en posscs-

sion du sol de la ville, n^avait qu^un intérêt secondaire à son développement. L'unique but pour lui ou ses fermiers était de fieffer ses terrains au meilleur prix, et quant aux charges qui lui incombaient^ il ne s'en souciait guère, Robert Mahieu, Tun des témoins de l'enquête de i532, déclare que les officiers, procureurs et fermiers du seigneur de Graville ne voulaient pas entendre parler de l'entretien des ponts et voies publiques (5 1).

Il fallait donc l'unité de direction qui jusque là avait fait défaut ; les officiers du Roi, les administrateurs de la ville et enfin les officiers du seigneur de Graville n'ayant en vue que leurs intérêts distincts et séparés, ne pouvaient qu'entretenir cette situation médiocre et non l'améliorer.

Le fondateur du Havre paraît l'avoir compris dans le préambule de ses lettres de commission, délivrées le 1 8 juin i54i (52) à l'ingénieur italien Bellamarto, époque où il mit à exécution le projet dont il avait commencé l'élaboration en i532, c'est-à-dire la mise sous sa main du territoire du Havre, en indemnisant le seigneur de Graville du préjudice que lui causait Texpropriation de ses 24 acres de marais.

On ne'comprend guère que, pendant près de 10 ans^ le Roi n'ait pas songé à continuer cette expropriation pour cause d'utilité publique, et il faut le témoignage de Guillaume de Marcelles pour croire à une pareille insouciance.

Ce chroniqueur, dont le père était receveur de la seigneurie de Graville, mentionne en effet : i( que ce seigneur aurait toujours joui des rentes, « redevances et droits seigneuriaux jusqu^enTana née 1541, époque où sa majesté aurait retiré en ((. en sa main le dit territoire (du Havre), cassé et (( aboli toutes les rentes seigneuriales, droits et « devoirs du seigneur de Graville, sauf à lui a faire recompense. »

François V prit en effet une mesure radicale et énergique dans les instructions données à Bellamarto. Il déclara saisir et mettre sous sa main, comme souverain, le territoire du Havre, pour être bâti et édifié comme il serait ordonné, entendant toutefois faire récompense à ceux auxquels il appartiendrait, de la valeur de ce territoire avant la construction de la ville, suivant les évaluations qui en avaient été faites par les commissaires députés à cet elîet en i532.

Cette décision était prise a parce que le Roi <i avait entendu que aucuns particuliers, seigneurs « et autres prétendant quelque territoire leur « appartenir dans l'intérieur de la ville, préférant « leur profit particulier au bien commun et dé- « coration d'icelle ont fait et font chaque jour « plusieurs baux du dit territoire ou le vendent « aux particuliers de la dite ville qui y font bâtir (f à leur appétit et en divers lieux qui ne sont à « propos, etc.w

yO DESCRIPTION HISTORIQUE

L'ingénieur Bellamarto réunissait dans ses mains la direction des fortifications du Havre, maisons et édifices particuliers, construits et à construire, avec la faculté d'abattre les édifices qui nuisaient à Pornement de la ville*, le Roi lui confiait en outre le maniement des fonds destinés aux travaux des fortifications, dont Pemploi avait jusque-là été confié au receveur du grenier à sel du Havre.

C'est ainsi que se termine Phistoire de la ville Françoise sous la domination seigneuriale, époque ayant succédé à une autre domination qui n'était guère plus enviable, celle de M. du Ghillou car toutes les deux étaient dirigées par des sentiments de lucre peu propres au développement de la richesse publique.

A dater de 1 641 , il n'y aura plus qu'un seul maître pour le port et la ville, on ne pourra plus dire que le Havre est une dépendance du domaine public, tandis que la ville est un domaine privé*, les intérêts de l'un ne se heurteront plus avec ceux de l'autre. Au lieu de la division entre ces deux choses qui doivent être si étroitement liées, régnera l'union, c'est-à-dire la force pour tous les deux.

Ainsi se trouvait exaucé le vœu émis, dix ans auparavant, par plusieurs habitants du Havre, qui ne demandaient qu'à être affranchis de la juridiction du seigneur de Gra ville. RobertMahieu,

en effet, un des quatre élus au gouvernement de la ville, avait déclaré lors de Penquête de i532 (53):

« Il depposant et autres manans et habitants « de la dite ville de Grâce désirent et souhaitent « estre au Roy, luy suppliant très humblement « mectre le tout en sa main car ce leur sera plus i( grande seureté, prouffict et utilité à la chose a publique, et auront beaucoup meilleur voul- « loir d^augmenter et décorer la ville qu'ils n'ont « de présent, car sans cela tout ne vauldra rien et (( si n'y pourroit le dict sieur de Graville avoir (( aucun dommage. »

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