IL
Comme il appartenait excellemment aux successeurs des apôlres d'annoncer et d'expliquer l'Evangile aux peuples, cl que dans les premiers siècles les évéques vaquaient seuls à la prédication, l'a m bon, ou lieu éminent sur lequel se place l'orateur, a pris le nom de cAaire. C'est sur le mémo ambou qu'on lisait l'Eptlre et l'Evangile. Les anciens Pères lui donnent par honneur le nobi de tribunal. C'est ce qui a fait dire au poète Prudence, dans son Hymne de saint Hippolyle :
Froolc sub ailvcrsa %radil>us sublime tribunal Tollltur, anlistes prxdicat unde Deuiu.
« Au côté opposé à l'autel s'élève sur des « marches le sublime tribunal d'où le pon- « tife annonce la parole de Dieu. » L'ambon, à cause de cet usage auquel il fut employé, prit le nom de chaire. C'est là que, outre 1cm Leçons, l'Epitre, l'Evangile et les diptyques qui y étaient lus, se faisaient ordinairement les sermons. Ce que nous venons de dire est extrait du cardinal Bona (Rerum Lilurg. lib. 11, cap 6), el il n'est en cela que l'écho fidèle de l'antiquo tradition.
Nous ne voulons pas néanmoins rejeter lo fait de l'existence incontestable de plusieurs chaires exclusivement destinées à la prédication dans des temps reculés. 11 subsiste encore quelques meubles de cetto espèce, surtout en pierre et en bois, dout l'origine est très-antérieure au douzième siècle. Quelques anciens vitraux nous présentent ces chaires qui n'ont pu servir qu'à la prédication. Mais la chaire proprement dite était si peu considérée comme partie intégrante et essentielle du mobilier de l'église, que les liturgistes mystiques, en parlant du prône et de la prédication, ne se mettent pas en peine d'y attacher ces pensées de symbolisme qu'ils prodiguent à une foule d'autres objets. L'ambon, populairement nommé jubé ( voyez ce dernier mot). Tut généralement le suggestifs d'où l'évéque et lo prêtre annonçaient les vérités évangéliques. il est difficile de déterminer l'époque à laquelle la chaire, comme nous In comprenons aujourd'hui, devint un objet d'nrt el fut placée sur un des côté» do la nef. En ce qui regarde nos anciennes cathédrales de France, nous possédons des descriptions complètes de ce qui en faisait l'ameublement aux quatorzième, treizième el douzième siècles, el nous n'y voyons jamais qu'il soil fait mention de la chaire à prêcher proprement dite, fixée à un pilier latéral de la nef, construite en marbre ou en bois, surmontée d'un ciel ou baldaquin plus ou moins riche de sculpture. Lorsque la prédication ne fut plus bornée à des commentaires évangéliques dits homélies ou conversations familières, lorsque surtout les fidèles n'eurent plus leur place fixe et déterminée dans les nefs latérales et qu'ils affluèrent dans la «cf. on scnlil la nécessité d'y établir des arabons de prédication qui, comme les
ambons évangéliques, prirent le nom do chaires . Nous nous sommes un peu étendus sur cet objet parce que certains archéologues, irès-peu versés dans les matières liturgiques et étudiant les anciens monuments avec un esprit de système, sont allés jusqu'à prétendre qu'on n'avait jamais prêché sur ces amhons évangéliques. Quand les ambons eurent 6lé supprimés, il fallait bien, nécessairement, établir des tribunes de prédication dans la
riartie la plus commode de l'église. Telle est 'origine des chaires monumentales qu'on élève depuis quelques siècles.
Quelle est la place la plus convenable pour une chaire ? Si l'on se reporte à Tanrien usage de chanter l'Evangile en ayant la face tournée vers le nord, on jugera que, pour les églises dirigées de l'ouest à l'est, la véritable place de la chaire est du côlé de l'Epitrc. C'est en efiet là que la chaire est placée dans le plus grand nombre d'églises où l'on a su conserver les anciennes traditions. Néanmoins aucune règle liturgique n'en détermine rigoureusement la place. Sous le rapport do l'harmonie qui doit régner dans l'ornement et l'ameublement d une église, on conviendra que la chaire, appliquée à une paroi latérale, ne lui est guère Favorable ; c est un hors-d'œuvre qui ne peut trouver son analogue. C'est ce qui a fait créer, notamment à Paris, ces bancs d'oeuvre qui sont placés en face la chaire, et dont le plus grand nombre encombrent et déparent nos églises.
Ontre les chaires fixes, on voit assez ordinairement dans les grandes églises des chaires roulantes ou mobiles, pour les catéchismes et autres exercices accompagnés d'instructions ; nous reconnaissons à celles-ci une haute antiquité. Dans les grandes basiliques de Rome, il n'existe que des chaires de cette nature qui sont placées facultativement dans diverses parties du temple, et même dans les carrefours et places publiques. Nous terminerons en disant que le nom de chaire, cathedra, accuse très-manifestement son origine , qui n'est autre que l'ambon du haut duquel l'évoque instruisait le peuple.
La Liturgie romaine célèbre deux fêles sous le nom de chaire de saint Pierre : la première est une commémoration des années que cet apôtre passa à Antioche ; la seconde est destinée à honorer son pontificat à Rome. La fétc de la chaire de saint Pierre à Antioche est très-ancienne; il en est fait mention dans un Concile de Tours tenu en 567. Guillanmo Durand dit que Théophile, prince d'Anlioche,
liturgie catholique:.
saint Pierre avait guéri le fils, ayant fuit bâtir une église, y fit élever en même temps une haute chaire, sur laquelle on rxalta avec pompe le prince des apôtres. D'autres auteurs disent que saint Pierre changea en église la maison de Théophile , et qu il y plaça sa chaire pontificale. Une partic de ce vénérable monument est conservée à Rome dans l'église de saint Laurent in Da-
On prétend aussi posséder à saint Pierre de Venise la mémo chaire dont l'empe-
reur Michel, en 1310, aurait fait présent an doge Pierre Gradcnigo. Mais il est à peu prés démontré que cette chaire n'est pas celle o'Anlioche; quoi qu'il en soiL la fêle, qui n'était que du Rit double jusqu'au seizième siècle, fut élevée au rang de double-majeur par Clément VIII en 1592: elle se célèbre le 22 février. Guillaume Durand dit que celle feslivilé portait anciennement te nom de festum beali Pétri epularum, « ta féte de saint Pierre « des festins »On en attribue l'institution au désir bien louable de donner le change à une solennité païenne qui consistait a mettre, dans le mois de février, sur des tombeaux, certaines offrandes de vin, de mets et de toutes sortes de fruits, dans l'intime persuasion que les mânes des défunts s'en nourrissaient. Le Missel de Paris, publié par Charles de Vinlimille et les suivants, ne font plus mention de cette féte . qui se trouve encore dans les Missels de 1685 et de 1706, sous les archevêques François de Harlay et Antoine de Noaillcs.
». La féte de la chaire de saint Pierre à Rome est célébrée le dix-huit janvier; c'est en ce même jour que le Rit de Paris la solcnnisr, en confondant les deux en une seule. Anciennement on la solennisait le vingt-huit janvier : c'est le pape Paul IV qui la transféra au dix-huil du même mois, en 1558. La Bulle porte que celte fétc, qui depuis longtemps passait comme inaperçue , est instituée pour réfuter les hérétiques qui avaient osé nier que le prince des apôtres fût venu à Rome. Dans son Emérotoge de Rome, Piazza rapporte qu'anciennement celle solennité avait été tellement grande , qu'en ce jour plusieurs évoques accouraient à Rome pour la célébrer, cl que ce n'était pas seulement pour honorer l'arrivée de saint Pierre dans celte capitale, mais encore pour y faire acte de reconnaissance de la suprématie que Jésus-Christ accorda a cet apôtre. Eusèbe dit qu'en ce jour fut publié a Milan l'édil de Constantin pour la pacification de l'Eglise. Selon le témoignage de Guillaume Durand, ces deux fêles commémoralives de la chaire de saint Pierre à Antioche et à Rome étaient simultanément célébrées le 22 février.
On peut d'ailleurs s'en convaincre par ce que nous venons de dire au sujet de la Bulle de Paul IV. La Messe des deux fêtes, dans le Missel romain, est la même, à l'exception de la Mémoire de saint Prisque, qui a lieu en celle du 18 janvier. Ainsi , en mettant de côté les raisons qui ont pu déterminer l'Eglise de Paris à confondre en une seule les deux chaires de saint Pierre, il est certain que ce n'est point une nouveauté liturgique. Nous regrettons de ne pas avoir enlre les mains la Dissertation de Benoit XIV sur les deux fêles des chaires, qui était restée inédite jusqu'à l'an 1828, où elle a été publiée à Rome par monseigneur Foscolo, archevêque de Cor fou, puis patriarche de Jérusalem ( V. le Dizionario ai erudilione Storico-Ecclesiastica de M. Gaètano M or uni ). Durand se sert, pour désigner cette double féte, d'un mot qui n'existo plus dans la lan-
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çue liturgique, et qui est cependant d une ruhe précision : c'est celui d'incathedratio qui peut se rendre par celui d'intronisation, trop emphatique, ou par celui d'installation. qui ne dit pas assez.
C'est peut être ici le lieu de parler de cette chaise ou chaire stercoraire, qui a donné lieu à tant d'ignobles plaisanteries de la part des impies et des hérétiques. Anciennement le pape, nouvellement élu, était conduit en Procession à l'église patriarcale de Latran. Là tous les prélats étaient admis au baiser, ad oseulum. scion les expressions de Celsius ; puis on le ramenait au portique de telle basilique où il s'asseyait sur un siège de marbre. Pendant cc temps on chantait l'Antienne tirée du psaume CXII, Suscitât Deus de pulvere egenum et de slercore erigit pauperem, « Dieu relève l'indigent de la pous-
• siere, il tire du fumier, de vtercore, c'est « à dire de la bassesse, l'humble du siècle. » Celte leçon donnée au souverain pontife, au moment où l'orgueil pouvait entrer dans son âme, était bien éloquente; c'est à cause du cérémonia] que le nom de stercoraire était donné à ce siège, surtout quand on le relevait au moment où l'Antienne se terminait par ces mots: Et de stercore erigit pauperem.
Nous allons traduire ce qu'en dit D. Mabillon, dans son Muséum Italicum : « Le jour «du dimanche, qui était l'Octave de saint
• Jean-Baptiste, étant allés visiter la basili-
• que de Latran, nous vîmes, dans le cloître
• qui y est annexé, trois sièges confondus « avec des meubles de diverses espèces : il y « en avait un de marbre blanc qui était au-
• trefois placé dans le portique de la basili- « que, et sur lequel on faisait asseoir le nou- « veau pontife. Cc siège portait le nom de « stercoraire, et, en outre, deux autres « sièges de porphyre, qui autrefois étaient m colloques devant la chapelle de saint Syl-
- veslre, et qui étaient percés. Le Pontife ré- « comment consacré s'y asseyait comme sur m /epremier.»(L'aulcurracontcici le cérémonial que nous avons lait connaître ). « On
• peut conclure de cela que le nom de ster- « coraire ne tire pas son nom de In forme de
- ce siège, ear il n'étaii pas percé comme les «deux autres, mais bien du verset du « psaume qui était chanté pendant que le « Pontifie y était assis : Et de stercore erigit « pauperem. Ce siège est nommé sedes fœda, m non point par sa forme et moins encore par
• son usage, mais parle lieu où il était placé. « Cette chaise, disons-nous , est ainsi appe-
• lée,/cK/<i,dans lu li vre deuxième du eouron- « neraent de Boniface VIII. par Jacques, car- « dînai, quatrième tome de mai du Recueil « des bollandistes, où ce Rit des trois sièges
• est décrit en vers. Cette chaise , je le ré-
• pèle, est nommée fada, à cause du lieu où
• elle est placée, c'est-à-dire dans le portique
• extérieur de la basilique , comme on l'a
• TU Par ce qui précède. On n'est pas d'ac-
• «>™ SQr l'époque où le cérémonial des trois
• sièges a commencé ; nous n'en trouvons
CIIA ni
« aucune mention avant le douzième siècle, «époque à laquelle Censius en parle, un « siècle avant la naissance de la fable de la « pseudo-papesse Jeanne , c'est à dire avant « Martin de Pologne, qui le premier fabriqua « ce conte, comme on Ta vu plus haut. En- « fin , ce Rit qui avait été d'abord institué « pour inspirer au nouveau pontife un plus « grand sentiment d'humilité, devint telle- « ment méprisable, infamis , à cause de la « trop facile crédulité qu'on ajoutait à la fa- • ble de la pseudo-papesse, qu'à cause de « cet odieux mensonge, il fut abrogé. Nous « pensons que celte suppression eut lieu au « siècle précédent, après Léon X. Il est, du « reste, vraisemblable que ces sièges étaient a ainsi percés, parce qu'ayant été décou- « verts dans les anciens thermes des ro- « mains, on jugea, à cause du prix delà « matière, et non par égard pour la forme, '< qu'on pouvait les employer pour y faire as- « seoir le nouveau pontife. >(F. l'article pape, § IH. )
Nous n'avons rien à ajouter à un renseignement aussi précis. Aujourd'hui surtout qu'on étudie sérieusement l'histoire, il est incontestablement démontré que tout ce qui a été dit sur le but qu'on se proposait, en faisant asseoir le nouveau pape sur la chairo stercoraire, pour un autre motif que celui dont nous avons parlé, n'est qu'une imposture tout à la fois impudente et ridicule.
VARIÉTÉS
La chaire épiscopale, cathedra, a donné son nom à l'Kglise-mère d'un diocèse, parce que l'évéque y siège; de là le litre d'église cathédrale. Depuis que les archéologues laïques se sont livrés à l'étude des monuments religieux, il n'est pas rare de leur entendre qualifier du titre de cathédrale toute église qui est d'une architecture imposante et remarquable. Or, c'est un abus de termes : Ainsi les Eglises de Sainl-Dcnys, près Paris; de Brou , près Bourg ; de Vendôme, de Sémur. d'Aire sur la Lys, de Saint-Quentin, etc. , n'ont jamais élé cathédrales.
Le nom de chaire se prend aussi dans le sens d'enseignement ecclésiastique et même profane, car on dit aussi bien chaire de philosophie, de droit, de médecine, que chaire de théologie. Néanmoins, cc nom seul, par son origine, prouve ce qui ne saurait être contesté, qu'a l'Eglise il a toujours appartenu, dans les siècles précédents, de donner l'enseignement de toutes les sciences , qui . sans efie seraient encore au berceau.
Le saint empereur Henri fit don a l'église d'Aix-la-Chapelle d'un ambon magnifique, revêtu de lames d'or et placé à l'entrée du chœur ; il était réservé, selon les pieuses intentions du monarque, pour y chanter l'Evangile ; on lui a toujours donné le nom de chaire. Mais c'est aussi du haut de cettu chaire que l'Evangile était expliqué au peuple, comme cela so pratiquait dans ces lemps reculés. Ainsi, notre chaire à prêcher n'est qu'une dégénéralion de l'ancienne
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châtre, connue sous les noms d'ombo, suggcstus, pulpttum, analogium, et populairement jubé. Durand de Mende nous donne, pour la prédication, la raison pour laquelle ce lieu ominent avait reçu le dernier nom: Pradiraturus liemliam petit ( prœdicandi ) dicens : Jube, domne. clc. : « Le prédicateur demande « la permission de parler, en disant, Jube. etc.» CVst donc à très-grand tort que certains archéologues s'obstinent à refuser à l'ambon évangéliquc la destination accessoire de chaire à prêcher.
Les chrétiens primitifs conservèrent avec respect la chaire sur laquelle avait siégé le princo des apôtres : elle était gardée au cimetière du Vatican près du corps de saint Pierre, et les papes, ses successeurs, s'y plaçaient en prenant possession du souverain pontificat. Celte coutume fut observée jusqu'à l'avénemcnt de Clément Y, en 1305. On sait que ce pape et plusieurs de ses successeurs tinrent leur siège à Avignon ; la cérémonie de l'intronisation dans la chaire de saint Pierre ne put donc avoir lieu. En 13T7, Grégoire XI ayant rétabli la résidence pontificale à Rome, les papes n'osèrent plus s'asseoir sur ce vénérable siège, qui était présenté comme une relique au respect des peuples , à travers les chancels du chœur. Alexandre VU résolut de faire enfermer ce précieux monument dans un magnifique siège de métal doré, soutenu par quatre statues colossales, représentant tes Pères grecs et latins, saint Jean Chrysostomc , saint Athanase, saint Ambroisc et saint Augustin. C'est ce qu'on appelle la tribune pontificale, qui s'élève au fond de l'abside de la basilique de Saint-Pierre au Vatican. Ainsi le pape est réellement assis sur la chaire de saint Pierre: celle-ci qui est, comme nous l'avons dit, renfermée dans le siège actuel de bronze, est en bois enrichi de plusieurs reliefs et de figurines d'ivoire parfaitement sculptées. Ou croit, avec raison, que ce fut dans le principe une chaise curule qui aurait appartenu à quelque sénateur, lequel en aurait fait présent au prince des apôtres. On estime que c'est un ouvrage du siècle d'Auguste. Plusieurs écrivains se sont exercés sur l'époque à laquelle ce travail pouvait appartenir, et tous s'accordent à le faire remonter aux premiers temps de l'empire romain.
Sur la chaire pontificale qui avait été ériée par Alexandre 111, et dont nous parlons
« le vicaire de Jésus-Christ; c'est le symbole « de sa juridiction , le siège de l'Eglise Ro- « maine.Le pape seul peut s y asseoir,ct parce « qu'il y est élevé, les autres sont placés au « rang inférieur. »