CLO
Leçon précédemment chantée par le sousdiacrc. Le Psaume 99 est entonné , et pendant qu'on le chante, le célébrant Tait une onction avec l'huile du saint C brème au milieu des bras de la croix. Les quatre premières étaient faites avec l'huile des catéchumènes } celle-ci, comme on a dû le remarquer, est remplacée, selon le Rit romain, pari huile des infirmes.
Le Psaume 150 est entonné; pendant ce temps, l'encensoir fumant est placé sous la cloche, et il y reste jusqu'à la fin. Le célébrant chante après le Psaume et son Antienne une dernière Oraison. La cérémonie se termine par le chant de l'Evangile tiré de saint Matthieu. « Jésus dit à ses disciples : Je vous le dis encore, si deux d'entre vous se réunissent sur la terre pour demander quelqucchose que ce soit, mon Père qui est dans les cieux les exaucera , car partout où deux ou trois personnes s'assembleront en mon nom, je serai au milieu d'elles. »
Le célébrant fait un dernier signe de croix sur la cloche, et la cérémonie est terminée.
Nous devons nous contenter de citer ici ces deux formules de Bénédiction des cloches. Toutes celles qui sont en usage dans plusieurs diocèses, se rapprochent plus ou moins de ces deux Rites. Leur diversité seule est une preuve de la merveilleuse fécondité de l'Eglise dans le choix des Psaumes et des Oraisons pour un même objet, et toutes rentrent dans son véritable esprit. Ainsi donc, variété dans les moyens , unité dans le motif.
Ce n'est pas seulement pour rappeler les fidèles à l'Eglise que les cloche» sont sonnées. Cette sonnrrie a lieu lors même que les fidèles y sont assemblés. Selon l'usage des diocèses ou des paroisses, on sonne pendant les Processions, le Gloria in excelsis , la Prose, le Sanctus, l'Elévation ou la Bénédiction du saint Sacrement. Yves de Chartres dit que, dans ces circonstances , surtout à l'Elévation, c'est pour avertir les fidèles absents de s'unir d'intention avec ceux qui sont assemblés dans le saint temple.
On sonne pareillement les cloche» , aux Baptêmes, aux Mariages, avant de porter les derniers sacrements aux malades , et surtout pour les défunts. Anciennement on nommait clattievm la sonnerie de toutes les cloche». De là s'est formé le nom de clos ou glas qui est encore usité en parlant des cloches sonnées pour annoncer la mort ou les funérailles. On joue quelquefois des airs de musique, ou Ton exécute des chants d'hymne sur les cloches, et c'est ce qu'on nomme carillon. Dans les Eglises riches en cloche», on varie les sonneries selon le dogré des fêles. Ce Rit ne s'est établi que ▼ers le dixième siècle, époque à laquelle, au lieu d'une seule cloche par Eglise, on rivalisa de zèle pour en posséder un plus grand nombre. On croit que c'est au Mans
Îu'on vit, en France, le premier exemple e la multiplicité des cloches. Saint Aldric ou Aldéric, évéque de cette Eglise , en ût
CLO f $11
fondre douze dont il fit préSent à sa cathédrale. Les moines , à leur tour , voulurent posséder plusieurs cloches. On £t dés constitutions qui le leur défendirent ; tuais bientôt on les viola, et les grandes abbayes curent quelquefois un plus grand nombre do cloche» que les cathédrales elles-mêmes. Il est vrai que les églises conventuelles s'élant ouvertes aux fidèles, ceux-ci y affluaient avec • empressement, et dans le moyen âge le terme de moûtier , munasterium , était synonyme de celui d'église.
Le peuple, dans les campagnes , se livro à beaucoup de superstitions au sujet des cloches. On comprendra que nous no pouvons ici les rapporter. On lui a cependant reproché mal à propos de croire que le son des cloche» peut éloigner les nuages chargés de grêle. On a vu que dans une prière que le célébrant récite, selon le Rit romain, à la Bénédiction des cloche», on y supplie le Seigneur de détourner, par leur moyen, les ora* ges et les foudres: procul recédât.... pcrculsio fulminum, tœsio lonitruorum, calamitas tempestatum, omnisque spiritus procellarwn. L'Ordre de la Bénédiction des cloches dans lo Rituel de Paris, de 1697, contient une Oraison analogue à celle du Rit romain. On y demande a Dieu d'éloigner par leur son la calamité des tempête», l etprit des orages, etc. On pèche trop souvent par excès de confiance dans ces occasions, mais le fondement de cette confiance est catholique. Les pasteurs doivent donc instruire leurs paroissiens sur cet article , et arrêter l'invasion des idées superstitieuses qui corrompent souvent les pratiques les jjïlua louables.
Avant l'invention ou l'emploi des cloche» dans le Service divin, il n'y avait nécessairement aucune tour ou clocher faisant partie d'un édiGcc religieux. Longtemps après leur introduction, et lorsqu'il n y avait qu'une cloche de médiocre grosseur pour chaque église, on se contentait d'établir sur le faite , au-dessus du chœur, une sorte de cage en charpente où cette cloche était placée. On perfectionna ces campaniles , et la plupart s'élevaient en flèches sveltes surmontées de la croix et du coq. Celui-ci était le symbole de la prédication, et selon d'autres liturgistes, l'emblème de la vigilance pastorale. Mais lorsqu'enfln plusieurs e/oches furent admises dans une seule église, on s'occupa de la construction des tours qui devaient les contenir. Cette Innovation donna l'élan à d'autres formes architecturales pour les églises. On en combina les proportions , le style , l'élégance , la hauteur avec l'ensemble de l'édifice. Qui pourrait dire la prodigieuse variété de ces constructions, tantôt imposantes par leur majestueuse perspective, tantôt admirables par leurs fine-, aiguilles. Ici, Notre-Dame de Paris, * de Hcims, là, Notre-Dame de Strasbourg» de Chartres. Que de merveilles archilcetoniques n'a pas enfantées ce besoin de placer convenablement les cloches? Qui aurait dit, dans le principe, que ce métal disposé pour ren-
LlTi:;.GIE CATHOLIQUE.
dre un son afin de convoquer les fidèles dans le temple du Seigneur, était, pour ainsi dire, le germe de ces créations que les illustres architectes de Rome et d'Athènes n'avaient pu soupçonner? Mais nous n'avons pas le dessciu de traiter ici la partie artistique de ces tours ou clochers. Nous ne pouvons cependant nous empêcher d applaudir, «mi finissant, a la belle pensée de l'auteur du dénie du christianisme, qui nous représente le sile d'ailleurs le plus gracieux qu'on puisse imaginer, comme nu. froid, inanimé, si le clocher rustique ne s'y élance vers les deux. Qu'on place, au contraire, dans le pays le plus âpre et le plus sauvage , un modeste clocher , tout y présente les idées les plus consolantes. Nous ajouterons que l'église la plus somptueuse par son architecture, si elle ne possède son clocher ou du moins un simple campanile surmonté du signe du salut, ressemble à tout ce que l'on voudra, excepté à la maison du Seigneur...
On a dit et imprimé que les cathédrales seules ont le droit de posséder deux tours égales en hauteur, tandis qu'aux paroissiales il n'appartient que d'en avoir une seule. Sans sortir de France, nous voyons que si c'est une règle , elle n'est guère* observée. La grande majorité des cathédrales n'y possède qu'un clo.hcr ; les métropoles ellesmêmes, à l'exception de quelques-unes, ne sont pas mieux privilégiées que les simples cathédrales. Une raison, toutefois bien simple, expliquerait pourquoi les églises épiscopales possèdent deux tours , tandis que les églises paroissiales, très-ordinairement n'en ont qu'une. C'est que les premières ont toujours été beaucoup plus riches que les secondes, et par conséquent ont pu acquérir un plus grand nombre de cloches que celles-ci. Mais lorsqu'une paroisse a pu trouver autant de ressources qu'une cathédrale, elle ne s'est point fait faute d'élever devant son église les deux tours dont on voudrait restreindre le privilège à la première. Plusieurs églises abbatiales avaient autrefois deux et même quatre ou cinq de ces tours.
VARIÉTÉS
Une des plus anciennes Bénédictions solennelles de cloches est celle qui fut faite par le pape Jean XIII, mort en 972. Celle cloche à laquelle ce pontife donna son nom, fut bénite pour l'église patriarchale de Saint- Jeande-Latran,à Rome.
Nous lisons dans l'histoire des guerres d'Italie, au moyen âge, que l'on portail dans les camps et sur le champ même de bataille une cloche qui était suspendue sur un chariot en forme de campanile. Ce chariot, nommé carrocium, carrosse, était l'objet d'une grande vigilance ; un corps de troupes l'environnait , et l'on regardait comme la plus grande des calamités et comme un insigne déshonneur de s'en laisser déposséder par l'ennemi. Le campanile portatif était cint de couleur rouge et traîné par des œufs caparaçonnés de riches étoffes -le
même couleur : quelques peuples y arboraient leurs enseignes. Les Florentins, entre autres, avaient un de ces carrosses-clocliers , sur lequel se déployaient leurs drapeaux blancs cl rouges. La fameuse cloche Martinella servait de tambour pour la marche des troupes et le signal du combat. Mais ces cloches portatives avaient aussi une destination religieuse : elles servaient pour donner le signal de la prière commune et de la Messe militaire. Il y avait même de ces chars-campaniles qui étaient disposés en forme de chapelles pour y célébrer les saints Mystères ; on les ornaii quelquefois de vases cl des objets les plus précieux.
L'auteur du Dizionario di erudizione ttorico-ecclesiastica donne plusieurs détails fort intéressants sur les cloches les plus célèbres du monde. Nous traduisons le passage suivant : « La plus grosse des cloches, et la vé- « rilable reine de toutes celles que l'on conte naît, est celle que les Russes nomment « {'empereur des bourdons. Si l'on doit ajou- « 1er foi aux historiens, c'esl la cloche du « couvent de la Trinité, près Moscou. Elle fut « fondue, par ordre de l'impératrice Elisa- ■ belb, en 1746. 11 y est entre trois cent qua- « rante mille livres de métal : elle a dix-huit « pouces d'épaisseur, treize pieds neuf pou- « ces de diamètre, et quarante et un pieds « trois pouces de circonférence. Ce bourdon « a un battant qui pèse autant qu'une grosse « cloche : il a quatorze pieds de longueur, « cl six dans sa plus forte grosseur. On pou- « rail former de cet énorme bourdon trentec six grosses cloches. Il est maintenant dans « une cavité près de Vivan-veliki ou grand « ivan, qui est une grosse tour ou campait nile attenant à la cathédrale de la ville. »
La basilique de Saint-Pierre du Vatican
fiossède un bourdon que Pie VI fit refondre: I pèse vingt-huit milliers; il est accompagné de cinq autres cloches (rès-harmonicu«cs. Le poids total de ces six cloches est de soixante et onze mille sept cent vingt-deux livres.
La France possède plusieurs cloches d'une grosseur considérable. Le Bourdon de Notre- Dame de Paris pèse Irenlc-deux milliers. Lea cathédrales de Reims, de Rouen et plusieurs autres églises sont riches en cloches d'une assez remarquable dimension ; mais le vandalisme révolutionnaire de 179V en a détruit plusieurs qui n'ont point été remplacées. 11 existe encore dans la cathédrale de M-mde le battant d'un bourdon qui devait être d'une très-forte grosseur, car ce battant a six pieds de haut. Le fanatisme protestant de la fin du seizième siècle brisa celte cloche pour en faire des canons.
Outre les nom de campana, nolnna. clocta. usités chez les auteurs pour désigner les cloches, nous trouvons encore ceux de as, airain, crotalum, espèce de cymbale d'airain chez les anciens Egyptiens, condont ancien vase de cuivre, petasus, chapeau, à cause de la forme de la cloche, lebes. vase de cuivre ou chaudron, signum, signe, signal,
in ci.o
touilla, ognon marin, à cause de sa forme, et c est ainsi que dans plusieurs provinces du Midi on désigne les petites cloches.
Saint Charles Borromée (il un règlement sur le nombre des cloches des diverses églises de son diocèse: la cathédrale devait en avoir sept ou du moins cinq, les collégiales trois, les paroisses deux, et les oratoires une.
On trouve dans quelques auteurs ces vers qui expriment la destination des cloches :
Fuiiera niante, fulmina frango, sabliala pango, Excilo tenu*., Uissipo voulus, ] ao> cnientos.
Ccdislique mérite, à notre a\is, son insertion :
Gvnvoro, «Igno, noio, cwnpello, co:ioino, i»loro Arui , dies, bons, fulgura, Tusla, rogos.
D.ins les pays orientaux qui sont sous la domiualion des infidèles , les chrétiens sont appelés au service divin par le moyen do certaines pièces de bois que l'on frappe, à coups redoublés , Tune contre l'autre. On y fait usage, dans le même but , de plaques de fer sur lesquelles on frappe avec un marteau. Cet instrument sé* nomme Hagiosidère ou fer sacré. Néanmoins , les Arméniens usent de cloches comme l'Eglise latine ; c!lcs y sont bénites, mais sans aucun appareil , à peu près connue on bénit chez nous une médaille ou tout autre objet de dévotion.
Deux vers anciens expriment parfaitement la destination des cloches :
Latuk) Dcuin venun, plebem vocf>, congreflo clerum, Dcfuucto» |>)oro, pe&icm fugo, fcsla ilcooro.
« Je préconise le vrai Dieu , je convoque le peuple , je réunis le clergé, je pleure les défunts, j'éloigne la contagion, j'embellis les solennités.
D'après une Bulle de Célestin 111, Ic3 oratoires cl les chapelles domestiques ne doivent point avoir de cloches. Celle défense est encore aujourd'hui dans toute sa vigueur.
Les cloche» étant consacrées par les Bénédictions de l'Eglise , sont sous 1 autorité pastorale. Les magistrats civils n'ont pas le droit de les faire sonner pour des convocations d'assemblées , des fêtes profanes , etc., les curés eux-mêmes ne peuvent les employer à ces usages. Il est cependant des cas où l'autorité ecclésiastique doit montrer de la condescendance à cet égard , quand il s'a-
S il de sonner le tocsin pour des incendies , es inondations, etc. Lorsque le son des cloches peut contribuer à procurer des secours dans une calamité publique, on ne détourne point celles-ci du premier but de leur institution, qui est la charité pour Dieu et le prochain.
Le chapitre IV, du liv. I, du Rational des divins Offices, par Guillaume Durand , évéque de Mcndc, au treizième siècle, renferme beaucoup de considérations mystiques et inorales sur les cloches. Nous nous contenterons d'en citer quelques unes. Selon lui, la cloche est le symbole du prédicateur: sa dureté figure l'inflexibilité et le courage du ministre qui est chargé d'annoncer l'Evangile. Le battant, qui frappe des deux côtes,