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COMMÉMORATION

On lui donne indistinctement ce nom, on ccl«i de commémoration ou bien même celui

COM m

de mémoire. C'est ce dernier qui est l'origine des deux autres. Ce terme si éminemment liturgique a plusieurs significations. Dans la sens le plus large, la commémorai ion constitue la plus grande partie du culte publie. Les fêles de Nolre-bcigncur, de la sainte Vierge et des saints, les suffrages pour les vivants et tes morts, soit à la Messe soit à l'Office, nos temples mêmes sont des commémorations. On sait qu'à l'égard de coux-ci les premiers oratoires des chrétiens portaient le nom générique de memoriœ, mémoires. Nous devons donc parler ici 1* des commémorations des saints, 2* de celles des vivants, 3* de celles des morts. C'est principalement sous ce triple rapport que l'Eglise emploie le nom de commémoration.

Il est constant que dès les premiers siècles de l'Eglise on fil Mémoire des Martyrs. Nous venons dédire que les oratoires érigés sur leurs tombeaux sous les noms de Murtyria. Aposlolea elc. s'appelaient memoriœ. C était bien déjà un témoignage authentique de l'honneur qu'on rendait à la mémoire des saints confesseurs de la foi de Jésus-Christ. Mais c'était surtout au Canon de la Messe que le nom de ces illustres athlètes recevait un hommage commémoralif dans la prière Communicantes qui se récite après le Mémento des vivants. C'est là que se trouve exprimé le dogme catholique de la communion des saints. On ne se contente pas d'y vénérer leur souvenir , memoriam tenerantes, mais encore on y prie le Seigneur de nous accorder sa protection par leurs mérites et leurs prières. La mémoire de la Sainte Vierge y esl honorée et invoquée la première, parcequ'ellc esl la reine des saints. Les douze Apôtrrs, suivis de douze autres martyrs, y sont nominativement désignés. Mais comme il n'était point possible d'y insérer l'immense nuée de témoins qui déjà au commencement du troisième siècle avaient souffert pour Jésus- Christ, on se contenta de désigner les autres d'une manière générale, et omnium sanctorum. Il y a eu cependant variation dans ce nombre : car à mesure que le catalogue des saints s'accroissait on plaçait leur nom dans le Canon (Voyez canonisation), li fut bientôt facile de juger qu'il n'y aurait pas possibilité de faire de chacun une mention corn— inémorulive, cl l'on se borna à ceux qui se trouvent dans le Communicantes actuel. Une seconde commémoration des saints a lieu dans le Canon. C'est celle qui se trouve au Nobis quoque peccalnribxts. « Ou y nomme, « dit Lebrun, plusieurs saints martyrs des a différents étals qui sont dans l'Eglise, et « qui ont été particulièrement honorés à Rome » Nous y voyons donc , pour l'Ordre des prophètes, saint Jean - Baptiste , cum Joanne. el il est certain qu'il ne s'agit point ici de l'Evangéliste, puisqu'il a été déjà nommé dans le Communicantes. D'ailleurs eo saint Précurseur se trouve pareillement désigné, après la Consécration, dans les Liturgies Orientales. Dans l'ordre des diacres* saint Etienne; dans l'ordre des apôtres saint

Matthias ; dans celui des disciples, saint Karnabé; dans l'Ordre des évéques, saint Ignace; dans l'ordre des papes, saint Alexandre; dans celui des prêtres, saint Marcelliu; dans celui des exorcistes, saint Pierre; dans celui des personnes mariées, les saiulcs Perpétue et Félicité; dans l'ordre des vierges, sainte Agathe, sainte Lucc, sainte Agnès, sainte Cécile, et sainte Anastasie. 11 est digne de remarque que aucun des saints des deux commémorations n'est pris ailleurs que parmi les martyrs, si l'on en excepte la sainte Vierge, qui Tut pourtant la mère des douleurs cl qu'on pourrait appeler -martyre d'abord on ce sens, et puis parce qu'elle a été témoin du grand sacriîicc du Calvaire. On a vu cependant les noms de saint Martin, saiul llilaire et autres figurer dans celte commémoration. Le Sacrainentairc gallicau les place dans le Communicantes avec ceux des saints Ambroise, Augustin, Grégoire, Jérôme et Benoit. Aujourd'hui et depuis plusieurs siècles on n'y place que les martyrs dont nous avons parlé. Leur genre de mort, en effet, se rapproche plus intimement de celle de l'auguste victime qui s'immole dans le saint Sacrifice après avoir répandu son sang sur l'autel de la croix.

Nous ne pouvons point ici parler, au sujet de la Commémoration des saints, des fêtes qui leur sont consacrées, de leur reliques qu'on honore etc., nous en traitons dans des articles particuliers.

En Liturgie, on appelle commémoration ou Mémoire, la Collecte, Secrète et Poslcommunion d'une Messe qu'on ne dit pas, mais qui sont récitées conjointement avec les Oraisons de la Messe qui est célébrée. Le plus ordinairement celte Mémoire est la commémoration A' un ou de plusieurs saints. Les (lubriques insérées en tête des Missels règlent tout ce qui concerne ces Mémoires. Nous ne pourrions d'ailleurs faire connaître aucune règle invariable et positive puisqu'elles clian-

Cnl selon les diocèses et les circonstances. Mémoire se fait à Laudes et à Vêpres par une Antienne, un Verset et une Oraison. Ces commémorations n'ont pu être connues dans les cinq ou six premiers siècles. 11 ne pouvait y avoir la concurrence de fêtes qui se trouve aujourd'hui dans l'Eglise, développée en son culte et voyant tous les jours s'accroître, dans son sein, le nombre de ses enfants jugés dignes de recevoir le tribut de noire vénération. (Voyez férib.)

L'Eglise a toujours élé dans l'usage de

{trier pour les fidèles vivants et surtout de eur appliquer les mérites du sacrifice de la Messe, mais d'une manière plus spéciale à ceux pour lesquels il était nominativement offert. C'est ce qui résulte de la prière du Canon : Mémento, récitée avant la Consécration. C'est ici une véritable commémoration pour les vivants. Dans les premiers siècles ceux qui faisaient offrir le saint Sacrifice, c'est-à-dire qui, à l'Offrande, avaient présenté leurs dons afin que le fruit leur en fût appliqué, étaient recommandés par leur nom

LITURGIE CATHOLIQUE. ->8g au célébrant à haute voix. Le diacre rem-

plissait celte charge. Cet usage ne put longtemps se maintenir. Déjà, du temps de saint Jérôme, il y avait des chrétiens qui pousses

fiar le désir vanileux d'entendre proclamer dur nom, au milieu des solennités, faisaient des dons a l'Eglise. C'csl pour empêcher cet abus qu'on supprima celle coutume, selon le témoignage du saint docteur. 11 en est resté seulement les deux N. N. nomina, et le prêtre dirige, en cet endroit, son intention en faveur des personnes pour lesquelles il doit ou il veut prier.

Cette commémoration des vivants contient une formule qui a élé diversement expliquée : « Sou veuez- vous, Seigneur, de vos servi- * leurs... pour lesquels nous vous offrons « OU qui vous offrent, » — Pro quibus tibi offerimus velçui tibi offerunt. Lebrun pense que du temps où le peuple faisait l'Offrande le célébrant ne disait que les dernières paroles, qui tibi offerunt. Lorsque par suite des fondations qui lurent faites le clergé offrit lui même le pain elle vin destinés à être consacrés, au lieu de celle seconde formule, on employa la première: Qui tibi offerimus. Mais comme il se trouvait eucorc des fidèles qui offraient eux-mêmes et qu'eu ce cas le prêtre devait employer les paroles : qui tibi offerunt, les Missels durent présenter les deux formules, ad libitum, et la particule vtL, ot, iutercalée entre les deux formules, indiquait l'alternative. C'est pourquoi un assez grand nombre de Missels présentent cette particule en caractères rouges, parce qu'elle n'y est point censée faire partie du texte. Depuis plusieurs siècles la particule vel est récitée par le célébrant, cl cela nous semble très-couvenable, parce queen effet, si la Messe est dite particulièrement à l'intention de la personne qui offre, c'esl-à-dire qui a donné en argent la rétribution ordinaire, le célébrant, de son côté, offre aussi comme ministre du Sacrifice, au nom des fidèles dont il est le représentant et pour lesquels il préseule les dons el oblalions. Benoit XIV, dans son traité du sacrifice, improuve les Missels qui présentent la parliculc vel, comme Rubrique, el il soutient qu'elle doit être dans le texte même de la commémoration pour les vivants. Celle-ci existe, sous plusieurs formes, dans toutes les Liturgies depuis les Apôtres jusqu'à nous, el il ne faut pas la confondre avec les prières nue l'Eglise fait dans la première Oraison du Canon. Celle dernière est générale, l'autre est, pour ainsi parler , individuelle.

Une troisième commémoration spéciale a lieu à la Messe; elle se fait après la Consécration et avant l'Oraison dominicale : c'est celle des défunts. Depuis les premiers siècles» comme nous te prouve la Lit urgic des Apôtres, on a toujours prié pour les morts ; la belle prière qui y est récitée avanl la Communion, après avoir fait mémoire du clergé, des rois, cl avoir honoré celle des martyrs, renferme ces paroles : « Prions pour ceux qui som t morts dans la foi Les plus

Liturgies d'Orient et d'Occident consacrent une partie de la Messe à celle pieuse commémoration. Ce n'est point ici le lieu d'en citer toutes les formules; il nous suffira de relracer la commémorai ion qui se trouve dans la Liturgie de saint Jacques, ou de Jérusalem, à rause de sa ressemblance avec la nôtre, et en outre ayant lieu après la Consécration et avant l'Oraison dominicale : « Seigneur, notre «(Dieu, souvenez-vous de toutes les âmes n dont nous avons fait mémoire {voyez Dip- « tyqdes) cl donl nous n'eu avons point fait, c de tous ceux qui sont morts dans la vraie « foi depuis le juste Abel jusqu'à ce jour : < faites-les reposer dans la région des vivants, c dans votre royaume, dans les délices du ■ Paradis, dans le sein d'Abraham, d'Isaac et

• de Jacob, nos sainls Pères, etc., etc. »

La commémoration de notre Liturgie Romaine commence par les mots : Mémento etiam. Domine, famulorum famularumque fuarum NN {nomma) : « Souvenez-vous aussi,

• Seigneur, de vos serviteurs et servantes...» Le mot eliam. aussi, suppose une commémoration précédente et immédiate. Dans quelques Missels manuscrits fort anciens on lit, entre la prière Supplices te rogamus et le Mémento des morts, une formule de commémoration pour le prélre lui-même : on peut la lire en entier dans le premier volume de Lebrun, page 413. En ce cas la conjonclion etiam est très-rationnelle. Depuis plusieurs siècles celte mémoire spéciale pour le célébrant n'ayant pas lieu, la conjonction n'en sera pas moins convenable, puisqu'elle annonce après la commémoration des vivauls, qui se fait antérieurement a la Consécration, celle des défunts, qui a lieu après celte importante partie du Sacrifice. Les noms des défunts pour lesquels le prélre devait prier lui étaient indiqués par le diacre, comme dans la première ; ces noms élaienl inscrits sur Its dypliques, dont nous parlons dans un article spécial.

Il ne faut pas confondre celte commémoration, qui est un véritable suffrage pour les morts, avec les commémorations donl parlent les anciens Pères, et qui avaient lieu pour honorer la mémoire des martyrs. Si les expressions sont les mêmes, le but en est essentiellement différent. Le cardinal Bona entre à ce sujet dans une explication fort importante ; il cite surtout la Secrèle de la Messe en l'honneur de saint Léon, laquelle est ainsi conçue : Annue nobis, Domine, ut anima famuli tui Leonis kœc prosit oblalio, « Faites, « Seigneur, que celle oblalion serve pour « l'âme du votre serviteur Léon. » Le pape Innocent III interprèle ces paroles en ce sens que le saint Sacrifice tourne à l'honneur et à la gloire du saint dont on fait Mémoire. On avait d'autant moins à craindre l'ambiguïté des paroles, que l'hérésie qui a nié le purgatoire était encore entièrement inconnue, et non pas même présumable. Si ce n'est point une malice iufernale qui a fait renier ce dogme, c'est du moins une profonde ignorance de l'antique Liturgie. On ne peut disconvenir que la Liturgie de saint Jacques,

donl nous avons cité la commémoration pour les morts, ne remonte au berceau de l'Eglise, à Jérusalem; quand même on prouverait qu'elle n'a été écrite qu'au quatrième siècle, ce qui n'est pas facile, on rencontrerait encore plus de difficulté à démontrer que celte commémoration y a élé inlercalée, en ce mémo siècle, contrairement à la profession de foi reçue. Or, s'il est invinciblement prouvé qu'on a toujours fait, depuis les apôtres jusqu'à nous, une commémoration pour les morts dans la célébration de l'Office public, il restera incontestable qu'on a toujours cru à un purgatoire, dont on a toujours conjuré le Seigneur de vouloir bien délivrer les âmes

Îiour lesquelles on demandait le repos dans a région des vivants, clc. On nous pardonnera cette digression dans le domaine de la controverse théologiquc, mais nous considérons comme péremptoire l'argument que nous en lirons ; il n'y en a pas de plus solide et de plus inattaquable que celui des dates : rien n'est inflexible comme elles.

Pendant les dix premiers siècles, il n'y eut pour les défunts d autre commémoration que celle dont nous venons de parler, soit par le Mémento etiam. soit par les Collecte, Secrète et Postcommunion des Messes célébrées dans celte intention, etc. L'initiative d'une commémoration générale était réservée à la France, et bientôt celte solennité funèbre, adoptée par la Mère de toutes les Eglises, devait être célébrée dans tout l'Occident. Saint Odilon, abbé du fameux monastère de Cluny, en Bourgogne, ordonna, en 998, que le lendemain de la féle de tous les Saints on célébrât, dans toutes les maisons de son Ordre, une Messe solennelle pour les défunts qui en auraient élé membres. Le texte de son décret porte que : « Comme l'on fait la fête « de tous les Saints au 1" novembre, selon « la règle de l'Eglise universelle, il faut aussi, « au jour suivant, célébrer la mémoire de « (ous ceux qui reposent en Jésus-Christ, par « des Psaumes, des aumônes, et surtout par « le sacrifice de la Messe. » Il ne fut, il est vrai, institué que pour les monastères qui étaient placés sous la direction de cet illustre abbé; mais en rcu de temps l'usage s'en répandit cl les papes l'approuvèrent. La commémoration des morts, au lendemain de la Toussaint, fut d'abord chômée comme le Dimanche, puis elle fut réduite à une demifête, qui se terminait à midi, et c'est pourquoi il n'y a point de secondes Vêpres à cet Office. Aujourd'hui les oeuvres servilcs n'y sont point prohibées, et la Messe même n'y est pas de précepte. A Paris, la commémoration des morts ne fut ordonnée comme de précepte qu'en 1557, par l'évéqueEustachedu Bellay. Eu 1666, une ordonnance de l'archevêque Hardouin de Pérefixe la supprima. François de Harlay, sou successeur, en fit une demifête, dix ans après son entière suppression. Le seul Ordre de Cluny avait conservé la fêle entière, qui avait par conséquent de secondes Vêpres. Lorsque le lendemain de la Toussaint est un dimanche, l'Office des Morts

commence après les Vêpres de ce dimanche, et se termine le lendemain lundi, à l'ordinaire. C'est le pape Urbain VI qui établit cet ordre d;ms le quatonième siècle. La commémoration des morts est de rigueur quant à l'Office, cA elle exclut toute autre solennité; du reste, cel Office est très-antérieur au dixième siècle. Avant cette époque, on faisait les Vigiles des morts avant de procéder aux funérailles, ainsi qu'au neuvième . trentième, quarantième jour après le décès, aux semi-anniversaires et anniversaires, ou à des époques même plus rapprochées, selon la coutume des lieux et la pieté des fidèles. Cet Office commémoralif tenait, selon saint Augustin, le second rang dans l'Eglise après les temps apostoliques. Dans quelques Rites particuliers, l'Office des Morts, pour le second jour de novembre, diffère de celui qui est chanté ou récité dans toute autre circon- 8lance, mais cette différence existe seulement dans le choix des Leçons.

VAMÉTÉS.

Toutes les Liturgies font commémoration des Saints à ta Messe; celle de Milan énumère, outre les noms du Communicantes romain, un grand nombre d'autres saints, tels que Uippolyte, Vincent, Apollinaire, Vital, Nazairc, Cclsc, Protais et Gcrvais, Victor, Nabor, Félix, Kalimer. A celui-ci se terminent les noms de la commémoration milanaise, depuis saint Charles Borromée. Les Missels imprimés avant lui portaient ceux de Materne, Eustorge, Denys, Ambroisc, Simplit ien, Marlin, Eusèbc, Hiliirc, Jules et Benoît. Plusieurs de ces saints ont étéévêques de Milan.

La Liturgie Mozarabe place dans celle commémoration, qui commence par les mots :

Facientes commemorationem beutissimorum apottolorum, d'abord, comme on voit, les apôtres en nom collectif, ainsi que les martyrs; puis elle désigne la glorieuse sainte Marie, Vierge, gtoriosœ Sanctœ Maria Virginis, et les noms qui suivent, en cet ordre : Zacharie, Jean, les enfants ( les saints Innocents). Pierre. Paul, et les autres comme au romain ; puis après, Mathias, Marc cl Luc. Le Cl»eur répond : Et omnium martyrum, « Et

• de tous les martyrs. » Ensuite on y fait mémoire pro spiritibus pausaniium, des saints Hilaire, Alhanasc, Martin, Amhroise, Augustin, Fiilgeuce, Léandre, Isidore, David, Julien, Pierre.... et trente-quatre autres, dont une partie appartient à l'Eglise d'Espagne. Ici encore le ('.lueur répond : F.t omnium pausantium, « El de tous ceux qui sont dans le repos « étemel. »

Les Liturgies grecques ont des commémorations de saints beaucoup moins spécifiées: celle de Saint-Jacques, qui est la plus ancienne, fait mémoire « de nos pères les pa- ■ triarches, les prophètes, les apôtres, les a martyrs, les confesseurs, les docteurs, et « tous les esprits des justes qui ont consommé

• leur carrière dans la foi de Jésus-Christ. » Celle de Constantinople nomme « saint Jean- « Baptiste, prophète cl précurseur, les sniuls

TIIOLIQIE R'2

« et glorieux apôtres, saint N., dont nous

• célébrons la mémoire, et tous les saints, « par les prières desquels accordez-nous, « Seigneur, votre protection, etc. » Il est utile de remarquer ici la commémoration particulière du sainl dont on célèbre la féle. Grégoire III désirait que le nom du sainl ou des saints dont on faisait l'Office fôl placé après celui qui y est désigné le dernier, et ce souhait mériterait de se changer en règle positive.

Les Arméniens, les Cophles, les Abyssins, etc., entrent aussi en communion avec les saints, dans le sacrifice de la Messe, par des commémorations qui se rapprochent du Bit romain. Partout la sainlc Vierge lient le premier rang, et nous devons citer la Mémoire qu'en fait la Liturgie des Cophles

« Nous communiquons à la mémoire de vos « saints, ô Seigneur.... mais principalement, «et par-dessus tout, a celle de la divine « sainte Marie, sainte, pleine de gloire, luu-

• jours Vierge, Mère de Dieu... »

Les commémorations pour les vivants se trouvent de môme dans toutes les Liturgies. Dans la prière que le diacre récite à haute voix, pendant la fraction du pain, chez les Syriens orthodoxes, on trouve ces paroles : « Seigneur, souvenez-vous, par votre grâce « et vos divines miséricordes, de notre pa» « triarche N., et de KN., dont les prières se «joignent aux nôtres; souvenez-vous des e absents, ci prenez pitié des présents » Ce* derrières expressions offrent une identité parfaite avec celles de la Liturgie Boni .ine : lit omnium etreumstantium. « Souvenez-vous « de tous ceux qui sont ici présents. »

Enfin il n'existe pas une seule Liturgie, quel que soit son degré d'antiquité, où la commémoration pour les morts n'occupe une place distincte, et dont les termes ne soient d'une précision absolue. On comprendra qu'il nous est impossible de donner ici place à toutes ces pieuses Mémoires des fidèles trépassés pour lesquels on demande miséricorde, mais on sera bien aise de trouver ici le Mémento des morts selon le Rit arménien. Après la Consécration, et avant l'Oraison dominicale, le prêtre, pendant que le Chœur chante, fail avec larmes (ce sont les termes de la Bubrique arménienne) plusieurs demandes à Jésus-Christ, et, après avoir prié pour les vivants, dit : « Souvenez-vous, Seigneur, « laissez-vous toucher de pitié, soyez propice « aux âmes des défunts, et surtout à celle o pour laquelle nous offrons ce saint Sacri- « fiée, » Ici il s'arrête, comme au romain, pour recommander à Dieu ceux pour qui il veut prier, et il poursuit : « Donnez-leur le « repos, illuminez-les, placez-les dans l'as- « semblée de vos saints en votre céleste «royaume; faites qu'ils soient digues de « voire miséricorde. »

La Liturgie Malabare ou de saint Thomas présente celte commémoration : « Souvenons- « nous aussi des fidèles, nos pères el nos « frères qui sonl sortis de ce siècle et au « sein de la foi orthodoxe : prions le S- i- « gneur de les absoudre, d'oublier leurs pe-

• chés et prévarications, de les rendre digne» ■ de se réjouir dans les siècles dos siècles « avec 1rs justes cl les saints qui ont accom-

• pli la divine volonté. »

Depuis un temps immémorial les prêtres du royaume d'Aragon étaient dans l'usage de célébrer deux ou trois Messes, le jour de la commémoration des morts. On voulut que le pape sanctionnât par son approbation celte touchante coutume , plusieurs démarches à ce suj«t furent infructueuses. Enfin, Benoit XIV , sur les instances de Ferdinand VI, roi des Espagnes, el de Jean V, roi de Portugal, autorisa celle exception à la règle générale, il permit même d'en célébrer deux après midi pour satisfaire l'empressement des peuples. C'est le savant pontife lui-même qui le raconte dans son excellent ouvrage Sur le sacrifice de la Messe.

Anciennement, à Saint-Maurice de Vienne, on disait tous les jours de Carême avant Complies, l'Office des morts.

L'Eglise grecque a toujours eu au moins deux fêtes de commémoration pour tous les défont*; à l'époque, du Concile de Florence, en U38, ils célébraient la première le samedi avant la Quinquagésime, et la seconde le samedi avant la Pentecôte ; d'autres disent que c'est la veille ou le vendredi. Du reste, la Messe de ces commémorations ni mémo celle des enterrements , n'a rien de différent de la Liturgie ordinaire. Ils ne se servent jamais non plus d'ornements noir9. 11 en est de même chez les Arméniens, etc.

En quelques diocèses de France cl ailleurs on fait une Octave des morts, pendant laquelle on dit tous les jours la Messe pour les âmes du Purgaloirc {Voyez funérailles,

REQUIEM, SERVICE, etc.).

Grimaud, dans sa Liturgie sacrée, raconte le trait suivant , d'après le vénérable Bède : Un gentilhomme, fait prisonnier en Angleterre , avait pour frère l'abbé d'un monastère. Celui-ci . persuadé que son frère élait mort, offrait ou priait, lou9 les jours, pour le repos de son âme , et tous les jours * A l'heure même où le pieux abbé recommandait à Dieu l'âme du gentilhomme, les fers du prisonnier se bn>aicnl; on redoubla de vigilance , et le captif fut chargé de chaînes plus solides ; mais , tous les jours, comme a l'ordinaire, le prodige se renouvelait. Enfin , le gentilhomme Iraita de sa liberlé, moyennant une somme d'irgent, avec son gardien, qui désespérait de le retenir. Le prisonnier relâché vole vers son frère qui crut voir un fantôme. Tout s'explique, et l'abbé ayanl comparé l'heure à laquelle s'opérail le miracle de la prison, avec celle où H offrait le saint Sacrifice pour le captif, reconnut que c'était justement la même. Saint Grégoire dans ses Dialogues , raconte un trait à peu près semblable. .

Pierre Damier dans la Vie dt saint Oditon, raconte que ce grand abbé fut déterminé a établir dans son Ofrdre la commémoration des trépassés par un récit que lui fil un religieux français revenant de la Sicile. Ce moine lui raconta» sur l'assurance qui lui

Litcboib.

en avait été donnée par un solitaire sicilien qui l'avait accueilli, que non loin des bords de la mer qui borde celte Ile, on entendait des cris lamentables poussés par des millions d'âmes que des feux souterrains lançaient avec un bruit affreux dans les airs, el laissaient retomber dans ces abîmes ardents pour les en relancer avec une nouvelle fureur. Le bon solitaire ne doutait p is que ce ne fût la le Purgatoire. Sans vouloir contester au naïf historien la vérité de son récit, nous dirons que le saint abbé de Cluny n'avait pas sans doute besoin d'être incité à secourir les âmes du Purgatoire par celte merveilleuse narration à laquelle il pouvait no pas ajouter foi. Il y a d'ailleurs dans ce Irait de la vie dont nous parlons, un anachronisme qui le fail suspecter. Le miracle do l'apparition du pape Benoit VIII, que les prières et les bonnes œuvres de saint Odilon auraient délivré des flammes du Purgatoire, serait un des puissants motifs de l'institution de la commémoration ; mais il ne faut pas oublier que c'est en 998 que l'illustre abbé de Cluny l'institua, tandis que le pape Benoit, dont l'âme serait venue remercier Odilon, accompagnée d'un nombreux cortège d'autres âmes, mourut seulement en 1024. Nous avons dit qu'en quelques diocèses , il est d'usage de célébrer une Octave des Morls

3ui accompagne la commémoration solennelle es trépassés du lendemain de la Toussaint. Duranil de Mende semble parler de celle coutume qui aurait existé dans le treizième siècle : on y faisait des septénaires ; il en donne d'abord des raisons mystiques , et il dit ensuite que c'esl en mémoire ou plutôt en imitation du deuil de sept jours , pendant lesquels les enfants de Jacob pleurèrent leur père défunt. Le même auteur ajoule qu'on Taisait aussi des neuvainesde morts, afin que les âmes des défunts ainsi délivrées, puissent se réunir, dans le ciel, aux nenf chœurs des anges.

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