CURÉ
On doit bien présumer au seul énoncé de ce titre, dans un livre comme le nôtre , que nous ne pouvons donner ici que des notions
Sli se rattachent au personnel du culte caolique sous l'aspect liturgique, et non sous celui du droit canon. Si l'on interroge l'histoire des quatre premiers siècles de l'Eglise, on n'y découvre rien qui fasse penser qu'il y avait, comme aujourd'hui, des curés t\ des paroisses : ce dernier terme s'entendait d'une circonscription régie par un évéque , et équivalait à notre expression usuelle de diocèse. Les évéques résidaient avec leur presbytère dans les villes et les bourgs un peu considérables ; ils présidaient aux assemblées des fidèles , célébraient le saint Sacrifice accompagnés de leurs prêtres , annonçaient la parole de Dien , et administraient les Sacrements. Saint Ignace et saint Justin ne s'adressent, dans leurs lettres, qu'aux évéques, et ne font nullement mention des prêtres comme présidant une assemblée quelconque. Le trente-deuxième canon des Apôtres le leur défend expressément. On conclurait difficilement du silence de l'histoire de ces premiers siècles la possibilité d'y supposer des curés , c'est-à-dire des pasteurs secondaires tenant la place des disciples du Sauveur, comme les évéques tiennent celle des Apôtres. On a pu soutenir celte thèse, mais on n'a guère pour l'appuyer que la preuve négative tirée de ce silence.
Cependant le nombre des fidèles s 'étant accru , et par suite celui des paroisses ou diocèses s'étant considérablement augmenté, on chargea quelques prêtres de présider les assemblées des fidèles dans les villages dont la population n'était pas assez grande pour y établir une église diocésaine on épiscopale. ÏWs le temps de Constantin , il y avait à la campagne un certain nombre de ces églises subsidiaires auxquelles on finit par donner le nom de paroisse tout comme a celles qui étaient présidées par l'évéque. Les villes d'une grande population furent partagées en réductions qu'on appela taures à Alexandrie. Comme ces Eglises , gouvernées par un prêtre , étaient comme un petit diocèse , on affecta insensiblement le nom de parochus à celui qui en était le chef, et à la réduction celui de parochia , ainsi qu'on le pratiquait pour les Kglbcs rurales.
Nous voyons par différents Conciles que, dans les Gaules , ces paroisses presbytérales existaient déjà dans le quatrième siècle. Le litre de presbyier, prétro , était cependant le seul qui fût donné à ceux oui y étaient préposés ; mais celui de parochus leur fut bientôt attribué : en quelques lieux on leur donne le litre de plebanus, nléban, chef du peuple : rector , recteur : enfin celui de curatus pour curotor, chargé du soin des âmes, curé : ce dernier nom est devenu le plus commun ; cependant ceux de recteur et de pléban subsistent encore aujourd'hui , le premier surtout en Bretagne.
La ville de Rome ayant été partagée en plusieurs paroisses ou titres , le prêtre qui rut chargé de les diriger prit le nom de cardinal , parce que le soin de cette Eglise roulait sur lui comme la porte sur son gond, Cardinalis à cardine , selon une étymotogis
2u'on pourrait contester. (Voy. Cardinal.) e titre fut donné communément à tous les prêtres chargés d'une direction paroissiale, et le terme de cardinalis n'est que l'adjectif qualificateur, si l'on peut ainsi parler, du prêtre investi du titre. Ces curés ou cardinaux remplirent presque toutes les fonctions précédemment attribuées aux évéques d'une manière exclusive. Jusqu'au dixième siècle, cet ordre de choses prit son développement ; mais les curés , recteurs, etc., ayant étendu leur puissance au delà des bornes , en exerçant même le droit contentieux , les évéques revendiquèrent, au quatorzième siècle, leurs droits anciens sur les curés ; ceux de la ville de Rome les conservèrent et même les agrandirent en conservant le uom de cardinaux. (Voy. Cardiiul.) ^
Les curés ayant la primauté dans la paroisse qui leur est assignée , la première stalle du chœur leur appartient. De là le nom qu*on donne à la cérémonie par laquelle ils sont mis en possession : on installe , c'està-dire on fait asseoir le nouveau curé in stallo, dans la stalle qu'il devra occuper. Ce cérémonial varie selon les usages diocésains; néanmoins, celui que nous allons présenter est ordinairement adopté.
Le prêtre nommé à une cure se rend à ta porte de l'Eglise en surplis et portant l'étole pastorale sur le bras gauche ; il est accompagné des fabriciens et des notables de sa paroisse. Le délégué de l'évéque pour l'installation se trouve à celle porte , où il s'est rendu , précédé de la croix et des acolytes. Le curé lui présente son titre afin que lecture en soit donnée , et aussitôt après il est revêtu de l'étole par le délégué : celui-ci en» tonne le Veni Creator, et on s'avance vers l'autel. Le curé élu marche à côté du délégué , qui le tient par la main droite. Après le Verset et l'Oraison , le délégué s'assied tenant sur ses genoux le Missel, et le curé se plaçant debout devant lui , lit la formule de profession de foi de Pie IV : celle-ci étant finie, le nouveau curé se met à genoux, lient sa main droite sur le Missel, et lit une formule de serment. Ensuite il mont© à l'autel,
IK LITURGIE a
ouvre le tabernacle cl louche le saint-ciboire avec les génuQexion9 d'usage. Après l'avoir refermé . il va au côté droit de l'autel , el chante l'Oraison du saint Patron ; ensuite , précédé de la croix, des acolytes el d'un thuritéraire , le curé se rend à la porte de l'église, qu'il ouvre et ferme; aux fonts baptismaux, qu'il ouvre et encense; au confessionnal, ou il s'assied ; au bas du clocher où il linte quelques coups ; en chaire, d'où il adresse quelques paroles à l'assistance. Le délégué conduit enGn le nouveau curé à la stalle qu'il doit occuper, et dans laquelle celui-ci s'assied. Si celte cérémonie précède un Office, comme celui de Vêpres , en un jour de dimanche ou de fôte , comme cela est de convenance , plutôt qu'un jour ouvrable, le nouveau curé entonne Deus in adjutorium, etc., qui lui a été imposé par le délégué. Si l'installation a lieu avant la grand' Messe, el qu'elle ne soit point précédée d'une Heure malutinale , le nouveau curé, après s'être assis un très-court instant, se lève et va à la sacristie. Dans tous les cas , soit après la Messe , soit après Vêpres, on chante le Tt Deum. En plusieurs diocèses , le Te Deum précède la Bénédiction du Saint-Sacrement. Ce cérémonial est extrait presque en entier de l'excellent Rituel de Belley.
Assez généralement, l'installation est accompagnée d'un Hit moins long , et dans peu de diocèses le curé élu récite la profession de loi cl prêle le serment dont nous avons parié. On comprend que ce Rit d'installation peut être diversement modifié, puisqu'il ne confère point la puissance curiale , mais n'eu est que la proclamation.
Depuis le Concordat de 1802, en France, ou plmôl depuis la loi du 18 germinal , connue sous le nom ù% Articles organiques du Concordai, l'immense majorité des pasteurs du second ordre portant le nom de desservants et étant révocables, l'installation dont nous venons de parler semble présenter quelque chose d'illusoire : elle ne pourrait donc convenir qu'aux curés institués en litre inamovible. Mais comme la législation révolutionnaire nVst qu'un fait cl non un droit, et uc le desservant aussi bien que le curé dit c canton ctt pasteur de la paroisse qui lui est confiée , y exerçant toutes les fonctions cl toute la juridiction canoniques, celte cérémonie peut aussi bien avoir lieu à son égard qu'a ce'ui du curé inamovible. Dans le diocèse de Paris on n'y fait aucune différence.
H c»l dit dans le Rituel de Bclley que , si le curé nommé csl un ciné de canto'n, l'évôque désignera quelqu'un pour l'installer; si cest un desservant , ce sera toujours l'archiprélrc. Or celui-ci est Irès-ordinairemcnt un curé en litre, et celle disposition précise consacre, en faveur du curé, une prééminence radicale sur le desservant. Dans le diocèse de Paris, l'administration diocésaine affrète à (oui pasteur de paroisse indistinctement le uom de cure, 11 n'est pas inutile d'ajouter que le pape n'ayant jamais reconnu le* unulfs nnjfi-ytqutr , oo considère à Rome
THOLIQUE. 4*58
comme curés , sans restriction , ceux qu'on appelle en France du nom de desservants.
VARIÉTÉS
Aucune marque extérieure, hors de l'é-
{[lise et dans la vie commune, ne distingue e curé du vicaire ou du simple prêtre. En Orient , le curé ou papas porte attachée à la ceinture , du côté gauche , une bourse , pour marquer qu'il est spécialement chargé de recevoir et de distribuer les aumônes des fidèles. Comme le nom de papas est aussi donné à tout prêtre , le curé porte aussi celui de proto-papas, c'est-à-dire, premier prêtre. Quant à la distinction affectée spécialement au curé dans l'église, voyez le mol
ETOLB.
Le célèbre Gerson énumère les trois principales fonctions du curé , qui sont de purifier par la correction , d'éclairer par la prédication , de perfectionner par l'administration des Sacrements. On sait qu'il était partisan de l'institution divine des curés , qui en fait les successeurs des disciples , et les constitue prélats du second ordre. Tout ce qui constitue les droits canoniques des curés se trouve , avec le plus grand détail , dans le Dictionnaire de Droit canonique de Durand de Maillane.
L'usage de chanter à la fin de la Messe hauto la Bénédiction, précédée des versets Adjutorium nostrtm et Sit nomen, observé par les curés de Paris , n'est point , comme on l'a cru , un privilège positif : tous les Missels de ce diocèse , avant celui de 1615 , marquaient le Rit de celte Bénédiction précédée des deux versets , pour tous les prêtres sans distinction. Les éditions subséquentes les ayant retranchés, cl ayant borné les paroles de celte Bénédiction à celles de Benedicat vos, etc., plusieurs cure» de Paris continuèrent de suivre l'ancienne Rubrique, tandis que tous les antres prêtres se soumirent à la nouvelle. Aujourd'hui, tous les curés de celte capitale suivent l'ancien cérémonial , tandis que les autres prêtres chantent seulement : Benedicat vos, etc. Le père Lebrun donne sur cela les plus amples éclaircissements. (Voy. bénédiction.)
Nous avons dit un mot sur I institution des curés. Le plan do cet ouvrage nous interdit une discussion sur ce poinl de discipline canonique. Mais quoique nous ne nous fassions point illusion sur l'autorité de notre opinion personnelle en cette matière, nous devons déclarer que nous ne partageons en aucune manière le sentiment de ceux qui prétendent que l'autorité curiale est d'institution divine. Nous avons étudié cette question dans les monuments historiques . et nous avons pu nous convaincre qu'il n'y a réellement dans l'Eglise que les évéques qui soient pastki'rs , selon toute la forre du terme, et que les curés ne peuvent porter ce titre que comme secondaires de l'évéque, soumis, in radiée, à sa juridiction , recevant de lui seul leur pouvoir, et qu'il n'y a de vrais recteurs que ceut dont le Sai:it«
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Rspril a dit : Posuit (Spiritus Sanctus) episcopos regere E clesiam Dri.