DIMANCHE
Du latin Dominica s'est formé ce terme qui désigne le jour consacré d'une manière spéciale au Seigneur, dies Dominica. dies Dommi. Les païens en ce jour honoraient le soleil comme une divinité et lui donnaient conséqucramenl le nom de dies Sofis. Il esl heureux que l*s chrétiens, qui ont conserve pour les autres jours de la semaine les dénominations du paganisme, aient fait une exception en faveur de celui-ci qui en est le premier; ainsi, quoique nous ayons lundi, lunœ dies. mardi, M or lis dies , etc. , nous n'avons pas
rions accumuler beaucoup de c:Ulions des p us anciens Pères de l'Eglise; mais nous ne faisons point un livre dogmatique; nous dirons seulement que la loi civile ne prescrivit l'observation du Dimanche qu'après la paix rendue à l'Eglise; mais sans doute avant ce lemps, la loi ecclésiastique élail explicite à ecl égard. Ainsi Constantin ordonna de suspendre, en ce jour, les audiences des tribunaux; plus lard, les travaux manuels cl servîtes furent prohibés; enfin les divertissements profanes furent défendus par plusieurs Conciles, cl à mesure que la ferveur pi irai i ve se relâchait ou se vit forcé d'élaycr de nouvelles défenses les premières prohibitions.
Sous le rapport liturgique, plusieurs règ'es ont été établies sur la qualité des Vimnnchts et sur leur solennité. Le premier el le plut auguste de tous, nous l'avons dit. est le Dimanche pascal ; le secoud est celui de la Pentecôte : ils tiennent le premier rang parmi les Dimanches privilégiés. Après eux viennent le premier Vimanche de l'Avenl, le premier de Carême el celui des Hameaux. On y a joint les Dimanrlus de la Passion , celui in Albis, qui suit Pâques, el de la Trinité. Ce privilège consiste en ce que. sans exception, on doit toujours en faire l'Office. Un second ordre de Dimanches privilégiés est composé des trois autres Dimanches de l'Avenl et du Carême: ils qe cèdent qu'à une féte du Bit annuel ou double rie première classe. Enfin, le troisième ordre est formé des trois Dimanches de la
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Beptuagésimc, de la Sexagésirue et de la Quinquagésime; une fêle du Hit solennel majeur ou double de seconde classe peut y être célébrée. Les Dimanche» ordinaires cèdent à d'au» 1res Sétes moindres, telles que les doublesmajeurs quelconques, et les doubles-mineurs des mystères de Notr^-Seigneur.Les Rubriques placées en (été dos Bréviaires et Missels indiquent les règles à suivre pour la concurrence et l'occurrence des Offices avec le Dimanche. Nous n'avons pas dessein d'enlrer dans ces détails rubricaires; mais il est, ce nous semble, important de retracer la disposition liturgique du Missel romain en ce qui concerne la Messe du Dimanche, en faveur des ecclésiastiques auxquels le pur Hil de Rome est totalement inconnu. Or, en France il y a, comme on sait, une très-miuime partie des diocèses qui suivent les usages de Rome. Dans le Missel dont nous parlons, les seuls Dimanches du premier ordre ont une seule Collecte, et ce sont ceux des Rameaux, de Pâques, de Quasimodoel delà Pentecôte. Aucune sorte de Mémoire ne peut y être faite; mais il n'est pas un seul des autres Dimanche* de l'année qui n'ait une Commémoration obligée , sans parler de celles qui se rencontrent. Ainsi, pendant l'A vent, il y a toujours après la Collecte dominicale, commémoration de la sainte Vierge, et une seconde : Contrà persecutores Ecdtsœ, ou bien. pro popd; cette régi? s'applique aux Dimanches après l'Epiphanie jusqu'à la Purification. Les autres Dimanches, jusqu'à laQuinquagésime inclusivement, marquent, après lu Collecte l'Oraison, pour demander les suffrages des saiuls : A cunclisnos, quœsumus. etc. A partir du Mercredi des Cendres, pendant tout le Carême, la Collecte dominicale est suivie de celle pour les suffrages, et d'une troisième : Pro vivis et defunctis. Il est superflu de dire qu'il en est tle même aux Messes de la semaine. Le Dimanche de la Passion présente, au lieu de ces Mémoires, l'Oraison pour l'Eglise ou bien pour le pape , et celte règle s'observe jusqu'au Mercredi saint inclusivement , excepté le Dimanche des Rameaux , comme il a élé dit. Ces mêmes Commémorations recommencent au Mercredi de la semaine de Pâques et ont lieu jusqu'à l'Ascension. Le Dimanche dans l'Octave de celte dernière fêle n'a que la Mémoire de l'Octave ; les deux premiers jours de l'Octare de la Pentecôte sont seuls exempts de Mémoire. Enfin chaque Dimanche de la Pentecôte a pour seconde Oraison celle : A candis nos, quœsumus, etc., sans y comprendre une troisième Oraison , ad libitum taterdotis. Ce privilège existe aussi pour les Dimanches après l'Epiphanie et ceux de la Sepluagésime, Sexagésime elQuinquagésime.
Il est .facile maintenant de comparer la Liturgie purement romaine avec celle du plus grand nombre des diocèses de France, et surtout avec les Missels de Paris de 1685 et de 1738. Nous admirons dans l'Office romain les Mémoires oui viennent se joindre, chaque Dimanche, à la Collecte du jour. Celte iu vocation des maints, en la plupart de ces Dimanches, nous représente la communion de l'E-
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glise militante avec l'Eglise triomphante ; et quand la commémoration pour les vivants et les morls vient s'y joindre , comme en Carême, temps spécialement consacré à la prière, nous sommes heureux d'y reconnaître celle auguste harmonie des trois Eglises, qui complète la communion des vivants qui militent, des vivants qui triomphent, et des vivants qui souffrent. Nous n'aurions pas besoin de parler des commémorations obligées des Missels parisiens; elles se bornent, pour les Dimanches , à celles de la sainte Vierge pour l'A vent et les Dimanches jusqu'à la Purification. Le Missel de 1685, inauguré par François de Harlay, avait conservé les Mémoires pour les Dimanches du Carême. Dans le Missel de 1738, par Charles de Vintimille, ces Mémoires disparurent. Nous ne pouvons expliquer ces suppressions qui ont atteint tous les Missels modernes , que par le désir de rendre plus court l'Office public; car un) raison de dignité à restituer au Dimanche no saurait élre sérieusemcol aMéguée ( Voyez collecte).
VARIETES
Selon le Rit romain, une fête du degré double l'emporte sur le Dimanche, mais toujours on fait Mémoire de ce dernier par les trois Oraisons. Nous avons dil qu'à Paris les seuls doubles-majeurs quelconques, et les doubles-mineurs de Noire-Seigneur et de la sainte Vierge l'emportent sur le Dimanche. Selon le Rit inauguré par Charles de Viulimille, les seules fêles qui tiennent un rang principal dans l'Eglise pouvaient jouir de ce privilège. Les nouveaux Bréviaires d'Hyacinthe de Quélen ont dérogé à cette prescription en établissant la disposition que nous venons d'énoncer. Lebrun Desmarettcs fait observer qu'à Orléans le Dimanche cédait seulement aux fêles annuelles, el qu'à Bourges , de temps immémorial , le jour du Seigneur cédait seulement aux fêles solennelles, le Dimanche y étant toujours du Rit doublemajeur. Selon cet auteur, il en était de même à Rouen. Nous lisons dans le Rationale de Durand la règle suivante : Si ... inquacumque alid Dominicd à privilégiais , id est quibus historiée appropriatœ inveniuntur evenerit festum apostoli tel alicujus prœcipui martyris, tel alterius sancti qui provrium habeat ofhcium, altendendum est vtrum sequens hebdomada sivesinguli dies ipsius proprium bubeant officium : quodsihabent,fiet officium de Dominicd et festum sancti fiel in secundd feriâ , si verà non habent, fiât officium de festo in Dominica et officium Dominicœ het in secundd ferid, et sic Dominica quand oque cedit festo quandôque è conter $o. Lib. 7, cap. I. Ainsi, au treizième siècle, la fête d'un saint l'emportait sur le Dimanche, si dans la semaine suivante il n'y avait point de jour libre pour sa translation. L'antiquité, invoquée par Lebrun Dcsmarelles, ne serait donc pas celle du siècle de saint Louis, où le Dimanche cédait quelquefois à la fête d'un sainl.
Toutefois il est hors de doute que dans
ièê siècles (
christianisme le Dimanche avant constamment son Office propre ; mais il est pareillement nécessaire d'observer que le calendrier des festivités était beaucoup moins chargé de Téies qu'il ne l'est aujourd'hui. Et il doit en être ainsi après dix-neuf cents ans. L'épouse de Jésus-Christ enfante tous les jours de nouveaux bienheureux qu'elle nous propose comme modèles, et dans la vertu desquels le Seigneur lui-même est admirable, selon le langage de l'Eglise, aux fêtes des Martyrs. Nous croyons donc que ce n'est point enlever au Dimanche son honneur que de le faire céder quelquefois à certaines festivités, et que les nouveaux usages diocésains qui les excluent, ut suus Dominicœ restituatur honor, sont entraînés par un zèle qui, s'il est louable, n'est pas toujours selon la science et le véritable esprit de l'Eglise. Nous croyons encore que le p'isleur des pasteurs est, plus spécialement qu'un Ordinaire diocésain, chargé de veiller à la dignité du jour du Seigneur cl de prescrire les règles qui la garantissent. Or, depuis la première édition du Bréviaire de saint Pie V,on a inséré au calendrier romain plusieurs nouvelles fêtes ; on a dû inarquer pour le jour de leur célébration celui de la mort nil plutôt de la naissance spirituelle à une nouvelle vie, Natalis ; mais si ce jour se rencontre en un Dimanche et que le degré de telle fcstivité soit assez élevé, pourquoi, diton, ne pas l'y célébrer? on s expose, en la renvoyant au premier jour libre à dérouler la piété des fidèles et à des anachronisme-, ou des anomalies. Nous avouons que la pratique de l'Eglise de Rome, c'est-à-dire du Kit romain, nous parait mériter tes plus profonds égards; nous ne pouvons cependant omettre due Clément VIII se plaignait que l'Office du Dimanche était trop fréquemmènt interrompu par quelque fête double dont le nombre s'accroissait progressivement; il déclare que la congrégation des Rites voit cela avec une extrême répugnance, et qu'enfin il avait été résolu qu'il ne serait plus accordé de fêtes doubles. Malgré le désir que tout bon chrétien doit avoii* de rendre aux saints le culte de dulie qui leur appartient, il faut bien convenir pourtant qu'en accumulant d'une manière indéfinie ces festivités d'un rang assez élevé pour l'emporter sur le Dimanche* on pourrait prévoir l'époque où ce dernier jour ne se réduirait plus qu'à une simple Mémoire. Il faudrait bien alors que le Dimanche fût porté lui-même à un degré festival plus élevé, pour que les fêles ne l'emportassent point aussi souvent, ou bien que ces doubles, toujours selon le Kit romain, fussent, en grande partie , rabaissés à des semi-doubles. Benoit XIV partageait le sentiment de la Congrégation des Rites, cl certes personne n'accusera ce grand pape d'avoir voulu porter atteinte au culte des saints.