ÉLÉVATION
Ouoique dans l'article caxom nous ayions parié des deux parties de la Mc»se où le prêtre fait une Elévation de la sainte Eucharistie, nous avons cru devoir réunir sous ce titre les documents particuliers qui auraient occupé trop d'espace dans l'article précité, lusqu'au douzième siècle le célébrant, après avilit consacré le pain el le vin. se contentait d'adorer le corps de Notre Seigneur et
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poursuivait le saint Sacrifice. Bérenger. archidiacre d'Angers, ayant attaqué le dogme de la présence réelle, vers l'année lOtu. et ayant été condamné, plusieurs prêtres, en délcstation de celte hérésie, après avoir adoré Jésus-Christ comme nous venons de dire, montraient aux fidèles l'Hostie et le calice ,
Eour les engager à un pareil acte d'adoration, e P. Lebrun pense que les chartreux, du temps même de saint Bruno, ont fait celte Elévation. Insensiblement la coutume a eu. force de loi, et aujourd'hui elle est universelle dans l'Eglise Occidentale. Ce que nous venons de dire regarde néanmoins plutôt l'£Tlévation de l'hostie que celle du calice. Celleci ne fui pas d'abord pratiquée aussi généra* lemenl que la première. Il y avait péril de répandre le précieux sang, à cause de la forme des calices, dont la coupe était plus basse et plus évasée que les nôtres. Quelques prêtres avaient voulu faire celte Elévation en forme de croix, comme ils la faisaient avec l'hostie, mais il était arrivé à un prêtre allemand de verser sur sa létc le précieux sang. Il est du reste important de faire observer que si après la Consécration on n'élevait pas le saint Sacrement avant l'époque dont non» avons parlé, on se tenait cependant en état d'adoration ; on sonnait même les cloches pendant que le célébrant consacrait le pain et le vin. Cela peut se démontrer par une lettre d'Vvcs de Chartres qui, en remerciant Mathilde, reine d'Angleterre, des cloches qu'elle avait données à son église, lui dit qu'on se souviendra d'elle quand on les sonnera pendant la Consécration.
Il est bon toutefois de faire observer que Durand de Mende ne fait aucune allusion à l'origine de Y Elévation, telle que nous venons de la raconter. Elle était nouvelle dans le siècle où il vivait. Le cardinal Bona n'en dit pas non plus un seul mot. Il en est de même de Grimaud, de Grancolas, dcD. Claude de Vert. Mais le P. Lebrun, sur de bonnes preuves, émet cette opinion, et peu«equ'Hildebert, évêque du M.tns et ensuite archevêque de Tours, qui semblait avoir accédé au sentiment hérétique de Bérenger, Tut un des premiers qui voulut, comme marque non équivoque de sa foi catholique, faire rendre . à Jésus- Christ, après la Consécration, e«i hommage de latrie. Ce serait donc au Man* ou à Tours que se serait premièrement établi ce Rit qui est aujourd'hui le plus solennel de la Messe. Postérieurement à cette époque on le trouve marqué presque dans tous les Missels, pendant deux siècles, et enfin uniformément établi dans toutes les Eglise», Rome emprunta ce Rit à l'Eglise de France, Le quatorzième Ordre romain, écrit, à ce que croit Mabi Ion. par Jacques Cajétan, neveu de Boni face VIN, présente le cérémonial de Y Elévation comme il se pratique aujourd'hui ; mais les Ordres antérieurs ni les auteurs lilurgistes, tels que leMicrologue, A malaire, etc.. ne parlent en aucune manière de ce cérémonial. Durand, que nous avons déjà cité, dit que dans les églises où l'on se sert de deux corporaux, on élève le calice cou-
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vert de l'un d'eux ; si oo n'emploie qu'un seul rorporal, le ralite est élevé découvert, comme cela se fait depuis plusieurs siècles en tout lien. Le corporal dont on couvrait le calice n'est autre chose que le volet formé d'un petit corporal plié et bien empesé, auquel a succédé la palle(f oyez ce mot). Durand trouve dans celle coutume un souvenir de la pierre dont on couvrit le saiut lombeaa.
La coutume d'agiter une sonnette pendant Y Elévation date d'une époque antérieure au temps où celle-ci a commencé. On peut le
Îrouvcr analogiquement par ce qui vient 'être rapporté au sujet des cloches données par la reine d'Angleterre. Quant au chant de divers Motets pendant YElévation, c'est un Rit qui n'est pas à beaucoup près aussi ancien que V Elévation elle-même. Le cardinal Bona dit à ce sujet : « Soient queedam Galm li arum ecclesiœ. Quelques Eglises de France « sont dans l'usage de chanter pendant YE- « létation les strophes :0 saluions Hostia,elc. « Ce sont les évoques de ce royaume qui, m sor la demande de Louis XII, établirent ce « cérémonial à cause des guerres qui trou- « blèrent ce règne. » C'est à Notre-Dame de Paris qu'on institua d'abord cet usage, à la sollicitation de ce monarque. Les paroles : Relia premunt ho$lilia,da robur, fer auxilium, expriment ce vœu de paciGcalion : « Seigneur, « nous sommes circonvenus de désolantes « guerres, donnez-nous la force, prêtez-nous • le secours de votre bras. » Dans la chapelle royale on ajoutait ces mots : In te confiât t Francia, da pacem, serva lilium : « En i vous, d Seigneur, la France met son es- « poir, donnez-nous la paix, conservez le « lys. > Nous partageons complètement la pensée du cardinal Bona : « Il est beaucoup « plus convenable d'adorer Jésus-Christ eu « silence, comme le pratiquo l'Eglise ro- « maine. » L'abus du chant, pendant ce moment solennel, est d'autant plus blâmable que l'on y exécute en une musique bruyante, et le plus souvent très-peu religieuse, des motets qui détournent l'attention des fidèles de l'adorable objet qui devrait exclusivemcntles captiver. Nous ne trouvons, pour notre pari, rien de plus beau, de plus auguste, de plus solennel, pour cet instant du saint SacriGce, qu'un profond et silencieux recueillement. Toutefois si l'on ne veut pas laisser s'écouler «.lus chant tout le temps depuis YElévation jusqu'à TOraison dominicale, pourquoi ne pas entonner YO salutaris immédiatement après que le prêtre a couvert le calice? Quelques Missels monastiques marquent des Psaumes à réciter ou à chanter aussitôt que le célébrant commence la prière : L'nde et mémo tes.
Si jusqu'au douzième siècle YElévation qui accompagne la consécration n'a pas été usiléot il n'en est pas de même de la seconde qui précède la récitation du Pater; mais il y a eu variation dans le moment où elle a lieu. Cette Elévation se faisait très-anciennement en même temps que le prêtre disait : Per ipsum,
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et cum ipso et in ipso. Il n'y avait donc aucun des trois signes de croix que le célébrant fait en prononçant ces paroles avec la saiutc Hostie. Il élevait celle-ci et le calice en les récitant. D'autre part I) semblerait, d'après le Micrologue, que le prêtre élevait l'Hostie cl le calice en disant : Per omnia secula seculorum. Selon Yves de Chartres, le prêtre et le diacre faisaient ensemble cette élévation. Quelques Missels anciens marquent la même Rubrique : le diacre ei le prêtre élevaient ensemble le calice, mais le prêtre seul tenait l'Hostie sur le calice ainsi élevé. Guillaume Durand en faisant entendre que cette Elévation a lieu pendant que le prêtre dit : Per omnia secula seculorum , nous représente celui-ci tenant l'Hostie des quatre principaux doigts de la main, quatuor principalibus digitts. H en donne pour raison mystique que ces quatre doigts flgurent les principales vertus qui nous sont méritées par la passion de Jésus-Christ. Ce sont la puissance contre le démon, l'humilité contre le monde, la chasteté contre les tentations de la chair, et la charité envers Dieu elle prochain»
Les Liturgies grecques n'ont poin t if Elévation, après que le pain cl vin ont été consacrés, ni avant l'Oraison dominicale. Le célébrant fait l'Elévation eucharistique au moment de la Communion. (Voyez ce mol «l l'article : messe, etc.)
Chez les Arméniens , C Elévation se fait avant la fraction du pain par un RU des plus touchants. Nous le faisons connaître dans l'article messe.
Pour ce qui regarde le Rit actuel de la seconde Elévation, avant !e Pater, nous entrerons dans les détails à l'article casou.
VARIÉTÉS
La Liturgie attribuée à saint Denis l'Arcopagite, porte que le prêtre montre au peupla ce qu'il a consacré : Ducit in aspeclum qua celebruvit.
Génébrard.qui explique cette Lilurgle,prétend que le prophète royal faisait allusion a YElévation quia lieu au saint Sacrifice par ces paroles du Psaume 71 : Erit firmamentum in terra, in summis montium. « Ce qui fortifie l'homme sur la terre (le pain) sur le sommet des montagnes.» Le mémo auteur ajoute qne la paraphrase chaldéenne porte : Erit placenta tntici tn capitibus sacerdotum. « Le pain de froment sera sur le sommet de la tète des prêtres. » L'application est un peu forcéo , mais elle est ingénieuse et pl'tàe de piété.
La posture qu^>n doit garder pendant l'Elévation varie, selon les règles locales. Grimaud s'exprime ainsi a ce sujet : « Les uns « adorent le saint Sacrement, au point de PJÎ- « lévation , à genoux, les autres prosternés , « les autres debout et inclinés, en quoi la « dévotion de chacun ou plutôt la coutume du « lieu où l'on se trouve doit servir de règle. • Nous parlons dans l'article stalle d'un procès qui eut lieu sur la posture que devaiem garder les chanoines de Lyon. Le même lilurgisle cite un Canon du Concile de Trêves
mrnGiF catholique
ainsi conçu : « Quu les orgues se taisent el m que l'on ne chanle aucune antienne (depuis « l'Elévation) pour la paix , ni contre la peste
• ou mortalité ; mais que chacun à pari soi, ■ dans un profond silence, fasse commémo- <• ration de la passion cl mort de Jésus-Christ,
• en se tenant à genoux ou se proslernanl à
• terre. »
On a vu que du temps de Durand do Monde, le prêtre tenait la sainte Hostie non point seulement entre le pouce el l'index , mais avec quatre doigts. Ceci parait provenir de l'usage où l'on élail au onzième siècle de toucher indistinctement avec tous les doigts le corps deNotre^Seigncur, cl surtout de ne pas tenir scrupuleusement les doigts joints comme le font quelques prêtres par une précaution excessive. Ces dernières paroles sont textuelles dans le M ierologuc. Cependant le quatorzièmeOrdre romain.écril au quatorzième siècle, prescrit formellement de tenir le pouce joinl avec l'index depuis la Consécration jusqu'à laCommunion, excepté lorsqu'il doit toucher la sainte Hostie. Mais il semblerait que ce même Ordre suppose que le prêtre ne doit point tenir les doigts joints quand il fait des signes de croix. Voici les termes du Cérémonial :*. pollicem cum indice junctum tentât.... nisi quand o ipsum oportet ronlingere sacrant II ostiam, net tigna facere. uant aux paroles : Jlœc quoliescumque , cet rdre veut que le prêtre les prononce en remet* tant le calice sur l'autel , après {'Elévation.