AGNEAU PASCAL
On sait que chez les Juifs la manducation de l'agneau pascal était une des cérémonies les plus importantes de la loi. Tout le inonde connaît le Rit et la signification de cette cène légale.
Un très-ancien Missel du Vatican marque la Bénédiction d'un agneau pascal à la fin du Nobis quoque peccatoribus , aux mots : per quem hœc omnia, etc. On trouve une Bénédiction semblable dans l'ancien Sacramentaire gallican. Le onzième Ordre romain, qui est du douzième siècle, décrit la cérémonie Je la manducation d'un agneau, le jour de Pâques. Cinq cardinaux, cinq diacres, le primicier du Chapitre de Saint-Pierre , le prieur basilicaire et le pape, en tout treize, représentant les douze Apôtres et Nolrc-Scignenr, se plaçaient autour d'une table, couchés à la manière orientale, et mangeaient un agneau rôti, que le pape avait préalablement béni. Le pontife en mettait un morceau à la bouche du prieur basilicaire, en disant : Quod facis fac citius : mut accepit
ad damnationem, tuaccipe ad remissionem : « Que ce que vous faites soit fait avec prompte lilude (allusion au comedite festinanter) ; « ce qu'il fit pour sa condamnation, recevez- « le pour la rémission des péchés. » On voit que le prieur représente ici le traître Judas. Le reste de l'agneau était distribué aux autres convives, et même à d'autres personnes. Pendant celte cérémonie, on chantait une Prose avec accompagnement d'orgue; puis on baisait les pieds du pape, qui donnait à chacun une coupe de vin et une pièce de monnaie, celle-ci par les mains du maître d'hôtel : unum byzantium.
Les fidèles étaient aussi dans l'usage de pratiquer celte cérémonie, et mangeaient un agneau béni. Walafride-Strabcn blâme fort celte coutume comme empreinte du judaïsme. Le cardinal Bona la justifie, et dit que de son temps elle avait lieu.
A Marseille, le jour de Pâques on mangeait un agneau rôti. Cette cérémonie avait lieu après l'heure de Tierce ; et, pendant ce temps, on lisait le livre de la Cité de Dieu de saint Augustin. Il y a longtemps qu'elle est abolie. Il en était de mémo chez les Arméniens. L'évéquc , les prêtres et les fidèles prenaient part à ce feslin symbolique qui avait lieu à l'église.
VARIÉTÉS
Le père Garnier, jésuite, en son Journal des papes, dit que le jour de sainte Agnès ou
Présente, à l'Offrande, des agneaux pendant Agnus Dei. Celté cérémonie n'est évidemment qu'une pieuse allusion au nom même de la sainte. Ce qui explique pourquoi ou représente ordinairement sainte Agnès avecun agneau auprès d'elle ( Voir pallium).
Le douzième Ordre romain dit que l'agneau pascal est béni par le plus jeune des cardinaux, ce qui, comme on voit, le fait différer du onzième, selon lequel c'est le pape luimême qui en fait la Bénédiction.
Benoit XIV, dans son traité des Fêtes, no fait aucune mention de Y agneau pascal pour le jour de Pâques.
On ne sera pas fâché de trouver ici la Prose grecque, ou plutôt la traduction de la Prose que l'on chantait pendant que le pape et les cardinaux mangeaient l'agneau pascal. Le père Mabillon en donne le texte, au. douzième Ordre romain; et dans une note il la traduit littéralement en latin : Pascha sacrum nobis hodie ostensum est, PascJta novum , sanctum Pascha , mysticum Pascha, maxime venerabite Pascha Chritti redemptoris, Pascha immactilutum , Pascha magnum, Pascha fidelium, Pascha portas nobis paradisi rescrans, Pascha omnes reformans morilles; novum papam, Chrisle, conserva. Il est assez difficile de traduire ce morceau dans notre langue, dont le géuie est si différent du grec : « Une Pâque sacrée se dévoile aujoura d'hui à nos regards; Pâque toute nouvelle, « Pâque sainte, Pâque mystique, Pâque emi- 1 « nomment vénérable du Christ s'imumiant « pour nous racheter, Pâque sans tache,
« Pâque pleine de grandeur, Pâque des fidè- « les, Pâque nous ouvrant les portes naguère v fermées du paradis, Pâque régénérant tous a les mortels ! o Christ, conservez-nous le • nouveau pape! »