A G NUS DE1 BÉNIT
Très-anciennement, en beaucoup d'églises de Rome, et surtout des environs, le peuple s' empressait de recueillir la rire qui restait du cierge pascal, après qu'il avait brûlé depuis la nuit du Samedi saint, jusqu'au samedi in albis. On avait pour cette cire une
Ï;rande dévotion, cl le clergé, pour la salisaire, distribuait celte cire en plusieurs morceaux aux fidèles, le dimanche in albis, et quelquefois ta veille.
Le premier Ordre romain, qui est au moins antérieur au neuvième siècle, et que certains auteurs font remonter jusqu'à saint Grégoire,
Sape, dit que le Samedi saint l'archidiacre e Latran verse de la cire fondue dans un grand vase, et y mêle de l'huile II bénit ensuite cette mixtion dont il forme des ligures d'agneau que l'on conserve en un lien décent. Pendant l'octave de Pâques, l'archidiacre distribue ces figures au peuple après la Communion, et l'on s'en sert comme d'encens pour faire des fumigations dans les maisons, pour toute sorte de besoins.
Ce Rit varie dans les Ordres romains subséquents. Ainsi, selon le onzième, pendant le chant de VAgnus Dei, le Pape distribue les agnu» au peuple, à la Messe du samedi in albis. H y est dit que c'est une image de ce qui se pratiqua en Egypte, lorsque, par l'ordre du Seigneur, les Israélites imprimèrent sur leurs maisons le. Tau préservateur, par le moyen du sang de l'agneau sans tache. Selon le douzième Ordre, le Pape chante la Messe à Saint-Jean de Latran, lo samedi in albis, et pendant que le chœur chante i' Agnus Dei, les agnus sont distribués par le pontife luimême, d'abord aux évéques, puis aux pré- Ires, et enfin aux diacres, tous vêtus des ornements qui leur conviennent. Us les reçoivent dans leur mitre, punit agnos in milra eorum, et ils baisent le pape au genou. Toute aulrc personne, serait-ce un roi, qui reçoit des agnus, baise le pied. Après la Messe, au moment où le pape se met à table", l'acolyte de service apporte un bassin plein d'agnus, et so tenant a la porte, il dit : Domine, Domine,isli sunt agni novelii qui annuntiaverunt alléluia, modo veniunt ad fontes, repleti sunt caritate, alléluia, « Seigneur, Seigneur, voici « déjeunes agneaux qui ont annoncé alléluia, « voici qu'ils viennent a la fontaine lous re:n- « plis de charilé, alléluia. » L'acolyte avance un peu, et répète à plus haute voix les mêmes paroles. Enfin, il se rapproche du Pape, élevant encore davantage la voix, en disant les mêmes paroles. Le Pape distribue ces agnus a ses familiers.
Le quinzième Ordre décrit le cérémonial de la Bénédiction dr-s agnus sous Urbain VI. On plaça près de l'autel de Saint-Pierre une certaine quantité de cire très-blanche : un
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évéque mêla cette cire avec ce qui restait du saint Chrême ancien, et y en ajouta du nouveau. Après que les figures d' agnus eurent été faites, le même évéque les bénit comme on bénit les cierges au jour de la Purification, le 2 février, en changeant seulement les termes, puis il les plongea dans de l'eau bénite, c'était la seconde année du pontifical d'Urbain, et les agnus furent distribués, non pas le samedi, mais le dimanche in albis.
Aujourd'hui, depuis plusieurs siècles, le pape seul bénit les agnus, le samedi in albis. depuis sa consécration, cl puis seulement tous les sept ans. Le sacristain du pape est chargé de les préparer longtemps d'avance. Ce sont de petits pains de cire sur lesquels est empreinte la figure d'un agneau ponant l'étendard de la croix. On les' trempe dans l'eau bénite, et après qu'ils en ont élé relirés, ils sont bénits. On les place dans une boite qu'un sous-diacre apostolique apporte au souverain pontife, à la Messe, pendant lo chant de l'Agnus Dei. On y observe le cérémonial que nous avons déjà décrit au sujet des paroles que l'acolyte répète par trois, lois : Isti sunt agni, etc. ; puis le pane les distribue aux cardinaux , évéques. prélats, et beaucoup de fidèles qui ont été admis à les recevoir. Comme par respect, on ne les laisse toucher qu'aux clercs in sacris, on a soin de les envelopper de soie brodée ou arlislcmcnl découpée.
VAWÉTÉS.
Urbain V, en envoyant à l'empereur un agnus, lui adressa ces vers de sa composition, pour en exprimer les vertus:
Bakimii* et miinda rcra cum rhrismat'is un'I.t ('•'iifn iuiil a<:nitfi) qupin do tihi iimn«!re m:ip;tim l'onm relut n itum, per myslica sanctillral'iii Ful^'ilra i!''siirsuin «Ie|>e1lit cl nome mali^iiuni. i'ni-îMans strvatur; siiKv.i' parius Ultoraiur. î'oi uius imiiuIi» serval di> fluciilitts mida». tVn jtum fr.inyil M Chrisli saiipuis ot anpil. Lh>na confcrl dig.iis, \irlules dt^lruil ignis.
« Y'agnus dont je vous fais le précieux « don, est fait de cire mêlée avec la pure li- « queur du saint Chrême et du baume. Il est « né comme dans une fontaine, et de mysté- « rieuses prières l'ont bénit ; il chasse de l'air « les tempêtes et les esprits malins: la femme « enceinte en éprouve de salutaires effets ; a celle qui accouche est heureusement déli- « vrée. Si on le porte avec foi. il préserve de « tout danger sur l'eau ; il anéantit le péché a et le lue comme le sang de Jésus-Christ. « Ceux qui en sont dignes reçoivent, par sa « vertu, des grâces signalées, et il f.iit dispao raSlrc les accidents causés par le feu. » . On se conforme ordinairement à la prononciation italienne, et on dit en français, non pas des agnus, mais anius, un anius.
Au commencement du siècle dernier, on ne s'est point contenté d'imprimer sur les agnus la figure d'un agneau portant la croix, mais aussi celle de la sainte Vierge, celles
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f*ef «paires ou d'autres saints, pour lesquels le pape a une vénération particulière.
Le cardinal Etienne Borgia explique les significations mystiques de Tagnus. La cire vierge dont il est composé est le symbole do l'humanité de Jésus-Christ que le Fils de Dieu a prise dans le sein de Marie, sans aucune souillure ; il a la figure d'un agneau immolé pour représenter le rédemption du genre humain, on le plonge dans l'eau bénite, parce que c'est l'élément par lequel Dieu a opéré plusieurs merveilles, tant dans l'ancienne que dans la nouvelle loi, on y mêle du baume qui signiGe la bonne odeur du Christ. Le Chrême est l'emblème de la charité.
Grégoire XII , en 1572 , défendit*, sous peine d'excommunication , de peindre de couleurs quelconques qu de couvrir d'or les agnus bénits.
11 existe plusieurs traités sur les agnus. Comme ceci n'est point un des Rites les plus importants de la Liturgie, nous devons nous borner à ces notions concises.