KYRIE ELEISON
Cette invocation, qui est le cri d'une âme pénétrée du sentiment de sa misère : Seigneur, ayez pitié , est comme naturelle à l'homme. Le païen la proférait devant ses idoles , et les rnnemis du culte chrétien en ont tiré occasion de nous en faire un reproche, comme s'il n'était pas permis d'implorer la protection divine parce que les idolâtres l'imploraient mal à propos. Durand de Mende dit que le papo Sylvestre prit de l'Eglise grecque l'usage de chanter les Kyrie. Le cardinal Bona en attribue l'introduction dans l'Eglise ro-
maine au pape Damase, qui en (il une loi pour tout l'Occident.
Les anciens Ordres romains portent que le Chœur chantera Kyrie eleison jusqu'à ce que le pape fasse signe de cesser. Le nombre n'en était doue pas déterminé comme aujourd'hui ; d'ailleurs on disait autant de fois Christi eleison quede/fyne Depuis plusieurs siècles, il est de règle que le Chœur ne chante que neuf fois celte invocation : les trois premiers Kyrie en l'honneur du Père, les trois Chrittt tn I homii'ur du Fils, les trois derniers Kyrie en l'honneur du Saint-Esprit. Quel ques Eglises ajoutaient au dernier, imas, c esl-à-dirc : Seigneur, ayez pitié de nous.
Aux Messes hautes, le célébrant chantait , de concert avec le peuple, l« s A'yne,el ne 1 c>
récitait pas on particulier comme aujourd'hui. L ancien usage serait préférable au moderne. Aux Messes basses, le Kyrie est récité alternativement par le prêtre et les ministres ou servants au milieu de l'autel. En certaines Eglises, néanmoins, le célébrant se tient devant lu livre, cl ue revient au milieu qu'à la fin.
L'Eglise de Milan récite trois fois Kyrie eleison après le Gloria in excelsis. trois fois après l'Evangile, et pareil nombre de fois après les Ablutions.
Dans le Hit mozarabe ou de Tolède, il n'y a point de Kyrie proprement dit, mais des invocations équivalentes.
Selon la Liturgie de Constanlinople , le diacre, après l'Evangile, fait avec le peuple les prières nommées pacifiques , pour l'Eglise, les princes, tous les états, tous les besoins, ut chacune de ces supplications est terminée par Kyrie eleison.
Enfin, dans la Liturgie Arménienne, après les Oraisons et avant l'Ohlation, le diacre récile un grand nombre de prières, à peu près comme dans le Kit grec, et le Chœur répond, en arménien , exactement ce qui est signifié par Kyrie eleison : Seigneur, ayez pitié.
La prière solennelle qu'on appelle Litanie commence et se termine par Kyrie eleison, répété trois fois au lieu de neuf. Les prières des Heures de l'Offire renferment aussi celte triple invocation terminée par la récitation de l'Oraison dominicale. En plusieurs autres circonstances, comme dans la cérémonie de l'inhumation, la Bénédiction de la table, les finlces après le repas, etc.. on récite Kyrie eleison. Il n'y a point en cela de règle fixe, et chaque Eglise suit ses usages.
Cette invocation a été placée dans les Heures de l'Office cl les autres cérémonies, A l'imitation de la Messe. Il est même des Liturgies où le Kyrie est récité dans le mémo ordre cl un pareil nombre de fuis qu'au saint SacriGce.
Voici à ce sujet les propres paroles du Concile de Vaison, tenu en 529 : « Parce « qu'à Home, ainsi que dans toutes les pro-
• vinecs d'Orient et d'Italie, c'est une pieuse
• coutume de chanter à la Messe Kyrie » eleison avec grande affection et componc-
• lion, nous avons jugé à propos d'ordonner
• qu'il se dit aussi dans toutes nos églises, cl > non-seulement à la Messe, mais aussi à « Matines et à Vêpres. »
Amphilochius raconte, dans la vie de saint
Basile, que ce saint prélat convoqua tons les fidèles à l'église pour le malheureux Théo phile, qui s'était donné au démon par une cédule et désirait toutefois s'affranchir de cet esclavage el rétracter sa promesse. Toute la nuit se passa à chanter Kyrie eleison pour fléchir la miséricorde divine en faveur de Théophile. Enfin une main invisible plaça dans les mains de saint Basile la fatale cédule.
Durand de Mcnde reconnaît à ces paroles une grande efficacité, el raconte que le mérne saint Basile, ayant à plusieurs reprises fait entendre ce cri de détresse, Kyrie eleison. les portes de la basilique de Ticinum s'ouvrirent d'elles-mêmes.
Au moyen âge, certaines Eglises avaient intercalé des paroles enlre les mots Kyrie et eleison. Elles remplaçaient les notes neumatiques de l'intervalle. Nous croyons devoir en donner ici un exemple pris du Kyrie des fêles solennelles, qui est du premier ton.
ipsurn ui sahaaquo
Kyrie, fous lionilal's Palcr proceduM, eleison.
Kyrie qui |»»li nalum round I pro roi rois sil, elf Ison.
Kyrie qui st,'|.liformis das dona el terra re|l«*nlur, eleison.
Clirisle ouice Dei palrb genile quem de Virgine na*citurum mundo minllce sancli prxdixerunl proplieue, cloison.
Cbrisle liagie ceeli compas, régi* mclos glori* oui scraper asians | ru nuuiioe aogelorum décantai apei, eleison.
Clirislo cnrtiUts noslris adsis preellms |tronis mentions quem in Irrris colimus ad le pic Josu clainamiis, elet'-oii.
Kvrie spirilus aime colitpren* t'atri nalnque nuiiM usic consistendo flans ah ulroque, eleison
Kyrie qui bapUzalo in Jordanis unda Clirislo cihi'.genf Sjtpcic couimbina apparui-li, eleison.
Kyri^ ignis divine pecM.ra uosira succewle ui Jigui pariler proelamare j ussimus ad le, eleison
Nous avons extrait ce Kyrie du Missel romain de 1631 ; mais il y est dit que c'est seulement pour l'édification : car ce Kyrie intercalé n'esl point du tout de l'ordinaire on usage romain, nullo modo sunt de ordinario seu usu romano. Plusieurs Eglises de Franco avaient adopté ces Kyrie intercalés, qui ne sont plus chantés nulle part, du moins à notre connaissance. Le susdit Missel en contient d'autres pour diverses fêles, principalement pour celles de la sainte Vierge. Quelques-uns ne commencent pas même par les mots Kyrie ou Christe, tels que celui-ci pour les dimanches :
orbis fartor rcx *ierne, eleison.
l'ietalisfous immense, eleison.
Notas omnes uostras pelle, eleison.
Chrisle, qui lux es mundi. dainr vil*, eleison
txmservjiis le eredenles conllrinansque, eleison.
Arte l*sos Dscmonis inlucre, eleison.
l'alrem lontn teque Damiro ulrorumquc. eleison.
Di'umscimus unum aique irinuin esse, eleisun
Clemcns uoliis adsis paraclite, ut wvamu» in le, tldson