ALLELUIA
Chez les Hébreux c'était une acclamation de reconnaissance ou de joie. S;iinl Epiphane dit que le prophète Aggée chanta Alléluia 517 ans avant Jésus-Christ, pour exprimer son allégresse en voyant le temple se reconduire. On le trouve dans les Psaumes de David et dans le Livre de Tobic. EnGn saint Jean l'évangélisle rapporte dans l'Apocalypse qu'il entendit les légions d'anges qui chantaient Alléluia.
Halleluh en hébreu signifie : Louez a* en enthousiasme, avec effusion de cœur. lah est un des noms de Dieu, celui môme qui lui convient par excellence, Jd quod est, ce qui est.
Saint Jérôme donne celte inlcrprélalion:
ALLE cantate. LU luudem, 1A ad Duminum. « Elevez vos Cantiques de louange-» vers le « Seigneur.» Saint Augustin explique ce mol, comme il suit : AL s'ulvum, LE me, LU fac, IAH Domine. « Sauvez-moi, Seigneur.»
Le moyen âge est assez fécond en explications plus ou moins ingénieuses de ce mot. Pierre d'Auxerre en donne la suivante : AL idlissimus, LE levutus est in cruce, LU lugebant apostoli, IA jam surrexit. Nous nous contentons de citer celle-ci qui n'a point pour file le méri»e de l'élymologie. « Le Très-Haut « a été élevé sur la croix, les apôtres pleu- « raient, mais le voici déjà ressuscité. »
Du culte de la loi mosaïque Alléluia est passé dans la Liturgie chrélienuc. L'Eglise de Jérusalem le Gt entendre dans ses premiers Offices, et si Ton avait loué avec enthousiasme le Dieu d'Israël qui promettait un Messie, pourquoi n 'aurait-on pas chanté par le cantique ordinaire le Dieu qui venait d'accomplir sa promesse? L'Eglise latine l'adopta dès les premiers siècles, mais seulement pour le jour de Pâques. On a attribué celle innovation au pape saint Damase, dans la seconde moitié du quatrième siècle; mais il est certain que sous son pontificat on chantait Alléluia «m tout temps, même aux obsèques. Saint Jérôme en fournit un témoignage irrécusable en parlant des funérailles de sa sœur Fabiola : « On y chantait, dit-il, des Psaumes, cl les « lambris dorés de l'église retentissaient de » l'AUcluia. » Ainsi donc lorsqu'on reprochait à saint Grégoire le Grand trop d'attachement pour les usages de l'Eglise Orientale, il dut répondre qu'il ne faisait que sanctionner la coutume établie sous saint Damase.
LITURGIE CATHOLIQUE. SI
fut étendu à la longue période qui sépare la Pentecôte du retour de ta Sepluagésime suivante. L'uniformité s'est ainsi établie sur ce point dans toute ( Eglise Occidentale. Chez les Grecs VAlleluia est chanté toute l'année,' même le Vendredi saint : les obsèques s'y font par le chant de plusieurs Psaumes accompagnés de VAlleluia. Le Kit gallican observait aussi celle coutume. Eucore même aujourd'hui à Paris et ailleurs les funérailles des enfants ont une Messe où Alléluia est répété, il est vrai que l'Introït est celui du mercredi de la semaine de Pâques. Le Hit romain n'a poiut de Messe propre pour ces obsèques.
L'invocation de toutes les Heures de l'Office est suivie A' Alléluia; mais de la Sepluagésime à Pâques, à sa place, l'Eglise a substitué les paroles : Laus libi . Domine, rcx œternœ gloriœ, « Louante à vous. Seigneur, « roi de l'éternelle gloire. » Dans le temps pascal, les Antiennes, les grands Kepons, les Képons'brcfs des polîtes Heures, les Inlroïts et les diverses Antiennes de la Messe ont toujours un ou plusieurs Allcluia. La Fcle-Dieu, quoique hors du temps pascal, entre dans la même catégorie. En tous les autres temps Alléluia est beaucoup moins fréquent. Ou conçoit que nous ne pouvons point entrer ici dans un détail minutieux à ce sujet. Mais VAlleluia le plus solennel est celui qui suit le Graduel; il est redoublé au commencement du Verset qu'on nomme, pour cela, alleluiatique, et unique à la tin. Le père Lebrun dit que depuis le septième ou huitième siècle on a ajouté à la dernière syllabe de cet Alléluia une suite de notes qu'on appelle Ncume, c'est-à-dire air, souffle, chant sans paroles ;
il figure assez bien l'impuissance où se trouve l'homme de chanter dignement par des paroles le Dieu qui est ineffable. Les anciens Ordres romains donnent a ce Ncume le nom de Sequentia, suite ou prolongation û' Allcluia (Voyez prose). Ne pourrait-on pas voir dans celte suite plus ou moins nombreuse d'à l'intention de retracer ce que nous lisons dans le premier chapitre de Jérémie? Au moment ou le Seigneur déclare qu'il l'envoie prophétiser parmi les nations , Jérémie s'écrie : A. a, a, Domine Dcus.ecce nescio loqui. La pensée que l'Eglise attache à ce chant sans parole, s'accorde parfaitement avec ce passage. Nous pouvons ici dire avec saint Augustin : « A qui ce langage (celui du chaut a sans paroles) peut-il mieux convenir qu'au « Dieu ineffable?» Le nomde7u6i'/u« est donné aussi à celte série de notes.
Sajnt Bonaventurc, cilé par le cardinal Bona, donne la raison suivante de ce Neume dont Allcluia est suivi : « Nous avons coutume, dit-il, de chanter longuement uue note
Ce pape n'inaugura donc point V Alléluia dans « prolongée sur la syllabe A qui suit Allcluia, l'Eglise Latine. Seulement on excepta des a parce que la joie des saints dans les cieux temps de l'année, où l'on était dans l'usage a n'a point de lin cl -ne peut se raconter. • de le chanter, toute la période qui s'écoule de Etienne d'Autun dit à son tour : « La modula Sepluagésime au jour de Pâques. On lo « talion du chant alleluiatique exprime les bannit également des Messes cl de l'Office des « louanges que les fidèles adressent à Dieu ; morts; mais comme en certaines Eglises ou « elle relrace ces actions de grâces par lesbornail VAlleluia au Temps pascal, l usage eu t quelles on soupire pour l'éternel bonheur.