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LANGUE LITURGIQUE

Noire lâche n'est point d'entamer une controverse avec les hérétiques modernes à ce sujet. Jusqu'à Luther, Calvin cl autres, ou ne s'était point avisé d'attaquer l'usage adopté par l'Eglise de célébrer ses Offices en une tangue qui n'est pas entendue du vulgaire. Nous nous abstenons de les réfuter directement et nous nous contentons d'exposer les faits avec l'impartialité des origines historiques. Il est vrai que de celle exposition rigoureuse sort une réfutation complète à laquelle tout homme de bonne foi est forcé d'accorder son assentiment.

Lorsque le divin instituteur du christianisme fit la pâque avec ses disciples et qu'il leur conféra l'Eucharistie et l'Ordre, sacrements par lui, en ce moment, institués , cet acte liturgique eut lien sans contredit en la langue usuelle. Lorsqu'à leur tour les apôtres firent ce que leur Maître leur avail enjoint de faire comme lui , lorsqu'ils célébrèrent le sainl Sacrifice , il est bien certain que ce fut en langue vulgaire. Ainsi à Jérusalem, la Liturgie fut en langue chaldaïquc; dans toute la Palestine et la Syrie en syriaque; à Anliocheen grec, ainsi que dans l'Asie Mineure et les contrées helléniques de l'Europe; en Italie et à Rome, ainsi qu'en Afrique, le latin fut l'idiome de l'Office public. Toutes ces langues étaient parlées. Le peuple de chacune de ces contrées entendait parfaitement les prières liturgiques. Lorsque l'Egypte eut élé évangélisée, les Offices eurent lieu en langue du pays, qui était le cophte. De même l'Arménie convertie à la foi célébra ses Offices en arménien. Enfin dans les Gaules et l'Espagne» nù le latin était devenu le langage usuel, après la conquête des Romains, la Liturgie eut lien en celte langue. Voilà des faits incontestables et incontestés.

Mais lorsque la Liturgie eut élé écrite et constituée en ces di verses /angutj.cl que par la «uile elles ne furent plus l'idiome habilucl des populations. l'Eglise suivit-elle les transformations du langage, et à chaque période de transition changea-l-ellc son idiome sacré? Non certes, et la Liturgie n'eut poinl à subir ces diverses phases. Nous n'en voyons nulle part aucun exemple dans toute l'antiquité. Au contraire, l'histoire nous apprend que dans plusieurs nations évangélisées la Liturgie fut célébrée dans la langue des missionnaires préferablement à colle des peuples convertis. Nous citerons l'Angleterre : lorsque Augustin eut été sacré premier évéque de ce pays, celui-ci envoyé par le pape saint Grégoire y établit la Liturgie Latine. Or à coup sûr celte langue n'était pas l'idiome usuel des Anglo-Saxons. Il en fut de môme dans les pays septentrionaux qui, à l'exemple de l'An- «Iclerrc et par le soin des prédicateurs qu'elle leur envoya embrassèrent la foi évangélique. Les divers peuples d'Allemagne convertis da ns les septième, huitième et neuvième siècles n'avaient, pour ainsi dire, aucune idée de la tangue latine, cl tous leurs apôtres, sans ex-

ception, y établirent la Liturgie en celte languc. Nous demanderons, à présent, si pendant plusieurs siècles, ces nations qui n'enlendaienl rien au langage de l'Office public ne se sont pas distinguées par uno piété profonde cl un zèle admirable pour la foi catholique. Ce n'est point sans contredit parer qu'on n'y comprenait pas la langue de la Liturgie que l'hérésie y a fait de si déplorables progrès. Tel ne fut pas le premier grief prétexté par les hérésiarques.

Toutefois le saint-siège, en diverses époques , a autorisé des Liturgies en langue usuelle. C'csl ainsi qnc Cyrille cl Mélhodius ayant élé envoyés dans i'Esrlavonic par le pape Nicolas 1", le dernier de ces deux missionnaires devenu évéquedeces contrées y fit célébrer l'OIficcen langue du pays. Il est vrai que le pape Jean VIII s'en plaignit; mais cet evéque fit si bien goûter ses raisons par le )Hipe que celui-ci lui en témoigna sa satisfaction et déclara que ce n'était poinl chose contraire à la foi cl à la saine doctrine que de célébrer en langue vulgaire. Seulement il ordonna que l'Évangile serait lu en latin , et puis traduit en langue csclavonne pour finlrlligencedes fidèles. Néanmoinsil permet, si cela convient aux princes du ptys et à lui-même, de dire toute la Messe en latin. On continua de dire l'Office en csclavon, cl lorsque cette langue ayant singulièrement dégénéré ne fut plus entendue du peuple, on n eut garde de varier, et aujourd'hui dans ces régions la langue liturgique n'est pas mieux comprise du peuple que ne l'est en Italie le latin, cl en Grèce l'ancienne langue d'Homère et de sainl Cyrille.

En des lemps plus rapprochés, nous voyons le pape Clément V récompenser par l'archevêché deCambaliach Jean de Monlcorvinqui, après avoir prêché l'Evangile aux Tartares, avail traduit en langue du pays les prières de la Messe, et la célébrait de cette manière.

Enfin une Bulle de Paul V permit aux jésuites de traduire le Missel romain eu langue chinoise, et de célébrer la Messe en celte langue. Il est vrai que les jésuites n'usèrent point de celle dernière permission, quoique le père Couplel eût fait celle traduction. Ce Missel existe, mais jusqu'ici la Liturgie n'a jamais employé cette tangue. Il faut cependant observer que le pape n'avait permis cette traduction qu'en langue savante, ignorée du vulgaire : in linguaw non tamen rutgarcm seit eruditam et litteratorum propriam.

Nous devons maintenant faire connaître la décision du sainl Concile de Trente, en celte matière: Etti mitsa magnampopuli fideliscontineat rruditionem, non tamen expeàiretisum e$t palribus ut vulgari pussim lingua cclebraretur, qaamobretn. rctenta ubique cujusgue hcelesiœ untiquo et a sancla romuna Ècclesia omnium ecclesiarum matre et magistra probalo ntu ne oves Christi esuriant neve parvuli panem pétant et non fit qui frangat eit, mandat sancla Stjnodus pastoribus et singulii curam animation gerentibus. ut fréquenter inter tnissantm ccleb'rationcm ici per se tel prr ali^s, ex 11.»

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fum in Hissa legunlur aliquid exponanl: nique mter calera sanctissitni hujus sacrifiai tnysterium aliquod déclarent, diebus prœsertim doininicis et festis. « Quoique la Messe renferme « une grande instruction pour les Gdèles. il « n'a pas cependant semblé convenable aux c Pères du Concile qu'elle fût célébrée selon « lfi langage ordinaire des lieu*. C'est pourc quoi, en maintenant partout le Kit ancien « approuvé pour chaque Eglise, par l'Eglise « romaine, mère et maîtresse de toutes les « autres, et voulant néanmoins que les en- « fants ne soient point privés du pain spiri- « lucl, comme ils le seraient si on n'avait « soin de le leur distribuer, le saint Concile « ordonne à tous les pasteurs et aux autres « prêtres qui ont charge d'âmes, d'expliquer « par eux ou par d'autres, au milieu de la « célébration du saint Sacrifice, quelque « chose de ce qu'on y récite, et qu'ils y fus- « sent connaître quelques-uns des augustes « mystères qui y sont renfermés, principalc- « ment les jours de dimanche cl de f<Mc. » ( Canon VUIk sur la Messe en langue vulgiire. )

Il faut, pour bien comprendre celte prescription du Concile, se reporter à l'époque où i! fut tenu. Les nouveaux hérétiques voulaient partout inaugurer une Liturgie en tangue nationale. Ils flattaient ainsi les peuples pour leur faire avaler plus facilement le poison de leurs doctrines hétérodoxes. L'Eglise dut leur opposer ses armes spirituelles en prohibant ces innovations liturgiques, et cependant elle voulait procurer aux peuples une salutaire notion des paroles mystérieuses du saint sacrifice en ordonnant de les expliquer. Il fallait aussi, en maintenant les anciennes dispositions, mettre un frein à ce zèle inconsidéré que manifestaient certaines Eglises pour obtenir que la Liturgie fût célébrée en In'langue habituelle. Si le Concile, à celte époque, eût accédé à ces imprudentes eiigences et que l'Eglise catholique eût adopté ces traductions, aujourd'hui, quoique trois siècles ne se soient pas encore écoulés, l'Office divin serait déjà en un langage suranné, et une nouvelle traduction devrait en être faite. On conçoit à quels graves inconvénients pour la pureté de la doctrine seraient sujets ces changements continuels. S'il avait fallu, à chaque siècle, faire subir a la langue de l'Eglise les modifications incessantes de l'idiome parlé, et varier mémcle style comme on l'a fait pour V Imitation de Jésus-Christ, dont il existe un nombre immense de traductions, l'unité de prières n'aurait pas même existé dans une seule Eglise. Quo de disputes sur la valeur des mois, cl par suite, sur leur sens doctrinal et dogmatique?

Si en Orient la langue grecque ne se fût main* tenue dans l'Eglise, cl si, pour être prêtre, il eût suffi de savoir parler l'idiome de son siècle; celle langue n'étant plus étudiée aurait déjà depuis longtemps subi le sort de tant d'autres qui sont aujourd'hui ensevelies dans un oubli complet. Comment remonter aux origines?

Comment s'assurer que les traductions successives n'en avaient point altéré les sources?

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