LIBERA
C'est le premier mol du Répons qui se clunlo aux obsèques et aux absoutes des morts. Pour les personnes qui connaissent exclusivement le Rit de Rome, cl pour celles qui connaissent aussi uniquement le Rit de Paris et de plusieurs autres diocèses de France, ce litre qui semble exprimer le mémo objet, en désigne néanmoins deux qui sont Ircs-différcnls. On croit généralement que Maurice de Sully , évéque de Paris au douzième siècle, composa pour l'Office des morts plusieurs Répons, parmi lesquels ûgure celui qui commence par le mot Libéra. Les personnes qui sont familiarisées avec le Rit romain, n'auraient pas besoin qu'on leur remit sous les yeux celle pieuse composition d'un des plus grands évéques de France ; mais à celles qui ne connaissent que le Rit de Paris, ce Répons d'un des plus illustres prélats de
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cette même Eglise , -est totalement inconuu. Nous avons cru devoir l'insérer en entier: Libéra me. Domine, de morte teterna in die Ula Iremenda quando cceli movendi «uni et terra, dum veneris judicare sœculum per ignem. f Tremens factus tum ego et timeo, dum dittensio venerit atque vcntvra ira. Quando cali, etc. f Dies Ula, dies irœ calamitatit et miseriœ, dies magna et amara valde, dum veneris, etc. f Requiem eeternam dona eh, Domine, etc. h. Libéra me, etc. « Délivrez-moi , « Seigneur, de la mort éternelle en ce redou- « table jour où les cieux et la terre doivent « être ébranlés, lorsque vous viendrez juger « le siècle par le feu. J'ai clé saisi de IrcmbJe- « ment cl de crainlo dans l'attente deceju- « gement et de la colère a venir. C'esl ce jour, « ce jour de colère, de calamité, de misère, ce t jour solennel et plein d'amerlume, lorsque « vous viendrez juger le siècle par le feu. » Tel est le Répons Libéra que Rome s'empressa d'adopter dans sa Liturgie.
L'Eglise de Paris avait conservé ce Répons dans son Olflce des morts et pour les obsèques, jusqu'à la fin du premier tiers du dixhuitième siècle. Nous parlons ailleurs de l'immense changement qui s'opéra, a celte époque, dans le Rit de Paris. A la place de co Répons, les modernes inslauraleurs substituèrent le suivant, que l'on eut soin de fairo commencer par les mêmes mots et auquel on adapta, autant qu'il fut possible, le chant de celui de Maurice et de la Liturgie Romaine : Libéra me. Domine, ab Us qui oderunt me : non absorbeat me profundum, neque urgeat super me puteus os suum, Exaudi me, quoniam btnigna est misericordia tua ; intende animœ meœ et libéra eam. } Domine Deus rex sœculorum, soluspius es. Exaudi me, etc. f Miserere mei, Domine, fili David: Domine, adjuva me: Btnigna est, etc. f Proposuit te Deus propitiationem per fidem propter remistionem delictorum. Intende animée mea , etc. Ce Répons est composé de paroles de l'Ecriture, tirées du Psaume 68, de l'Apocalypse . chapitre XV, de saint Matthieu , chap. XV, et de l'Epltre aux Romains, chap. 111 : « Délivrez- « moi, Seigneur, de ceux qui me haïssent. « Que l'ablmc ne m'engloutisse point; que le « puits (de l'enfer) ne se ferme point sur moi. « Exaucez-moi parce que vous êtes plein de
■ bonté et de miséricorde ; jetez un regard • sur mon âme el délivrez-la. Seigneur Dieu,
■ Roi des siècles, vous seul avez la clémence « en partage. Ayez pitié de moi , Seigneur
■ Fils de David, Seigneur, venez à mon aide* « Dieu vous a proposé par la foi pour être « notre propilialion afin que nous puissious « obtenir la rémission des péchés ; jetez un « regard sur mon àme, clc.
Nous ne prétendons point ravir aux livres inspirés, leur supériorité sur la parole humaine; mais en ce cas, comme dans tant d'autres, il nous semblerait que l'Eglise de Paris pouvait et devait maintenir lo premier Répons, d'abord parce qu'il y avail pris, pour ainsi dire, naissance, ensuite parco que Rome elle-même, loin de trouver quelque inconvénient à chanter ces paroles d'un évê-
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que français qui n'est pas môme canonisé, les avait adoptées et les conserve encore. ( Voy. anéviAME, paragraphe 111.)
Le Libéra n'est pas seulement chanté comme dernier Répons de l'Office de Matines des morts, mais encore aux funérailles. Selon le Rit romain on le chante à l'Absoute qui suit la Messe d'enterrement, tel q^uc nous I avons transcrit. A Paris , au contraire, il se chante à la levée du corps , avant la Messe. Mais , à Paris comme à Rome , le Libéra est chanté pour la conclusion des services, le corps absent, après la Messe. Quelques Rites particuliers de France n'ont aucun Répons Libéra pour l'Office des morts et pour les funérailles.