‹ Origines et raison de la liturgie catholique en forme de dictionnaireChapitre 351 sur 519 · OSTENSOIR · texte numérisé non relu

OSTENSOIR

Cet ustensile est destiné à mettre en évidence la sainte Hostie quand on l'expose à l'adoration des fidèles. De là, le nom d'ostensorium , ostensoir, du verbe latin ostendere, montrer. Assez souvent on l'appelle soleil, parce que le cristal à travers lequel apparaît l'espèce sacramentelle est entouré de rayons d'or et d'argent . imitant assez bien l'astre du jour, ou plutôt la représentation

Su 'on en fait. On ne peut douter que la sainte ucharislie n'ait élé toujours adorée. L'Apocalypse nous retrace ce culte de latrie lorsqu'elle nous montre l'Agneau en état de victime adoré par les vieillards ou prêtres, qui se prosternent en lui offrant les prières des Saints, et chantant : L'Agneau qui a élé im- « molé est digne de recevoir les honneurs de « la divinité , les louanges, la gloire, les bé- « nédiclions. » Mais ceci peut s'entendre de l'adoration que nous rendons à Jésus-Christ, lorsqu'après la Consécration il est présent sur l'aulel , pendant le saint Sacrifice. S'il est d'un usage très-ancien que l'Eucharistie fût conservée pour les malades dans un vase qui a été ou la colombe d'or et d'argent suspendue, ou le ciboire (V. ce mot), il n'en est pas de même de la Bénédiction du saint Sacrement, surtout avec ce que nous appelons l'ostensoir ou le soleil, et par conséquent de son exposition sur le tabernacle ou l'autel , hors la Messe.

Dans le Concile de Cologne, tenu en H52, sous la présidence du cardinal de Cusa, légat apostolique, il fut ordonné qu'on n'exposerait le saint Sacrement que la Fête-Dieu < i son Octave ; et hors ce temps, une seule fois l'année quand il y aurait un motif pressant, comme pour demander à Dieu un bienfait ou détourner un malheur. Ce Concile se sert d'une expression synonyme d'ostensoir : in quibusque monstrantiis . que l'on traduisait par monstrances , et c'est même encore en quelques pays le nom donné à l'ostensoir.

Les ostensoirs, tels qu'on les connaît aujourd'hui, ne remontent pas au delà du quatorzième siècle. Ce n'est même guère qoe depuis le seizième qu'on leur a donné la forme qu'ils uni actuellement. Avant ce temps, on

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osait d'une montre, monstrantia, pour parler le langage du concile de Cologne, laquelle consistait en une botte garnie d'un verre sur le devant , environnée de rayons très-poinlus et surmontée d'une petite croix. Le pied qui était assez bas se terminait en ovale ou quelquefois en rond octogone. L'époque à laquelle les ostensoirs sont devenus les plus tnagniGques et de la plus grande dimension, est celle qui a suivi la révolution française, la première moitié du dix-neuvième siècle. Cependant on en voit qoelques-uns plus anciens qui sont d'une extrême richesse.

On dit que le plus riche ostensoir du monde appartient à la cathédrale d'Aischtct en Allemagne. Il pèse quarante marcs d'or, est enrichi de trois cent cinquante diamants, de quatorze cents perles, de deux cent cinquante rubis et de plusieurs autres pierres précieuses. On ne saurait improuver cette profusion de richesses employées à l'honneur du plus auguste des sacrements.

Les ostensoirs peuvent être de toute matière. On sent néanmoins qu'ilestd'une haute convenance qu'ils soient en argent, dans les églises aisées. La hauteur des plus petits doit être au moins de neuf pouces. Il faut que les deux crystaux aient au moins trois pouces de diamètre pour qu'on puisse bien voir la sainte Hostie, lis doivent être bénits avec leur croissant par un évéque ou un prêtre qui en ait la permission. L'ostensoir n'est donc point un vase sacré ; il convient cependant que tout laïque ne le louche pas indistinctement, comme tout autre ustensile, tel que les burettes, l'encensoir, etc. ( Voy.

CIBOIRE, EUCHARISTIE, etc.)

A Cadix , en Espagne, et probablement en plusieurs églises du même royaume et ailleurs, Vostensoir garni de l'espèce eucharistique est toujours placé sur le tabernacle, dans une niche ou exposition close. Lorsqu'on veut faire un Salut , au moment où commence le chant, les deux portes de cette exposition s'ouvrent d'elles-mêmes , par le moyen d'un mécanisme. Lorsque le salut est terminé, les mêmes portes se referment. On ne touche en aucune manière 'cet ostensoir, et par conséquent l'officiant ne donne aucune Bénédiction, seulement les espèces eucharistiques sont renouvelées de temps en temps. On voyait autrefois, à Notre-Dame de Paris, un ostensoir qui avait cinq pieds de hauteur, en argent doré ou vermeil. Quatre vieillards adorateurs étaient sur le pied. Il pesait trois cents marcs. L'orfèvre Ballin l'avait exécuté en 1708.

On trouve quelquefois dans les trésors des anciennes églises certains vases ainsi façon-

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nés. Le pied est octogone et supporte une tige assez courte à peu près comme telle de nos ciboires de médiocre dimension. Celte tige porte une sorte de coupe à parois perpendiculaires et à huit pans. Elle est couronnée d'un couvercle fait en forme de pyramide qui se termine par une croix. Au milieu de l'un de ces pans est percée une ouverture ronde munie d'un cristal. C'est derrière celui-ci que se plaçait l'Hostie : c'est là une variété de ces monslrances ou ostensoirs dont nous avons parlé; néanmoins le fond de ce vase est doré et il servait en même temps à recevoir les antres saintes espèces que l'on conservait. Le couvercle dont nous parlons est inhérent à la coupe , et s'ouvre par le moyen d'une charnière : ce vase était donc tout à la fois la monstrance et le ciboire ou pixis sacra..

« Anciennement dans l'Ordre de Clteaux , ■ la Vierge tenait d'une main le tabernacle « qui renfermait l'Eucharistie et qu'on ap~ « pelait pour cette raison la suspense. Du • temps de l'abbé de Rancé, ce suspensoir « inusité dans les autres églises fut traité « d'innovation par des hommes dont la «science, en fait d'antiquité, ne remontait « pas, comme on voit, fort loin dans la nuit « des siècles. Des critiques plus sérieuses , « mais non moins frivoles et aussi peu fon- « dées, donnèrent lieu au distique suivant du « réformateur, qui est tout à la fois la réfu- « talion de ces injustes critiques et la preuve « que l'abbé de Rancé eût pu briller dans « tous les genres :

Une traduction ne peut qu'affaiblir ces vers si concis cl si poétiques.

« SI quxras nalum cor malrfs dexlera ge&ut

« SoU fuil tanto munere cligna |>arei«. « Non poicral ftmgi maiori munere mater

« Nom poierat major dexlera Terre Deom.

« Demandez-vous pourquoi la main de la « mère porte le fils? Seule parmi les mères « elle fut digne d'une si grande charge. La « mère ne pouvait remplir un devoir plus « auguste. Une main plus forte ne pouvait « porter un Dieu >. (Extrait du livre intitulé : la Trappe mieux connue, publié en 1834.)

A Marseille la statue d'argent qui représentait la Sainte-Vierge , sous le nom de Notre-Dame de la Garde, servait à' ostensoir, pour la procession de la Fêle-Dieu el de l'Octave. On y mettait la sainte Hostie dans une boite de vermeil, ornée d'un cristal qui était entre les mains de l'enfant Jésus. D'autres disent qu'un petit ostensoir était placé entre les bras de la Vierge elle-même. Cela était regardé comme un privilège unique dans le monde chrétien.

LîTIJtGlE CATHOLIQUE.

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