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PAPE

C'est le nom qu'on donne le plus ordinairement au chef suprême de l'Eglise catholique; l'évéque de Rome, comme successeur de saint Pierre, prince des apôtres, porte aujourd'hui celte qualité, exclusivement aux autres évéqnes. Nous disons que l'évéque de Rome en est aujourd'hui seul revêtu, parce que, jusqu'au sixième siècle, le nom de pape rut donné assez souvent à d'autres évéques. Ce nom de iretTMr, en grec, signifie par effusion de tendresse, père. Nous faisons ressortir, dans l'article clergé, ce que ce titre a de touchant et de parfaitement analogue à l'esprit d'amour qui distingue le catholicisme de toute autre croyance religieuse. Les canonistes donnent au pape plusieurs autres qualifications, dont nous allons citer les principales : ce sont celles de swmnut pontifex, pontifex maximus, « suprême pontife, le plus grand * des pontifes, » sanctissimus, très-saint, beatitsimus, très-heureux, episcopus Ecelesiat universalis, évêque de l'Eglise universelle, episcopus episcoporum, l'évéque des évéques, ordinariut or dinar iorum, l'ordinaire des ordinaires, vicarius chritti, vicaire de Jésus- Christ. Nous ne ferons pas ici l'énumération des autres titres nombreux que les Pères et les écrivains ecclésiastiques donnent au pape, parce que nous avons seulement voulu faire connaître, s'il est permis de parler ainsi, les qualiGcations officielles. Nous renvoyons au paragraphe Variété* le tableau de ces titres, recueillis par saint François de Sales.

Le pape peut être considéré sous quatre rapports distincts : 1* comme chef de l'Eglise catholique; 2* comme patriarche de tout 1 Occident; 3* comme évéque du siège de Rome; k' comme prince souverain des Etats romains. Les trois premières prérogatives datent de saint Pierre; la dernière ne remonte pas nu delà du huitième siècle. La partie de jurisprudence canonique relative au pape ne saurait, et ici moins qu'ailleurs, être par nous traitée ; nos recherches liturgiques doivent donc se borner au cérémonial de l'installation ou intronisation, cl à tout ce qui peut entrer dans celte catégorie. Au mot conclave nous fournissons de suffisantes notions sur les formes électorales d'un nouveau pape.

Nous trouvons dans la tradition métaphorique des clefs du ciel un emblème trèsexpressif du caractère de suprématie pontificale dont le divin Sauveur investit Simon Pierre; dans l'article clergé nous faisons ressortir quelques preuves historiques de celte suprématie. Apres la mort violente de saint Pierre, l'héritage de la puissance papale fut recueilli par Lin, Clément, Clet, etc. Quel tut < c mode de leur intronisation? c'est ce qu'aucun document historique ne peut nous révéler. D. Mabillon, dans son Commentaire des Ordres romains, présente un résumé des recherches savantes a'Onuphre sur ce point important ; nous abrégeons à notre tour ce

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qu'en dit le docte bénédictin. On doit distinguer six périodes : la première se prend de saint Pierre à Constantin, la seconde de Constantin à Juslinien, la troisième de celui-ci à Charlemagnc, la quatrième de Charlemagne au pontifical de Formose, la cinquième de ce pape à l'empereur Othon, la sixième de cet empereur au pape Alexandre III. Or ce dernier fut intronisé en 1154; il est vrai qu'il s'agit ici plutôt du mode d'élection que de celui de l'intronisation, dont nous voûtons exclusivement parler. Ce ne fut sans doute qu'après la paix rendue à l'Eglise qu'il fut possible de donner à cette cérémonie un certain éclat; il est certain d'abord qu'en tout temps le pape élu recevait l'imposition des mains des évéques présents, parce que le nouveau pontife était toujours tiré de l'Ordre des prêtres, et même des Ordres inférieurs. Les acclamations du peuple et du clergé accompagnaient cette consécration. Nous savons que Corneille, élu pape au milieu du troisième siècle, fut ainsi proclamé par ceux-là mêmes qui s'étaient opposés à son élection. Ce pape* dans sa lettre a saint Cyprien, parle de ces acclamations. Il est probable qu'il en fut ainsi à l'égard de ses successeurs. L'ordination avait lieu dans l'église de Saint-Pierre, au Vatican, et l'intronisation dans la patriarcale de Sainl-Jean-de-Latran; néanmoins ce n'était pas un ordre constant. Le cérémonial dont nous parlons ne prit un développement un peu considérable qu'au milieu du septième siècle. Conon, qui fut élu en G8C, reçut les salutations et les hommages des principaux magistrats de Rome; le peuple et l'armée y joignirent leurs acclamations. Etienne III, élu un siècle plus lard, dans l'église de Sainte-Marie inprœsepe, fut porté en triomphe à la basilique constantinienne du Saint-Sauveur ou de Latran ; là, selon Anastase le Bibliothécaire, le pape, après avoir élé introduit in patriarchium, y fut intronisé. juxta morem, « selon la coutume. » Ces dernières paroles prouvent que la même cérémonie avait élé pratiquée à l'égard des prédécesseurs d'Etienne III. Lorsque le pnpr Valenlin eul été placé sur son trône, tout lo sénat romain lui baisa les pieds; c'est ce qu'Anastase nomme la salutation, en ajoutant : Juxta morem antiquum. Or ce pape lut élu en 827. • Ainsi, dit Mabillon, tels étaient « alors les Rites observés. La consécration « du pape avait lieu à Saint-Pierre, puis on « le plaçait sur son trône dans la même basi- « lique; ensuite il y célébrait la Messe. De là ■ on le conduisait âu palais de Lalran, où se « donnait un grand repas. Le nouveau pape « faisait des largesses au sénat et au peuplo; « c'est ce qu'on appelait les presbyterta. » L'Ordre romain rapporte d'une manière assez étendue le Rit de celle consécration ; nous le consignons d'après D. Mabillon, parce que ce détail offre beaucoup d'intérêt.

On commence par le chant d'un Psaume , c'est celui de l'Introït, qui se réduit aujourd'hui à un seul Versel, précédé et suivi de l'Antienne. Le pontife élu sort de la sacristie, de secretario, accompagné de sept acolytes

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portant des cierges allumés, cum eereotlalis ttptetn, et il ?a à fa Confession de saint Pierre, c'est-à-dire à l'autel élevé sur le tombeau do

n'nce des apôlres. Après la Litanie, c'estire après avoir chanté au moins neuf fois Kyrie eleison, les évoques et les prêtres montent ensemble au trône. L'évéque d'AJbano récite la première Oraison sur le nouveau pape: Adesto supplicationibus nostris; l'évéque de Porto récite la seconde • Propitiare, Domine, supplicationibus nostris. On apporte ensuite les Evangiles, on les ouvre, et deux diacres les tiennent sur la téte de l'élu ; ensuite l'évéque d'Ostie consacre le pontife en disant : Deus bonorum omnium, et ajoute, en son lieu : Et ideirco famulo tuo, N., etc., puis l'archidiacre attache au pape le pallium. Le nouveau pontife monte, après cela, sur son Irène, donne la paix à tous les prêtres, et chante l'Hymne Gloria in excelsis Deo.

D. Mabillon agite ici une triple question : 1* L'évéque d'Ostie a-t-il été constamment investi du droit de consacrer seul le pape, exclusivement à tout autre? 2* Celui qui avait été élu pipe n'étant encore que diacre élait-il fait évéque sans passer par l'Ordre de prêtrise? 3° Avant le onzième siècle csl-il Tait mention de l'intronisation du pape sur la chaire stercoraire?

Il est certain que, longtemps avant le neuvième siècle, l'évéque d Ostie était le consérrateur du pape; il parait également certain qu'il n'était pas seul, mais accompagné de deux autres évoques. Avant le Concite de Nicée, l'ordination d'un évéque se faisait par trois évéques, et si quelque part la règle devait être observée, c'était bien sans contredit à Rome, lorsqu'il s'agissait de consacrer le premier évéque de la catholicité. A la seconde question, D. Mabillon répond, après avoir fourni des preuves péremptoircs, que le diacre élu pape était fait évéque sans passer par l'Ordre de prêtrise. On ne peut fixer le siècle où la coutume contraire fut introduite, seulement nous vovons qu'au onzième siècle Hildebrand ayant été élu pnpe après la mort d'Alexandre II, n'étant encore que diacre, fut ordonné prêtre dans la semaine de la Pentecôte, cl consacré évéque de Rome le jour de saint Picrro. Gélase 11, à la fin du douzième siècle, élu n'étant encore que diacre, fut ordonné prêtre et pois évéque.

On ne trouve nulle part mention de la chaise stercoraire avant le douzième siècle, ce qui détruit radicalement la fable de la fausse papesse Jeanne. Voici ce qui se pratiquait : Le nouveau pape, après avoir été introduit dans l'église de Latran, était installé sur le trône, placé dans l'abside de celte basilique. Là il admettait au baiser les évéques et ks cardinaux. On le conduisait ensuite an portique de l'église et on le faisait asseoir sur un siège do marbre. Pendant

So'il était assis, on chantait l'Antienne tirée a Psaume C.XII : Suscitât de pulvere egenum, t»n selon la Vulgale: Suscitons de terra inopem, et de stercore *rigit pauperem. En même temps on soulevait le pontife, qui quittait le >iége. C'était là un de ces enseignements sti-

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blimes, tels que le christianisme seul est capable de les inspirer. « C'est Dieu qui de la « poussière lire le pauvre pour l'exalter ; « C'est Dieu qui du vil fumier élèvo aux plus « hauts honneurs l'indigent. » D. Mabillon assure qu'il a vu celle ebaise et qu'elle n'est point percée. Ainsi s'évanouit la basse e-l ignoble calomnie que les hérétiques ont imaginée au sujet delà prétendue papesse Jeanne. Le nom de stercoraire était dune vulgaire ment imposé à ce siège de marbre, à cause du mot stercore, de l'Antienne précitée.

L'intronisation de Paschal 11, en 1088, décrite par Pandulphe, nous fait connaître d'autre parties importantes de ce cérémonial. Après son élection, les Primicicrs elles Scribes régionnaires firent celle acclamation: « Saint Pierre a élu le pape Paschal. » Après plusieurs autres acclamations, les évéques le revêtirent d'une chlamyde d'écarlale, chlaviydem coccineam, et on lui mil sur la létc la tiare. 11 fut ensuite conduit à Sainl-Jcan-dc- Lalran. Là il descendit de cheval et on le fit asseoir sur le siège qui se trouve dans lo portique; c'est la chaise stercoraire dont nous venons de parler. Ensuite il fut introduit dans la patriarcale. On l'y ceignit d'un baudrier d'où pendaient sept clefs et sept sceaux. Ce Rit fut observé à l'égard de Calixte II et d'Honorius II, mais il est antérieur à Paschal, comme il conste d'une lettre de saint Pierre Damien à l'antipape Cadalous. Paris de Crassis et Ccncius ne parlent point de ce baudrier à sept clefs et à sept sceaux de la même manière. De ce baudrier, selon eux, pendait une bourse de pourpre dans laquelle étaient douze sceaux en pierres précieuses et du musc. Pandulphe explique les sept clefs et les sept sceaux comme étant des symboles des sept dons du Saint-Esprit, en vertu desquels le pape ouvre ou ferme les églises dont il a le gouvernement. C'est peutêtre pour figurer les sept basiliques de la ville de Rome.

Tels sont les documents liturgiques présentés par D. Mabillon, dans son commentaire sur les Ordres romains, à l'égard du Rit ancien de l'intronisation ou de la consécration des papes. Nous avons omis plusieurs détails qui n'entrent point dans notre plan.

Le douzième Ordre romain, qui a pour auteur Cencius, écrivain de la fin du douzième siècle, sous le pontificat de Céleslin III, décrit longuement le cérémonial de l'intronisation du pape, tel qu'il avait lieu à celte époque. Nous devons nous borner à un abrégé qui suffira pour s'en former une idée. Lorsque le pape a été élu, le doyen des cardinaux lui met un pluvial rouge, de pluviali rubeo ammantat, et lui donne un nom. Deux des cardinaux les plus distingues conduiseut le nouveau pape à l'autel, où il fait son adoration. Aussitôt le primincr enionnc le Te Deum, qui est chanté par le Chœur des chantres et les cardinaux. Ensuite on conduit le pape à son trône, derrière l'autel, et là il admet au baiscmcnl des |>i?ds cl au baiser les évéques et les cardinaux cl ceux qu'il

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juge dignes de cet honneur. Puis on le conduit au siège de pierre ou chaise dite stercoraire, qui esl dans le portiquede l'églisedu Saint-Sauveur de Latran, et l'on y chante l'Antienne Suscitât de pulvere egenum, etc. ; lorsque le pape en a été relevé, il prend dans la bourse de son camérier trois poignées de pièces de monnaie et les jette en disant: « Je ne me « complais point dans l'argent ni l'or, mais ■ ce que j'ai, je vous le donne. » Le lecteur saisira facilement cette allusion. Le prieur des chanoines de Latran conduit le pape au porlique, et l'on fait entendre l'acclamation: « S.iint Pierre a choisi le seigneur N. » Apres une Procession, dont le détail n'offre rien de hien important, le pape esl conduit à la basilique de Saint-Sylvcsire. Là, le prieur de la basilique de Saint-Laurent lui donne une férule, sorte de baguette pastorale qui est l'emblème du gouvernement et de la correction, et enfin les clefs de l'église et du palais de Latran, symboles de la puissance spirituelle. Après s'être assis sur un siège, il rend au prieur la férule et les clefs. Ce prieur le ceint d'une ceinture de soie rouge, de laquelle pend une bourse de pourpre qui contient douze seca ux de pierres précieuses cl un peu de musc. Pendant ce temps le pape esl assis, comme s'il était couché entre deux sièges, afin de figurer un repos entre laprimalicdePicrre.princedes apôtres, et la prédication de Paul, docteur des nations. La zone rouge esl le sy m holc de la chasteté, la bourse figure le trésor avec lequel on doit nourrir les pauvres de Jésus-Christ el les veuves ; les douze sceaux représentent les douze apôtres cl le pouvoir qui leur fut confié, le musc est l'emblème do la bonne odeur de Jésus-Christ. Pendant que le pape est assis sur le second siège, il reçoit au baisemenl des pieds les officiers du palais et les admet ensuite au baiser. Puis il prend des mains de «on camérier des pièces d'argent et les jette au peuple, par trois fois, eu disant: Dispersit, dédit pauperibus, justilia eju* munet in sœculum sventi.

« Le pape esl ensuite conduit par le por- « tique sous les images des sainls Pierre et « Paul, apôlres, lesquels vinrent par mer à « Home, sans aucun guide, cl entre dans la « basilique de Saint-Laurent. » Nous traduisons le texte de l'Ordre romain. Ce fait miraculeux est ainsi rappelé sans autre explication. Le pape entre dans la basilique de S.iinl-Lnurent, el après y avoir fait une longue prière, entre dans son appartement, d'où il se rend, après quelque repos, à la salle, où un repas lui est préparé.

Le dimanche qui suit son élection, le nouveau pape, accompagné de tous les officiers de son palais et de nobles romains, se rend à l'église de Saint-Pierre, pour y être consacré par l'cvéque d'Ostie, assisté des autres éyéques Après la cérémonie, le prieur de Saint- Laurent met le palleum (sic) sur l'autel , et aussitôt l'archidiacre et le second diacre le remettent au pape. L'archidiacre dit : Accipe palleum, plenitudinem «cilicet pontificalis officii, ad honorent omnipotenlis Dei et gloriosissimœ Virginis tint genitricit et bcatarum

TîlOLIQt E. trll apostolorum Pétri et Pauli et sanctee romanm Jicclesice. « Recevez le palleum qui est la plè- « nilude de la charge pontificale, à l'honneur « de Dieu tout puissant, de la très-glorieuse « Vierge, sa mère, des bienheureux apôtres « Pierre et Paul, et de la sainte Eglise Uo- « mainc. » L'Ordre ajoute : El nihil aliud, c'est-à-dire: L'archidiacre ne prononce pas d'autres paroles. La manière donl ce palleum est attaché mérite attention. L'archidiacre cl le prieur basilicaire revêtent le pontife de ce palleum, el l'attachent, par le moyen de trois épingles d'or, sur le devant el le derrière et au côté gauche. La léte de ces épingles est enrichie d'hyacinlhes. Cet ornement poitlifiral nous semble un peu différer de celui qui est aujourd'hui en usage. (Voyez pallium.) Ainsi paré, le pape célèbre la Messe, et tout s'y passe comme à la scronde fèle de Pâques. On y chante l'Epitre et l'Evangile en grec et en lalin. Ensuite couronné, coronatus, c'està-dire portant sur la léte la tiare, le pape revient au palais proccssionncllcmcnl, sous des arcs de triomphe. Les Juifs lui présentent la loi. Les clercs romains encensent le pontife aulanl de coups, jadibus tolidem. qu'au susdit jour. Des largesses sont faites aux cardinaux grecs, au primicier el à son Chœur de chantres, au préfet, aux sénateurs, aux juges et avocats, aux greffiers, aux capitaines des vaisseaux, à Y école des Croix, schola trucium, et aux chapelains. Cette école des Croix est celle qui porte les croix processionnelles ; les porte-croix, dans les longues Processions, se relayent successivement. Diverses autres largesses sont faites à d'autres corporations. Les Juifs qui ont présenté les Livres de la loi au pape en reçoivent, ainsi que ceux qui ont élevé des arcs, les officiers de la table pontificale, etc. Celte distribution sappelle presbyterium.

C'est ainsi qu'eut lieu le cérémonial de l'intronisation du pape Célcslin III. Il parail certain qoe ce ne fut point pour la première fois que celle pompe fut déployée, el queCenciu* n'a fait que reproduire ce qui se pratiquait antérieurement, du moins pour la très-majeure partie. Mais c'est la première description assez amplement développée que nous trouvons dans les Ordres romains. Le cérémonial des siècles postérieurs, en orenant plus d'extension , se modifie sur plusieurs points. C'est ce qui résultera des notious ultérieures que nous avons à présenter.

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