PROCESSION
Cc lerme exprime parfaitement, d'apn son élymotogie, une marche grave, religieuse et solennelle. Une très-ancienne Rubriqnc de l'Eglise Romaine fait précéder les Procession* de celle monition faite par le diacre : Proerdamus in pace, Hin nomme Christi. « Proce- « dons en paix.rçau nom deJésus-Chrisl "On trouve l'usage des Processions établi dans tous
le» cultes religieux même les plus bizarres. La loi de Moïse eut ses Procession*. Il bu (fit de citer celle qui se Cl lorsque ' arche fui transférée de la ma^on d'Obed-Edom en la ville d'Hébron. La religion chrétienne eut ses marches religieuses dès qu'elle put jouir de la liberté, et on n'a pas besoin, pour cela, d'y chercher des imitations de la loi judaïque nu du culte païen. Lorsqu'on voulut transférer d'un lieu profane dans une église les corps des martyrs, un sentiment de vénération profonde dut imprimer aux peuples qui accompagnaient ces augustes convois un saint recueillement, et mettre à leur bouche des cantiques de joie et de triomphe. Telle fut, sous Julien l'Apostat, h translation des reliques du saint martyr Rabylas. Dans les calamités publiques, on allait en Procession aux tombeaux des confesseurs immoles pour la foi, en implorant la miséricorde du Seigneur, par leur intercession. Quand l'évéque devait officier, le clergé allait en Procession le chercher à sa demeure et te conduisait à l'Eglise en chantant des Psaumes.
On voit dans les règles de quelques Ordres religieux, même depuis le sixième siècle, que le dimanche on allait en Procession à des oratoires particuliers. On partait de trèsgrand matin pour imiter les saintes femmes qui accoururent summo mane au tombeau du divin Sauveur. Celle première Procession du christianisme, s'il est permis de parler ainsi, avait fait établir, en plusieurs diocèses, la Procession qui s'y faisait, dès quatre heures du matin, le jour de Pâques. La Procession qui se fait, le dimanche avant la Messe solennelle, est, selon Durand, une commémoration de celle des saintes femmes au tombeau de Jésus-Christ. Sans luiôtcrson pieux symbolisme, Lebrun pense que cette Procession dominicale tire son origine de la coutume observée dans les cloîtres, où l'on aspergeait solennellement d'eau bénite l'intérieur et l'extérieur des églises, ainsi que les salles et réfectoires des monastères. Celle aspersion processionnelle se faisait par le célébrant précédé de la croix et du clergé. On trouve encore un souvenir de cette Procession monacale dans la Rubrique de plusieurs Rites qui ordonnent de porter le bénitier el son gou-
ftillon à la téle de la Procession qui précède a Messe, quoiqu'il n'y ait à faire aucune aspersion.
Dans toutes les Processions la croix précède la marche. Elle est portée par un clerc en surplis ou par le sous-diacre en tunique, dans les grandes féles. Selon plusieurs Rites, le sous-diacre ne porte jamais la croix. C'est toujours un clerc en surplis ou en chape. « La figure du Christ attaché sur la croix doit
• tourner le dos au clergé qui suit, pour dé-
• signer que Notre-Scigncur marche a la téte. m On enexceple les croix papale cl anhiépis- « copale dont la figure est tournée vers In « poutife, afin que celte vue lui rappelle qu'à m l'exemple du suprême Pasteur il doit vcil- « 1er avec un grand soiu sur les dînes qui r lui iont confiées. » Nous venons de traduire lextueliestenl la Rubrique romaine qui est eu
téte du Processionnal. A Paris , 'et presque partout en France, on n'observe pas ceii«* prescription, el le crucifix est tourné vers le clergé. Après la croix viennent les bannières. Le clergé et le peuple suivent. A Paris, les bannières précèdent la croix ainsi qu'en on grand nombre d'Eglises. Ce sont là les règles générales. 11 y en a de spéciales pour diverses circonstances. Le Rituel romain divise les Processions en ordinaires qui sonl celles de la Purification, des Rameaux, de Saint-Marc, des Rogations, de l'Ascension , de la Fête- Dieu, et des dimanches, pro consuetuAim Ecclesiarum, selon la coutume des Eglises. Les Processions extraordinaires sonl celles que Ton fait en certaines occurrences.
Les Processions du dimanche avant la Messe de paroisse ont un Ril qui varie, selon les diocèses. En général elles ont un Répons, un Verset et une Oraison. En quelques Eglises , depuis l'Invention de la Croix jusqu'à l'Exaltation seulement, il y a Procession avant la Messe paroissiale. Elle commence par lo VenitCrmior. A la station devant une croix, on chante un Evaugilc suivi de Versets et de prières pour tous les besoins Le célébrant y bénil, avec la croix, les fruits de la terre : Ut fructus terree, etc. Puis on repart pour l'église au chant de l'.4re. maris Stella. Nous «écrivons certaines Processions, telles que celles des nAviKAUx.de la fete-dieu, etc. {Voyez ces articles). On peut consulter encore ceux, banmère, croix, ekcexs, eucharistie. En celui-ci nous décrivons surtout la Procession du saint Sacrement, à Rome, quand le pape officie, etc., etc.
VARIÉTÉS
Dans son ouvrage intitulé Relation de Moicode . imprimé eu 1698, M. de la Neuville décrit en ces termes une Procession russe : « Tout le clergé, revêtu de chapes assez ma- « gnifiques et la plupart brodées de perles, « sort d'une église en corps, quelquefois avec « peu d'ordre , pour se rendre à celle-ci ou « il y a dévotion. Chaque prêtre porte en « main quelque chose : les uns des livres , « les autres des croix , el beaucoup, des bâti tons pastoraux. Ceux qui marchent près « du métropolitain ou patriarche portent de « grands tableaux de la Vierge, garnis d'or, « d'argent, de pierreries et des reliquaires : « d'autres de grandes croix carrées, pareil— « lement fort riches el si pesantes que quel- * ques-unes sont portées par quatre prêtres. « Ensuite paraissent ceux qui portent le livre « des Evangiles , qui sont sans contredit les « plus magnifiques de l'Europe . car un seul « coûte jusqu'à vingt-cinq ou trente mille « écus. Le czar Pierre en faisait faire un par « un joaillier français . dont chaque côté est « garni de cinq émeraudes, estimées, la moin- « arc, plus de dix mille écus, et enchâssées « dans quatre livres d'or. Après tout cel « équipage viennent les abbés suivis des mé- «t (ropolilaius, cl tout le dernier, à quelque « distance d'eux, parait le patriarche, ayant « en tête ion bonnet semé de perles, et Ml,
• excepté les (rois couronnes , à peu près
• comme la tiare du pape. Quand ces Pro- « cessions marchent, elles sont précédées « d'une centaine d'hommes, les uns portant « des balais et les autres de grandes poi- € gnées de sable , pour la propreté des che- « mins. ■
Les Grecs ont très- peu de Processions solennelles» ou tre celle de la Messe pour les dons.
La plus brillante Procession des Arméniens est celle de la féle de l'Epiphanie. En ce jour, dès- le grand malin, après la Messe qui a commencé à minuit, le clergé en chapes, portant en main des cierges, et le livre des Evangiles précédé de diacres, dont chacun porle un cierge d'une main et un encensoir de l'autre, les sous-diacres ne portant qu'un grand cierge , fait une Procession autour d'un grand bassin plein d'eau placé au milieu du sanctuaire. Le célébrant plonge la croix qu'il tient de la main, dans l'eau, et y ▼erse ensuite de l'huile du saint Chrême. Les fidèles accourent pour se laver le visage de celte eau , rt en emportent clans leurs maisons. Ceci n'est que le prélude d'une Procession bien plus solennelle. Elle commence une henre après la fin de l'Office; lo célébrant portant en main le vase des saintes huiles marche sous un dais précédé de tout le clergé pour aller bénir une rivière ou un lac. On peut lire dans Lebrun la description de la Procession qui se faisait le même jour à Upahan . quand le patriarche allait bénir le Ûeuve Zenderou.
Dans les Voyages liturgiques du sieur de Moléon (Lebrun Desmarellcs) on lit la description suivante des jours solennels à Angers : ■ Quoiqu'il ne soit pas dimanche, on « fait, après Tierce, l'aspersion de l'eau bé- « nilc. L'aspersion étant faile cl l'Oraison
• chantée , les chantres commencent le Ré- « pons de la Procession cl on marche en cet « ordre: les deux petits bedeaux, les deux « grands bedeaux , un enfant de chœur « chapé portant le bénitier, deux autres en « tunique portant les chandeliers, deux « diacres en dalmatique portant deux croix, « s'il y a félage (sinon une croix et un texte
• de 1 Evangile) , deux autres diacres por- « tant deux autres textes, uncorbelier chapé « et ayant une écharpe sur les épaules, por- « tant les reliques d'un saint, ayant en ses « côtés deux enfants de chœur en tunique m qui tiennent en leurs mains deux encen-
• soirs fumants, les deux maires-chapelains « chapes , le chanoine officiant et lo sous- ■ chantre en chape, le chantre seul aussi « chapé, ayant en main son bâton et sur sa « téte un bonnet de soie ronge. Ensuit» maria chent deux à deux les enfants de chœur,
• les psalteurs, les clercs, les chapelains, les « officiers, les chanoines et l'évéque. »
Le cardinal Bona fait observer que chez les anciens, par le mol procedere, on entend ordinairement la marche du clergé el des fidèles vers l'église pour y célébrer l'auguste Sacrifice. Saint Ephrem décrit la marche du grand saint Basile se rendant à l'églUe. le jour de la Tbéophanie, entouré d'un nom-