PROSE
Par opposition aux Hymnes, qui sont ordinairement en vers , on donne ce nom è une autre espèce de cantiques liturgiques er. prose rimée ou non rimée qui se chantent avant l'Evangile de la Messe cl quelquefois à Vêpres, ou au Salut qui les suil. Il y a c<pendnnl des Proses en vers auxquelles le nom d'Hymne conviendrait mieux , ma <
q u*«n appelle également Proses. Le vrai nom «te ers compositions est celui de séquence, irquentia, parce qu'il exprime leur origine. Depuis les temps les plus reculés, VAIlcluia qui suill'EpItrc se termine par une suite de noies sur la dernière lettre. Ce son de joie qui semble avertir de l'impuissance où est la créature de chanter dignement le Créateur, selon la pensée de saint Augustin, s'appelle newn*, air, souffle. A ces notes sans paroles, on substitua des cantiques nommés, à bon droit, Sequentia : comme on voit, ce dernier n'étant que la traduction du mot grec neume.
On attribue généralement cette institution au moine Noikcr, abbé de Sainl-Gal en Suisse, vers l'an 880. 11 nous parait probable que les Prosts existaient avant lui et qu'il ne fit qu'en répandre l'usage , surtout parce qu'il en composa lui-même plusieurs. Le pape Nicolas I" approuva plusieurs Proses et permit de les chanter à la place du neume, qui, aujourd'hui encore, est omis lorsqu'il y a Prose. Il est utile de remarquer, au sujet des Proses, que longtemps avant qu'on en chantât les Iropes étaient déjà en usage, et que les Inlroïls, les Kyrie, etc., avaient déjà admis ces sortes d'intercalations. Il n'y avait donc qu'un pas à faire pour arriver aux séquences. Un second Noikcr, moine de Saint- Gai comme le premier, composa ou recueillit plusieurs séquences vers la fin du dixième siècle. On dirait que l'abbaye do Saint-Gai cultivait spécialement ce genre de littérature sacrée, car un autre moine de celle abbaye, Herman Con tract, Conlraclus, ou le Rétréci, est auteur, à son tour, de plusieurs Proses. H vivait dans le onzième siècle. Nous en ayons l'Ave maris Stella, le Veni, Sancte Spiritus, etc. II est vrai que pour celle dernière, les auteurs ne s'accordent point à la lui attribuer.
Le Missel romain en contenait un trèsgrand nombre dont quelques-unes seulement étaient d'un grand mérite, mais les autres accusaient la barbarie du siècle qui les avait produites. Une réforme était indispensable. Le Missel de saint Pie V n'en conserva que quatre. Le Rit parisien en laissa subsister un plus grand nombre. Quelques autres Rites diorésains , en France , conservèrent plusieurs Proses outre celles du Missel romain, ou même en admirent quelques-unes récemment composées. Les Français, du reste, s'étaient exercés sur ce genre de composition. Noos pouvons citer le roi Robert, Adam de Saint-Victor, A bai lard, etc.
La Liturgie Grecque n'a point de Proses. Celle des Arméniens a pour les principales fêles une espèce de Prose, molctou cantique qui précède la préparation des dons sur l'autel. On y chante aussi, pondant la communion du peuple, des cantiques dont un est commun et deux autres sont particuliers aux Tètes de Noël, de l'Epiphanie el de la Hésurreclion de Nolre-Scigncur.
La Liturgie Syrienne esl la seule des Eglises d'Orient qui ait des Proses proprement diles et qu'on chaule avant l'Epitrc. sous le nom de sedro, qui «signifie ordre. Elles sont
de saint Ephrem et de saint Jacques le Syrien.
Pendant le chant de la Prose le Chœur esl assis comme pendant l'Epllre, et dans les églises qui ont des orgues, le Chœur la chante alternativement avec cet instrument. Aux Proses qui se terminent par une invocation, le Chœur se lève.
Pour donner une idée du goût détestable des anciennes Proses supprimées, nous ne citerons qu'un seul exemple. Celle-ci commence par une slrophe dont le premier mot, Alléluia, est ainsi intercalé :
Aile nrc non ot percune ccclcsle lnia,
A la place de Alléluia cœlesle nec non et perenne.
Les Proses conservées dans le Missel romain sont très-belles et méritaient l'exception. Celle de Pâques, Victimœpascliali, a subi des retranchements (Voyez paques). Celle de la Pentecôte, outre ce que nous venons d'endire au sujet de son auteur, fut longtemps attribuée à Hobcrl, roi de France. On l'a confondue avec, une Prose de ce roi, pour le même jour : Sancti Spiritus adsit nobis gratia. Tout le monde sait que la plus belle de loules les Proses anciennes cl modernes. Lauda, Sion, Salvatorem, pour la Fétc-Dieu, est de saint Thomas d'Aquin. Enfin le Dies irœ du jour des Morts est attribué à plusieurs auteurs. Ou en fait honneur au cardinal Frangipnni- Malabranca, au cardinal Ursin, à Thomas de Cclano, de l'Ordre des mineurs, à saint Bouaventure, au cardinal Matthieu, général des mineurs, à Humbert V, général de l'Ordre des prédicateurs, à saint Bernard, et même à saint Grégoire le Grand. Mais il esl certain
3ue le Dies ira est postérieur à ces deux erniers, surtout à saint Grégoire. Plusieurs Missels l'attribuent au cardinal Malabranca.
Au surplus, le Dies irœ semble avoir clé composé plutôt pour le premier dimanche de l'Avent. En effet celte Prose roule en entier sur le jugement dernier, excepté l'invocation Pie Jesu qui y a été très-raanitestcmenl ajoutée, lorsqu'on l'adopta pour les morts. Cette séquence placée dans les Messes pour le» défunts est une déviation de la règle générale, selon laquelle il n'y a de Proses que pour tenir la place du neume ou jubilus de V Alléluia. Le chant en est aussi beau que les paroles, et celles-ci sont sublimes dans leur simplicité religieuse.
Les Rites diocésains de France , comme nous l'avons dit, admeltenl un grand nombre de Proses ; en général elles sont fort belles : celle de la Toussaint , priucipale ment, est un chef-d'œuvre; après elle li prose de Noël Volis Pater annuit , celle de. l'Ascension, Solemnis hœc festivitas , et à Paris , en particulier, celle de Saint-Denys . sont très-remarquables. Celle-ci est d'Adam de Saint-Victor : il esl vrai qu'on a changé quelques strophes el qu'on en a supprimé quelque*; autres. On peul se plaindre de ces
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altérations, mais il faut aussi reconnaître qu'en général dans ces anciennes compositions il y a quelquefois «les choses qu'on ne peut conserver dans nos temps modernes , et qu'on est forcé de faire quelques concessions à la saine critiqtic : on a donc cru devoir retrancher de l'œuvre primitive surtout celta avant-dernière strophe :
Se caria ver mox erexit Trnticits truncum capiil vexil Cjuo fiTefite Imk- (Jirexil Angelurinn concin
■ (Après la décapitation de saint Denvs} le m cadavre se releva , le tronc porta la léte • tronquée, et pendant qu'il la portait le « Chœur des anges le dirigea. » (Traduction littérale.)
Les Missels diocésains renferment , ad calcem, plusieurs Proies communes pour différentes solennités des mystères ou des saints qui sont patronales. Le Missel romain do 1631 en contient un assez grand nombre, destinées à ces fêtes locales. Os Proses sont en général de divers auteurs du moven &çc ; il y en a plusieurs d'Adam de Saint-Victor, etc.
Nous ne devons pas terminer s".ns mentionner une autre élymologie qu'on pourrait, à If rigueur, assigner au nom de Prose. Plusieurs manuscrits du moyen âge présentent à la marge de la séquence une suite de notes perpendiculaires , qui indiquent le rhant de la voyelle finale de V Alléluia. Kn télé de la marge est le mot prosa, qui ne serait, en abréviation , que pour pro sequentiu, a la place de la séquence pro sâ. Quiconque est un peu versé dans la lecture des anciens manuscrits , sait que les abbréviations en syncope ne sont surmontées d'aucun signe qui les fasse reconnaître. On aurait donc pris pour le mot prosa l'ahhréviation pro sâ. Celte opinion qui n'est pas , comme on voit , dénuée de jugement , est néanmoins réfutée par le sentiment des auteurs liturgistes du moyen âgo , tels que Durand de Mcnde, etc., qui , au treizième siècle , donnent à la séquence le nom de Prose, parce qu'elle est exempte du joug du mètre , a tege metri resotuta. Il est pourtant vrai que certaines Proses ne méritent pas ce nom que leur assigne Durand pour justifier l'appellation. Nous pouvons citer celle de la Toussaint dans le Missel de Paris. Cette pièce est en réalité une Hymne très-belle, puisque son auteur, J.-B. de Contes , doyen de l'Eglise de Paris , s'y est astreint à la quantité. Pour quiconque est un peu familier avec la prosodie, ce que nous disons sera bientôt démontré. Les Proses véritables , sous leur dénomination étymologique, sont toutes de la prose riméc, et nous disons ailleurs que certaines Hymne* à leur tour n'ont rien de la facture poétique et conforme aux règles, comme Pange lingua, Sacris solemniis, Ad cœnamagni.du romain et plusieurs autres. Nous nclcurdispulons point pour cela le génie poétique , mais nous nous contentons d'indiquer le fait. Kn laissant de «•nie la question épineuse du droit liturçique et des inrouvéniculs île la variée, tout le
ATIIOLIOUE. f (im-
monde s'accordera à reconnaître dans une foule de Proses de plusieurs Uitcs français les beautés les plus incontestables , en réservant néanmoins à bon litre la palme de l'excellence pour la magnifique Prose : l.aw da. Sion.
On trouve à la Bibliothèque royale, dam un manuscrit provenant de saint'Marlial de Limoges, une pièce intitulée : Versus de die judicii. Il nous semble que c'est de celle pièce qu'a été tirée en grande partie la Prose : Vies ira. En voici des extraits :
Cum ab igné rota mundi Tou ci'peril arrière, Sii-va n'anima w>ncrcmjiv, Olumul liber plicare, Siriera iota cadere, Fiiiis seculi vonirc.
Dies inp, flics illa, lWes nrlml.e el wliginis, Dies tub:c et chuigoris.
Dies liictes et trcnioris, Ouaiido pondus lci>rl>raruin Unlel super pcrc.ilore*.
UoalK paror lune a I.tiI O'iando ret iratns vciierii...
PROTHESE.
Nous parlons en divers articles , el surtout en celui de Messe, de ce qui fait l'objet de celui ci. Le terme grec n«t signifie proposition , el par métaphore on s'en s rt pour désigner les pains de proposition qui étaient placés sur une table dans le tabernacle. Ch- z les Grecs, c'est l'autel accessoire sur lequel on place le pain et le vin qui doivent être consacrés : cet autel est fixé à gauche du sanctuaire; le célébrant et ses minislics partent du diaconicum qui est à droite, et vonl à la Prothèse; la, ils se la vital les mains, en disant Lavabo , jusqu'à la fin du Psaume; puis le diacre préparc le pain dans la patène el mel celle-ci h sa gauche , tandis qu'il place le calice vide A la droite de la patène, lie célébrant prend le pain de la main gauche, elde la droite tenant la lance avec laquelle il fait un signe de croix sur le pain , il l'enfonce dans ce pain en quatre endroits différents , et récite la formule que nous faisons connaître dans l'arlicle musse, $ IV. Le diacre met du vin el de l'eau dans le calice après les avoir fail bénir p;ir le célébrant. Après celte préparation , ils quittent la Prothèse et vonl à l'autel du sanctuaire.
L'Eglise latine présente quelque chose d'analogue à cet autel secondaire , en faisant placer le calice el les hurelles sur une crédenco. (Voyez ce mot.)