‹ Origines et raison de la liturgie catholique en forme de dictionnaireChapitre 433 sur 519 · ROGATIONS · texte numérisé non relu

ROGATIONS

Les trois fériés qui précèdcj.t l'Ascension sont ainsi nommée* à cause des prières, Rogaiiones, qui se font solennellement à la Procession de ces trois jours. On leur donne aussi le nom de litanies. L'origine de ces Processions date du cinquième siècle. Dans la partie des Gaules qui ensuite a porté le nom de Dauphiné, divers fléaux jetèrent les peuples dans la consternation. C'étaient des tremblements de terre, des bétes féroces qui, non-seulement ravageaient les campagnes, mais qui entraiont dans la ville même de VicnBc. y poussant d'affreux rugissements. Sainl-Ma merl touche de cfs malheurs inouïs, exhorta son peuple à recourir a Dieu et institua, a cet effel, une Procession solennelle qui devait se faire chacun des trois jours qui précèdent l'Ascension de Noire-Seigneur. Les lléaux cessèrent, et cependant chaque année vit reparaître la même solennité.

Mais cette pieuse coutume se bornait au diocèse de Vienne: le Concile d'Orléans, en 511, ordonna que dans toute la France les mêmes LUanies ou Rogations eussent lieu. Plus tard, elles furent accueillies en Espagne, mais on les fixa aux trois derniers jours ' «le la semaine de la Pentecôte. Sous le pape Léon III, à la fin du huitième siècle, Rome les adopta. On leur donna alors le nom de Litanies mineures, pour les distinguer des Litanies majeures du 25 avril, jour de saint Marc. En France, les premières sont nommées, au contraire, majeures. Sainl Sidoine apppllc les Rogations : tes fêles des têtes humiliés*, et les stations : les prosternements du peuple.

Ces trois jours étaient chômés, dans le principe, mais bientôt on se borna à enjoindre l'assistance à la Procession et a la Messe de station. Enfin comme il s'agissait, par ces prières publiques , de fléchir la colère de l)icu, ces trois jours emportèrent l'obligation de jeûner, laquelle fut abolie à cause du temps pascal qui n'admet point de jeûne. L'abstinence de viande , qui encore aujourd'hui est observée, rcsla seule. En France, ces Processions se faisaient fort loin, et cette coutume s'est maintenue dans quelques diocèses, où elles ont un terme considérablement éloigné de l'église qui est le point du départ. Dans ces prières on demande à Dieu sa Bénédiction sur les fruits de la terre, et la Messe de station a une Collecte, etc., pour cet

ROC iUH,

Le Rit de ces Processions varie beaucoup en France, dans les différents diocèses. Mais daus le Rit romain, qui est suivi par la plus grande partie de I Occident catholique , on y chaule les Litanies des saints, suivies du Psaume soixante-neuvième, et des prières pour les vivants el les morts, avec plusieurs Oraisons par lesquelles la cérémonie se termine.

La Messe de la station est du Rit rénal.

VAIWKTKS.

Durand, dans son Ratioual, parle d'une coutume qui existait de son temps aux Processions des Rogations. On portait en léle un énorme serpent ou dragon de carton ou de bois peint. La queue de cet animal était dressée pendant les deux premiers jours, mais le dernier jour , veille de l'Ascension, ce serpent symbolique était porté derrière la Procession, la queue baissée. Celait pour signifier qnc le diable , avant la promulgation de l'Evangile, sous la loi de nature, et celle de Moïse désignée par les deux premiers jours, exerçait un empire désastreux sur la terre, mais que sous la loi de grâce dont le troisième jour est la figure, l'antique serpent avait été vaincu. Pour apprécier ce symbolisme, il faut se reporter au génio de l'époque, cl ne pas juger le treizième siècle d'après le dix-neuvième.

Jusqu'en 1760, on a porté, à la Procession des Rogations de la paroisse sainl Quiriace de Provins, un serpent au haut d'un bâton. Cet usage fut aboli a cause d'un feu d'artifice, qu'on s'était avisé de placer dans la gueule de ce dragon, et qui avait causé quelques dommages.

Il se fait tous les ans à Tarascon, diocèse d'Aix, en Provence, uno Procession où l'on porte un énorme dragon de bois peint qu'on appelle la Tarasque. On met aussi quelquefois des fusées et des pétards qui s'élancent de ses yeux et de ses narines. Ne serait-ce point un reste de l'usage du treizième siècle, dont nous avons parlé ? 11 est vrai qu'on donne À la Tarasque une autre origine.

Dans le douzième siècle, Henri V, empereur d'Allemagne, fut reçu par le pape à une Procession où l'on portait aussi des aigles, des lions, des loups et surtout des dragons monstrueux en carlon peint. Du reste en ce temps-là, immédiatement après lu croix, venait dans toutes les rérétuouics un serpent emmanché d'un long bâton, comme Ogure du démon vaincu par le signe de notre rédemption.

A Rouen, selon Lebrun des Marelles, à la suite de la Procession des Raya; ions, on portait encore, au commencement du dix-huitième siècle, deux grands dragons que le peuple appelait gargouilles. A Paris, à Laon, etc.. il on était de même. Nous pensom qu'aujourd'hui, en France, il ne reste plus aucun vestige de cette ancienne coutume qui avait bien son mérite dans ces anciens temj»

où il fallait parler au peuple par des spectacles religieux.

L'Eglise Orientale n'a jamais fait de Pro cessions ni d'Office des Rogations.

Le comte de Maislre cite, dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg, une prière usitée chez les anciens Romains cl que l'on trouve dans Caton: Mars, pat er. te precor, quœsoque uti tu morbos invisos visosque, viduerlatem, vastitudiuem, calamitalem, intemperiasque prohibessis; uti tu fruges, frumcntat vineta, virgultaque granaire, beneque evenire sinas, pastores, pascuaque salva servassis. « O Mais, « notre père, je le prie ot te conjure d'éloi- « gner de nous les maladies intérieures et c extérieures, l'indigence, la dévastation, les « calamités, l'intempérie des saisons; fais « que nos biens terrestres, nos blés, nos vi- « gnes, nos vergers répondent à l'attente du « cultivateur; prends sous ta protection nos o pasteurs cl nos pâturages, o

Lebrun, que nous venons de citer, en parlant, dans ses Voyages liturgiques, des Rogations, telles qu'on les célèbre à Angers, signale une singularité qui a lieu le mardi de ces trois jours. Le peuple appelle cette Procession la hat/e percée, cl en voit i la raison. Le clergé de Saint-Maurice cnlre dans beaucoup d'églises qu'il ne fait que traverser en y chantant seulement un Suffrage pour en invoquer le patron. On prétend que c'esl pour mettre en acte symbolique ce passage: Non liabemus hic manentem civilatem. « Nous n'a- « vons point ici-bas une demeure perma- » nente. » On dit la .Messe de la Station dans la dernière de ces églises, et il n'y en a point d'autres dans les églises ou chapitres qui se trouvent à cette Procession. Nous ne savons si celte coutume s'est conservée à Angers, ROSAIRE.

( Voyez CHAPELET.) : *: RUBRIQUE,

On se servait de ce terme dans le droit romain, parce que les priucipales maximes en étaicnlécrilcs en encre rouge. Ains» Rubrique, rubrica, est synonvme d'écriture en caractère rouge. On a pareillement appelé Rubrique la règle selon laquelle doit se célébrer 1 Office divin, parce qu'elle est marquée en lettres ronges, afin delà distinguer du texte même.

Il est certain que les Rubriques, ou manières de célébrer la Liturgie, se sont formées insensiblement et à la suite des usages consacrés par une longue suite d'années. C'est principalement au Canon de la Messe que les Rubriques ont été introduites, car il était important et même nécessaire qu'une certaine uniformité s'établit dan» cette partie essentielle du saint Sacrifice. D'abord la Rubrique n'était mise qu'à la marge; ensuite elle a été insérée au milieu du texte mémo. Enfin, à la téte des Missels on a placé un corps de Rubriques générales indépendamment de celles qui accompagnaient le texte. C'est fi ur ci ni, tnallrc des cérémonies sous le pontificat d'Innoicnl VIII et d'Alexandre VI, qui le premier

CATHOLIQUE. 1 - flOU

rédigea au long l'ordre et les cérémonies de la Messe dans le Ponlifical imprimé à Rome, en 1485, ainsi que dans le Sacerdotal qui parut quelques années après. Le pape Pie V les inséra dans le Missel, et depuis ce tempslà chaque Missel renferme un ordre de Rubriques conforme au Ril diocésain. Cependant, quant à l'essentiel du Sacrifire, l'Eglise Latine a adopté une même règle. Les varialions ne portent que sur quelques parties moins importantes. Ainsi la Rubrique du Ril parisien, en ce qui regarde la Messe basse, est cxaclomcul la même que cctlc du Rit romain.

Les Rituels pour l'administration des sacrements, les Bréviaires pour la récitation de l'Office divin ont aussi la Rubrique qui leur est propre. Il serait fort peu raisonnable do traiter les Rubriques de puérilités, lorsqu'on voit dans les livres saints que Dieu lui-même a daigné entrer dans le détail le plus minutieux, au sujet des cérémonies qui étaient prescrites au peuple Juif. Il n'est pas indigno d'un ecclésiastique d'éludier sérieusement les Rubriques, surtout celles qui ont rapport au culte public. Rien n'édifie mieux les peuples que de voir les ministres des saints autels faire les cérémonies avec dignité, cl y observer une uniformité rigoureuse qui donne une haute idée de la majesté de la religion. Le traité des saints mystères, par M. Collet, est un des ouvrages los plus remarquables sur les Rubriques et on y trouve la solution de plusieurs cas appuyée sur l'autorité des plus célèbres rubricaires. Nous ne pouvions nous proposer pour but d'entrer dans les'délails de la Rubrique, car nous envisageons, avant tout, les origines. Le Père Lebrun, dans son Explicution des cérémonies de In Messe, a savamment uni les origines liturgiques avec la scienco de la Rubrique. Nous joignons à son exemple les notions rubricaires aux articles qui en sont susceptibles.

VAKIKTÊS.

Nous croyons devoir placer ici une observation que fait Collet dans le chapitre premier de son ouvrage. « Gavantus remarqno e qu'il n'a vu dans les manuscrits du Vatican « que très-peu de livres , où ce que nous « appelons aujourd'hui Rubrique* fut en « rouge. Il ajoute qu'il n'a trouvé aucun « Missel, avant 15S7, où l'on donnât le nom « de Rubriques à l'ordre des cérémonies de ■ la Messe. »

Le quinzième Ordre romain qui remonte au quatorzième siècle , se sert souvent du terme Rubrica en parlant de divers points du cérémonial de la cour romaine, mais il ne se trouve point dans les Ordres antérieurs. Les noms de Ritus. A'Ordo, sont habituellement usités. Il faut convenir que ces dénominations sont beaucoup plus nobles quand il s'agit de parler du cérémonial du culte catholique. Mais enfin , puisque le nom de Rubrique est aujourd'hui reçu, il faut s'attacher moins â l'expression grammaticale et à son origine* qu'à la chose ellc-méinc. La Rubrique est

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donc la science des Riles en tant quVHe en règle l'application, tandis que la Liturgie spéculative en étudie les phases en remontant aux origines. Il en résulte qu'on pourrait être un savant rubricaire sans être versé dans la science liturgique, et qu'à son tour le liturgiste érudil pourrait être assez peu versé dans les règles de la Rubrique. Le liturgiste embrasse toute cette partie importante de la théologie qui se rattache au culte dans tout le monde chrétien. Le rubricaire se borne au cérémonial particulier d'une Eglise ; et tel qui connaîtrait parfaitement les Rites romains pourrait ignorer complètement les Rites par» liculiers de Milan , de Lyon , de Paris, etc.

La Rubrique s'étend aux actes et aux paroles. C'est ainsi que dans tous les Missels et Rituels elle indique au prêtre ce qu'il faut faire et ce qu'il faut dire. Qu'on se ligure de quelle haute importance est son observation pour le prêtre qui est zélé pour la gloire de Dieu et l'honneur de son auguste ministère. Quelle immense farilité ne procurc-t-clle pas au prêtre pour célébrer surtout le redoutable Sacrifice 1 Lorsque la Rubrique n'accompagnait pas le texte de l'Ordinaire de la Messe,

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