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un vestige de ces temps anciens. Le parlement envoyait dans les prisons quelques-uns de ses membres pour interroger ceux qui étaient détenus et relâcher ceux qui avaient mérité cette faveur.
Cette première ferveur se ralentit vers lo neuvième siècle. Toutefois, si l'on se livrait au travail, on avait soin d'assister aux Offices et de vaquer aux œuvres de pénitence les plus sévères. Les (rois derniers jours furent encore pendant plusieurs siècles, féléscoinme le dimanche. Enfin on n'observe guère plus que l'après-midi du Jeudi saint en quelques provinces de France. Du reste, l'Eglise n'en fait aucune obligation.
L'Office de la Semaine sainte diffère de celui des autres temps de Tannée. Mais celte diversité ne doit point être attribuée à l'intention qu'on aurait eue de reudreect Office spécial par ses retranchements ou ses additions. Si cet Office est différent de celui des temps ordinaires, c'est à son antiquité qu'il faut en assigner la raison. En effet les additions ou innovations n'y ont point élô aussi facilement admises que dans lout autre Office. Ainsi il n'y a point d'invitatoire , ni de Bénédiction, ni de Te Deum, à l'Office dos trois derniers jours, parce qu'il était ainsi organisé, avant qu'on eûl introduit dans l'Heure matutinale Vlnvilatoire , la Bénédiction et le Te Deum. Les mystiques disent que ces omissions ont été faites pour donner à ces derniers jours un aspect lugubre qui représente fort bien lo deuil de la nature, le redoublement de tristesse des chrétiens, etc. Mais ces explications louables, sous le rapport du sentiment religieux, ne s'accordent point avec le fait historique. Les trois paragraphes suivants renferment ce qu'il y a de plus intéressant à connaître sur chacun des trois derniers jours de la Semaine sainte:car nous ne pouvons avoir l'intention de faire un traité complet.
Jeudi saint. On donne le nom de Ténèbre» à i l'Office nocturoal de ce jour, qu'on est dans l'usage d'anticiper. Ainsi ordinairement c'esl le soir du Mercredi saint que commence cet Olfice. 11 est composé de trois Nocturnes, et, contre l'usage ordinaire, il est entonné d'une manière absolue par le Verset du premier Psaume, qui n'est pas suivi de la doxologio Gloria patri. Selon la Rubrique spéciale de cet Office, après chaque Psaume, on éteint un des quinze cierges qui sont placés, au milieu du Chœur sur un chandelier disposé à cot effet. Quelle est la raison de ce singulier cérémonial ? S'il y avait une signification mystérieuse, le nombre des cierges serait partout le même. Or il y a en cela variation : car au lieu de quinze il y en a neuf dans certaines églises, douze, treize, vingt-quatre, vingtcinq, vingt-six, quarante-qualre, etc. On ne peut donc considérer ces cierges que sous le rapport de leur lumière qui devait éclairer le Chœur pendant les ténèbres de la nuit. Or comme l'Office , commencé quelque temps avant le jour, finissait au le ver du soleil, à mesure que l'obscurité se dissipait la nécessité diminuait, et ainsi on devaitéteindre quelques
LITURGIE C.VTllOIJOlf"
cierges. Mais comme Xoul doil se faire avec ordre dans l'Eglise, un n'éteignait ces lumières que graduellement et à certains moments fixés. Quand au lieu de ne faire cet Office que le malin même, avant l'aurore, on jugea convenable de le devancer, on voulut conserver les cierges, quoique inutiles, ainsi que le mode de lcurexUnclion successive, et la conservation de cette ancienne coutume est trèsplausible.
Dans les églises (et c'est l'usage le plus universel) où Ta bersc triangulaire placée au milieu du chœur porte quinze cierges allumés, ueuf se trouvent éteints à la Gn de Matines , un après chacun des neuf Psaumes , cinq autres après chaque Psaume de Laudes ; et, pendant le Bénédictin, les six cierges de ' l'autel sont éteints, un après chaque double Verset du cantique. Le quinzième cierge qui est au sommet de la herse triangulaire est resté seul allumé. Mais au moment où cornincncenl les prières à genoux qui terminent l'Office, ce cierge est porté derrière l'autel et ne reparaît qu'après l'Oraison. Y a-t-il ici une intention mystique ? Le célèbre auteur des Explications littérales dit que ce cierge était conservé pour éclairer ceux qui se retiraient après l'Office, ou pour allumer les lanternes et flambeaux des personnes qui s'en étaient munies. Cette raison ne nous semble pas excellente : car selon l'explication que nous avons donnée de l'extinction successive des autres cierges, le jour ayant paru, il n'était nullement besoin de lumière pour se retirer. L'abbé Kuperl, qui écrivait dans le douzième siècle, dit qu'on éteignait enfiu, après l'Office, ce dernier cierge : ce qui fait disparaître la difficulté pour ces temps-là. Mais quel a été le molifqui, depuis, a fait conserver ce cierge allumé et l'a fait paraître de nouveau au chœur? peal-étre une raison mystique. On a voulu ainsi figurer Jésus-Christ, que les méchants ont tenté de ravir à la terre en lui donnant la mort, mais qui, après avoir disparu trois jours, se montre encore radieux et éclaire le inonde. Benoit XIV, de qui nous lirons celte dernière explication, cite, en y applaudissant, l'opinion d'Amalaire, qui interprète l'extinction progressive des cierges qui ont brûlé pendant 1 Office, par la tristesse graduelle dans laquelle l'Eglise se plonge en méditant les circonstances de la Passion de Nolre-Snigncur qui finit, en mourant, par s'éclipser cts'éleindre, pour reparaître, après trois jours, revêtu d'un éclat plus grand.
Depuis le dimanche de la Passion , les Leçons du premier Nocturne sont tirées du prophète Jérémic, mais celles de l'Office des trois derniers jours sont extraites de ses Lamentations. Ceci remonte à l'antiquité chrétienne la plus reculée. Ces Lamentations étaient, il n'y a pas encore bien longtemps, chantées sur le ton des Leçons ordinaires, et quelquefois même simplement lues, pour mieux exprimer la tristesse qui sied à ces trois derniers jours. On s'avisa de les mettre en chanl figuré et d'en faire des morceaux de musique plus propres à exciter la curiosité qu'à nourrir la piété.
Le Rit romain a conservé à chaque Verset des Lamentations la lettre de l'alpha bel Hébreu, qui n'est là que pour exprimer le nombre. On y chante dans les lettres Aleph , Betb, Ghirael, Daleth, etc., et on les en a retranchées dans tous les Bréviaires qui ont été calqués sur le Parisien. Les Ordres monastiques n'ontiamais, pour la plupart, admis cet alphabet dans le texte même de la Leçon.
Une autre particularité de cet Office mérite d'être expliquée. Après le Miserere, qui a succédé à la Litanie accompagnée de t râpes, il se fait, en plusieurs Eglises, un bruit plus ou moins considérable, qui a même quelquesfois dégénéré en abus. Ceux qui veulent voir partout des mystères disentque c'est une imitation du tremblement de terre qui cul lieu après que Jésus-Christ eut rendu le dernier soupir. Or, il suffit de consulter les anciennes et même les nouvelles Rubriques pour se convaincre qu'il s'agit seulement d'un signal donné par l'Officiant pour annoucer que rOffice est terminé, et qu'on doit se retirer. Insensiblement , ce signal a été répété par les autres ecclésiastiques, puis par le peuple lui-même, et enfin par les enfants pour lesquels ce tumulte est une bonne fortune.
Il parait cependant que ce bruit n'esf pas aussi moderne que se l'est figuré DomClaude de Vert, car Durand dcMendeen parle comme d'une chose déjà sinon très-ancienne, du moins très-commune dans le treizième siècle. Voici ses paroles : Postea fit cum manu tel alio quodam modo sont tut ante luminis révélationsm. « Ensuite, c'est-à-dire après fOraisoo « Respice, il se fait un bruit avec ra main, ou « de toute autre manière, avant que la lumière « reparaisse. » Cet auteur regarde ce bruit comme l'image du tumulte de la cohorte qui s'empara de la personne de Jésus-Christ, ou bien du tremblement de terre.
Le matin du Jeudi saint, jour auquel Notre-Seigneur institua la sainte Eucharistie, les Petites Heures sont récitées au cherur sans chant. Elles commencent d'une manière absolue, sans le Deus in adjutorium, ni l'Hymne, et se terminent sans le Répons bref par l'Oraison Respice, qui se chante à voix basse. Tous ces retranchements, avons-nous dit, ne sont que négatifs, et retracent tout simplement l'ancienne forme de l'Office divio.
Avant la Messe du jour a lieu une cérémonie très-remarquable par son antiquité et par l'objet lui-même : c est celte de 1 Absoute. Elle n'est plus qu'un commémoratif de l'absolution solennelle que I'évéque donnait aux pénitents publics qui avaient été chassés de l'Eglise au commencement du Carême; on peut lire dans les Mœurs des chrétiens , par Fleury, comment celle absolution était donnée. Nous en parlons d'ailleurs à l'article absoute ( Voyex ce mot). Le cérémonial de l'Absoute varie dans les diverses Eglises. Néanmoins, partout on y récite le? sept Psaumes de la pénitence, et le célébrant y lit la formule d'absolution sur les assistants.
Les saintes huiles sont consacrées p;;r