‹ Origines et raison de la liturgie catholique en forme de dictionnaireChapitre 450 sur 519 · SEM · texte numérisé non relu

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l'évéque, pareillement le Jeudi saint. ( Voyez

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La Messe du Jeudi saint est du Rit solennel, parce qu'on y célèbre l'institution de la sainte Eucharistie. L'Hymne Angéliq ue, qu'on ne chantait plus depuis la Septuagésime, est reprise en ce jour. Nous lisons toulefois dans Durand de Monde, qu'au treizième siècle, on ne chantait le Gloria in excelsis que lorsque l'évéque était présent. Sans doule, à plus forte raison, quand il officiait luimême. Le même auteur dit que c'est le pape Boni face qui institua cet usage. En quelques Eglises, on sonne les cloches pendant le «oria; dans le plus grand nombre, pendant YAgnus Dei. C e&t pour le signal des Vêpres, parce qu'on ne doit plus les sonner depuis ce moment jusqu'au Samedi saint , lorsque le Gloria in excelsis sera chanté. On ne peut cependant douter que le silence des cloches ne soit observé pour une raison mystique, el que l'Eglise n'ait voulu représenter en cela le deuil dans lequel la plonge la commémoration si spéciale de la mort de Jésus-Christ, son époux. Selon le Rit ancien de Paris, Vêpres se chantent avant Vite Missa est de celte féte. A Rome , elles sont chantées après. Du reste, ce n'est point le Missel de Yiatimille qui a introduit cet usage, il existe dans celui de Noailles.

Autrefois, il y avait trois Messes le Jeudi saint : la première , pour réconcilier les pénitents; la seconde, pour la Bénédiction des saintes huiles, el la troisième, pour honorer l'institution du sacrement de l'Eucharistie. Mais, dit Benoit XIV, ces trois cérémonies ayant été réunies en un seul et même moment, une partie de la même Messe a été assignée à chacune.

Après la communion du clergé et du peuple, le célébrant, accompagné de ses ministres, va porter procession nellement l'Hostie qu'il a consacrée en ce jour pour la Messe des présanclifiés du lendemain, a un reposoir disposé à cet effet. Dans le principe , il n'y eut rien que de très-simple dans celte cérémonie. Comme l'autel ou la Messe du Jeudi saint avait été célébrée devait être dépouillé et lavé, et qu'il fallait néanmoins réserver l'Hostie consacrée pour le Vendredi saint, la convenance demandait que le lieu où le saint Sacrement serait déposé fût dans un état de décence. Peu à peu on s'habitua à considérer ce reposoir, soit comme une exposition pompeuse où la sainte Eucharistie était honorée d'un culte spécial , à cause du

rr même de son institution ; soit comme tombeau dans lequel Noire-Seigneur fut enseveli.

Sous quelque aspect que l'on considère celte pralique,ilest certain qu'elle n'a rien que de très-louable. Il nous semble pourtant que le reposoir du Jeudi saint est plus raisonnablement envisagé commo tombeau. Dans plusieurs contrées , et notamment dans le Midi de la France , ce reposoir est orné avec toute la maguificenec possible. On y va *vcc empressement faire sa visite, cl lorsqu'il y a plusieurs éçliscs en une même localité, les

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Gdèles passent tout l'après-midi du Jeudi saint à visiter les reposoirs. A la chute du jour, l'illumination devient plus éclatante; on y chante le Stabat ou d autres Motets analogues à la circonstance, el le concourt des adorateurs y est ordinairment très-con* eidérable. Plusieurs personnes pieuses y passent quelquefois la nuit en prières.

Le Jeudi saint a lieu encore une autre cérémonie, celle du lavement des pieds. Nous en parlons en son lieu {Voyez cène).

Le lavement des autels s'y fait aussi avec un appareil religieux qui varie selon les diverses Rubriques. D.Claude de Vert n'y voit point de mystère. Ce n'est, selon lui « qu'à « dessein d êter de ces tables, à l'approche « de la féte de Pâques, la poussière et les or- « dures qui pourraient s'y être amassées « pendant l'année. ■ On profllerait donc de ce moment où, selon un très-ancien usage, les autels sont entièrement dépouillés, pour les laver et purifier. Mais le même auteur a dit, en d'autres endroits, qu'autrefois, chaque jour après la Messe, les autels étaient dépouillés. Ce ne serait donc pas dans celle intention seule que l'Eglise les ferait purifier en cérémonie le Jeudi saint. Benoit XIV pense qu'il est vraisemblable que cette lotion des autels vient de ce que c'est en ce même jour que Notre-Seigneur lava les pieds de ses apôtres. Plusieurs auteurs eu donnent la même explication.

Du reste, celte lotion n'en est pas une bien réelle, mais un cérémonial de Liturgie, auquel on peut encore faire signifier qu'aux approches de la grande féte des chrétiens les cœurs doivent être purifiés comme les autels, qui en sont les symboles; car lorsqu'on veut nettoyer en réalité les autels, il n.'cst pas, pour ainsi dire, un seul jour de l'année oùce travail ne puisse s'exécuter. i

Benoit XIV décrit la lolion de la basilique de Saint-Pierre à Rome. Après les Matines, qui se chantent le soir du Jeudi saint, tout le clergé de cette basilique va à la Confession des Apôtres, c'est le nom qu'on donne à cet autel;, et d'abord les chanoines, el puis tous les membres du clergé l'aspcrgeul de vin.

Chez les Grecs, les évéques seuls peuvent faire cette cérémonie, et lorsqu'il n'y a point d'évéque, les autels ne sont point lavés.

Vendredi saint. C'est proprement en ce jour que se célèbre la féte du mystère de la Rédemption, ou Passion de Notre-Seigneur. Mais, quoique cette féte soit du nombre de celles que les apôtres ont instituées, elle n'a jamais été entièrement chômée. Au contraire, c'est par un plus grand travail, par des macérations et (tes jeûnes, que les premiers chrétiens la célébraient. L'Office était plus long, et il consistait principalement dans la lecture de la Passion selon les quatre évangélistes. Mais il n'y avait point de Sacrifice; ce qui est encore observé dans l'Eglise Latine, ainsi qu'en Orient.

Pendant les six premiers siècles. l'Ofuïe du Vendredi saint n'eut rien d'uniforme « I

do réglé. Ce n'est donc qu'au septième siècle, et peut-être même plus tard, qu'on organisa à peu près tel qu'il est aujourd'hui le Rit de ce mémorable jour. On commença d'abord par des Leçons Urées des prophètes qui annoncent la Rédemption du genre humain.

Elles sont suivies du récit de la Passion, selon saint Jean. On rapproche ainsi, dit un auteur, la prédiction de l'événement.

Les Oraisons nombreuses que le célébrant récite ensuite pour toute la terre sont de la plus haute antiquité : elles ont môme précédé de quelques siècles le Rit, que nous faisons remonter à peine au septième siècle. Ainsi, en ce jour ou le divin Rédempteur est mort

Eour tous les hommes, nous prions pour les crétiques, les Juifs, les païens. Chaque Oraison est précédée d une Monilion ou Préface qui désigne ceux pour lesquels on va prier. Ensuite le diacre ordonne de fléchir le genou. On se lève aussitôt, et l'Oraison est chantée. Celle qui est pour les Juifs n'est point précédée delà génuflexion Pourquoi cela? Durand de Blende en donna une raison qui nous parait fort naturelle. C'est parce que les Juifs insultaient Jésus-Christ, dans sa Passion, en fléchissant les genoux devant lui. L'Eglise, en détestation de leur impiété, a jugé convenable de supprimer la génuflexion, lorsqu'elle prie pour eux. Presque tous les auteurs liturgistes donnent la même raison.

Une cérémonie très-célèbre et bien imposante a lieu immédiatement après ces Oraisons. Nous voulons parler de l'adoration de la croix. On commence à en trouver des vestiges quelque temps après la découverte ou invention de la Croix par l'impératrice sainte Hélène. Néanmoins, ce n'est que depuis le huitième ou neuvième siècle que l'Adoration de la Croix, le Vendredi saint, est accompagnée des Hymnes que nous y chantons. Le père Lebrun dit qu'il croirait volontiers que celte cérémonie tire son origine de l'Eglise de Poitiers où l'on conserve une belle portion de la Vraie Croix, dont sainte Radegonde avait fait présent à cette Eglise. Les Hymnes Pange hngua ghriosi prœlium eertaminis et le Vtxilla régis prodeunt, qn'on chante en ce jour, Turent composées parForlunal de Poitiers, à l'occasion de celto inauguration.

Nous croyons devoir rapporter ici les propres paroles du premier Ordre romain, que le

Rère Mabîllon a donné dans son Muséum itaeum. Cet Ordre, selon lui, est antérieur au neuvième siècle. Post oraliones prtrparatur erux ante altare... sustenlata hinc inae a duobus acolytis... venit pontifex et adoratam deosculntur crucem : dein presbyleri, diaconi, subdiaconi et cceteri per ordinem, deinde populus. « Après les Oraisons, on dispose une « croit devant l'autel... Elle est soutenue des « deux côtés par deux acolj tes... Le pon- < tife vient, et, après avoir adoré la croix, il « la baise. Ensuite elle est adorée et baisée « par les prêtres, les diacres, les sous-dia- ■ cres, et les autres clercs, selon leur rang, « «>t enfin par le peuple. » Ceci prouverait, contre l'opinion de Lebrun, que l'adoration

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de la croix était déjà connue à Rome avant le siècle auquel il en rapporte l'établissement. Mais il est juste d'ajouter que tes paroles précitées ne sont point dans l'Ordre romain proprement dit, et qui, d'après Mabilion, semblerait remonter jusqu'à saint Grégoire, mais dans un Appendix annexé à cet Ordre, et qu'Amalaire estime pourtant aussi ancien que l'Ordre lui-même.

La cérémonie de l'adoration de la croix ne se fait pas d'une manière uniforme dans toutes les Eglises. Mais partout on chante d'abord les impropères, c'est-à-dire, les Antiennes dont les paroles rappellent d'abord les bienfaits du Seigneur envers son peupfe, et ensuite la noire ingratitude dont ce même peuple a payé de si magnifiques dons. Elles sont entremêlées du trisagion en grec et en latin alternativement. Le raénologe des Grecs raconte à ce sujet que sous Tbéodose, un grand tremblement de terre ayant ébranlé la ville de Conslantinople, l'empereur et tout le peuple s'unirent au patriarche Proclus pour implorer le secours de Dieu , et que tout à coup un enfant s'étant élevé dans les airs, et le peuple ayant crié : Kyrie eleison. Si igneur ayez pitié de nous, cet enfant descendit et avertit le peuple, à haute voix, qu'il fallait adresser à Dieu celte invocation : Sanetus Deus, sanetus fortis, sanetus immortalis. « Dieu saint, Dieu fort, Dieu immortel ï »

A l'adoration de la croix, ces paroles sont chantées en latin et en grec, et on y a ajouté: a Ayez pitié de nous. » Le trisagion est beaucoup en usage dans les Eglises Orientales, comme on peut s'en convaincre en lisant leurs Liturgies. C'est de l'Orient que l'Eglise Latine a emprunté le trisagion. Ici cette invo-

cation s'adresse spécialement à Jésus-Christ,

crucifié pour notre salut (voir pour plus de détails le mot trisagion ).

Le Rit romaiu nous semble, dans la cérémonie de l'adoration de la croix, bien plus grave et plus édifiant que le Rit de divers diocèses de France. Les impropères surtout y sont plus nombreux et font ressortir beaucoup mieux, par cela même, les faveurs dont Dieu a comblé son peuple et les actes d'ingratitude de celui-ci.

Après l'adoration delà croix, le célébrant, accompagné de ses ministres, va chercher au reposoir la sainte Hostie qu'il avait consacrée la veille pour la Messe des présanctifiés du Vendredi saint. Nous n'avons aucun monument qui nous prouve que. dans les quatre premiers siècles, on ne célébrait point le saint Sacrifice le Vendredi saint ; mais il est certain que la coutume de s'abstenir de dire la Messe en ce jour-là date au moins du quatrième siècle. 11 y avait même des pays, tels que l'Espagne et d'autres, où en ce jour toutes les églises étaient fermées. Néanmoins pour répondre à la piété des fidèles qui voulaient honorer spécialement ce jour anniversaire de la mort de Jésu?-Chrisl, on élaHit plus tard, en Occident, l'usage de ITgli* Grecque, qui, de temps immémorial, aronna la pratique des Messes des présanctifiés. Arrivé à l'autel, le célébrant pose lasaitU

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