‹ Origines et raison de la liturgie catholique en forme de dictionnaireChapitre 452 sur 519 · IM5 SE M · texte numérisé non relu

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place du cierge pascal, dont l'uaage y est inconnu.

Le premier Ordre romain, que D. Mabillon estime du siècle de saint Grégoire le Grand , mais qoi du moins est très -antérieur au neuvième siècle, parle de cette Bénédiction de l'eau qui avait lieu le Samedi saint. Nous eu traduisons textuellement le passage qui porte le n* 42 : « La Litanie étant terminée , « Litania finita, le pontife dit : Dominus vo- « biscum. On répond : Et cum Spiritu tuo. m 11 dit : Oremus, et récite l'Oraison, dat ora- « tionem, Omnipotens tempiterne Deus. 11 ré- « cite de même l'autre : Deus qui invisibili « potenlia. Ici d'abord il fait un signe de « croix, en disant : Qui hanc aquam, et avec « sa main il divise l'eau en forme de croix. « Il dit ensuite : Unde benedico le. Puis il « fait le troisième signe de croix, en disant : « Benedico te et per Jtsum Christum. Quand « cela est terminé, il verse le Chrême contenu « dans le vase sur l'eau des fonts en forme

■ de croix, cl de sa main il mêle , miseitat , « le Chrême lui-même avec l'eau, ipsam chrim smam , et le répand sur tout le bassin , ou

• sur tout le peuple. » Ces dernières paroles de l'antique cérémonial que nous exposons , peuvent surprendre dans notre siècle, mais il faut se reporter à ces temps anciens où le pontife était environné d'un peuple de prédilection, pour lequelcettc profusion du Chrême ne pouvait être une profanation. L'Ordre continue : « Après cela , le peuple puise de celte

■ eau sanctifiée, dans des vases qui y avaient

■ été apportés, avant qu'on ne baptise les

• enfants, et on fait avec cette eau des as- « persions dans les maisons , les vignes, les « champs et sur les récolles. » Celte dernière partie du cérémonial de l'Ordre romain est encore suivie avec le plus grand empressement, par les populations d un grand nombre de nos provinces de France , surtout dans celles du midi. Mais depuis plusieurs siècles, ce n'est que sur l'eau particulièrement réservée pour le Baptême que se fait l'infusion des saintes huiles. Il n'est permis au peuple que de puiser de l'eau sanctifiée par la Bénédiction solennelle, et dans laquelle n'a point été versé le saint Chrême. Déjà, au huitième siècle , il était défendu au peuple de prendre de l'eau sur laquelle on avait versé les huiles consacrées.

La partie du cérémonial où le célébrant plonge, par trois fois , le cierge pascal dans les fonts , ne présente pas une antiquité pareille à celle de la Bénédiction. Le dixième Ordre romain, qui remonte au dixième siècle, parle de cierges que le célébrant trempe dans les fonts baptismaux eu disant : Descendat in hanc plenitudinem fontis tir tu» Spirilus Sancti. Les cierges restaient dans l'eau pendant que le célébrant soufflait à trois reprises sur les fonts, en ajoutant aux paroles précédentes, tolamque nujus aquœ substantiam regenerandi fescundet officium. On doit remarquer en passant, qu'à la place du dernier mot, nous avons aujourd'hui celui de effectu. Nous inclinerions beaucoup mieux pour le premier. AprCs le passage ci dessus on

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extrait les cierges des fonts baptismaux : ttit tollantur ccrei, dit la Rubrique. Au treizième siècle, Durand de Monde parie d'un seul cierge qui est plongé dans l'eau , selon le même Rit que de nos jours. 11 nous dit que celte immersion représente l'avènement du Saint-Espril, et rappelle l'apparition de cette troisième Personne de la Trinité sur le Jourdain, sous la forme d'une colombe, pendant que Jésus-Christ était baptisé. Celte interprétation nous parait admirable, et ici le mysticisme de l'auteur, auquel on peut reprocher des exagérations, est très-bien fonde.

Après la Bénédiction de l'eau, on en fuit aspersion sur les fidèles , cl la Procession retourne au chœur en chantant la Litanie qui est la troisième dans le Bit de Paris et la seule dans celui de Rome. Durand dit que dans certaines Eglises on chante une Litanie en allant aux fonts baptismaux, et sans doute il veut parler d'un usage établi en France , dont le Rit de Paris ne serait que la continuation. D'autre part , nous lisons dans le dixième Ordre romain, qu'en allant aux fonts pour les bénir , le primicier et les chantres chantent le Trait : Sicut cervus , tandis que le sons-diacre et le res'e du clergé récitent la Litanie, litaniam facientibut. Ainsi donc il y a eu à Rome deux Litanies pour la Bénédiction des fonls.

Lorsque la Procession est rentrée au chœur, on commence la Messe. Elle se disait autrefois dans la nuit du Samedi saint, à Pâques, comme nous le prouvent la Préface et le Communicantes propres de celle Messe. Celleci n'a poinl l'Antienne ordinaire qu'on appelle Introït. On en donne plusieurs raisons; mais la principale est que l'innovation do l'Antienne pour l'entrée, Antiphona ad introitum, n'a pu atteindre celle Messe. Toute Messe commençait ainsi par le Kyrie Eleison, avant le pape saint Grégoire te Grand ( Voyex ihtboït). On a dit aussi qu'un Introït était fort inutile pour cette Messe, puisque le célébrant et ses ministres entrent dans le chœur pendant le chant de la Litanie. Cette raison n'est pas à dédaigner.

Ici commence la solennité pascale. Le (7/ort'a in excelsxs est chanté; et après l'EpIlrc, on reprend V Alléluia, qui avait été omis à la Messe même do Jeudi saint. A Rome, c'est le célébrant lui-même qui l'entonne, et le répète trois fois en haussant graduellement le ton. Selon le Rit parisien, il est chanté, comme toujours, parles choristes. Nous regrettons ici l'absence de ce Rit solennel. Il est dit, dans tous les Ordres romains, que le pontife lui-même annonce Y Alléluia de celle Mpsse. Selon le quinzième Ordre, le sousdiacre, après TEpltre, doit s'incliner devant le pape et chanter les paroles suivantes : Annuntio vobis gaudium magnum, videlicei Alléluia. « Je vous annonce une grande « joie, savoir, Y Alléluia. * Puis il va baiser les pieds du pape. Le pontife se lève ensuite, et aussitôt le sous-diacre entonne à haute voix YAlleluia, qu'il ne chante qu'une seule fois. Le pape, se tenant debout et sans mitre, chaule trois fuis Alléluia, selon 'es gradu-

tU? LITURGIE C

(Ions de ton que nous avons fait connaître. On nous pardounera les détails dans lesquels nous entrons au sujet de ce Rit, qui en luimême n'a pas une haute importance ; mais cela justifiera peut-être le regret que nous avons manifesté au sujet du Rit Parisien.

A l'Évangile, on ne porte aucun cierge. Cette exception est symbolique, selon Alcuin. Il dit que c'est pour représenter que Jésus- Christ n'étant pas encore ressuscité ne pouvait point se manifester, et que la foi était encore dans un état d'obscurité.

On y omet le Credo et l'Offertoire. Gavantus en donne encore pour raison mystique que les femmes ayant gardé le silence lorsqu'elles allèrent au tombeau pour embaumer le corps du Sauveur, il était convenable que ce silence fût ûguré. D'autres lilurgistes donnent la même raison. Nous croyons y voir trèssimplement un vestige de l'absence de ces deux parties dans les quatre premiers siècles, et même du Credo jusqu'au onzième, du moins dans la Liturgie Romaine.

Cette Messe n'a plus rien d'exceptionnel, si ce n'est l'absence de VAgnus Det et l'Antienne de la Communion. Ici tous les lilurgistes s'accordent à dire que VAgnus Dei n'ayant été introduit à la Messe que dans le septième siècle, l'innovation ne fut point adoptée pour le Samedi sainl.Pourquoi ne pas voir le même motif tout aussi bien fondé dans l'omission du Credo et de l'Offertoire? Quant à l'Antienne de la Communion, on y supplée par les Vêpres, qui sont chantées en ce moment. Meratus.cilé par Benoit XIV, dit qu'on ferait beaucoup mieux d'appeler ces Vêpres gratiarum aclionem, « une action de grâces.»

Durand donne plusieurs raisons mystiques -«le l'omission de l'Antienne de la Communion et de la brièveté des Vêpres, qui se composent du plus court des Psaumes et du Magnificat. Il ajoute, au sujet de ces Vêpres, une raison littérale qui nous parait la meilleure. Il dit que cet Office est abrégé en faveur des néophytes, qu'il ne fallait pas rebuter par la longueur du service divin ; et qu'on enferme ces Vêpres dans la Messe, de peur

Sue, si on les disait après celle-ci, ils ne protassent de la licence de se retirer, qui leur est annoncée par l'Ile Mitta e$t du diacre.

A Rome, on ajoute Gloria Patri, selon l'usage. A Paris, cette doxologie est supprimée. Durand dit que dans certaines Eglises on observe cette omission : ce qui prouve qu'en général, de son temps, on faisait comme rela se pratique aujourd'hui à Rome. Ces Eglises, selon lui, omettent le Gloria, parce «ju'on ne connaît pas encore la résurrection de celte deuxième Personne de la Trinité.

Comme, dès cette Vigile, l'Office de Pâques -commence, on peut consulter l'article que nous consacrons â celte auguste solennité.

Nous devons maintenant fournir quelques notions sur la Semaine sainte, dans les Liturgies Orientales. La Semaine Bain te est, pour les Orientaux comme pour nous, un temps «le pénitence et d'expiation tout à fait particulier. Nous disons, dans l'article jeune,

iTHOLIQl'E. - . IUS

combien cette abstinence est rigoureusement

observée par eux. Néanmoins, l'Office n'y présente pas un caractère aussi disparate de celui du reste de l'année que dans l'Eglise Latine. Le Jeudi saint, on y dit la Messe selon le Rit accoutumé, si ce n'est qu'en ce jour, nommé la sainte et grande Férié, on se sert, â Conslanlinople, de la Liturgie qui porte le nom de saint Basile. Celte Liturgie est assignée pareillement aux veilles de Noël et de l'Epiphanie, à tous les dimanches du Carême, excepté à relui des Rameaux et au Samedi saint. On s'en sert encore pour la fêle de saint Basile. En ce même jour, on lave les autels et on y fait aussi le lavement des pieds à douze prêtres. Mais l'évéque seul peut faire ce double cérémonial. S'il n'y a point d'évêque, on ne lave ni les autels ni les pieds.

11 n'y a chez les Grecs rien qui ressemble à nos tombeaux ou reposoirs du Jeudi saint. Cela provient de ce que pendant toute l'année il y a, chaque vendredi, une Messe des présa notifiés où l'on consomme les espèces qui ont été consacrées la veille, et qui sont conservées dans la sacristie ou pastopkorion. Celte Messe des présanctifiés se dit, en Carême, tous les jours de la semaine, excepté le samedi et le dimanche où l'on ne jeûne point. Ils considèrent la Messe comme incompatible avec le jeûne.

Le Vendredi saint il n'y a pas même la Messe des présanctifiés. Le jeûne y est tellement rigoureux que le prêtre croirait y manquer en faisant la communion. On lit seulement â 1 Office de la nuit la Passion selon saint Jean. En ce même jour a lieu la cérémonie du l'adoration de ta croix, mais on se tient debout, en s'inclinanl profondément Celle croix est en peinture sur une tablette. 11 n'y a pas d'autre cérémonie pour ce jonr.

Le Samedi saint a quelques points de ressemblance avec notre Rit. Avant la Messe, on fait trois Processions, et à la dernière on allume les cierges et les lampes, à une autre lampe qui avait été cachée sous l'autel. Mais la Bénédiction de l'eau ne se fait qu'à l'Epiphanie. Il n'y a non plus aucun cierge pascal. Rien ne s'y rattache aux usages d'Occident, sous ce rapport, que le Rit par lequel on allume des cierges à un feu dérobé aux regards. Il est pourtant facile de voir que le symbole est identique avec le nôtre, car cette lumière soustraite d'abord aux yeux, et puis reproduite, figure Jésus-Christ immolé et enseveti, puis ressuscitant du tombeau, qui est dignement représenté par l'autel. La Messe de ce jour commence vers trois heures après midi et se prolonge quelquefois bien avant dans la nuit. On lit quinze Prophéties extraites de la Genèse et d'autres livres de l'Ecriture L'usage de lire les quatre Passions pendant la Semaine sainte existe en Orient, ce sont les mêmes et aux mêmes jours que dam loutl'Occident. Ledimanche des Rameaux, os y célèbre, comme selon le Rit romain , une sorte de Messe sèche. Nous en parlons dans l'article rameaux.

Chez les Arméniens, les Offices de la Sf toninc sainte se distinguent de ceux des a«-

1119 SEM très temps de l'année par leur longueur. Nous tirons de l'ouvrage du père Lebrun les passages suivants: « On célèbre la Messe le Jeudi

• saint à midi. Le soir, vers les cinq heures, i on met à la porte du chœur un grand bas- ■ sin plein d'eau qu'on bénit avec des prières. « L'évéque, le curé ou le premier du clergé « lave les pieds, premièrement aux prêtres « et ensuite à tous les hommes, en faisant un « signe de croix avec de l'huile qu'un bénit

• pour ce sujet; et après la cérémonie plu- « sieurs hommes assez forts élèvent le fau- < tcuil sur lequel l'officiant est assis, afin « qu'il donne la Bénédiction à tout le peuple « en annonçant la dispense de manger ena- « que jour de la v iande jusqu'au jour de l'As-

• cension. Les spirituels disent qu'il convient « que le prélre qui s'abaisse jusqu'à laver « les pieds à tout le monde, soit élevé au des- « sus de tous, puisque Jésus-Christ a dit que c celui qui s'humilie sera exalté.

« La nuit du jeudi au vendredi tout le « monde se rend à l'église vers minuit pour « chanter l'Office qui est fort long, et on lit « les quatre Passions selon les quatre évan- « gélistes. Au commencement de ces lectures, « i! y a plusieurs cierges allumés qu'on éicinl « peu à peu, en sorlc que vers la fin, tout étant « en ténèbres, on prêche. Tout le sanctuaire « est tendu de noir. Après le sermon on fait « paraître la lumière , tous les cierges et « toutes les lampes ayant été éteintes.

« Vers midi» on expose dans le chœur une « représentation du sépulcre de Jésus-Christ. « Cette représentation est couverte d'un drap « noir , sur lequel il y a une croix que le « peuple vient baiser, cl qui reste jusqu'au m samedi soir, qu'on doit dire la Messe de la « nuit de Pâquc. Le jour de Pâquc, un officier « de l'Eglise monte au lieu le plus éminenl, « d'où il crie : Bonue nouvelle, Jésus-Chrial « est ressuscité. »

On est d'usage, parmi les Arméniens, de btnir un bœuf ou un agneau la veille de Noël, le Samedi saint, la veille de la Transfiguralion, de l'Assomption, et de la sainte Croix.

Ces courtes notions suffisent pour nous convaincre que dans toutes les Liturgies la Semaine sainte a des Offices et des cérémonies qui lui sont propres. Il faudrait, pour les faite connaître en détail, un Iraité complet qui, lui seul, formerait un livre considérable.

VARIÉTÉS

La Semaine sainte, à Rome, surtout au Vatican, présente un des plus beaux Rites du monde catholique. On en a fait plusieurs descriptions et chacun des écrivains qui s'en est occupé y a mis son cachet particulier. Les uns en ont fait un spectacle ravissant pour les yeux el les oreilles. Les autres y ont envisagé, avant tout, les mystères sublimes que retrace cet édifiant cérémonial. Nous n'en connaissons point qui aient fait preuve d'une connaissance approfondie des origines, el qui nous aient montré le développement successif des objets qui faisaient leur admiration ou leur édification. Un petit ouvrage récent

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fait connaître des conférences que monseigneur Wiseman, évéque de Mellipotamo?.?

précitées en Angleterre, sur les cérémonies de la Semaine sainte dans la c apitale du monde chrétien. L'auteur ne fait qu'effleurer son sujet, et convient que, pour le traiter convenablement, il faudrait un ouvrage spécial. Nous y puisons quelques documents qui trou* renl ici leur place.

Les peuples chrétiens se sont tous accordés à donner un nom caractéristique à la Semaine sainte. Outre les dénominations que nous avons fait connaître, nous dirons que les Allemands lui donnent le nom de charwoche, et quelquefois celui de marterxeoche, ce qui si-

Snific la semaine des tristesses, ou la semaine es souffrances. L'Office des ténèbres commence, au Vatican, à quatre heures du soir. Les lamentations de Jérémie y sont chantées en musique vocale, et les Leçons par une seule voix sur un motif ancien qui est d'nno touchante mélodie. Le Miserere, qui termine l'Office, attire une foule animée par des sentiments divers. 11 est exécuté alternativement à quatre et à cinq parties, et au Verset final les neuf voix se reunissent pour ne former qu'une seule harmonie. Il y en a un différent pour chacun des trois jours.

Le Jeudi saint, la Messe est chantée dans la chapelle Sixlinc, et, après la Messe, on porte dans la chapelle Pauline la sainte Hostie qui doit servir le lendemain pour la Messe des présanctiGés. L'autel sur lequel elle est placée est orné et illuminé de la manière la plus splcndidc. A Rome, c'est la coutume de visiter les églises où ces autels sont le plus soignés. Ensuite le pape monte à la grande paierie qui est au-dessus du portail de Saint- Pierre, el de là donne sa Bénédiction. Après cette cérémonie, le pape lave les pieds à treize prêtres de diverses nations, et puis les séria table dans une salle du palais.

Au Vendredi saint, que les Anglais appellent le bon Vendredi, le grand autel de la basilique el le trône pontifical sont dépouillés de leurs garnitures. L'Office s'y fait avec des ornements noirs. C'est le seul jour du Carême où le Rit romain use de la couleur noire. La Passion selon saint Jean est chantée snr le même ton quelc dimanche des Rameaux.Trois interlocuteurs en habit de diacre se partagent les rôles. Nous copions textuellement l ouvrage indiqué : « Le récit est fait par une « mâle el forte voix de ténor : les paroles du « Sauveur sont chantées par une basse pro- « fonde el solennelle, et un contralto dit tout « ce qui est mis dans la bouche des autres « personnages de la Passion. Cet ensemble « produit un effet dramatique : chaque rôle a a sa cadence particulière parfaitement ada- « ptée à son esprit : c'est un chanl ancien . « simule, mais riche et digne de la tragédie « antique. Celle du narrateur est claire, nette « el faiblement modulée : celle des divers in- « terloculeurs a un ton vif, cl approchant « presque de celui de la conversation fainia hère : celle du Sauveur est lente, grave et u solennelle, elle commence fort bas ci monte « parlons pleins, puis s'étend en modulation»

■ simples cl riches, et fluil gracieuse el cx-

■ pressive, modifiée avec plus d'effet encore « dans les phrases inlerrogalives. Ce chant « est à peu près le même dans toute* les « Eglises catholiques; mais au Vatican ilrc- « çoit un nouveau relief de la justesse et de « l'habileté des voix, étant exécuté par des

• membres de la chapelle, et non, comme à « l'ordinaire, par des ecclésiastiques. »

Nous ne pouvons nous empêcher de prolonger cette citation, qui, croyons-nous, ne déplaira pas à nos lecteurs quoiqu'elle passe un peu les bornes que nous devons nous prescrire. « Toutes les fois que dans l'histoire de

■ la Passion la foule des Juifs, ou même plu- « sieurs personnages doivent parler ensem- « hic, le Chœur éclate en une harmonie sim-

• pic, mais large et pour ainsi dire massive, « et rend les paroles avec une vérité et une

• énergie saisissantes..... Quand les Juifs s'é-

• crient : Crucifiez-le, ou bien : Barabbas, la « musique, comme les paroles est concise et

■ d'une énergie terrible : elle n'a qu'une note « pour chaque syllabe, et dans les trois notes « du dernier mot, un changement subit de

« ton produit un effet saisissant Dans le

« troisième chœur de la Passion de saint Mat- « Ihicu, où parlent les deux faux témoins, se « trouve un duo de soprano el contralto, dans « lequel les mots se traînent les uns après « les autres comme si chaque interlocuteur

■ empruntait les mensonges de l'autre. La « musique est toute syncopée, et tantôt dis— « sonnante, tantôt so copiant mutuellement : « l'ensemble des deux parties rend bien celte « observation : que leurs témoignages ne « s'accordaient point entre eux. »

Cne Passion exécutée de la sorte doit produire un effet magique, mais principalement doit produire dans l'esprit el le cœur des auditeurs de profondes el salutaires impressions. Ne serail-il pas possible de chanter ainsi la Passion dans quelques-unes de nos grandes cathédrales de France, ou du moins d'y inaugurer une exécution qui approche de ce qu'on vient de lire? Nous n'oserions néanmoins donner un conseil de cette nature pour les Eglise* de Paris, et nous n'avons pas besoin d'en dire la raison.

En en même jour du Vendredi sainl a lieu au Vatican , la cérémonie de l'adoration de la croix. Les impropères y sont chantés par la Chapelle pontificale , d'une manière vive et brillante , sur un mode ancien auquel les siècles n'ont pu ravir la beauté qui le distingue. L'adoration n'y a aucun Rit différent de celui qui est en usage dans les autres Eglises. Nous ferons seulement ici une observation intéressante '.c'est que l'Antienne : Ecce lignum crucis in quo salus mundi pependit , tenite adoremus, est de la plus haute antiquité et qu'elle n'est que la traduction de la même Antienne chantée autrefois à Jérusalem quand on y vénérait la précieuse relique du vrai bois de la croix. Ainsi les paroles :« Voici « le bois de la croix sur laquelle fut attaché

• le Sauveur du monde, » ne furent point une pieuse allusion , mais elles avaient un sens réel. Dans les Eglise où l'on a le bonheur de

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posséder quelque portion de la traie croix , on pourrait en enrichir le cruciGx qui est employé pour cette cérémonie et dire alors avec vérité : Ecce lignum crucis.

Au Vatican, après les Ténèbres , le pape, avec toute sa Cour, descend de son palais pour venir dans la basilique de Saint-Pierre rendre le tribut de sa vénération aux reliques de la Passion qui y sont conservées.

Le Sumedi saint ne présente au Vatican rien d'extraordinaire , si ce n'est la fameuse Messe dite : M papas Marcelli , « la Messo « du pape Marcel. » La musique de cette Messe fut composée par le célèbre Paleslrina , en 1565. Le Concile de Trente venait de défendre,

Cour le culte public, toute musique profane, e pape Pie IV nomma une commission de cardinaux chargés de pourvoir à l'exécution des décrets du Concile. Saint Charles Borromée en faisait partie. Paleslrina fut mandé par les cardinaux pour écrire une Messe qui n'eût rien de la musique proscrite, et on lui annonça que s'il échouait c'en était fait de la musique d'église. Ce grand compositeur présenta, dans trois mois, trois Messes nouvelles dont la dernière fut grandement goûtée. C'est celle qu'on nomme la Messe du pape Marcel. Nous avons déjà dit qu'à Saint- Jean de Latran on baptise encore, en ce jour, un certain nombre de personnes, comme souvenir de l'ancien usage.

Le premier Ordre romain contient une Rubrique assez singulière pour le Vendredi saint. Selon celle Rubrique , lorsqu'on est arrivé aux paroles de la Passion selon saint Jean : Super vestem meam miserunt sortent . deux diacres dépouillent l'autel de la nappe on couverture que l'on avait auparavant placée sous l'Evangile. Ils font cet acte de manière à imiter le vol qui en serait fait par quelque malintentionné : in modum furantis. Il est inutile de dire que depuis longtemps celte coutume n'existe plus. Néanmoins il faut reconnaître dans celte particularité du cérémonial une intention symbolique : on voulait figurer l'empressement des soldats à s'emparer des dépouilles du Sauveur. Durand, qui parle aussi de ce Rit, dit que c'est pour représenter les soldais qui dérobèrent la lunique de Jésus-Christ, après le crociGement, et qu'en enlevant furtivement celte nappe les sous-diaercs figurent saint Jean l'évangélistc, qui se sauva tnorefuris. Saint Marc, parle en effet d'un jeune homme qui s'échappa des mains des soldats , en abandonnant le linceul dont il était couvert. Mais ceci se passait au jardin des Olives.

Nous devons terminer par quelques observations qui auront peut-être leur utilité, quoiqu'elles soient dictées par un esprit trop légitime de censure. En général les Rubriques qui règlent le cérémonial des trois derniers jours de la Semaine sainte, ne sont point étudiées. Avouons avec regret et douleur que dans un certain nombre de grandes Eglises où le personnel du clergé est considérable, ces graves et imposantes cérémonies se font sans dignité et avec désordre. La Rubrique porte qu'après le lavement des autels, au

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Jeudi saint, tout ornement en doit disparaître. U ne doit donc y avoir ni croix , ni chandeliers. Le lendemain pour la Messe dite des présanctifiés, une seule nappe doit couvrir en entier le maître autel, cl le tabernacle ne doit être surmonté de la croix qu'après qu'on a découvert celle-ci , pendant l'Anlienue : Ecce lignum. Néanmoins on voit Ggurer en plusieurs églises , sur le tabernacle , une croix découverte avant le commencement de la cérémonie, ce qui rend presque ridicule le Rit par lequel on découvre la croix pour la montrer au peuple. Les chandeliers ne doivent être replacés sur le retable et les cierges allumés qu'au retour de la Procession où Ton est allé chercher le saint Sacrement au reposoir ou tombeau. Pour le Samedi saint, croirait-on qu'en certaines Eglises un célébrant bénit le feu; qu'un second, différent du premier, va à l'autel pour les Leçons ; qu'un troisième, qui est celle fois le curé, fait la Bénédiction des fonts baptismaux en rocliet , en élole pastorale et en ebape , et qu'enfin la Messe est chantée par l'un des deux premiers célébrants? U y aurait beaucoup a dire sur les Messes qui sont célébrées, le Jeudi saint , même après la Messe solennelle ; sur celles du Samedi saint , et surtout sur les Messes du même jour chantées avant ou après la Messe solennelle pour un enterrement; sur la Messe du Samedi saint célébrée à une heure après midi , pour un mariage, etc. , etc.

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