‹ Origines et raison de la liturgie catholique en forme de dictionnaireChapitre 48 sur 519 · ASPERSION · texte numérisé non relu

ASPERSION

Nous trouvons l'aspersion chez les Juifs en remontant même jusqu'à Moïse. Ce législateur inspiré de Dieu lit sur le tabernacle et les vases du eu lté sacré une aspersion de sang. On faisait sur les lépreux u ne aspersion d'eau. On se servait pour cela d'une plante appelée hysope dont les feuilles très-serrées pouvaient facilement retenir l'eau ou le sang qui «'en échappaient en gouttes lorsqu'on la brandissait sur la chose ou la personne qui était sanctifiée ou purifiée par celle aspersion. Les Juifs faisaient aussi des aspersions avec )©« cendres de la génisse ou vache immolée

SI

mêlées d'eau. Nous ne rappellerons pas ici l'eau lustrale dont les idolâtres faisa:ent des aspersions. Ce Rit est passé du judaïsme a la religion chrétienne et il remonte à l'Eglise primitive. Saint Clément pape du premier siècle ordonne qu'on fasse des aspersions avec de l'eau mêlée d'huile. Le pape Alexandre 1" substitua le sel à l'huile. Voici ses propre? paroles : «Nous bénissons l'eau avec le sel « en faveur des peuples, afin que ceux qui en « seront asperges en soient sanctifiés. »

Ce mélange d'eau et de sel était donc bénit par des prières. Celles qu'on récite dans cette bénédiction sont de la plus haule antiquité , les paroles ont varié et l'on y en a ajouté , mais le sens en a élé toujours le même. Ces paroles consistent en exorcismes sur l'eau et le sd et en prières que l'on adresse à Dieu pour qu'il sanclifle ces créatures et qu'il fasse couler ses bénédictions sur les personnes et les choses qui en seront arrosées par l'aspersion. Aucune bénédiction n'a lieu sans aspersion quand il s'agit d'une chose, car les personnes peuvent être bénites sans l'eau et le sel sanctifies. Il faut en excepter le pain , le vin et l'eau du sacrifice, ainsi que I encens, le derge pascal et l'eau , ainsi que le sel dont on fait l'eau bénite elle-même.

L'aspersion la plus solennelle est celle qui se fait, le dimanche, avant la Messe paroissiale, principalement sur les fidèles qui y assistent. Les capilulaires de Charlemagne enjoigent aux curés de faire celle aspersion. Ordinairement c'est le célébrant qui la fait. Selon quelques Rubriques, c'est le diacre en étolc transversale et sans manipule, en quelques églises, le curé en étole pastorale fait 1 aspersion, si le célébrant est un autre prêtre que lui-même. La première Rubrique est la plus répandue. Le prêtre entonne I antienne conforme au temps cl aux usages du diocèse, en se signant avec le goupillon qu'il porte au front, puis il asperge l'autel, ensuite le clergé et enfin le peuple. Certaines rubriques veulent que le célébrant s'asperge le dernier en portant le goupillon au front. Mais partout

e prêtre, quel qu'il soit, fait l'aspersion dominicale en aube et l'étolc croisée. Les exceptions, s'il y en a, sont anormales. Aux jours de fêle qui ne sont pas célébrées le dimanche, cclic aspersion n'a pas lieu en règle générale. Les Voyages liturgiques observent qu'à Saint Maurice d'Angers elle se fait, comme le dimanche, aux fêtes solennelles, ainsi qu'au Mans. Après l'aspersion le célébrant chante l'oraison qui la termine. En présence de t'évéque , le célébrant après avoir aspergé l'autel présente le goupillon au prélat et en reçoit / aspersion.

Dans un assez grand nombre de diocèses il est d'usage de faire l'aspersion le soir après Compiles. C'est des églises conventuelles que celle coutume lire son origine. Lorsque l'office était terminé, l'aspersion se. faisait sur les religieux qui aussitôt après rentraient dans leurs cellules pour se reposer. C'était pour eux l'eau bénite dont les fidèles pieux

font sur eux le signe de la croix, avanl de se mettre au lit.

V aspersion de l'eau bénite se fait aussi sur les corps des défunts par le clergé et les personnesqui suivent le convoi. Cet usage est de la plus haute antiquité , et se pratique en tout lieu. L'aspersion qui se fait sur tout le cimetière parcouru par le célébrant, le jour des morts, pendant que le chœur chante un répons, est moins universelle en France qu'en d'antres contrées. Le diocèse d'Orléans, entre quelques autres, observe cette touchante coutume. Nou9 ne parlons pas d'autres aspersions qui se font dans les champs, sur tous les murs d'une maison nouvelle, etc.

VARIÉTÉS

C'est ici le lieu de faire connaître l'origine du nom de goupillon que l'on donne à 1 ustensile avec lequel se fait l'aspersion :on s'est servi de toute espèce de plantes propres à cet usage, telles que celles de l'hyssope, des rameaux, du buis, des pailles de toutes les céréales, et on finit par adopterdesqueuesde renards, dont les poils longs et soyeux offraient, sous ce rapport, une gande utilité. Or du nom latin de vulpes, renard , ou a formé par le changement trè? -ordinaire de la lettre V en celle de G le vieux nom français de Goupil qui veut dire renard, et de là le nom de^ounillon diminutif de goupil. Depuis longtemps le goupillon n'a rien de commun avec son origine. C'est un bâton surmonté d'une pomme garnie de soies, ou bien une pomme de métal garnie intérieurement d'une éponge et entée sur une tige de même matière. La forme du vase qui contient l'eau de l'aspersion varie *elon les lieux ou plutôt selon le goût de ceux qui fabriquent ces objets (F. le mot bénitier).

Autrefois, en Franco, les patrons fondateurs et les seigneurs haut -justiciers jouissaient du droit honorifique de recevoir Vaspertion, par présentation A la main, du goupillon ou aspersoir. On ne peut disconvenir que ce ne fût un abus contraire aux prescriptions canoniques, et il n'était que toléré par l'Eglise. S'il y avait une certaine distinction A faire, il eût été bien plus décent, de la part (tu prêtre, de se contenter d'une légère inclination devant celui que sa dignité élevait audessus de» autres fidèles. C'est ce qni doit uniquement sepratiquer aujourd'hui. Un arrêt du parlement de Paris, en date du 5 septembre 1678. l'avait ainsi réglé.

L'histoire nous apprend que Valenlinien, capitaine des gardes de l'empereur Julien, accompagnant son maître apostat dans le temple de la Fortune, un des prêtres de la déesse fit son aspersion accoutumée sur les assistants, avec l'eau lustrale. Une goutte de cette eau étant tombée sur la robe de Valenlinien, celui-ci frappa le sacrificateur et coupa «!e son poignard la partie qui avait été souillée par cette impure aspersion. Julien vengea sur «on capitaine l'injure faite au prêtre païen, et l'exila. Mais bientôt après l'Apostat ayant péri misérablement, Dieu donna l'empire à Valenlinien, et l'on crut que c'était le prix

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