‹ Origines et raison de la liturgie catholique en forme de dictionnaireChapitre 511 sur 519 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La Liturgie arménienne fui longtemps inonnue eu Europe. Plusieurs lilurgislcs la confondaient avec les autres Riles des Eglises orientales, ou se bornaient à lui reconnaître quelques nuances qui n'en auraient fait qu'une variante de ces dernières. Celle Lilurgie fut cnûn imprimée, A Rome, en 1677. Les rares savants qui étaient versés dans celle langue pouvaient seuls jouir do celte heureuse publication. Il est vrai qu'une traduction littérale en latin y élait annexée. Mais on verra plus tard quel pouvait en être le mérite. En 1686, une Liturgie arménienne, plus complète que la précédente, fut imprimée à Venise, el, en 1702 et 1706, les Arméniens eux-mêmes en Grent une édition qui fui imprimée à Conslantinople. Il s'agissait de savoir si c'étaient bien véritablement les livres liturgiques de celle Eglise. L'abbé Bignon, par ordre du duc d'Orléans, régenl du royaume, chargea, en 1720, le marquis de Bonnac, ambassadeur près la Sublime-Porte, de demander au patriarche des Arméniens établi à Conslantinople une attestation qui certifiai l'authenticité de cette Liturgie. L'attestation fut donnée dans toutes les formes.

Il ne manquait plus qu'une bonne traduction de cette Liturgie, et l'œuvre n'était pas facile k exécuter. Le père Lebrun, qui nous fournil ces documents, ayant appris que le docteur de Sorbonne, Piques, ayait décidé le père Zacharic, prêtre arménien, qui était habile dans la langue latine, à entreprendre ce travail, s'empressa de faire chercher celle traduction dans les papiers du docteur Piques, mort en 1699. La recherche fut infructueuse, mais on découvrit une traduction latine, cl sur la marge le docteur avait écrit de sa main : Cest le P. Pidou, fhéatin. Cette découverte parut heureuse à l'illustre lilurgisle de l'Oratoire, et il se mit en devoir de traduire en français l'œuvre du docte théatin. Il en enrichit le cinquième tome de son grand ouvrage connu de tout le monde. Quelle confiance pouvait inspirer an père Lebrun la traduction latine de la Liturgie arménienne, par le père Pidou ? Quelques notions biographiques sur cet auteur répondront à ia question, et nous laisserons parler le savant Oratorieo :

m Le père Pidou, surnommé de Sainl-Olon,

• a été regardé de bonne neoro comme un a homme consommé dans la langue armé- ■ nienne littérale qu'il a cultivée durant plus

• de cinquante ans. Il naquit à Paris le 8

• septembre 1637, jour de la Nativité de la

• Vierge, el il fut nommé Louis-Marie Pidou.

• Il prit l'habit des clercs réguliers ihéatios

• A Home, et il fit profession le 8 décembre

• 1659. Quelque temps après, il fut envoyé «• eu qualité de missionnaire apostolique en

« Pologne, où il conclut en 1666, avec le « père Galano. la réunion do l'église armé- « nienne à la romaine. Ses principales mis-* « sions ont été en Perse, ou il a fait jusqu'à « sa mort, avec beaucoup d'édification el as- « sez de succès, les fonctions de missionnaire « apostolique. Le pape Innocent XI le nomm.i « a l'cvéché de Babylone au mois de juillet « 1687; il fut sacré très-solennellement a « lspaban, capilale de Perse, le 9 mai 1694. « el il est mort en grande odeur de piété dan» « le couvent des Carmes déchaussés de ht « même ville, le 20 novembre 1717. Tous les « Arméniens que j'ai eu occasion de voir dc- « puis quelques années, et qui l'avaient con- « nu, en ont parlé avec admiration, comme « d'un homme qui possédait la langue armé- « nienne littérale mieux que tous leurs var- « labiets, c'est ainsi qu'ils nomment leurs « docteurs.

« Après avoir passé quinze ans entiers « avec les Arméniens d'Orient el d'Occidcnl. « et étudié leurs livres, il travailla avec toute « la fidélité possible a la traduction. Il la « fit sur les manuscrits, les Arméniens schis- « malioucs n'ayant pas encore fait imprimer « leur Liturgie... »

Certes, le père Lebrun pouvait être parfaitement persuadé que la traduction latinn du père Pidou était une heureuse découverte. Une étude de cinquante ans consacrés à celle langue arménienne encore aujourd'hui peu connue, une vie presque entière passée aven les Arméniens de Pologne et de Perse, la vie si édifiante du traducteur, son caractère épiscopal, tout se réunissait pour faire présumer que le lexte latin de l'évéque de Babylone était une fidèle reproduction de la Liturgie arménienne. Qui n'a poinl parlagé jusqu'à ce jour la conviction du père Lebrun? J'avoue

3ue moi-même, en faisant connaître le Kit e cette Eglise, je n'ai pris d'autre guide que celui qui m'était indiqué par le savant lilurgisle du dix-septième siècle.

Mais quelle a été ma surprise lorsqu'une circonstance providentielle (!) m'a pl;icè dans les mains le texte arménien traduit littéralement en Italien par un méchilarlsie ù<* Venise 1 L'édition que j'ai sous les yeux porte la date de 1832. Je ne suis nullement vers*1 dans la langue arménienne, mais « elle de l'Italie m'est assez familière pour avoir pu juger que la traduclion du père Pidou ressemblait peu à celle du père Gabriel Avedichian, prêtre arménien, auteur de l'ouvrage dont je viens do parler. Je dois, ce ire serô-

m La reconBiissMcom'impOMle devoir de déclara nue te sukt rcdtsvsblo du cette obligeante cominimicaiioo b M l'abbé Sionoel, membre de la •octeté aslaUqoe, oon» uu par ilo irè^excelloflles publirailoix-

lîrn LITL'RCIF.

hle, reconnaître dans le père Avedichian, né en Arménie, une connaissance plus intime •le celle langue que dans un Français, quelque long qu ait pu être son séjour dans ectto contrée, cl quelque consciencieux qu'il se soil mon l ré dans l'élude qu'il en a faite. Je n'ignore pas que l'arménien vulgaire n'est pas celui de la Liturgie arménienne; mais il sera permis de croire que l'habitant d'Athènes, versé dans le grec moderne, aura toujours une aptitude plus spéciale à l'étude du grec de Démoslhènes et ue s.'iint Jean Chrysosfomv, que le Français, l'Allemand ou l'Anglais. Or, la présomption est incomparablement plus forle en faveur d'un nature! arménien, à l'égard d'uuc langue si peu cultivée par les Européens, et qui présente beaucoup moins d'analogie avec nos idiomes occidentaux que la langue grecque elle-même.

Four fournir le moyen de prononcer une sorte de jugement sur le mérite relatif des deux traductions, savoir celle du père Pidou, suivie par Lebrun, cl celle du père Gabriel Avedichian, il est nécessaire de recourir à quelques citations. La raison toute seule devra nous guider, parce que la langue arménienne nous est totalement inconnue. Mais on reconnaîtra que la raison peut encore ici être d'une assez grande autorité.

Lorsque le prêtre arménien est monté à l'autel, le Chœur chante une sorte de Graduel qui varie selon les fêtes. Pour le jour de la Transfiguration on chante la mélodie suivante :

(Texte de la traduction du père Pidou :) Mystica rosa odore flaymns a supernis cincinnis œthereis ; et snperius supra cincinnos pullulubal flos mari nu».

(Traduction du père Lebrun :} « Rose mys- « térieuse, l'excellente odeur, rose m y sic— « rieuse de la chevelure céleste; la fleur de ■ mer couronnait celle chevelure céleste. »

Voici maintenant la même mélodie dans la traduction ilalienue du Pore Gabriel Avedichian :

Vawentnte roua (iammtgqia sulle stelo ira le variopinte sue foylie. Sutlr foylia a mille a mille ondeyyiano le Iremule rose.

Je traduis ainsi en me rapprochant, autant qu'il est possible, du texte italien : ■ La char- « manie rose flamboie sur sa lige au milieu « de ses feuilles brillantes de diverses cou-

• leurs. Sur les feuilles ondoient par mil-

• liers les roses trcrablollanles. »

No croirait-on pas que cette mélodie, selon lo père Avedichian» fut un teito touldifférent de la mélodie que nous présente le père Pidou ? Celui-ci n'a donc saisi ni la lettre, ni Fsilégorio de ce passage qui est tout à fait dans le style oriental. Celle belle rose s'épnnouissanl en rayons de feu sur des feuilles diversement peintes, me représente Jésus- Christ transfiguré , et les roses tremblantes , agitées, qui semblent tourbillonner luulaulour uio figurent les séraphins qui forment, en ce moment, lecortcgc du v ils de l'Homme. Qu'estce donc que cette rose mystérieuse de la chevelure céleste , et celte fleur do mer couronnant celle chevelure céleste, selon les pères

ftMEMENNfc.

Pidou et Lebn n? On voit bien que le traducteur latin a un peu soulevé le voile de cette délicieuse allégorie, mais qu'il n'en a senti ni la lettre ni l'esprit.

Poursuivons nos rapprochement*. Quelquefois, au lieu des mélodies ou Graduels dont il vient d'être parle, le Chœur chante un Cantique dont quelques passages rappellent les mystérieux habits dont le grand prêtre Aaron était revêtu. Je ciler.ii , celte fois, d'abord le texte italien du père Avedichian :

Vn filo forrnpposto era ad altro fifo ; e il filo delrordin primo era impreziosito daJ carbonchio; era di filo <Toro la fimbria che eircolar mente stendeasi.

Je traduis littéralement : « Un fil était soft perposé à un autre fil, el le fil du premier a rang était enrichi de l'cscarboucle ; elle

■ était de fil d'or ta frange qui en bordait le

■ contour. »

Comparons h ce texte celui que nous donne le père Pidou : Filum figurabat filum (primus ordo typus rrat afteriu») et unctionem calceamenti rolundi circulariter. La traduction du père Lebrun ne sera guère plus claire. # Le « premier Ordre était la figure du sorond, un « fil était la figure d'un fil et de Fonction qui « entoure la rondeur de la chaussure. • Nous tromperons-nous en avouant que ce passage ainsi présenté n'offre aucun sens , et que le lecteur n'y comprend pas plus que s'il avait sous les yeux le texte arménien? Le père Lebrun met en noie , il est vrai , que ce passage est très-diifleile à traduire, et que les Arméniens eux-mêmes en conviennent. .Mais on conviendra aussi que le père Avedi.hian fait entendre un sens raisonnable, quoique ce genre d'idées soit peu familier au génie européen.

Je pourrais multiplier très-considérablement ces parallèles qui démontreraient jusqu'à la dernière évidence que In Liturgie arménienne, telle qu'elle csl exposée dans l'ouvrage du père Lebrun, n'est pas digne de ce litre, cl que le Rit de celte Eglise célèbre, fondée par les saints apôtres Th iddée et Barthélemi, csl resté inconnu jusqu'à l'apparition du livre du père Avedichian. Au moment où l'élude de la Liturgie semble se ranimer dans le clergé français, j'ai pensé que ma traduction pourrait être favorablement accueillie. Elle me semble un complément indispensable aux explications et dissertations d'ailleurs ni estimables du père Lebrun , placées entre les mains de tout prêtre qui tient à connaître l'histoire dogmatique de l'an* guste Sacrifice dont il est le ministre. Ceuxlà même qui ne possèdent point les quatre volumes du père Lebrun, accueilleront, j'ose l'espérer, celte traduction dont la lecture peut être un objet d'instruction et d'édification.

H n'était pas facile de transporter dans la langue française les beautés cl l'énergie de la traduction italienne , qui n'est elle-même qu'un reflet du texte original. Il faut dire néanmoins à la louange du Père Aved;ebiao qu'il a employé toutes les ressources de l'idiome italien pour reproduire sou texte, el

1ÎC3 INTIlO

quoique étranger, comme je l'ai déclaré , è la langue arménienne, il m'a élé Tacite de juger que le traducteur avait , pour ainsi dire, forcé la langue du Tusse à s' empreindre des brillantes couleurs de l'idiome et du style de l'Arménie. Ne devais-je pas, à mon tour , tenter le même effort sur la langue française? C'est ce qui explique cl ce qui devra justifier un grand nombre de tournures qui ne sont point communes et familières à notre prose normale , et que To i permet exclusivement à la poésie; en cela je me suis écarté du genre qui a été adopté par les PP. Pidou et Lebrun. Lorsqucces deux traducteurs ont eu le trop rare bonheur de saisir lo véritable sens, ils n'ont fait que le paraphraser, et leur diciion molle et languissante forme un singulier contraste avec le texte si vif, si animé, si impétueux de celui du père Avcdichian. J'ai dû même créer quelques termes pour éviter une paraphrase, et je compte sur une indulgence que sollicite pour moi le besoin de reproduire hardiment l'original.

Le P. Avcdichian dans son avertissement se contente de donner quelques notions sur rnglisc arménienne, ou plutôt sur l'origine de sa Liturgie. J'ai pci^é qu'il était utile d'entrer dans quelques e!ctaii> plus étendus.

L'Arménie est un grand pays de l'Asie, borné à l'O. par l'Euphrale ; au S. par le Diarbcek, le Curdislan cl l'Aderbijan ; à l'E. par le Schirvan ; au N. par la Géorgie. Plusieurs auteurs ont considéré ce pays comme le berceau du genre humain, et selon la tradition conservée dans ces contrées, l'arche de Noë se reposa après le déluge sur le sommet du mont Araral, le plus haul de l'Arménie et l'une des montagnes les plus élevées du globe. On lui donne plus de seize mille pieds d'élévation au-dessus du niveau de la mer , soit beaucoup au delà de cinq mille mètres. Or, le mont Blanc en Savoie n'a qu'une élévation de quatorze mille sept cent ni quelques pieds. La cité la plus importante de cell ; contrée est Erzeroum, bâtie au commencement du cinquième siècle par Anatole, général des armées de l'empereur Théodosc. C'est pourquoi elle porta le nom de Thcodosiopolis jusqu'au onzième siècle, où elle reçut son nom actuel. On y trouve encore Edesse , construite , dit-on , sur les ruine; d'Ur, la même que celle d'où partit Abraham pour aller habiter Harau, Ur Chatdceorum; Djulfa, regardée comme un des faubourgs d'Ispahan; Èrivan.Nisibe, en arménien Medzpin, Sis, Tovin, Ardaschad, Vagharschabad, etc. Cette dernière, bâtie six siècles avant l'ère chrétienne, fui le siège du royaumcd'Arménic.U n'en reste plus que l'église d'Ecsmiazin , qui esl considérée comme la métropole de l'Eglise arménienne.

Ce malheureux pays, ayant perdu l'indépendance de sa nationalité, a été envahi par les Turcs, les Persans et les Russes. Ces derniers tendent constamment à se l'inféoder, et l'on regarde comme certaine la conquête de toute "Arménie par celte puissance colossale».

A quelle époque le christianisme ful-il in-

JCTI-N WA

troduit dans l'Arménie? Selon la tradition, Abgare , roi d'Edcsse, affligé d'une maladie crue'le, ayant appris qu'il y avait dans la Jo dée un homme extraordinaire qui opértit les cures les plus merveilleuses, envoya vers lui une députalion pour implorer sa guérison. Le divin Sauveur, voyant que sa demande était faite avec une foi humble, envoya vers ce roi un de ses disciples, nommé Thaddéc, qui le guérit. Plus tard l'apôtre Barlhélcmi alla évangéliscr Edesse et parcourut avec le premier l'Arménie, la Cappadocc et l'Albanie. Ces deux apôtres sont nommés dans la Liturgie arménienne sous le titre d'ancien* premiers illuminalcur$ do la contrée. Ces premières semences ne produisirent de fruits abondants que lorsque* saint Grégoire les eut arrosées de ses sueurs et de son sang. La Liturgie arménienne lui donne constamment le litre û lilnminatcur. Saint Grégoire, issu de la royale famille des Arsacides, naquit vers l'an 240 de noire ère. En ce temps-là une révolution s'opérait dans ce pays. La dynastie persane de Sassan détrônait celle des Arsacides, et Anag. père de Grégoire, reçut du nouveau monarque l'ordre barbare d'aller en Arménie lucr le roi Khosrowou Chosroës de l'ancienne dynastie. Anag réussit, mais il fut tué à son tour par les gardes du roi. Grégoire était encore a la mamelle, et on parvint à le sauver en l'emmenant sur le territoire de l'empire romain, où il reçut une éducation chrétienne. Le fils de Khosrow avait échappé à la cruauté du roi persan, et on l'avait conduit à Rome. Ce rejeton de l'ancienne maison régnante, secouru par les armes de l'empereur Diuclélicn, vint en Arménie pour revendiquer le trône de ses pères, et y réussit. Grégoire, sans s<» faire connaître, vint lui offrir ses services; mais le roi, ayant découvert qu'il élait chrétien, lui fit subir les plus horribles traitements, et n'ayant pu vaincre la foi de Grégoire, le jeta dans une citerne, où le généreux martyr resta pendant quatorze ans. Il en fut enfin retiré el vint prêcher l'Evangile à la cour du roi Tiridate, successeur de Khosrow. Ce prince, avant élé guéri d'une maladio par les prières du saint illuminateur, embrassa la foi chrétienne cl se filbapliscravcc toute sa cour.

Le roi Tiridate par l'influence de son exemple, et Grégoire par ses prédications, changèrent bientôt la face de l'Arménie, jusqu'à celle époque plongée dans les ténèbres du magisme chaldcen. Tiridate mourut dans un âge avancé, et l'Eglise arménienne l'a placé au rang des saints qu'elle honore. Grégoire ne cessa do travailler à l'agrandissement et à l'organisation de son Eglise. Les sages règlemenls qu'il lui donna sont encore suivis avec une fidèle ponctualité. Enfin s'etant retiré dans la solitude, il reçut la couronne du martyre des mains d'un sicairc expédié par un prince infidèle pour l'assassiner, en haine de sa foi et de ses iravaux apostoliques.

L'Arménie devait, hélas I bientôt rompre le lien de l'unité. L'hérésie d'Eutychès, qui n'ad

mettait qu'une nature en Jésus-Christ, se répandit dans celte contrée. Vers l'an 59G, Ja patriarche Abraham 1" réunit à Tovin U-s évêques d'Arménie au nombre de dix , et l'on protesta contre le concile de Chalcédoine convoqué par le pape Léon et qui avait condamné l'hérésie Eulychienne.

Toutefois les Arméniens rejettent Eulychès tomme hérétique, et par une aussi déplorable que singulière contradiction ils condamnent le pape Léon et le concile de Chalcédoine par qui Eulychès fut analliémalisé. Nous n'avons point à raconter quelle fut la con- >équcnce fatale de celle scission pour la nalionalilé et l'indépendance de l'Arménie. Abandonnés également des Grecs et des Syriens, avec lesquels ces peuples avaient aussi rompu toute communauté de croyance religieuse, ils furent livrés sans défense aux Arabes qui inondèrent leur pays, et furent asservis aux Persans, plus tard en partie aux Turcs; el enfin, comme nous l'avons déjà dil, ils sont fortement menaces de devenir la proie de la Russie sciiismalique

La foi catholique n'a cependant jamais été entièrement éteinte en Arménie. D'ailleurs, peu de temps api*ès le schisme, il y cul des tentatives de réunion avec l'Eglise romaine , qui eurent quelques heureux résultats. Tous les voyageurs s'accordent a dire qu'en général les Arméniens professent un grand respect pour l'Eglise romaine.

Je n'aurais pas besoin de dire que la Liturgie donl je donne la traduction est celle • es catholiques Arméniens; c'est celle qui «•st en usage dans le célèbre couvent de Saint-Lazare, à Venise, fondé par un illustre personnage connu sous le nom de Jléchitar, qui, en langue arménienne, signifie consolateur. 11 naquit à Sébaste en l'an 1676. Après plusieurs pénibles traverses, cet homme, scion le cœur de Dieu, parvint à donner a l'Ordre dont il était l'instituteur, une fixité dont sa rare persévérance l'avait rendu »i digne. Un décret du sénat de Venise, en «iale du 8 septembre 1717, lui concéda la possession perpétuelle de l'Ile de Saint-Lazare qui, dans le douzième siècle, avait appartenu aux bénédictins , et plus tard était devenue un hospice de lépreux. C'est là qu'il mourut en 17*9. Sa communauté n'a cessé de prospérer depuis sa fondation sous la règle de saiul Benoit, que Méchitar avait adoptée. Les religieux de Saint-Lazare sonl tous Arméniens d'origine. On envoie ceux d'entre « ux qui en onl la vocation comme missionnaires dans les diverses contrées de l'Orient. A leur zèle il appartient de réunir un jour a 1 Eglise romaine le pays qui lésa vus naître, et c'est une des fins principales que Méchitar se proposa dans la fondation de son institut. Celle communauté a déjà rendu d'immenses services à la science. Méchitar composa plusieurs ouvragos très-importants

Eour la propagation et la connaissance de i langue arménienne. Ces religieux onl, jusqu'à ce moment, publié des grammaires vu cette langue est enseignée en français, en italien, en anglais , en allemand , en russe,

etc. Nous devons aux mécbllaristes de Venise beaucoup de reconnaissance pour diverses traductions , et notamment pour celle de a Liturgie arménienne dont le père Avedrchian a enrichi la science des Rites sacrés. Qi e ce docte varlabicd veuille bien ici en agreir ma gratitude loulc spéciale (1).

Quelques notions sur les Eglises arméniennes, leurs usages liturgiques , etc., doivent trouver ici leur place. Le père Lebrur, dans le V# tome ou IV* volume de son Explication de ta Messe, a fait graver une estampe qui représente l'intérieur d'une église d'Arménie. Bile est à Irois nefs et ornée d'un dôme au-dessous duquel est l'autel. Celui-ci est isolé comme ceux des Grecs et un grand nombre de ceux de l'Eglise latine, principalement à Rome et en Italie. Le retable est orné de gradins chargés de chandeliers. On y voit une grande croix au centre et deux autres latérales, en sorte que l'autel figure un véritable calvaire. Néanmoins, les gravures qui se trouvent dans l'Ordinaire de la Messe, en arménien el en italien, par le père Avedichian, représentent une seule croix au milieu du gradin. Chaque église n'a qu'un seul autel; au bout de la nef collatérale gauche est la sacristie; à celui de la droite est le trésor. Le chœur est exclusivement réservé au clergé, cl il est séparé du sanctuaire au centre duquel est l'autel. Les hommes et les femmes occupent séparément la partie de la nef qui leur csl destinée. Une porte latérale y donne accès aux hommes, et la porte principale aux femmes. Le pavé de l'église est couvert de nattes ou de lapis, el on n'y voit aucun siège, pas même pour le clergé. L cvéque seul a sa chaire au côte gauche du sanctuaire. Les Arméniens Aient leurs chaussures en entrant dans l'église, et Us ne se permettraient point d'y cracher. Les membres du clergé se tiennent pareillement an chœur sans chaussure, et les ministres qui entrent dans le sanctuaire prennent des pantoufles noires.

Les ornements du prêtre diffèrent par leur forme de ceux des Eglises latine el grecque. Le célébrant a la léle couverte d'un bonnet rond de drap d'or ou d'argent surmonté d'une croix. Celte sorte de mitre sacerdotale est nommée sagavard. L'aube est assez semblable aux nôtres, quoique plus étroite; elle peut être de soie ou d'autre étoffe , mais ordinairement elle est de lin ; c'est le chapik. L'aube est serrée d'un cordon ou d'une ceinture. Le manipule est double ; c'est une manche d'étoffe que le prêtre met à chaque bras et qui monte jusqu'au coude. On lui donne le nom de basban . qui est traduit eu latin par le mot brachiale. L'étolc est, à peu de chose près, scmblablo aux nôtres, seulement elle est garnie de croix sur toute sa lon-

(I ) On peut consulter un ouvrage intitulé : Le Couvert 'te Swil-Latareà Frtiwe, t:lc. , parai. Kii^l'ii.' Boré.l vol vu- 12, édition de 1837, iiuu Ton trouve cliei Debécouri, libraire, rue des Saints Pères, a Paris. Ce livre nous a fourni le* documents qu'on vient de lire. On Mit que son auteur a visité l'Arménie, ou mi séjour de plusieurs années a éUr signalé par uu xele tout apostolique |«ur ramener a* cadivllcianie cette intéressante contrée.

LITLUr.tr. ARMENIENNE.

INTROU LCTION.

cueor. On lui donne le nom dWor, évidemment dérivé du lalin orarium ou du grec orarion. La chasuble e»l faile comme nos chapes , mais elle n'a point de chaperon ; elle est ornée sur le dos d'une grande croix , c'est ce que les Arméniens nomment chwrtchar. Le père Lebrun parle d'un amict en d'argent auquel on attache une toile

Antoine Nurlgian , d'Erzerouin, nô à Coostantinople et ancien élève du collège de la dite Propagande- Le pape accueillit le chois, et institua Nurigian archevêque du siège métropolitain primai ial de Constanlinoplc, pour les Arméniens, avec indépendance totale du patriarche de Cilié ie. Antoine fut consacré a Home, le 11 juillet 1830. Ce prélat étant mort.

qui pend sur les épaules et dont le nom est le pape Grégoire XVI a nommé pour lui tarehamag ou vagtu. Dans la Liturgie que succéder monseigneur Paul Marusci, qui fut

nyc

nous traduisons il n'en est fait aucune mention.

Les diacres sont revêtus d'une aube sans ceinture. Sur leur épaule gauche est une étoile parsemée décrois qui pend également par devant et par derrière. Les sous-diacres portent seulement une aube , mais celle-ci, pour les uns et pour les autres, est ornée d'une grande crois peinte à fleurs sur le dos et de crois moindres sur chaque manche et sur la poitrine; elles sont faites de toile ou de taffetas. Les clercs se placent en rond au bas de l'autel et sont vêtus comme les sous-diacres. Les prêtres assistants, s'il y en a, se revêtent sur leurs habits usuels d'un pluvial pareil à celui du célébrant.

consacré à Rome le 19 juin 1842. Le litre do ce prélat est celui d'archevêque de Constanlinoplc des Arméniens, Constantinopolis Atmenorum. Il habite le faubourg de Gala ta, auprès de sa cathédrale. Il a sous ses ordres trente-deux prêtres séculiers et un plus grand nombre de prêtres réguliers. La cathédrale a été bâtie, en 1834, sous le vocable du Saint- Sauveur. Cet archevêque a plusieurs églises dispersées en différentes provinces. Les principales sont celles de Péra, faubourg de Constantinople. C'est un oratoire dédie à saint Jean Chrysoslome ; OrtakoY, près de Péra, sous l'invocation de saint Grégoire l'IUuminaleur ; Samalia, dans la ville de Conslantinople, n'a pour église qu'un salon; Ancyre ou Je ne~puis,rsâns dépasser les justes bornes Angora, en Galalie, à quatorze journées de

d'une introduction, ajouter de nouvelles considérations et de nouveaux documents. Ce qui n été dit suffira, cl je ne voulais donner que les éclaircissements indispensables.

<©KK!^>33Je»

J'avais terminé celte introduction que je trouvais déjà un peu nrolixe.lorsque j'ai reçu de Home le dix-huitième volume du Dixionario di erudizione ttorico-eccletiattica , par M. Gaëtano Moroni. L'article constantinoplb renferme un document précieux sur l'état présent de l'Eglise arménienne catholique, et je crois devoir en faire part à mes lecteurs.

Quelques années avant 1830, les Arméniens schématiques avaient excité une violente

la capitale, a une église, sous le vocable do la sainte Vierge, cl trois oratoires ; Erzeroum n quatre provinces, qui sont Torlum, Passen, Baiasyd et Musci. Elles renferment plusieurs villes et villages avec plusieurs églises. Àrtuin, dans l'Arménie majeure, comme Erzeroum , a deux provinces et plusieurs oratoires. Trébisonde a une église ancienne qui a été réparée. Bourse, ancienne capitale des Turcs, avec une église récemment bâtie. CulaYa, Bilegick et plusieurs cantons de la Romclie.dc I Analolie, du Pont, de la Cappadoce sont habités par des catholiques auxquels l'archevêque arménien de Constantinople envoie quelques prêtres assistés par des mit» sionnaires. Le nombre des catholiques dé-

persécution contre lea catholiques. En celle pendant de ce nouvel archevêché s élève A susdite année, une pacification conclue à An- peu près à vingt-six mille, drinople vint ramener le calme. L'empereur L'archevêque Nurigian avait été investi en

drinopl

des Turcs Mahmoud 11, comprenant que la soumission des catholiques au pape n'était pas inconciliable avec celle que ces Arméniens doivent à leurs souverains temporels, ordonna que les biens confisqués au profil des schismatiques fussent rendus à leurs anciens propriétaires. Il fut convenu entre l'ambassadeur de France et le reis-effendi,

Bue les catholiques Arméniens auraient la bcrlé religieuse, et formeraient un corps séparé ayant leur patriarche tout à fait indépendant de celui des schismatiques. Un grand nombre de personnes de qualité, de la nation arménienne et qui avaient été exilées se

même temps de la puissance temporelle comme chef civil des Arméniens catholiques. Le sultan Mahmoud II , influencé par les schismatiques, ne voulut point le reconnaître en cette qualité. Alors on élot Jacques Valle, qui fut confirmé par un diplôme impérial du 5 janvier 1831, en qualité de chef politique et de préfet de la nation, représentant auprès de la Sublime-Porte de tous les rayas catholiques de l'empire. Le chef politique actuel est te père Charles Esajane, un des religieux méchitarisles de Venise, dont il a été parlé plus haut.

Tous ces renseignements sont authenti-

réunirent à Conslantinople ayant à leur tête ques. L'auteur que je résume les a puisés

six prêtres arméniens. 11 fut convenu dans dans les archives de la congrégation de la

celle assemblée qu'on supplierait le pape Propagande. Passe le ciel dans sa miséri-

Pie VHI de nommer un archevêque qui se- corde que cette nouvelle instilulion produise

rail le chef ecclésiastique des catholiques ar- les fruits les plus abondants 1 Le zèle aposto-

méniens dans tout rem pire Ottoman. La lique peut s y exercer sur un champ bien

congrégation de la Propagande tenue à Rome, vaste , puisque le nombre des Arméniens

le 17 mai 1830, eut à designer cel archevêque schismatiques dépasse très-considérablement

parmi quatre candidats. Un deux fut élu, celui des Arméniens unis.

LITURGIE ARMENIENNE

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