ASS M
< milieu portait sa couronne impériale tête « nue; cette couronne, fermée et surmontée « d'une croix de pierreries, est très-magnl- « fique. Je marchai sur la même ligne que ■ les ministres, habillé à la turque, et con- « duit par un officier qui me tenait sous les « bras. Les officiers de la couronne, se tenant « de la même manière, suivaienten chantant « les louanges de l'empereur et se répondant « les uns aux autres; 1rs mousquetaires ve* « naienl ensuite, suivis par les archers armé* a d'arcs et de flèches. Cette marche était ferc mée par les chevaux de main de Tempe* « reur, superbement enharnachés.
« Le patriarche, revêtu de ses habits pon- « tificaux, parsemés de croix d'or, était à la « porte de la chapelle, accompagné de près « de cent religieux vêtus de blanc. Ils étaient « rangés en haie, tenant une croix de fer « à la main ; les uns dans la chapelle et les « autres en dehors. Le patriarche prit l'emc percur par la main droite en entrant dans « la chapelle, qui s'appelle Tensa-Christos, « c'est-à-dire l'église de la Résurrection, et « le conduisit près de l'autel à travers une « haie de religieux, qui tenaient chacun un « gros flambeau à la main. On porta le dais « sur la téte de l'empereur jusqu'à son prie- « dieu, qui était couvert d'un riche tapis, et « à peu près semblable aux prie-dieu (1rs « prélats d'Italie. L'empereur demeura pres- « que toujours debout jusqu'à la communion « que le patriarche lui donna sous les deux « espèces. »
En France, la féte de l'Assomption se célèbre avec une solennité toute particulière, depuis que le roi Louis XIII a consacré sa per» sonne et son royaume à la sainte Vierge, par sa déclaration donné» à Saint-Gcrmain-eu- Layc, le 10 février 1638; cet acte est trop long pour être rapporté ici en entier. Ce pieux monarque débute ainsi : « Dieu qui « élève les rois au trône de leur grandeur, « non content de nous avoir donné l'esprit « qu'il départ aux princes de la terre pour la « conduite de leurs peuples, a voulu prendre « un soin si spécial et oc notre personne et « de notre Etat, que nous ne pouvons consi- « dérer le bonheur du cours de notre règne, m sans y voir autant d'effets merveilleux de « sa bonté que d'accidents qui pouvaient « nous perdre. » Après avoir rappelé les bienfaits dont il se reconnaît humblement reconnaissant envers Dieu, par l'intercession de la très-sainte Vierge, il termine ainsi : « A ces « causes nous avons déclaré et déclarons que « prenant la très-sainte et glorieuse Vierge * pour prolectrice spéciale de notre royaume, « nous lui consacrons particulièrement notre « personne, notre Etal, noire couronne et « nos sujets, la suppliant de vouloir nous « inspirer si sainte conduite et défendre avec « tant de soin ce royaume contre l'effort de « tous ses ennemis, que soil qu'il souffre le « fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur « de la paix, que nous demandons à Dinn de « tout notre cœur, il ne sorte point dos voies « de la grâce, qui conduisent d celles de la « gloire Nous admonestons le sieur ar-
LITUttClE CATIIOLIOL'K.
« chevéquc de Paris, cl néanmoins lui eujoi-
■ gnons qoe tous les nus, le jour et fêle do
■ I* Assomption, il fasse lairc commémora-
• lion de no're présente déclaration à la « grand'messe qui se dira en son église ca- « Ibcdralc, rt qu'après les Vêpres dudil jour « il soit fait une procession en ladite église, « a laquelle assisteront loules les compagnies « souveraines cl les corps de ville, avec pa- « rcilles cérémonies que celles qui s'obser- « veut aux processions générales les plus < solennelles, a Mémo injonction est faite à tous les prélats du royaume, afin que dans toute la France il soit fait une procession semblable. La déclaration se termine par les paroles suivantes, qui méritent une mention le v t m ile : « Et d'autant qu'il y a plusieurs « églises épiscopalcs qui ne sont point dé-
■ (liées à la Vierge, nous exhortons lesdils « archevêques, en ce cas, de lui dédier la « principale chapelle desdilcs églises pour y » faire ladite cérémonie, et d'y élever unau- « tel avec un ornement convenable à une
• action si célèbre, cl d'admonester tous nos - peuples d'avoir une dévotion particulière « a la Vierge, d'implorer en ce jour sa pro-
■ tection, etc. »
Sous l'empire, Napoléon fit revivre celte auguste cérémonie, et y rattacha le souvenir de sa naissance et la fétc de son patron.
Louis M III renouvela la déclaration de sou aïeul par sa lellreaux prélats du royaume, en date du août 1814; on est seulement surpris que le bon roi semble affecter de parler un langage qui sonne mal à des oreilles sincèrement catholiques, en donnant à Dieu le nom philosophique ou plutôt révolutionnaire d'Etre suprême.
Tout le monde ne sait pas que le magnifique groupe en marbre blanc, représentant, dans l'église Notre-Dame de Paris, la sainte Vierge tenant sur ses genoux au pied de la croix son divin Fils, est un accomplissement du vomi de Louis XIII qui, dans la même déclaration, promet de faire exécuter « une
• image de la Vierge qui tiendra entre ses « bras celle de son précieux Fils descendu de « la croix, et nous serons représenté aux « pieds et du Fils et de la Mère, comme leur « offrant notre couronne cl notre sceptre. » Louis XIV remplit avec magnificence les intentions de son père, et chargea do l'exécution de ce beau travail le célèbre Coustou. On a censuré, dans un ouvrage moderne sur la Liturgie, le choix d'un sujet si triste, et l'on aurait préféré une Vierge triomphante plus analogue à la fêle de I Assomption, qui est celle du vocable de celle basilique. Il est facile de répondre à cette critique en rappelant le vœu de Louis XIII. Si l'on y avait représenté tout autre sujet que cette descente de croix, on eût méconnu les intentions du prince, et alors celle censure ne peut s'adresser qu'au monarque pieux et reconnaissant. Du reste celle scène de la passion de Jésus- Clir ist n'est point déplacée, quoi qu'on en dise, à un autel, s'il est vrai que le jour de Parues comme en celui de l'Assomption cet autel soit le calvaire du sacrifice perpétuel.
Dans toutes les églises, au moment ou l'on solcnnisc les mystères les plus joyeux, l'Image de Jésus-Christ crucifié n'est-elle pas exposée à la vue de tout le monde, et faudrat-il la voiler aux fêtes de la Résurrection, de l'Ascension et de la Pentecôte? On répondra peut-être que Louis XIII n'a déterminé pour son vœu une descente de croix que sur l'avis de ses courtisans mal inspirés; mais pourraiton l'assurer? Est-ce qu'il n'est pas permis à un prince de penser par lui-même? L'inspiration la plus puissante était celle qui lui venait du cardinal de Richelieu. C'est donc à ce prince de l'Eglise qu'il faudrait adresser le reproche. Au surplus nous n'approuvons pas dans sa généralité l'embellissement qui fut opéré à celle époque dans l'abside de Notre-Dame de Paris. An moment où l'on s'occupe d'une très-importante restauration de celle église métropolitaine, les arcades à plein cintre en marbre devront reprendre leur forme ogivale primitive; mais à notre avis il serait très-peu convenable de faire disparaître la descente de croix, cl de tromper ainsi le vœu du pieux monarque et les intentions de Louis XIV, son fils, qui s'y montra fidèle. Nos archéologues modernes, qui affectent un si grand respect pour les monuments historiques, mentiraient en celle occurrence à leur zèle d'ailleurs si louable.