BALDAQUIN
Le baldaquin , en italien baldachino, terme d'origine arabe , est un pavillon mobile sous lequel on porte le saint Sacrement en procession ou aux malades. On s'en sert aussi pour recevoir aux portes des villes ou des églises les prélats lorsqu'ils font leur visite pastorale. On reçoit aussi les princes sous le baldaquin.
Le quinzième Ordre romain parle d'une étoffe, pannum. ajustée sur quatre bétons et que des nobles tiennent élevée sur le pape, dans les processions. Ce n'est autre chose que le baldachino italien ou umbtUa l'ombrelle. Le baldaquin ne viendrait-il pas de Baldach , ville de Perse où ces sortes d'ombrelles sont très-communes ?
En France, le baldaquin portatif est appelé dais, dagum, terme venu de l'allemand et qui signifie toit , eouverture. Nous donnons le nom de baldaquin A un dais ou couronnement fixé au-dessus d'un autel et soutenu par des colonnes de marbre ou de bols. En ce sens, le baldaquin est ce qu'on appelait autrefois eiborium, ciboire. En plusieurs églises cet usage a subsisté, et lorsqu'un suspendait le saint Sacrement sur les autels, il était couvert d'un grand baldaquin.
Aujourd'hui l'usage de porter le saint Sacrement sous un dais ou baldaquin, est établi presque en tous lieux. Le» quatre courtine* «mit ordinairement en étoffe enrichie de bro-
deries . et des quatre angles partent des cordons ou rubans tenus par des magistrats ou personnes notables. Il est rehausse de panaches blancs ou d'autres ornements dorés.
VARIÉTÉS
Nous venons de dire que anciennement l'autel était couvert d'un ciboire ou baldaquin. Les colonnes en étaient élevées, et entre les arcades était un rideau qui dérobait l'autel aux regards. Toutefois ce rideau était infiniment plus commun en Orient et même à Rome, que dans nos églises de France, parce qu'ici on étendait entre l'autel et les fidèles un grand voile. Mais quant au baldaquin ou ciboire , on en voyait do moins dans les principales églises. La renaissance des arts au seizième siècle les supprima ou les dénatura. On vit s'élever de massives colonnes à chapiteau dorique ou corinthien, supportant une demi-coupole. On y ajouta des anges adorateurs , ou des vases de marbre d'où s'échappait la fumée de l'encens, etc. On en voit un à Paris , dans l'église du Val-de- Cràce, et nous ne blâmerons point ceux qui l'admirent: mais il nous sera permis de diro que co n'est point la reproduction de ces ciboires du moyen Age, dont l'aspect peut-être moins imposant , mais plus religieux, satisfaisait davantage la piété. Nous dirons cependant que nos archéologues modernes ont prononcé une réprobation trop exclusive contre celle ornementation de nos autel*. Nous désirerions, pour noire part, voir reparaître les ciboires ou baldaquins sur les autels isolés dits à la romaine. 11 s'agirait de les construire selon le goût des anciens. Mais nous répétons que ce couronnement remonto à la plus haute antiquité ecclésiastique, cl que leur suppression est une véritable innovation. Celle-ci a été le résultat forcé de la coutume qui a prévalu d'appliquer les autels contre l'extrémité de l'abside, à cause des gradins dont on les a surchargés cl des énormes tabernacles qu'on y a placés. En quelques églises on crut remplacer les baldaquins par de larges et hauts retables à colonnes , auxquels on adossa l'autel. Nous citerons pour exemple celui de Saint -Nicolas -des- Champs à Paris. Or ces retables masquent d'une manière très-fâcheuse le rond-point de l'abside.
On voit un vestige des anciens ciboires eu certaines églises, ou l'autel est surmonté d'un baldaquin suspendu , lorsque le premier est au milieu du sanctuaire. Pour mieux rappeler la colombe eucharistique qui autrefois était suspendue , $ub titulo crucis , le ciel de ces baldaquins est orné d'une figure du Saint- Esprit, sous la forme d'une colombe.
Le grand autel de la basilique de Saint- Pierre à Rome est surmonté d'un magnifique baldaquin à quatre colonnes. Le tout a quatrevingt-neuf pieds de hauteur et pèse dix-huit cent soixante-quatre quintaux. Le baldaquin et ses colonnes sont en bronze doré. Plusieurs autres églises de Rome ont leur autel surmonté d'un ciboire de ce genre.