BAPTISTÈRE
L'Evéque seul pouvait administrer le baptême avec solennité. C'est un fait consigné dans les écrits des plus anciens Pères, cl Tertullien ne laisse aucun doute à cet égard. Celle discipline se maintint pendant plusieurs siècles ; mais vers le cinquième , lorsque déjà il n'était plus possible qu'on préposât à chaque église un évèque à cause du grand nombre de temples qui s'élevaient de toutes paris, le prêtre qui fut préposé à chacune de ces paroisses rurales fut mis en possession d'administrer le baptême non-seulement dans un cas de nécessité, mais aux deux Vigiles dont nous avons parlé. D'ailleurs lu prêtre, en vertu de son ordination, a le pouvoir radical de baptiser. Cela a toujours été reconnu; seulement le prêtre ne pouvait, dans les siècles dout nous parlons, administrer solennellement le baptême sans la délégation de l'évéque. Le diacre était soumis à la même condition, et cette discipline s'est maintenue pour lui jusqu'à nos jours. Nous n'avons pas bcsoind'ajouler qu'en tout temps, dans le cas de nécessité pressante, le bap • téme administré par toute personne, sans solennité, a été regardé comme valide.
Longtemps après que les Prêtres eurent été mis en possession de conférer le baplêm* avec solennité, les évéques l'administrèrent aux deux Vigiles de Pâques et de la Pentecôte. Dans le treizième siècle le pape baptisait encore au Samedi saint, quoique à cette époque presque aucun évêque n'eût maintenu ce glorieux souvenir des temps apostoliques. « Aujourd'hui, disait D. Martène au « dix-septième siècle, les évéques qui, seuls « autrefois conféraient le sacrement de bap- « tême, sont les seuls qui ne l'administrent' « jamais. » Cependant en 1587 , quelques évéques de France, dans un plan de réforme qu'ils avaient rédigé, voulaient que du moins aux Vigiles baptismales les Pontifes administrassent ce sacrement avec solennité.
12; DAP
A Dieu ne plaise que nous ayions l'intention do déverser, à celle occasion, le moindre blâme sur nos prélats, et donner à penser qu'ils ont dédaigné de conférer, comme autrefois, ce grand sacrement. Les soins perpétuels d'une grande administration diocésaine, les nombreuses bonnes œuvres dont ils dirigent l'accomplissement, une correspondance assidue avec leurs coopéraleurs dans le saint Ministère, la sollicitude de leurs Eglises, pour parler le langage de l'Apôtre, absorbent tous leurs moments.
Les prêtres chargés de diriger surtout les grandes paroisses, sous le nom de Curés, ont clé forcés de se reposer du soin do baptiser sur leurs secondaires, et aujourd'hui il est rare qu'eux-mêmes confèrent ce sacrement. Cela arrive spécialement à Paris, où plusieurs paroisses ont une population trèssupérieure à beaucoup de diocèses tels qu'ils existaient en France avant le concordat de 1802. On pourrait peul-élrc appliquer à ceci les paroles de saint Augustin : Non quod volumui exigendum est, sed quod pos~ ëumus. « On ne doit point exiger ce qui nous « plairail,uiais seulement ce qui est possible.»
Du temps des persécutions, les étangs, les rivières et surtout le fleuve du Jourdain, étaient autant de baptistères; l'eau n'en avait point été par conséquent sanctifiée paraucunc Bénédiction. Mais lorsque le cuite put être exercé avec une grande liberté, l'eau baptismale fut l'objet d'une Bénédiction particulière : on lient que c'est de tradition apostolique. Comme, selon ce qui en a été dit, le baptême n'était administré solennellement qu'aux Vigiles de Pâques et de la Pentecôte, re n'était pareillement qu'en ce jour que se fiisail celte Bénédiction, avec uu cérémonial tout particulier. Elle s'est maintenue dans l'Eglise , quoiqu'on baptise en tout autre temps : mais au lieu que dans ces siècles, l'eau baptismale qui restait après le baptême koleuncl était versée dans un endroit décent, aujourd'hui on 11 conserve soigneusement, «elle du Samedi saint jusqu'au samedi de la Pentecôte, et cette dernière jusqu'à la prochaine féte de Pâques. Nous entrons dans quelques détails plus étendus dans les articles baptistère, semaine sainte, etc. On peut les consulter.
L'eau naturelle a toujours été regardée comme la matière du Sacrement. L Eglise s» "est montrée constamment soigneuse de conserver celte discipline, qui est d'institution divine. Plusieurs décisions des souverains |»ontifes cl des Conciles ont repoussé les tentatives d'innovation dans une chose aussi importante. Etienne II, interrogé relativement à u n prêtre qui, n'ayant point d'eau, avait baptisé avec du vin, déclara le baptême nul. Il en est do même de Grégoire IX, qui déclara non valides les baptêmes conférés avec une liqueur nommée cervisia, cervoise. Quelques hérétiques baptisaient avec de l'huile, d autres avec de l'eau mêlée de vin. Il y en a même qui se soul à Ici point éloignés de l'institution diiiiic, qu'ils b.iplisaieul avec le feu, in-
terprétaut mal quelques passages de l'Ecriture. On racoule, il est vrai, qu'un Juif , baptisé avec du sable dans un endroit qui manquait d'eau, fut miraculeusement guéri du mal dont il se mourait; mais ici il faut reconnaître que Dieu voulut ainsi recoin penser sa vive foi plutôt qu'autoriser cctt • matière comme suffisante pour le Sacrement. Nous n'avons point à parler ici du baptême du sang, par le martyre, ni de celui d'un ardent désir, qui y supplée : c'est du domaine du
la,h6o,ogic- VI.
Après avoir retracé succinctement et pré* senté d'une manière, pour ainsi parler, synoptique, l'ancien et le nouvel ordre d'adminislrationdu6<rpfé'ine,nouscroyonsdevoirentrcr dans plusieurs détails sur les Rites qui précédaient, accompagnaient et suivaient ce Sacrement. Ce que nous en disons est en majeur o partie extrait de D. Martènc.
Les adultes étaient prépares au baptême par des instructions que leur faisaient des catéchistes. On a vu des hommes cmincnls pur leur science ne pas dédaigner celle fonction, qui fut celle des apôtres et de plusieurs évèques. On leur faisait connaître les vérités fondamentales du christianisme, et à ceux qu'on appelait proprement catéchumènes, parce qu'ils étaient nés dans le paganisme, on inculquait soigneusement le dogme de l'unité de Dieu, celui del immortalité de lame cl des récompenses ou peines futures. Puis on les instruisait sur la sainte Trinité cl les autres mystères de la religion chréliennc.Ccux qu'on appelait compétents et élus, parce qu'ils étaient nés de parents chrétiens, étaient, pour première leçon, initiés dans ces vérités. La réception du candidat au baptême se faisait par un cérémonial qui fut fort simple dans le principe, mais qui reçut plus tard et successivement des développements considérables.
On le marquait, au front, du signe de la croix cl on lui imposait les mains, comme pour lui signiûcr qu'il appartenait dès ce moment au sein de l'Eglise : ce sont les propres expressions de saint Augustin. On y joignit ensuite l'impression du signe de la croix sur la poitrine ou le cœur. Ce Rit s'appelait la consignation.
Comme on était persuadé que l'âme, souillée du péché originel et surtout des péchés actuels, était en possession du démon, on jugea convenable de faire des exorcisniesetdes cxsuftlalions sur le catéchumène, pour en chasser l'esprit impur. Ces dernières avaient lieu sur la figure; quelques Rituels y en avaient ajouté sur le front et sur la poitrine.
Le sel mis à la bouche est un Rit de la plus haute antiquité. Saint Augustin en fait mention, et en général les Pères de l'Eglise le considèrent comme l'emblème de la sagesse, qui doit briller dans un chrétien. Quelquesuns l'ont considéré comme un serment de fidélité, selon ce que pratiquaient ccrlaius peuples qui, pour jurer à leur roi une soumission inviolable, mangeaient du sel'eu >a présence.
Au sel succédait l'onction de l'huile sainte
tîl
fur la poitrine et les épaules du mène. Celle onction avait lieu sur la bouche et les oreilles, en plusieurs églises d'Espagne. Ces deux pratiques avaient chacune leur signification synlmlique. Il est probable que lorsque dans celte partie de la chrétienté on admit le Rit par lequel le ministre du Sacrement met de la saljve sur les oreilles , l'onction de l'huile sur la poitrine et les épaules fut substituée à l'ancien usage et que l'on se tmnva ainsi d'accord avec les autres Eglises.
Saint Augustin, saint Ambroise et quelques autres envisagent l'action de Jésus-Christ
qui guérit ainsi, par sa salive, l'aveugle-né, comme une sorte de baptême et d'illumination spirituelle ; c'est ce qui a fait instituer ce Rit, où Ton emploie, en touchant les oreilles, les mêmes paroles que ce divin Sauveur. En Allemagne, on y joignait la bouc pour mieux imiter l'action de Nolrc-Scigncur.
Pour s'assurer plus parfaitement des résolutions du postulant, on jugea convenable de lui demander s'il renonçait à Satan, à ses pompes, à ses anges ; ce serment se faisait entre les mains de ïévéquc. Celle renonciation avait déjà lieu du temps de Terlullicn ; elle est donc d'une antiquité aussi haute que les cérémonies dont nous avons parlé. Le caléchuménat était conféré, chez les Latins, en un même jour, hors de l'église. Les Grecs , selon ce que nous en apprend le Concile de Constanlinople, y employaient trois jours. « Au premier, dit ce Concile, nous faisons ou
• déclarons chrétiens les postulants , au sevc cond nous les faisons catéchumènes, cn-
■ suite au troisième nous les exorcisons et
• les adjurons en soufflant trois fois sur leur
■ face et les oreilles ; c'est ainsi que nous les « cate'chisons ou initions, cl nous avons soin « de leur faire longtemps fréquenter les égli- « ses, pour qu'ils s'instruisent dans les di- « vinesErrilurcs, et puis nous les baptisons. »
Il est très-important d'observer que, dans ces temps reculés, lorqu'on baptisait un enfant, le ministre du Sacrement exigeait que ceux qui le présentaient en répondissent et lissent pour lui et en sou nom les promesses et abjurations dont nous avons parlé. Ce sont presque les propres expressions de saiut Jean- Clirysostome.
L auteur «lu livre de la Hiérarchie ecclésiastique parle d'un autre cérémonial, qu'il est intéressant de faire connaître : « On fera « tourner vers l'occident celui qui doit être baptisé, et dès qu'on aura fait sur lui une triple insufflation pour exorciser l'esprit impur, on lui fera faire autant de renonciations à Satan ; puis le catéchumène se tournera du côté de l'Orient, lèvera les yeux et les mains au ciel en invoquant Jésus- « Christ, m 11 y a ici un symbolisme qui se retrouve en beaucoup d'autres Rites. L'occident, selon les anciens Pères, figurait les ténèbres du péché et la ruine de l'empire du prince des démons, tandis que l'orient rappelait le soleil de justice , Jésus-Christ : 0 iens ex alto.
Tous les Rites que nous venons de décrire H qui sont encore tous en usage se rclrou-
LlTtROlK CATHOLIQUE. 118
caiéchu- vent dans les anciens monuments de la Liturgie catholique ; mais, comme nous l'avons dit. leur institution et leur pratique n'ont point été simultanées et n'ont pas toujours occupé la place que nous leur avons successivement assignée. Aujourd'hui même un ordre uniforme n'est point observé. Le Rit romain pour le Baptême présente l'ordre suivant :
Le ministre du Sacrement souffle trois fois sur l'enfant pour en chasser l'impur esprit, et ensuite lui imprime sur le front et la poitrine le sigue de la croix. Suit une Oraison. Puis il impose les mains sur la léle de l'en-
fant, en accompagnant cet acte d'une prière. Le sel bénilesl mis à la bouche du catéchumène. Troisième Oraison. Exorcisme et impression du sigue de la croix sur son front. Quatrième Oraison. Introduction dans l'église. Ceci rappelle un Rit qui tombe en désuétude : il consistait à faire toutes les* cérémonies qui précèdent dans le portique ou porche qui est à l'entrée de l'église.
Le prêtre, marchant vers les fonts baptismaux, est suivi de l'enfant et des parrain et marraine, avec lesquels il récite le Symbole et l'Oraison dominicale. Ici a lieu un second exorcisme, et ensuite le ministre du Sacrement lui touche de sa salive les oreilles et les narines. Renonciation au démon, à ses œuvres cl à ses pompes. Onction avec l'huile des catéchumènes sur la poitrine cl les épaules de l'enfant.
Les divers Rites [diocésains, principalement en France et notamment à Paris, no pratiquent point dans le même ordre les parties du cérémonial que nous venons de décrire. L'exemple de Paris suffira. Le prêtre , après avoir fait les interrogations d usage , souffle trois fois sur l'enfant et ensuite imprime le signe de la croix sur son front et sa poitrine. Prière pendant laquelle il impose les mains. Seconde Prière. Sel mis à la bouche de l'enfant. Troisième Oraison, suivie d'une quatrième. Exorcisme et impression du signe de la croix. Second exorcisme, qui commenco par ces mots : Nec te latet, Salana, etc. Ap<plicalion de la salive. Introduction dans l'église. Symbole et Oraison dominicale. Renonciation au démon et onction de l'huile.
Selon d'autres Rites diocésains, les diverses parties du cérémonial que nous venons de décrire sont plus ou moins interverties ; mais partout les anciennes traditions sont assez religieusement respectées. Sans doute il faut attribuer à l'admission successive, de siècle en siècle, des Rites du catéchuménat dans les diverses Eglises, cette variation qui s'y fait remarquer, et ceci même est un,e preuve du respect des usages anciens.
Lorsque l'adulte avait été éprouvé par un catéchuménat plus ou moins prolongé, il s'agissait de l'examiner sur sa foi avant de l'admettre à la réception du baptême. Au commencement du carême, ceux qui se disposaient à recevoir ce sacrement, le Samedi saint, donnaient leurs noms, qu'on inscrivait sur un rejistre destiné a cet effet. Dès
iw bap
ce momcnl ils portaient le nom de eompé' tent» ou illuminés ; ensuite on Icnr fatsnit subir plusieurs examens : e*est ce qu'on appelait les scrutins, scrutinia. Tons les lilnrgisles conviennent que dans l'Eglise romaine on en Taisait sept, mais on n'est pas d'accord pourdélerminer les joursoù ils avaient lieu ; cependant le plus ordinairement c'était les mererclis et samedis. Ces scrutins étaient eux-mêmes des instructions qui fortifiaient les illuminés dans la connaissance des vérités de la religion. C'est dans ces scrutins que se faisait la tradition du Sjmbole.
L'ancien Sacramcntairo gallican , qui esl pour nons d'un intérêt tout pnrtirulier. renferme le cérémonial d'un srrnlin. On le trouve presque en entier dans D. Marlène. Après une prière sur les postulants, on faisait sur eux un long exorcisme, qu'il n'est point possible de transcrire ici. On y dit à l'esprit immonde qu'après avoir dominé dans les coeurs dos hommes pendant les sièrles antérieurs, son empire, depuis Jésus-Christ, dépérit de jour en jour, et que déjà sa domination avait «•té ébranlée lorsqu'il fut... « submergé en la « personne de Pharaon, terrassé dans Jéri-
• rho, mis en défaite dans les sept nations
• ehananéennes. subjugué par Sarnson , dé-
• capité en Goliath par David, pendu en « Acian par Mardocbée, renversé en Bel par
• Daniel, puni dans le dragon, poignardé en
• Holophernc par Judith, soumis a la domi- ■ nation humaine par Jésus-Christ, aveuglé
• dans le magicien par Paul, brûlé daus la « vipère, écarlelé en Simon par Pierre, dé-
• fait, torturé, brisé par tous les saints, pré-
• cipité à jamais dans les feux et les som-
• bres abîmes de l'enfer, etc. •
On expose le Symbole, qui est récité par les catéchumènes conjointement avec le ministre du Sacrement, qui en explique ensuite tous les articles. Cette explication est suivie d'une Oraison. A ceci on fait sucréilcr IV rpon'iion des Evangiles, en outrant les omltt* des élus. Après une monition où l'on at:ribueà chacun des quatre évangélislcs ce que •lit Ezérhicl dans sa vision des quatre ligures de l'homme, du /ion, du veau et de Vaigle, le diacre lit le commencement de l'Evangile selon saint Matthieu, et le prêtre explique en peu de mois pourquoi la figure de Vnomme esl l'attribut de saint Matthieu. Le même Hit se répète pour les trois autres évangélistes. Apvè» de nouvelles Oraisons , on récite le Pater, dont chaque demande est expliquée. La Messe de la tradition du Symbole, in traditione Symboli, esl ensuite célébrée.
Celte formule du scrutin suffît pour donner une idée de ce qui se pratiquait en celte circonstance. Aujourd'hui il en reste un léger souvenir dans la récitation du Credo cl du Paltr qui a lieu immédiatement avant le Bupiéme. ainsi que dans les interrogations qui la suivent. Nous répétons que c'est avec regret que la nature de cet ouvrage ne nous permette pas de plus tongs détails.
Le baptême était ensuite administré soit par une immersion triple, soit par une seule; mais on avait soin avant tout que la léte fût
BAP l^o
Inondée des eaux baptismales. Tes paroles
Iiroférées en même temps étaient absolument es mêmes que celles qu'on emploie aujourd'hui, et certes il n'est pas de formule sacramentelle qui ait été plus explicitement fixée par le divin instituteur du baptême. Cependant un ancien Sacramenlaire gothicogallican présente celle-ci : « Je te baptise « (N) au nom, etc., pour la rémission des pé- « chès. afin que lu aies la vie éternelle dans ' « les siècles des siècles. » Un autre Sacramentairo, cité par Mabillon , offre celle forme : « Je te baptise au nom du Père, du « Fils et du Saint-Esprit, ayant une seule
• substanre, afin que tu possèdes la vicéter- € nellc et une part avec les saints. »
Il esl probable que ces formules de l'ancienne Liturgie gallicane, qui, comme on sait, esl In fille de In Liturgie grecque, n'étaient que la copie de celle dernière. En effet aujourd'hui les Grecs ajoutent aux paroles :
• Un tel est baptiséau nom, etc., nies paroles: n Pour 1a vie du siècle des sièrles. »
Quelques Sacramcntaires anciens donnent pour formule arcompagnanl l'action i'.u baptême 1rs paroles : In nomine Patris, et Filii, et Splritus Sancti. sans les mois : Ego te baptizo. Alexandre VIII a déclaré qu'un lfap~ têmé ainsi conféré était nul.
Nous ne parlons point ici du nom imposé à celui qui esl baptisé , ni des parrains cl marraines, afin de ne pas donner une trop grande élendue à cet article. On peut consulter les mots : nom de baptême ; parraix, etc. Le mol ONnoiF.tiEXT forme aussi un article A pari.
Les Rites qui suivaient le baptême doivent maintenant être l'objet de noire attention. Saint Cyprien nous fait connaître qu'aussitôt après que ce sacrement avait élé conféré, févéque ou le prêlre, qui en avail été le ministre, baisait le nouveau baptisé. Il paraft du reste que ecl usage était uniquement suivi en Afrique, car on n'en rencontre aucune trace partout ailleurs. Mais il est une cérémonie qui paraft remonter aux temps les plus anciens et qu'on voit observée presque en tous lieux : cest l'onction de l'huile du saint chrême sur la tête du nouveau baptisé. Terlulticn en parle comme d'une pratique depuis longtemps reçue; mais on a demandé si cette onction n'était pas celle du sacrement de confirmation que l'évéquc conférait immédiatement après le baptême. Il esl certain que du temps d'Innocent 1 on faisait une différence entre les deux onctions. Celle du baptême avait lieu sur le sommet de la léle, et le simple prêtre qui avait baptisé faisait relle-ci, tandis que l'onction sur le front était réservée aux seuls évêqurs. Quoique le d jarre pût alors comme aujourd'hui baptiser solennellement, néanmoins il ne pouvait faire cette onction baptismale, cl le prêlre seul en possédait la puissance. Cela avait élé ainsi régie par le pape sainl Sylvestre, et le premier Concile de Tolède le dit formellement. En France, le troisième Canon du Concile de Vaison permettait cette onction aux diacres. LKpui*
Hl LITURGIE (
plusieurs siècles il n'y a plus de doute à cet égard, cl le diacre, qui est autorisé à baptiser solennellement, fait loutcs les cérémonies comme le prêtre.
Il était d'usage, en plusieurs Eglises , de faire manger aux nouveaux baptisé» du miel mêlé de lait , pour faire entendre que par le Baptême ils entraient dans la véritable (erre promise, dans l'Eglise, dont la terre de Chanaan n'était que la ligure. Le nouveau baptisé était revêtu d'une robe blancbc qu'il portail pendant huit jours. Au huitième il la quittait, et c'est ce qui a fait donner nu dimanche, après Pâques, le litre ; In albis depositis: • Jour de la déposition des aubes ou habits a blancs. » Cet usage subsistait encore en France au treizième siècle. Il ne faut pas la confondre avec le chrémeau dont ou couvrait la tête du baptisé et qu'on nommait, pour celle raison, cappa, galea. Aujourd'hui le linge blanc, que le prêtre mot seulement pendant la récitation de la formule, est un mémorial de l'ancien vêtemcnl blanc cl du chrémeau.
En Orient, on mettait sur la lêlc du néophyte une couronne de palmes et de myrlhc. Quelques Eglises d'Occident, enlrc autres celle de Narbonnc, étaient dans l'usage de broder sur la partie supérieure de la robe blanche du baplisé une espèce de couronne en ruban rouge : cette couronne était le symbole du sacerdoce royal, dont le nouveau baptisé csl honoré comme fils du Roi des rois et héritier du royaume céleste.
Le cierge allumé qu'on met encore enlrc les mains du nouveau baptisé, est un Rit des plus anciens; saint Ambroise en parle. Les paroles de celle tradilion du cierge font entendre que le nouveau chrétien devra élrc semblable aux Vierges sages qui se (citaient prêtes à venir à la rencontre de l'époux.
Les (rois vers latins suivants d'un vieux poète expriment assez bien les Rites accessoires du sacrement de baptême:
Sal, ol'Mitn, clirism, corons, chrismalc, saliva, Flaws, Timilom baitlsmaibista figurant, lla-e rum falrims no» mutant sed taoïea ornant.
« Le sel, l'huile, le saint chrême, le cierge, « le chrémeau, la salive, l'insufflation, voilà « ce qui marque la vertu du baptême. Cela « joint à l'usage d'être présente par des par- « rains, ne change passa nature, mais en est m l'ornement. »
Chez les Grecs, le baptême est administré à peu près comme chez les Latins , mais le prêtre y est revêtu d'une chasuble comme pour la Messe. Aussitôt que l'enfant est baplisé. le même ministre lui donne la confirmalion et prend ensuite une cuiller où sont quelques parcelles eucharistiques trempées «lans du vin non consacré, el en donne à l'enfant; quelquefois aussi il trempe son doigt dans la cuiller el le met dans In bouche du baplisé. Aujourd'hui encore le nouveau baptisé, en Orient, porte la robe blanche pendant huit jours arec une ceinture bénite. Ce qu'il y a de singulier c'est que la mère ne peui y toucher pendant tout ce temps, mais bien la
THOLIQUR. iZt
marraine seule, qui soigne l'enfant; au bout de huit jours, on reporte celui-ci a l'église ei on lui lave le corps. En Occident, surtout dans les Gaules et à Milan, on observait un Ril qui avait beaucoup de rapport avec celuici. Après l'onction du saint chrême el quelquefois aussi après la tradilion de la robo blanche, on lavait les pieds du nouveau baptisé. On trouve en effet dans les anciens Sacrame nia ires de ces Eglises une prière intitulée : Ad lavundot pedet, pour le lavement des pieds.
Le Rit romain termine la cérémonie entière du baptême par les paroles : Vade in paee et Dominut sit tecutn. • Allez en paix et que lo « Seigneur soil avec vous. » A Paris, aussitôt après la tradition du cierge, le prêtre lit sur le baptisé l'Evangile selon saint Jean , en tenant sur lui un ou deux bouts de l'étolc dont il lui fait baiser la croix ; puis il lui dounc la bénédiction. En certains autres diocèses, les Rituels prescrivent divers Evangiles, tels que celui de la fêle de la sainte Trinité où saint Marc rapporte les paroles de l'inslilution du baptême, etc.
En faisant connaître les principaux Rites du baptême grec, nous avons dil que le prêtre administrait au nouveau baplisé quelques parcelles des espèces eucharistiques. Il est certain que dans les premiers siècles ceux ui, après être passés par toutes les épreuves u catechuménat, étaient enfin admis au baptême, recevaient immédiatement le sacrement d'Eucharistie : cette coutume était universelle dans l'Eglise orienlatc et en Afrique. Les Pères de l'Eglise lalinc parlent aussi de. la communion après le baptême. Au dixième siècle, il était encore assez ordinaire de donner l'Eucharistie aux nouveaux baptisés.
Cet usage a dù nécessairement disparaître, lorsqu'on n'a plus baplisé habituellement des adultes; car c*est surtout à ces derniers que la communion élail accordée, le baptême des enfants n'étant encore que l'exception au lieu d'élre la règle générale. D. Marié tic fait obserrer que ce Ril csl indiqué dans un Missel d'Amiens en 1506, et ici il s'agit bien d'un enfant, puisqu'on y dit qu'après la tradilion du cierge on le porte à l'autel cl qu'on le communie avec du vin, de vino, en disant : Corpus el Sanguin, el toutefois il paraîtrait que ce n'était point une vraie communion, mais seulement un mémorial figuratif de ce qui se pratiquait dans les premiers siècles : c'est ce que prouve le Rituel de Reims de 1585, où cet usage est proscrit comme pouvant induire en erreur. Selon quelques attires, leprèlrc, après le baptême, bénit du vin el en fait boire quelques gouttes à l'enfant. Le Rituel de Sens veut que le prêtre verse de ce vin bénit dans le creux de sa main gauche, cl qu'après y avoir trempé le doigt de sa main droite, il en fasse distiller quelques gouttes dans la bouche du néophyte en disant : Arcipe de rore ccrli et de pivçuedine terrœ frumenti, vhn et olei abundantium, in nomine Patris, elc.
135 ÎIAP
ViRIfcTKS
D. Claude de Vert, qui base le sens mystique sur la lettre, voit dans le baptême élevé a la dignité de sacrement In continuation de la coutume où ont été tous les peuples de plonger dans l'eau les nouveaux-nés pour les nettoyer des souillures corporelles. Cet acte purement matériel était devenu chci les païens une cérémonie de leur culte, et il parait qu'ils y attachaient un effet spirituel, s'il faut en croira Ovide qui leur reproche de croire que par ce moyeu les crimes seront effacés :
Ah ! oimlum Tacites qui Irklia crimina caxlta Tolli fluuiinca pus»c puDIis aqua.
« Oh! peuples si faciles à séduire qui croyci c que l'eau d'un fleuve peut effacer les fu- « nestes attentats du meurtre de vos sembla- « hlcs 1 »
Tcrtullien, de son côte, nous apprend que tes initiés aux mystères d'Isis et de Mithra étaient plongés dans un bain, symbole de leur adoption. 11 ne serait pas rationnel de conclure que l'ablution baptismale n'est qu'uno imitation des anciennes purifications de l'idolâtrie. Le divin instituteur du baptême pouvait bien consacrer, dans la loi de vérité, cette coutume presque universelle, en en faisant le signe sacramentel de la pureté dont le nouveau baptisé y est revélu.
Macrobe , dans le livre premier des Saturnales, nous apprend que , chez Ic9 Romains, l'enfant nouveau-né était purifié par l'eau lustrale, huit jours après sa naissance si c'était une fille, et le neuvième jour si c'était on garçon ; c'est alors qu'on lui imposait uu nom. Il en était de même chez les Egyptiens, les Perses et les Grecs.
II. de Humbolt, dans ses Vue» des Con/ilièree et Monuments . s'exprime ainsi au sujet des Mexicains : « La sage-femme en invo- « quant le dieu Omctcuctli et la déesse Omc- « cihuall, qui vivent dans le séjour des bien»
■ heureux , jetait de l'eau sur le front et la € poitrine du nouveau-né. Après avoir pro- * noncé différentes prières , dans lesquelles « l'eau était considérée comme le symbole « de la purification de l'âme , la sage-femme
■ faisait ,approcher des enfants qui avaient
■ été invites pour donner un nom au m nouveau -né. Dans quelques provinces m on allumait en même temps du feu , et « on faisait semblant de passer l'enfant m par la flamme, comme pour le purifier à la « lois par l'eau et le feu. Celle cérémonie « rappelle des usages dont l'origine , en m Asie « parait se perdre dans une haute an-
■ ttquité. »
Dans le Thibel on pratique de semblables purifications , et celles-ci ressemblent beaucoup mieux au baptême chrétien. On lit dans les Mémoires de la Société de Calculta: « Dans l'Inde , lorsqu'on donne le nom à un « entant , après avoir écrit ce nom sur son « front et l'avoir plongé trois fois dans l'eau m de rivière , le brame s'écrie à haute voix : m O Dieu pur, unique, imisiblc, éternel et