BAT
l'onction faite aux mains, le consécraleur bénit en ces termes la crosse : Oremut. Susten— tator imbeciltitatis kumana, Deus, benedic baculum istwn, et quod in eo exteriut designalur, inttrius in moribus hujus famuli tui tuœ propiliationis clementia operetur. Per CnriV Mtum Dotninum nostrum. « O Dieu, soutien de « l'humaine faiblesse, bénis se 2 ce bâton, et « laites, par votre grande miséricorde, que
■ s'accomplisse dans l'Ame de votre serviteur « ce qui est indiqué extérieurement par cette « cérémonie. » Le consécraleur asperge d'eau bénite le bâton pastoral ; puis il le remet au nouveau prélat, en disant : Aeeipe baculum pastoralis officii, ut $is in corrigendis vitiispie sœviens.judicium sine ira tenens, in (ovenais virtutibus audit or um animes demulcens, in tranquillitate severitatis censurant non deserens. Amen. • Recevez le bâton de la « dignité pastorale, afin de corriger les vices « avec douceur, rendre des jugements sans « colère, insinuer dans les cœurs de vos au- « ditcurs l'amour et la pratique des vertus ,
■ maintenir voire âme daus le calme lorsque « vous censurez avec une juste sévérité. » Les paroles de la Bénédiction donnent à entendre qu'en effet le bâton pastoral est, à la lettre, destiné à servir d'appui ; mais quels sublimes enseignements l'Eglise en fait ressortir dans les paroles de la tradition de la crosse? L'investiture d'une autorité temporelle est-elle jamais accompagnée d'aussi salutaires leçons, à moins qu'elle ne soit faite par l'Eglise elle-même, comme dans le sacre des rois ?
Les abbés portent la crosse comme les évêques. Le Prélat qui les bénit la leur remet en employant une formule nn peu différente de celle qui est usitée A l'égard des évêques : Aeeipe baculum pastoralis officii, quem pra 'feras catervœ tibi commisses, ut sis m corrigendi* vitiis pie sœviens, et cum ira tus fueris mi' sericordiœ memor eris. « Recevez leMlonde « la charge pastorale, afin de le porter A la « tête de la sainte milice qui vous est con- « fiée, pourque vous corrigiez les vices avec
■ une sévérité tempérée par la douceur, et, • lorsque vous serez animé d'une juste indi- « gnatton, n'oubliez pas la mansuétude. » La crosse n'est point pour les abbés, comme pour les évéques, un droit ordinaire ; c'est une concession faite par le souverain Pontife, en diverses époques. Selon les règles établies, l'abbé porte le bâton pastoral tourné en dedans, comme signe de sa juridiction restreinte à son monastère, tandis que Té— véque tourne la recourbure en dehors, pour désigner qu'il a juridiction sur tout son diocèse. L'évéque même la porte ainsi, quoiqu'il «e soit point dans les limites de son territoire, car, dit l'Apôtre « l'Esprit-Saint a établi les « Evéques pour gouverner l'Eglise de Dieu.»
Le pape ne porte jamais de bâton pastoral. Innocent III en donne pour raison que saint Pierre ayant envoyé son bâton à Euchaire, premier évéque de Trêves , celle précieuse relique fut conservée dans cette Eglise. On raconte que Materne successeur d Euchaire, ayant été ressuscité par la vertu miraculeuse
DAT m
de ce bâton , ceci devint un puissant motif de le conserver à Trêves, au lieu de la renvoyer A Rome. Gran colas ne semble pas faire grand cas de cette histoire, mais il pense que Fa vraie raison pour laquelle le souverain pontife n'ose jamais de bâton pastoral, c'est qu'il est porté en Procession ou qu'on le sou* tient quand il marche. Durand dit que le pape ne se sert de bâton pastoral que lorsqu'il est a Trêves, et il explique pourquoi le souverain pontife ne reçoit point comme les autres évéques le bâton pastoral quand il est intronisé. L'évéque, selon lui, reçoit la crosse de la main du consécraleur et des assistants, parce qu' en ce moment ils sont ses supérieurs et représentent l'Eglise, tandis que le pape tire son autorité de Dieu seul. Cette raison ne nous parait point à dédaigner, et l'auteur que nous venons de citer n'est pas, A beaucoup près, aussi heureux dans d'autres explications mystiques.
Outre le bâton pastoral, qui est commun aux évéques et aux abbés, nous devons dire an mot du bâton que porlenl les chantres, au chœur et aux Processions. Ces bâtons n'ont point la forme de ceux que nous désignons sous le nom de crosses. Ils sont assez ordinairement surmontés d'une pomme, oui est couronnée de l'image ou figurine du saint Patron. Le bâton cantoral est le symbole de l'autorité que le chantre dignitaire exerce dans le chœur. Du reste, d'autres personnes ecclésiastiques tenaient autrefois A la main des bâtons d'or ou d'argent pour maintenir l'ordre dans les Processions. 11 nous en reste un vestige dans les baguettes de baleine, ornées d'argent ou d'ivoire que portent les bedeaux et huissiers de chœur. Celte baguette s'appelle pedum et celui qui la porte pedtllus, d'où est dérivé le nom de bedeau [voyez ce mol). Or le nom de pedum est pareillement donné A la crosse de l'évéque et de l'abbé, aiusi qu'au bâton des chantres.
VARIÉTÉS
Graocolas, dans son ancien Sacramentaire, ditqu'originairemenllacrossen'étailqu'uoMfonpour s'appuyer.II cite le fait historique qui nous apprend qu'on enleva A Pholius le bâton qu'il tenait A la main, lorsqu'on le déclara déchu du patriarcat de Conslanlinople. Mais, tout justement, le texte qu'il invoque est contraire A son opinion. On enleva à Photius son bâton parce qu'il était le symbole de sa dignité. Yoici les paroles : Tolhte baculum de manu ejus. signum est enim pastoralis dignitalis. 1
Le même auteur cite encore un trait de la vie de saint Césaire, où l'on voit qu'un clerc avait soin de lui porter son bâton quand il allait d'une Eglise A une autre ; or ce clerc avait un jour oublié de le porter. Nous ne pouvons encore voir ici dans ce bâton qu'un insigne de l'autorité épiscopalc, car si c'eût été un simple appui pour se soutenir , il eût été facile de réparer l'oubli, en supposant que l'évéque n'en avait pas eu besoin pour voyager... Il ne nous est pas démontré que le* évéques de ce temps-là eussent, comme «eu*
de nus jours, à leur disposition, les moyens de visiter leurs Eglises en voilure ou à cheval.
Dom Claude de Vert ne se Tait pas faule de voir simplement dans la crosse un bâton de voyageur ou de vieillard. Il ne faut pas confondre le bâton pastoral avec les bâtons dont usait le clergé pour se soutenir pendant les Offices, avant qu'on eût fait des stalles. Plusieurs anciennes Rubriques prescrivent de ne point s'y appuyer pendant qu'on chante l'Evangile, en signe de respect.
On loue saint Burchard ou plutôt Burckard de n'avoir usé que d'un bâton de bois, par un sentiment de modestie. On donne à cette crosse épiscopalc le nom de Virga sambuca, « verge de sureau,» ici revient ce que nous avons dit sur la faule que reproche le cardinal Bona à plusieurs éditions du Rational de Purand. Le texte de ce dernier est donc correct , et la crosse de saint Burckard, évéque de Wisbourg pouvait bien être faite du bois du sureau, sambucus.
Le célèbre Pierre Damien reproche aux évoques de son temps (onzième siècle ) les crosses d'or qu'ils portaient : Pontificts lignei uuratis utuntur baculis. C'est le reproche que faisait saint Boni face de Maycncc au sujet des calices; mais il n'en est pas moins vrai que l'or, l'argent, les pierres précieuses, qui sont les créatures de Dieu, peuvent sans nul doute être employés à la magnificence du culte que nous lui rendons. Or on doit convenir que la crosse est un objet liturgique.
On voit quelquefois sur d'anciens manuscrits, ou sur des vitraux, etc., des figures de crosses auxquelles est attaché un linge. Celui-ci était destiné à essuyer la sueur.
Les évéques ne tiennent la crosse en main que dans les Processions ou lorsqu'ils donnent la bénédiction pontificale. On la porte ou on la lient devant eux dans la plupart des autres cérémonies, leurs armes en sont décorées. On a vu que le pape ne porte point la crosse ; le quatorzième Ordre romain nous prouve que les cardinaux-évéques n'en usent point à Home , quoique dans leurs sièges suburbicaires ils la portent comme les autres évéques.
Le Pontifical romain ne fait aucune mention de la crosse dans le cérémonial de la Bénédiction des abbesses. On n'ignore pas néanmoins que parmi celles-ci, il y en avait plusieurs qui portaient la crosse. Dom Claude de Vert n'en parle pas, dans son Explication de la Bénédiction de l'abbcsse de Witlencour, à Mbcville. 11 est vrai quecctlc Bénédiction se fit, selon le Pontifical romain, dont nous venons de parler, le 19 mars 1708; il ajoute qu'il y a des abbesses qui étendent le cérémonial, et se font donner par le prélat, la croix, la crosse et l'anneau. Si la crosse est !c symbole de l'autorité, pourquoi l'abbcsse no pourrait-elle pas la porter, surtout aussi bien que 1 abbé? mais ici ce n'est plus le droit commun, c'est un privilège. Il y a encore, principalement en Allemagne , plusieurs abbesses qui portent la crosse.