‹ Origines et raison de la liturgie catholique en forme de dictionnaireChapitre 86 sur 519 · BÉNITIER · texte numérisé non relu

BÉNITIER

Auprès des anciennes églises il y avait des fontaines où on se lavait les mains et le visage avant d'entrer. Ainsi auprès de l'église qu i édifia Paulin dans la ville de Tyr, il y avait des fontaines , symbole des sacrées expiations , selon le langage d'Eusèbe , «ocrant/* expiaiionum signa. Il en existait de pareilles auprès de l'ancienne basilique du Vatican, à Rome. Ceci n'était pas seulement un usage local et particulier à l'Italie. Le parvis de Notre-Dame de Paris et celui de plusieurs grandes églises de France avaient des fontaines ou ies fidèles se lavaient les mains et le visage, dans une intention symbolique, avant de pénétrer dans l'intérieur du temple. Nos bénitiers actuels sont un précieux souvenir de ces fontaines. Aussi , pendant plusieurs siècles, ces bénitiers ont été placés devant la porte et à l'extérieur des églises. On en trouve encore un assez grand nombre sous le porche ; et depuis que les recherches sur l'archéologie religieuse sont devenues si fréquentes , on a trop souvent pris pour des baptistères ces cuves de bénitier. 11 serait donc bien important de connaître l'antiquité ecclésiastique, pour apprécier convenablement les différents objets que l'on découvre.

Du parvis ou place qui précède assez souvent l'église, le bénitier, successeur de la fontaine, fut transporté dans le portique extérieur, et de celui-ci dans l'église, mais toujours auprès de la porte. Comme depuis trèslongtemps on se contente d'y tremper l'ex- Ucuiilé des doigts pour prendre l'eau bénite

BF.N tut

et en faire sur soi le signe de la croix , le bénitier est d'une assez petite dimension ; il est fait de toutes sortes de matière, mais le plus ordinairement il est en pierre, adossé contre le mur ou une colonne, ou bien isole. Aujourd'hui, à Paris, on ne voit plus de ces grands bénitiers qui étaient anciennement placés devant la principale porte, à l'intérieur. Comme ils gênaient l'entrée, et surtout les Processions et les cérémonies de réception, les convois funèbres, etc., on se contente de placer de petits bénitiers incrustés dans les parois ou les piliers. Presque toutes les églises de province, surtout à la campagne , ont conservé leur grand bénitier, dont le bassin esl supporté par une colonne, et seules elles retracent un vestige un peu remarquable des fontaines primitives et de ces larges cuves que l'on voyait sous les porches. La suppression des grands bénitiers a fait cesser un Rit que l'on observait, chaque dimanche, avant la Messe paroissiale. Le célébrant y allait bénir solennellement l'eau, et aujourd'hui cette cérémonie se fait ou au milieu du chœur, ou même près de l'aulei , par le moyen des bénitiers portatifs. Ces derniers ne sont pas à beaucoup près d'une aussi haute antiquiléque les bénitiers fixes. Ils sont ordinairement de métal et garnis de leur goupillon. On les porte dans les Processions et

Kour faire l'aspersion sur les fidèles après la énédiction ( Koi'r l'an iWt aspersion, où nous partons de l'eau bénite).

Outre les bénitiers d'église, les fidèles pieux en ont dans leur maison qu'ils ont soin de remplir d'eau bénite, apportée de l'église, afin d'en prendre au commencement de leurs prières , ou pour en asperger les morts aussitôt après leur trépas.

VARIÉTÉS

On voyait autrefois dans l'église abbatiale de Sainl-Mesmin , à deux lieues d'Orléans, un bénitier de marbre, autour duquel était gravée celle inscription :

NIYONXNOMUMATAMHMONANOT1S

« Lave tes péchés, et non pas seulement ton visage. » Une particularité fort remarquable caractérise celte inscription : c'est qu'en commençant indifféremment par la gauche ou par la droite, on retrouve les mêmes termes. On avait reproduit cette merveilleuse inscription, sur un bénitier placé autrefois , dit-on, dans l'Eglise des Pelils-Pères, aujourd'hui Nolre-Dame-des-Victoires, à Paris. Elle contribue à prouver qu'on ne se contentait pas anciennement de tremperlesdoigisdansle bénitier, mais qu'on en prenait une quantité suffisante pour se laver la figure. Nous avons vu ce bénitier dans le musée d'Orléans.

Les deux magnifiques fontaines que l'on voit sur la place Saint-Pierre , à> Rome , devant la basilique de ce nom, sont un mémorial de ce que nous avons dit plus haut. Os. a vu pendant quelques années , à Paris, une fontaine sur la place qui existe devant l'église

tôt

de Sainl-Sulpîce. Quoique très-certainement l'ancien usage. En cela, sans nul doute, elle

on ne se fut point proposé dans cette con struction un but liturgique, l'ami des usages primitilsdu christianisme pouvait y trouver ce pi :ux souvenir.

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