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BRÉVIAIRE

Les anciens Romains appelaient Breviarium , tout abrégé , et ce mot correspondait pour eux à celui de compendium. plus moderne. Un auteur compétent. Sénèque, improuve cette expression dans sa 39* épllre: Breviarium olim quum latine loqueremur summarium vocabaiur. « Autrefois quand ■ nous parlions latin nous appelions summa-

• rium ce que nous nommons aujourd'hui

* Breviarium.»Le vrai sens de ce dernier mot ne serait donc pas celui que Ton y attache habituellement , c'est-à-dire abrégé, abrévia~ tion , mais recueil, précis, sommaire de tout ce qu'il y a de plus excellent dans un ou plusieurs livres. Le cardinal Bona dit qu'il adopterait volontiers pour le livre de l'Office le nom de Breviarium, pa rec q u'il renferme d'une

manière concise, en petit» caractères et sans l'avaient adopté l'abandonnèrent

Depuis le concordat de 1802, par suite de la nouvelle démarcation des diocèses, on a composé pour quelques-uns, de nouveaux Bréviaires propres, il en est résulté, surtout depuis quelques années, une singulière variété de livres liturgiques, et il est bien rare que deux prêtres réunis de deux diocèses voisins puissent réciter ensemble le saint Office. Nous parlons en détail des Heures canoniales, dans un article spécial. ( V. heures.)

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Le Bréviaire romain est suivi par 1 1 trèsgrande majorité des diocèses de l'Occident. En France, sur quatre-vingt diocèses , il y en a ment ce cours abrégé prit le nom de Brevia- seulement environ dix qui l'aient conservé nui» romanes curies : « Bréviaire de la cour jusqu'à ce moment , mais les communautés « de Rome. » Nous croyons que cette élymo- dont les membres sont astreints à l'Office, ré— logie est la plus vraie, parce qu'elle est la plus citent assez généralement le Bréviaire rosimple. L'auteur connu sous le nom de mi- main. 11 est vrai que saint Pie V en imposant crologue, dont nous parlons assez fréquent- l'obligation dn Bréviaire de Rome n'entendit menl,décrit ce nouveau cours de I Office divin, pas y obliger les Eglises qui avaient des et nous y voyons un arrangement de Psaumes, usages particuliers depuis au moins deux de Leçons, de Répons, à peu près semblable à siècles. Or certaines Eglises de France possela disposition de nos Bréviaires actuels. daient depuis plus de deux siècles des Bré-

On vient de voir que cet abrégé de l'Office viairet qui présentaient un caractère de spé-

ne faisait que suivre l'intention du papequi, ainsi que nous l'avons dit, avait disposé sou Breviarium pour lui-même et pour sa cour.

L'impulsion avait été donnée par la basilique de Saint-Pierre, et cet exemple était d'une grande autorité. Les religieux de Saint-François et plus tard ceux de Saint- Dominique, occupés sans cesse de missions, demandèrent qu'on substituât à leur ancien et long Office le Breviarium , ce qui leur fut accorde. Saint Raymond Nonnat, un des généraux de l'Ordre de Saint-François, abrégea, à son tour, ce Bréviaire , on faveur de ses religieux, et cela fut approuvé par les papes Grégoire IX et Nicolas III. Telle est l'origine du Bréviaire romain actuel, qui a été relouché par le saint pape Pie V et qui sert aujourd'hui de type pour toute celte partie essentielle de la Lilur-

§ie. Nous n'aurions pas besoin d'ajouter que aint-Jean de Latran Unit par se conformer au nouvel Office en adoptant le Breviarium. On comprend que nous ne pouvons renfermer dans ce cadre 1 histoire de la réforme progressive de l'ancien cours de l'Office divin et de la propagation successive du Bréviaire romain dans l'Eglise occidentale. Nous nous contenterons de faire observer que son adoption n'a jamais été complète. Milan a conservé son Bréviaire , si différent de celui de Rome, le Bréviaire mozarabe est encore récilé à Tolède par les chanoines conservateurs de celle antique Liturgie. Les diocèses de France ne furent point unanimes à recevoir le Bréviaire romain. Un grand nombre de ceux qui

ce qui est en gros caractères et en chant les anliphonaires et autres livres de chœur.

Anciennement on donnait le nom de cursus, cours, au livre qui contenait les Heures de l'Office divin, ce cours était d'une longueur considérable à cause de ses agrandissements accumulés pendant un espace de onze siècles. Le grand pape Grégoire VII dont la vie fut singulièrement agitée, accablé lui et sa cour d'une immense quantité d'affaires, jugea convenable d'abréger, pour l'usage de sa maison, le très-long Office ou cours qui jusqu'à ce moment avait été chanté ou récilé. Nalurclle-

matulinal et vespéral était , dans le principe, une exception. Mais bientôt les diverses églises de Rome l'adoptèrent, quoique apparemment il n'y eût point pour elles de motifs aussi légitimes d'abréger le cours de l'ancien Office. L'innovation ne put pas néanmoins s'introduire dans la basilique patriarcale de hainl-Jcan de Lalran, qui voulut maintenir

rialilé suffisant pour les faire jouir de l'exception généreuse du saint pape. Toutefois la réforme du Bréviaire romain n'était pas un acte du pontife parlant seulement ex cathedra. Le Concile de Trente l'avait ordonnée et avait nommé lui-mémo les commissaires chargés de la révision. Nous tenons à propager la connaissance de ce fait que bcau-

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coup d'ecclésiastiques français do noire siècle pourraient ignorer. C'est pourquoi les Bréviaires diocésains portaient en titre : Ad formain tacrosancti Concilii Tridenlini. Ceux qui furent imprimés postérieurement au Concile différaient assez peu du Bréviaire de saint Pie. Le premier qui s'en éloigna d'abord assex considérablement, pour ce qui regarde l'Eglise de Paris, fut celui de François de Harlay, archevêquede cette métropole. 11 parut en 1680. Nous l'avons sous les yeux. Il ne porte point les mots: Ad formata, etc. , ils ne se liront plus sur les Bréviaires subséquents du même diocèse. Nous prévenons que dans ce coup d'œil historique nous avons cru devoir nous attacher au seul Bréviaire parisien, parce qu'il est en général pour la France le modèle sur lequel ont été élaborés les autres livres d'Office do ce royaume. Plusieurs changements se firent remarquer dans le nouveau Bréviaire. Il ne peut entrer dans notre but de les signaler en détail. Nous dirons seulement qu il s'y manifestait une tendance bien prononcée à exclure les compositions humainos qui formaient les Répons, les Antiennes, etc., et à les remplacer par des textes bibliques. Néanmoins le Responsorial romain n'en fut pas entièrement éliminé, et l'on peut dire que ce ne fut encore là qu'un premier pas.

Le cardinal de Noaillcs, archevêque de Paris, publia deux éditions du Bréviaire, l'une en 1698, cl l'autre en 171t. La tendance à s'isoler de plus en plus du Rit romain se montra, mais encore c'était assez peu de chose en comparaison de ce qui devait bientôt arriver. L'année 1736 était marquée pour la publication d'un Bréviaire et d'un Missel auprès desquels ceux de François de Harlay et de Noaillcs pouvaient porter le litre deRomains. Le père Nicolas Vigicr , prêtre de l'Oratoire, François Mésenguy , simple acolyte, auteur de l'Exposition de la doctrine chrétienne qui fut condamnée par Clément XIII, en 1761, et Charles Coffin, laïque, principal du collège de Beau vais, à Paris, furent chargés par le prélat d'élaborer ce nouveau Bréviaire. Nous devons dire en passant, que déjà quelques diocèses de France avaient donné le signal d'une innovation liturgique dans leurs Offices. Dans le Bréviaire de 1736 la suppression de tous les Répons et Antiennes qui n'étaient pas tirés des livres saints fut consommée. La trèsgrande majorité des Hymnes anciennes, fut remplacée par celles de Coffin et de Sanleul. On remaniement général de tout le cours de l'Office fui opéré. Plusieurs festivités admises jusqu'à ce moment furent exclues. Une critique sévère fut exercée sur les légendes, notamment sur celle de saint Denys , premier évéqoe de Paris. Il est vrai que le Bréviaire de François de Harlay, en 1680, avait donné le signal de ces rectifications plus on moins fondées. Nous n'avons pas besoin, au surplus, de faire une description du Bréviaireàe Paris. Nos confrères, qui le récitent, s'ils n'en connaissent pas Ions l'origine, ne peuvent ignorer dans quel système il est rédigé, et c'est

BRE ici;

sous ce point de vue que nous allons faire quelques observations.

Les ecclésiastiques auxquels le Bréviaire romain est inconnu, doivent d'abord savoir que dans celui-ci un grand nombre de Répons et d'Antiennes, au lieu d'être formés de textes de l'Ecriture, sont de pieuses composition». Un exemple suffira et nous le prenons dans la solennité des saints apôtres Pierre et Paul. Le Bréviaire de Paris a choisi pour l'Antienne du Magnificat des secondes Vêpres ces paroles du I" chapitre du U* livre des Rois : Principes et inclyti Israël amabiles et decori in vita sua in morte quoque non sunt divisi. « Les princes, « les illustres d'Israël si dignes d'amour et « dont la vie a été embellie de. tant de vertus « n'ont pu être séparés par la mort même, m Ces paroles sont appliquées aux deux princes de l'apostolat , selon un usage très-ordinaire dans l'Eglise qui voit dans l'Ancien-Testamcnl les figures de la loi évangélique: Lex umbrom habens futurorum bonorum. Le Bréviaire romain fait réciter en ce même endroit, les paroles suivantes: Hodie Simon Petrus ascendit crucis patibulum, hodie clavicularius regni coslorum gauden» migravit ad Christum ; hodie P aulus apostolat, lumen orbi s terrœ. t'itclinato capile pro Christi nomine tnartyrio coronatus est. « En ce jour Simon Pierre « monte sur l'échafaud de la croix; en ce « jour le porte-clefs du ciel s'envole plein do « joie vers Jésus-Christ; en ce jour l'a pot ru « Paul, lumière du monde, inclinant la téte, est « couronné du martyre pour le nom de Jésus- « Christ. » A Dieu ne plaise que nous trouvions un seul mot d'improbalion pour ces paroles consacrées par le Rit romain, dans l'Office des dfux saints apôtres. Nous voulons seulement orfrirau lecteur un parallèle. Plusieurs Offices romains ont des Antiennes et des Répons de ce genre, mais il est vrai aussi que ces compositions pieuses semblent n'y être qu'une exception. Les grandes solennités et surtout laplusaoguste de toutes, celle de Pâques, n'a pas permis à une seule de ces compositions de s'y introduire. Le Bréviaire de Paris au contraire n'admet ponr les Répons et Antiennes que des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Si le nouveau Bréviaire acceptait celte règle uniforme, ne pouvait-il pas se contenter d'exclure tonte composition humaine dans cette partie de l'Office et la remplacer par l'Ecriture, en respectant tout ce qui dans le Bréviaire romain se conciliait avec ce système? Si pour la solennité que nous avons prise pour exemple tout est de l'Ecriture, pourquoi chercher dans la même Ecriture d'autres Répons et d'autres Antiennes ? Pourquoi , pour tout le resle du temps de l'année, pour les fêtes comme pour les Communs, remplacer les textes par des textes et donner une face complètement neuve à l'Office de tout le cycle Liturgique? Voilà les questions que l'on fait au sujet du Bréviaire de Paris et d'une multitude d'autres Bréviaires de France, antérieurs ou postérieurs. Nous n'avons point à y répandre ; rar il faudrait loutc une histoire et non poiol un

simple paragraphe d'article. Noos n'avons point d ailleurs le dessein de faire ici une censure du livre que nos supérieurs nous mettent dans les mains. On voudra bien pourtant nous pardonner de ne pas trouver constamment heureux les rapprochements qu'on a touIu faire dans les Répons formés des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Ces rapprochements, disous-nous, n'ont pas été faits avec un égal succès.

On a, du reste, prétendu que par la suppression de ces compositions, d'ailleurs fort vénérables par leur antiquité et par leurs auteurs, la tradition n'occupait pas une place asseï considérable. Nous croyons que parles homélies et les légendes le canal de la tradition est encore assez large. Le Symbole, les Oraisons, les Hymnes, le TeDeum s 'unissant aux premières forment une masse traditionnelle assez imposante, à colé de la richesse biblique du Bréviaire de Paris.

C'est ici le lieu de rappeler quelques faits qui jettent sur l'Eglise de France un éclat bien glorieux. A l'époque même où Rome suivait le long cours de son Office, longtemps avant Grégoire VU , la France possédait le sien , dont l'ordre et la composition étaient si admirables, que la mère de toutes les Eglises daigna, en diverses circonstances, emprunter a sa Aile aînée plusieurs de ses chants et de ses prières. Nous nous contenterons de rapporter un trait que Trithémius a consigné dans ses Chroniques. Le roi Robert, si zélé, comme on sait, pour l'honneur du culte , se complaisait a composer des Proses et des Répons, et même à revêtir la chape et à se mêler humblement aux chan- Vbres. Robert étant allé à Rome, ep 1020, pour accomplir un vœo, et assistant à la Messe célébrée par le pape Benoit VIII, présenta en offrande un objet recouvert d'une précieuse étoffe. Le riche présent qu'offrait le roi de France est le fameux Répons : Corne- Hus centurio , composé par ce prince pour la fête de saint Pierre. Benoit ordonna que ce Répons fût chante dorénavant dans la solennité du saint apôtre.

Dès le douzième siècle , l'Eglise de Paris chantait dans la cathédrale plusieurs Répons composés par son évéque, Maurice de Sully, pour l'Office des morts. Rome les emprunta pour 6a Liturgie. Tels sont les Répons : Libéra me, Domine, de morte œterna.—Peccantem me. — /fortune, secundum actummeum. Rome, fidèle à l'adoption, les a conservés. Paris, qui en Tut le berceau, les a répudiés. C'étaient bien là pourtant des chants nationaux, mais en un moment où l'on méprisait les chefs-d'œuvre de l'art ogival , comment aurait-on respecté ces compositions pieuses qui étaient du même âge que Noire-Dame de Paris ? Le Rituel parisien de 1697 , que nous consultons, n'est

Pas veur de ces Répons qui se rattachent i histoire de l'Eglise galheanc. Il est vrai, devrons-nous dire encore, que ces Répons n'étant pas tirés de l'Ecriture, ne pouvaient figurer dans le nouveau Rit, scion le système

;atholr)i;e. (6S

Reportons-nous maintenant a une époque antérieure à la publication du Bréviaire de saint Pie V. Avant celte dernière réforme, une modification très-importante avait été essayée au nouveau cours de Grégoire VU, qui avait pris le nom de Breviarium.

Léon X, épris d'un enthousiasme sans bornes pour l'art cl la littérature du siècle d'Auguste, ne trouva pas le Bréviaire, tel qu'il était, digne des beaux jours de la renaissance. Zacharic Ferreri, évéque de là Guardia , composa , pour satisfaire le goût épuré de ce pontife, des Hymnes qui devaient retracer autant qu'il serait possible, la poésie de Virgile et d'Horace. Léon X ne put jouir de cette renaissance du beau sijle païen. Ferreri publia, sous Clément VIII , successeur de Léon, un livre d'Hymnes destinées à remplacer celles de saint Grégoire, de saint Arabroise, etc. (voyez le mol hymne). Une réforme en invita une autre. Le Bréviaire entier fut destiné à la subir. Ferreri mit la main à l'œuvre, mais la mort le surprit avant d'avoir fini son travail. Ce Bréviaire nouveau devait être l'abrégé de celui qui avait déjà reçu le nom de Breviarium. Le cardinal Quignoncz conlinua l'œuvre, et la présenta à Paul III, successeur de Clément VIII. Ce livre avait pour titre : Breviarium romanum ex tacra polissimum Scriptura et ex probalis sanctorum historiis collectum et concinnatum. 11 rejetait donc , ainsi que l'exprime le litre , la plupart des compositions humaines dont nous avons parlé ailleurs, pour ne s'attacher qu'à l'Ecriture inspirée. Il est donc bien évident que François de Harlay et ses successeurs, à Paris, do même que plusieurs autres évéques français, n'ont pas été les premiers à concevoir une réforme basée sur ce principe, mais que le signal était parti de Rome. Au lieu des douze leçons du Bréviaire de Grégoire VII, celui-ci n'en avait que trois, c'était bien là le Bréviaire ou abrégé par excellence. Le pape Paul 111 l'approuva, seulement il en limita l'usage aux prêtres séculiers, et encore, à condition que chacun d'eux demanderait au sainl-siége la permission de le réciter. Co qu'il y a maintenant d'étrange , c'est que la France, par l'organe de la faculté de théologie , improuva énergiquemenl ce nouveau Bréviaire. Quelques changements y furent faits, et ce livre d'Office parvint à s'établir en plusieurs pays, où il passa de la récitation arliculière au ( hœur.On en donna une édition Paris, en 1559 cl en d'autres villes. La permission individuelle avait fini par s'accorder avec une extrême facilité. Ce Bréviaire n'existe plus que comme monument lilur-

f[ique, on le trouve assez rarement dans les ibrairies françaises. 11 faut pourtant ne point prendre facilement le change au sujet du Bréviaire dont noua parlons , il n'eut jamais la quajilé de Bréviaire romain proprement dit. Son usage ne fut jamais étendu pas plus à 1 Eglise de Rome qu*à tous les autres diocèses au monde catholique. Ce n'était qu'une exception in-tulgcnle eu faveur de

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