CALICE
11 est superflu de rechercher l'origine de ce nom ailleurs que dans le nom ialiu calix originaire de la langue grecque. Quelques élymologislcs ont prétendu que celle coupe s'appelle ainsi, à cause de l'usage qu'on en faisait en y buvant du vin chaud, vinum calidum. Nous n'acceptons pas une pareille dérivalion. En instituant l'Eucharistie, le divin Sauveur se servit de la coupe ou calice, qui était en usage dans les festins juifs. « Dans les repas destinés à cimenter une « alliance, dit Bcrgier, ou à la fin d'un sacri- « ficc. on ne manquait pas de boire la coupe » d'arlions de grâces et de bénédictions , « c'était alors la coupe d'alliance et d'a- « milié. » Celte coupe était ordinairement un vase à deux âmes qui contenait une quantité de vin suffisante pour que tous les conviés pussent en avoir leur part. Le vénérable Rédc dit qu'on monlrait à Jérusalem , dans réalise du Saint-Sépulrre, le calice dont Jésus-Christ se servit dans la cène avec ses apôtres; il était enfermé dans un riche étui ou l'on avait pratiqué une ouverture par laquelle les fervents chrétiens pouvaient baiser celle précieuse relique. Il est probable que lorsque les apôtres célébrèrent les saints Mystères, ils se servirent de calices pareils à ceux dont leur divin Maître avait usé dans la cène de l'institution. On prétend que ces coupes primitives étaient de verre, mais on n'a guère pour appuyer celte opinion, que la croyance communément répandue que lcca/icedela Cène était Je celte matière. 11 est toutefois incontestable que dans les premiers siècles on usa de calices de verre cl même de bois ou de corne, cela s'explique parfaitement par l'indigence des premiers chrétiens, et par la crainte d'exciter la cupidité des persécuteurs si l'on avait employé des métaux précieux. Néanmoins nous avons des exemples de calices d'or et d'argent dans les premiers siècles : le pape saint Urbain , en 226, en fil faire de ces deux métaux. Lorsque Julien l'Apostat pilla les églises d'Anlioche, l'officier chargé de cette mission s'écria, selon Théodorcl, en voyant ces richesses : « Voila dans quels vases somptueux on « sert le fils de Marie. » Le verre et le bois n'auraient pas fait pousser celte sacrilège exclamation. Ainsi l'or 1 1 l'argent employés pour la confection des calices ne sont point une innovation postérieure aux temps apostoliques, ou du moins aux quatre premierssiècles. LcConcile tenu à Heims,en 803, prohi-
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ba les calices de verre et de bois, et ordonna que la coupe fût au moins d'argent doré. Cette défenses élcndilaux calices d'étain.dc plomb, de cuivre cl de toute autre malière.Les prohibitions se sont renouvelées, depuis ce temps, en diverses époques. La nécessité des temps n pu faire admettre des exceptions à la règle, comme nous l'avons vu, dans les troubles révolutionnaires de la fin du dix-huitième siècle. Mais après la tempête la discipline établie a repris son empire.
Les anciens calices étaient assez ordinairement de forme oclogon», et on y gravait des figures. Terlullicn en fournit une preuve certaine dans son livre VI, de pudicitia. Jésus- Chrisl y était représenté sous la forme du Itou Pasleur qui porte sur ses épaules la brebis retrouvée: Vbi est oiis perdita, etc. « Où est « celte brebis perdue que le Seigneur va re- « chercher et dont il charge ses épaules ? « Vos calices en offrent la représentation. • 11 serait à désirer que nos calices modernes reproduisissent ces antiques ciselures.Lc pied de ces anciens calices était d'une petite élévation el pendant plusieurs siècles cette forme a été respectée. Nos calices actuels ont ordinairement le pied rond et la lige en est plus ou moins élevée. Les orfèvres en fabriquent assez souvent d'un poids et d'une dimension qui dépassent les justes bornes. En cela comme en beaucoup d'autres objets du culte une trop grande latitude est laissée à l'ouvrier, qui devrait recevoir des ministres de l'Eglise la direction el l'impulsion au lieu de les donner. Néanmoins en général , pour ce qui est des ciselures, elles sont en rapport avec la destination de ce vase sacré : ce sont ordinairement des épis et des grappes de raisin, on y entremêle des roseaux, symbole de l'eau. En Italie , on en fait dont la coupe est soutenue par un ange habillé en diacre : cet emblème est facile à saisir. Celte lige représente aussi quelquefois la Religion personnifiée; sur le pied est quelquefois un pélican ou bien la Cène, où Jésus-Christ est environné de ses apôtres; on y figure aussi d'autres saints. La fausse coupe offre aussi plusieurs médaillons. Nous aimerions à y voir représentés les instauralcurs de la divine Lilurgic tels que les papes saint Gélasc, saint Grégoire le Grand saint Ambroise, saint Thomas d'Aquin.
Quoique saint Augustin ait pensé qu'il suffisait qu'un calice eût servi pour la Messe en sorte qu'il pût être considéré comme ayant reçu la consécration, nous trouvons néanmoins dans les plus anciens monuments de la Liturgie, certaines formules de Bénédiction de ce vase. Plusieurs Sacramenlaires gallicans en contiennent, sous le titre de Benrdictio lurris, calicis et patente ( Voyez\es articles ciboire et patène ). Ccllo consécrat ion appartient à l'évcque; le Pontifical romain en donne la forme. Après deux Oraisons pendant lesquelles le consécralcur fait trois signes de croix sur le calice, il prend, avec le pouce, de l'huile du saint Chrême, et <n fait une croix dans l'intérieur de la coupe, puis
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H en étend l'onction sur la conpr (oui entière, en accompagnant celle onction d'une prière analogue, et il termine par une Oraison. Selon les règles liturgiques, on ne doit pas dire la Messe avec un calice non consacré. Ce vase perd sa consécration lorsqu'il a été profané en servant à d'autres usages qu'à ceux du culte ; il la perd aussi lor>qu'il a été rompu de telle sorte qu'il ne soit plus possible de s'en servir, ou bien lorsqu'il est redoré. Si la coupe rl la lige ne forment qu'un seul tout, la rupture de celle-ci fait perdre a la première sa consécration, il n'en est pas de même lorsque la coupe pei:l se séparer du pied par une vis, et presque tous les calices sont ainsi disposés. Si une réparation autre que la dorure doit être faite au calice, les rubricaires veulent qu'on ne puisse le mettre entre les mains de l'orfèvre qu'avec la permission de l'évéquc , et il conserve sa consécration. Une croix doit être gravée sur la partie extérieure du pied du calice.
On conçoit que l'Eglise doit professer un grand respect pour ce vase qui porte le sang de Jésus-Christ. Ces dernières expressions sont de saint Optai: il dit que briser un calice, sanguinis Domini portatorcm, est un crime inouï : 0 facinus nefarium l 6 fncinus inauditum ! aussi le Concile d'Agdc dit, dans le soixante-sixième Canon: Non oportet insacratos ministros conlingere vasa Domini: «Les m ministres qui ne sont point dans les Ordres « sacrés ne peuvent toucher les vases du « Seigneur. » Aujourd'hui, en certaines églises, ne le permet-on pas avec trop de lacililé à de simples clercs et à des laïques gagés comme sacristains et même à d'autres ? L'antiquilé de la consécration des calices et le profond respect qu'on a toujours professé pour ces vases, tant en Occident qu'en Orient, est une des preuves les plus fortes de la croyance au dogme de la présence réelle : lorsque dans des monuments d'une incontestable authenticité cl qui datent des premiers siècles, nous lisons ces témoignages de vénération pour les vases de l'autel, comment se persuader que le calice el la patène ne portaient que de vaincs représentations du corps et du sang de Jésus-Christ? Des preuves de ce genre onl une immense valeur.
Outre le calice du célébrant, l'ancienne discipline fait mention de quelques autres vases qui en portaient le nom. Tels étaient les caltces ministériels que l'on nommait pareillement scyphi. Dans ceux-ci le célébrant versait du calice sacerdotal une quantité de précieux sang suffisante pour administrer aux fidèles la communion sous cette espèce. Ces calices avaient deux anses. Plusieurs de ces calicet, selon l'usage des diverses Eglises , étaient garnis d'un chalumeau par lequel les fidèles suçaient ou absorbaient le précieux sang ( voyez chalumeau ). Dotn Claude de Vert parle d'un calice à deux anses qui était conservé à Redon, en Bretagne. Ce vase ministériel contenait deux pintes, il datait certainement de l'époque ou les fidèles communiaient sous les deux espèces.
On appelait calices baptismaux, dans la primitive Eglise, ceux qui contenaient uni; boisson que l'on donnait à ceux qui avait-ut reçu le baptême. Cette boisson, composte de lait et de miel, était sanctifiée parles Iténedittions de l'Eglise. On y voit une louchante allusion à ces ruisseaux de luit et de miel que le Dieu d'Abraham promettait à son peuple dans la terre de Chanaan.
Les anciens écrivains nomment calice la coupedaus laquelle on mettait les sorts. C'es-l ainsi que pour l'élection d'un pape les cardinaux déposent leurs voles dans un calice , placé sur l'autel de la chapelle des scrutins au conclave.
Les noms de calice de douleur, d'amertume, de joie, de félicité , de bénédiction , se rencontrent souvent dans les livres saints el Ici anciens Pères. On en use même habituellement dans ce sens allégorique, au sujet drs paroles adressées par Jésus-Christ à son père: Transeat à me calix iste, « Que ce calice s'éloigne de moi. » Dom Calmcl obseno que dans les repas où selon l'usage , on faisait circuler parmi les convives la coupe pleine de vin, lorsqu'il s'en trouvait quelqu'un qui ne voulait pas boire, il s'en excusait par ces paroles : Transeat à me, etc. Le divin Sauveur employait donc en ce moment la formule usitée.
Quelques anciens Pères onl donné le nom de Natalis calicis, jour natal du calice, au Jeudi saint, pane qu'en ce jour le calice passa de l'usage profane à l'usage sacré. Le Uil romain observe un cérémonial forl remarquable en ce jour, et qui devrait être suivi partout , ce qui n'est point à Paris ni en d'autres diocèses. Outre le calice de la Messe, il en est un autre sur l'autel dans lequel on met l'hostie consacrée qui doit servir le lendemain pour la messe des présanclifiés.
En parlant du calice, le docte Génébrard dans sa Liturgie apostolique s'exprime ainsi: Nous ne voulons rien changer à son langage: « A l'exemple des prophètes el de leur sainte « synagogue, Noslrc-Scigncur el ses Apôtres « et successivement tous leurs fidèles suent cesseurs ont continué l'usage de ce calice ès a libations chrestiennes , comme estant vase « propre et convenable au service de Dieu , « selon l'institution d'iceluy, etesloignéde la « façon commune et profane, et onl rejeté « les hanaps, gobelets, voirres et toutes sor- « les de coupes ordinaires de nos impies , « pour honneur cl révérence du divin Office. « Par ainsi, ce vocable est demouré en l'K- « glisc lalinc comme propre cl ecclésiastique. « Tertullicn les célèbre ( les calices) au livre • de Pudicitia, cl déclare d'abondant qu'en « celle primitive Eglise, les calices estaient t embellis de peintures représentantes Jésus- « Christ en babil de Pasteur, avec la brebis « égarée qu'il rapportait en la bergerie sur « ses épaules , où vous remarquerez en pas- « sanl combien est ancien l'usage des images « ès vaisseaux cl lieux saincls. * Le même auteur s'étend fort au long sur les calices de l'ancienne loi et cile à cette occasion, un curieux passage de l'historien Josépbe où il est
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dit que la couronne desponlilcsdes JuiHs élait ornée d'une figure de calice d'or représentant la forme d'une herbe nommée en hébreu Daccar, cl en français Jusquiame. Celle plante produit de ses branches un petit calice ou gobelet. Delà Génébrard conclut que la couronne du grand prêtre parée de cet ornement était un signe précurseur des calices de la loi nouvelle. 11 ajoute que le sicle de Jérusalem, pièce de monnaie juive, portait un calice plein de manne, d'un côté, cl de l'autre la verge d'Aaron changée en un verdoyant rameau.
VARIÉTÉS
On ne peut douter que dans les premiers siècles, les calices ne fussent d'une inalière précieuse lorsque les Eglises étaient assez riches et qu'un n'avait point à redouter la sacrilège a varice dos païens cl des hérétiques. On rapporte souvent avec de perfides intentions ce passage de saint Bonif iée, évôquc de Maycmc et martyr au huitième siècle: « Au- « trefois des prêtres d'or usaient de calices « de bois, et aujourd'hui des prêtres de bois « usent de calices d'or. » C'était dans la bou- «he du saint pontife une ingénieuse manière d'opposer la ferveur des auciens temps au refroidissement des temps modernes, et cela ne saurait prouver que daus les siècles dont nous parlons il n'y avait aucun calice d'or ou d'argent. On parle aussi de saint Exupère de Toulouse, qui portail le corps de Jcsus- Chrisl sur une patène d'osier et le sang précieux dans un calice de verre. Mais saint Jérôme, qui rapporte ce trait, nous apprend aussi que cet évéque avait vendu les vases d'or et d'argent pour secourir son peuple dans une grande disette.
Grégoire de Tours raconte que le roi Childebert porta d'Espagne en France soixante calices d'or enrichis de pierres précieuses. On voyait aussi des cul i ces faits entièrement de riches pierres, telles que l'onix, le sardonix, etc. Plusieurs de ces anciens calices étaient admirablement ciselés et ornés de heures en relief: tel était le fameux calice dont saint Hemi parle dans son testament , sous le nom de calix imaginâtes, et qui portait une inscription en vers gravée au burin.
Le cardinal Bona fait remarquer que les princes donnaient quelquefois aux églises des calices qui étaient plutôt des monuments de leur pieuse générosité qu'une munificence utile au service des autels. Ainsi Charlcma-
Sno fil présent à Léon 111, d'un calice d'or a eux anses et orné de pierreries, et dont le poids s'élevait à cinquante-deux livres. Pascal 1 donna pour être suspendus entre les colonnes de l'église quarante-deux calices d'argent qui pesaient ensemble deux cent quatre-vingt et une. livres. Anaslasc fait mention de plusieurs autres dons de cette nature. On prétend quo certains calices étaient garnis de sonnettes d'or aGn que le bruit qu'elles rendaient en remuant le vase excitât les fidèles à la piété. Mabillon dans son Muséum ltaticum oit que le calice qui avait
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appartenu a saint Malachic, archevêque d Armagh en Irlande mort en 1148, élait religieusement conservé à Clairvaux, de son temps Sancto Malachiœ Hiberniat primalis calix sacer in thesauroClarœvallensiasserval ur : ex cujus lubio dépendent al i quoi campanule quibus ad motum calicis adslanles ad adorandum excitarenlur. Qu'est devenu ce curieux monument depuis le dix-septième siècle ?
La défense de toucher le calice faite à tous ceux qui n'étaient pas dans les Ordres sacrés remonte , selon quelques auteurs . à saint Sixte I, pape en 132; d'autres l'attribuent à saint Soter, pape en 175. Ce pontife avait fait cette défense aux vierges consacrées à Dieu, ce qui avait été confirmé par saint Buniface I , en 418. Nos hérétiques modernes ne reconnaissent pas l'authenticité de ces documents ; s'ils contenaient quelque chose qui favorisât leurs opiuions , se mon* treraient-ils aussi difficiles ?
Nous parlons en divers autres articles de ce qui a rapport au calice, en ce qui concerne sa position sur l'autel, son usage, clc. (Voyez l'article patèse.)