‹ Origines et sources du Roman de la RoseChapitre 16 sur 53 · III · texte numérisé non relu

III

Vermeille est comme rose, blanche com flor de lis {Berthe, XXX).

La color ot plus fine que rose en la brancele {God, de Bouillon^ v. 374.

[Éd. C. Hippeau. Paris, 1877, in-f2).

PREBnÈRE PARTIE. 41

paraison à Tallégorie de la rose, la dislance n'était pas grande; elle était d'autant plus facile à franchir pour Guillaume de Lorris que la voie avait été déjà tracée par d'autres , et , qu'au surplus, l'allégorie tenait, à cette époque , une place considérable dans la littérature.

Dire d'une jeune fille qu'elle est plus belle que la rose ou le lis :

... pulchrior lilio vel rosa (1) ;

ou qu'elle a les fraîches couleurs et le doux parfum de ces deux fleurs :

rosa rubet rubore,

Et lillum convallium tota vincit odore (2) ;

OU qu'elle surpasse en grâce ses compagnes, comme la rose surpasse en beauté toutes les fleurs :

Comme la rose Est sor toutes flors la plus bele, Ainsi estes vous, damoisele, De toutes puceles la flor Et la plus bele et la meillor (3) ;

c'était, dans la littérature du douzième siècle, un compliment

La car ot tenro et blance comme flours en esté,

La face vermellette comme rose de pré {Fierabras^ v. 2008).

Sa color fresca com rosa de rozier {Daurel et Delon , v. 144. Ed.

[P. Meyer. Paris, 1880. Soc. des anc. textes).

Flor de lis, rose espanie

Taillie por esgarder {Rec, de motets français des XII" et XIII' sié~

des, p. p. G. Raynaud. Paris, 1881-82, 2 vol.

in-12. I, p. 146. — Bibl. fr. du m. a.).

C'est la rosete, c'est la flor,

La violete de douçor (/6id., p. 150).

« Quasi ex sentibus rosa frondescis, » disait déjà Euloge à sainte Flora.

{Documentum martyriale, 20).

Dans VArchithreniuSj la comparaison est devenue une métaphore : Haec rosa sub senio nondum brumescit et oris Ilic tener in teneris puerisque puellulus annis Flosculus invitât oculos et cogit amorem (Fol. ix v").

(1) Carmina durana, p. 145.

(2) Ibid., p. 200.

(3) La Patenostre d'Amors^ v. 38-42 (Barbazan, IV, 441).

devenu banal à force d'être répété. Celte comparaison est, d'ailleurs, si naturelle, qu'on serait étonné de ne pas la rencontrer dans toutes les littératures. Elle se trouve dans Catulle; elle se trouve dans la Bible ; elle devait se trouver aussi dans la poésie au moyen âge (1). Il semble donc que l'emploi de cette même comparaison par plusieurs auteurs doive être considéré comme une coïncidence fortuite^ sauf dans les cas où la similitude des détails prouverait le contraire. Mais le grand nombre des exemples que je pourrais prendre dans la poésie du onzième au treizième siècle, pour les ajouter à ceux que je viens de citer au hasard, prouve que celte comparaison était en circulation, s'il m'est permis de m'exprimer ainsi, qu'elle subissait le sort réservé aux rares idées qui surgissent dans une littérature pauvre et impersonnelle, c'est-à-dire qu'elle passait de rimeur en rimeur , pour être rendue sous toutes les formes, développée, analysée, raffinée jusqu'à la quintessence.

C'est grâce à ce travail collectif, incessant, que la modeste comparaison, renfermée tout à l'heure en un, deux ou trois vers, va devenir la longue allégorie du Roman de la Rose. Du point de départ à celui d'arrivée , la distance est immense ; il serait ennuyeux et pénible de la parcourir, pour suivre pas à pas l'idée dans toute son évolution; j'en indiquerai du moins les deux principales étapes.

La première est marquée par le Dit de la Rose (2), dont l'auteur compare la dame qu'il aime, mais à qui il n'ose parler, à cause des médisants qui l'entourent , à la rose, que les épines empêchent de cueillir :

Aussi comme la rose nest

Entre poingnanz espines, est

Celé qui de mon cuer est dame

Entre les mesdisanz, qui blasme

Li porchacent a loi* pooii*.

Que honte puissent il avoir,

Ne ja Dieus ne leur doinst tant vivre

Qu'il puissent a la bcle nuire !

Quar tout ausi comme la rose

A plus en li biauté enclose

(1) Le rôle de la rose dans la vie des peuples de l'antiquité a fait l'objet d'un travail, à la fois érudit et plein de grâces, comme son auteur, la comtesse Ersilia Caetani Lovatelli : La Festa délie Rose (Roma, tipograpbia del Lincei, 1888, petit ln-8«).

(2) Voyez page 37.

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