‹ Origines et sources du Roman de la RoseChapitre 17 sur 53 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Que fleur que l*en puisse trover, Tout aussi di je que sa per Trovee ou mont ne seroit noie De biauté et de cortoisie, De sens, de bonté, de valor; Et tout aussi com cele flor Est entre espines poignanz née , Ausi est ele environee De mesdisanz, qui plus poignanz Sont qu*espines .c. mile tans...

Si seulement le pauvre amoureux pouvait parler une seule fois à celle

Qui coleur a fresche et novele.

Plus que n'est pas la rose en may ;

mais il craint les méchantes langues, qui pourraient la perdre de réputation; aussi doit-il être prudent :

8i me prendrai gardé a la rose, Qui d'espinetes est enclose :

Sovent avient que cil qui Ta Desirree a avoir pieça Ne rose si tost adeser , Quar il se doute a espiner, Et regarde, s'il se hastoit, Que la rose fere porroit Aus espines fere hurtcr , Que tost la porroit empirer, Dont Ton voit sovent avenir Que celui qui la veut cueillir, Quant il la cuide trere a li, Aus espines la hurto si Qirele chiet par pièces a terre.

Qui la veut donques a droit querre Trere la doit si simplement Qu*aus espines n*aille hurtant.

Par la rose pues Ten entendre La belle, qui assez plus tendre Est et fresche com rose en may ; Et je sui cil qui esté ai En si grant désir longuement D*avoir s'amor entirement ;

Et par les espines poignaDz Puet Ten entendre mesdisanz...

Ici se termine la comparaison. Dans les vers qui suivent, le poète insiste sur la nécessité de cacher ses amours et supplie sa dame de lui fixer un rendez-vous secret; il termine ainsi :

Ci fenist le ditié d'amor Qui a le seurnon de la flor Qui plus bêle est sus toutes choses. i

Bien en a Ten atret les gloses ; Et par coleur et par odeur Vaut ele micus que nulc fleur.

Si fit celé por qui me ducil :

Je n'en sai nule son pareil.

Explicit le ditié de la Rose.

Cette comparaison, sans être plus étendue, pouvait être plus complète, plus détaillée ; Tauteur aurait pu constater des analogies plus nombreuses entre les deux objets qu'il comparait. D'autres Tont fait; par exemple, Baudoin de Gondé, dans le Conte de la Rose (1). Mais ce n*est pas dans cette direction que je veux suivre les progrès de la comparaison. Celle-ci est restée, dans le Roman de la Rose, très générale : la beauté de la fleur, le parfum qu'elle exhale, les épines qui l'environnent, d'une part, et d'autre part, la beauté de sa dame, l'amour qu'elle inspire, les obstacles qui empêchent de l'approcher, sont les seules analogies que Guillaume de Lorris a mentionnées entre la rose et la jeune fiUe.G'est dans sa forme surtout que la comparaison a été modifiée ; d'abord elle s'est allongée : dans le Dit de la Rose, elle occupe déjà cent vingt vers au moins, et son importance est telle qu'elle a donné son nom au poème. Ensuite, sa nature s'est transformée. Cette transformation n'est pas encore complète dans le Dit de la Rose ; cependant, la dernière partie de l'image, que j'ai citée à dessein, si elle n'est pas encore devenue une allégorie véritable, n'est déjà plus une simple comparaison ; elle tient, pour ainsi dire, le milieu entre les deux. En supprimant quelques mots, on en ferait une allégorie; il suffirait d'en changer quelques autres pour rétablir la comparaison.

Le caractère métaphorique de Tallégorie se présente, en revan-

(1) Dits et contes de Baudouin de Condéy p. 133-146; p. p. A. Scheler. Bruxelles, 3 vol. in-8% 1866-1867.

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