‹ Origines et sources du Roman de la RoseChapitre 21 sur 53 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'est aussi aux Métamorphoses (1) que Gaillaume de Lorris a emprunté le récit de la mort de Narcisse (v. 1447-1518). Cette légende était bieo couuue au moyen âge. Il exista encore uo poème du treizième siècle, intitulé fiarcissus, dans lequel elle est racontée, avec de nombreuses transformations. Un passage, souvent cité, de Pierre le Chantre, prouve qu'elle était très répandue au douzième siècle dans la France du Nord (2). a Dans le Midi on rencontre également des allusions fort nombreuses au triste sort du 1 beau damoiseau n, mais il est possible qu'elles se rapportent à une forme assez différente du récit d'Ovide et du poème français (3). »

Il est certain pourtant que Guillaume de Lorris s'est directement inspiré d'Ovide. Sou récit, bien que très abrégé, suit exactement le poème latin, sauf en uu poiut : dans le Homan de la Rose, c'est Ëcho qui prie les dieux de faire naitre dans le cœur du jeune homme un amour,

DoDt il ne peUat joie atendre (v. 147t) ;

dans les Métamorphoses, vengeance :

c'est un inconnu qui leur s

> Sic a

s aliquis despectus ad aethera tollens ;

. ipse licet, sic non potiatur amato ! • (v. 404-405).

Cette légère modification prouve tout an plus que le trouvère, au moment où il écrivait, n'avait pas son modèle sous les yeux. Ajoutons cependant que Guillaume a enlevé à la légende son caractère mythologique : Narcisse est pour lui « un damoiseau », Ëcho, <t une haute dame n ; l'un et l'autre meurent et ne se meta- morphosent pas.

Le De arCe amandi surtout pouvait fournir à Guillaume de. Lorris une abondante matière à imitation ; il y a relativement peu puisé. Cela tient peut-être à ce qu'il n'a pas terminé son poème. Pourtant, dans les préceptes que le dieu d'Amour enseigne à l'amant, noiamment dans ses recommandations relatives k la discrétion et aux soins de la toilette et des arts d'agrément,

(1) Mélamorphose III, v. 339 et sui

(2) En parlant des jongleurs, il dit non placera auditoribus, statiin iiici[ plscuerit, ranCanC de alio. n

(3) Hisloire litléraire, XXIX, 439,

Guillaume s*est souvenu des conseils analogues donnés par Ovide à son disciple. L'imitation est ici naturellement très discrête; les prescriptions sont accommodées aux usages du treizième siècle; celles-là seules qui sont de tous les temps ont pu être exactement reproduites.

Le poète latin avait dit :

Bit bene conveniens et sine iabe toga, LiDguaque De rigeat, careant rubigine dentés,

Nec vagus in iaxa pcs tibi pelle natet, Nec maie deformet rigidos tonsura capiiios,

Sit coma, sit docta barba resecta manu , Et nihil emineant et sint sine sordibus ungues (A. Am.y I, 514-519).

Cetera lascivae faciant, coDcede, puellae,

Et si quis maie vir quaerit habere virum (I, 523-524),

Guillaume de Lorris répète :

Solers a las ou estiveaus

Aies souvent frés et noveaus,

Et gart qu'il soient si chauçant

Que cil vilain aille tençant

Eq quel guise tu i entras,

Et de quel part tu en istras (v. 2159-2164).

Ne sueffre sor toi nule ordure,

Lave tes mains et tes dens cure :

8*en tes ongles a point de noir,

Ne ri lesse pas i^emanoir.

Cous tes manches ; tes cheveus pigne ,

Mais ne te farde ne ne guigne ,

Ce n'apartient s*as dames non ,

Ou a cens de mavés renon ,

Qui amor par maie aventure

Ont trouvée contre nature (v. 2175-2184).

Ovide prescrit au jeune Romain de chanter, s'il a de la voix, de danser s'il a les membres souples, enfin de ne négliger aucun moyen de plaire :

Si vox est, canta; si mollia brachia, salta,

Et quacumque potes dote placere, place {A. Am., I, 595-596).

PBEMIÈRE PARTIS.

Guillaume de Lorris dit à son tour :

6e tu séa nul bel déduit faire,

Par quoi tu puisses as gêna plaire,

Je te comaut que tu le faces :

CliBscun doit faire en toutes places

Ce qu'il set qui mieua li avient.

Car los et pris et grâce en vient.

Be [u te sens viste et legier,

Ne fai pas de saillir dangier ;

El se tu siez bien a cheval,

Tu dois poindre a mont et a val;

El se tu SES lances hriaier,

Tu t'en pues moult faire prisier.

Se as ai'mes ea acesmés ,

Par ce seras dis tans amés ;

Be tu as la voiz clere et saine.

Tu ne dois mie querre esaorne

De chanter, se l'en t'en semont,

Car bel chanter abeliat mont.

Si avient bien a bacheler

Que il sache de vicier,

De fleuler et de dancier ;

Par ce se puet moull avanciei- (v. 2I99-ÎÎ20).

Uu passage curieux est celui où les deux poètes recommaudeiit ladiscrétioD. Tous deux appuient leur précepte d'un exemple; Ovide rappelle le supplice de Tantale, puni pour avoir trop parlé :

Exigua est virtus praestare silentia rébus;

Ât contra gravis est culpa taccnda loqui, bene qiiod, frustra caplalis arbore pomis,

Garrulus in média Tantalus aret aqua {A. Am

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