‹ Origines et sources du Roman de la RoseChapitre 24 sur 53 · PREMIÈRE PARTIE. S'i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. S'i

le dieu lui est apparu , a pris le poèuie laliii ul s'est mis h L- Ljaduire, laissant de côté les aiieudotus liisLoiiques ou mylliologiijnes, les fleurs de rhétorique, modernisant certains traits de la via antique, qui u'auraieut plus eu de sens dans la société chi'étieuufl du treizième siède, ajoutant quelques détails qu'il ue trouvait pas daos sou modèle, voire même faisant des contre-sens. Il commence donc, comme Ovide, par diviser son sujet en trois points : Quod amare velii, reperire labora ; placUam exorare pueilam; ul longo lemporc darel amor. Relativement au premier point, Ovide avait recommandé de choisir, dans Rome mêmtf", l'objet de son amour; le trouvère dit comoie lui :

Ne k fat loing ne bors de ville.

I A Rome, i dit Ovide, « quel que soit ton goût, tu pourras le satisfaire, que tu désires une beauté naissante, que tu veuilles une beauté plus formée, ou môme que lu préfères un âge plus mûr; tu n'as que l'embarras du chois. "

Cette phrase a fourni à l'imitateur le prétexte d'une petits digression, dans laquelle il énunière les qualités de la femme, jeune ou âgée, qu'on doit choisir. Ces qualités sont celles que l'amant, dans le Boman de la Rose, prête à sa maltresse.

L'auteur de la Clef parle ensuite des qualités de l'amant vraiment digne de ce nom; ici encore il est d'accord avec Guillaume de Lorris. Pour les qualités physiques , cet accord s'explique parce que les deux auteurs ont suivi Ovide, mais il n'eu est pas de même pour les qualités morales , dont le poète latin ne parle pas.

De plus, on se demande pourquoi l'auteur de la Clef d'Amours, qui d'habitude suit fidèlement son modèle, s'en est écarté ici ; il semble bien quo ce soit soua l'influence du Roman de la Rose.

Quoi qu'il en soit, des rapprochemeûta que je viens d'établir entre les deux poèmes, il résulte à peu près sûrement que l'un était connu de l'auteur de l'autre. Mais on ne pourra dire d'une façon certaine quel est le plus ancien, que lorsqu'on aura découvert la date de la Clef d'Amours.

M. G. Paris croit que Guillaume de Lorris a connu le Tournoiement d'Antéchrist, de Huoii de Méri , et il en conclut que la première partie du Homan de la Rose est postérieure à 1235, date où Huon écrivait (t).

J'ai cherché sur quelles raisons pouvait ^tre fondée cette

opinion, je n'en ai pas trouvé de bien solides. Voici les seuls rapprochements qui in*ont paru pouvoir être faits entre les deux poèmes :

Guillaume, dans le portrait de Largesse, nous apprend que

El fu du linage Alexandre (v. 1136).

Huon fait trois allusions à la libéralité du roi de Macédoine. Il dit que Técu de Largesse,

C'estoit 11 escuz losengiez

De promesses et de beaus dons ,

A un Cartier de guerredons,

Des armes au grant Alisandre,

Qui, por tôt doner et espandre,

Ot .1. lambel d*overtes mains (v, 1644-1649).

Plus loin, il dit que l'amoureux doit surpasser la « largesce Alixandre » (v, 1806). Enfin, c'est avec « la lance au large Alixandre » que Largesse lutte contre Avarice.

La « largesse t> d'Alexandre était devenue proverbiale dès la fin du douzième siècle. « A partir de la seconde moitié du douzième siècle, » dit M, Paul Meyer, « et jusqu'à la fin du moyen âge, le mérite pour lequel Alexandre est universellement célèbre, ce n'est pas son génie pour les choses de la guerre, — au moyen âge on guerroyait beaucoup, mais la stratégie était une science à peu près perdue, — ce n'est pas même son courage personnel, bien que les éloges ne lui aient pas été ménagés à cet égard, c'est surtout et par dessus tout sa largesse. Alexandre est devenu le type idéal du seigneur féodal, ne cherchant point à amasser pour lui, mais distribuant généreusement à ses hommes les terres et les richesses gagnées avec leur aide, et s'élevant, par eux et avec eux, en honneur et en puissance (1). »

M. Meyer cite des exemples de Ghrestien de Troyes, de Gauthier de Ghâtillon, de Gaucelin Faidit, qui montrent que la libéralité du conquérant macédonien était populaire au temps de ces auteurs, bien qu'il semble établi « qu'Alexandre de Paris a eu la part prépondérante dans la formation du caractère conventionnel d'Alexandre, envisagé comme type de la largesse (2). »

(1) P. Moyer, Alexandre le Grand dans la littérature française au moyen âge, II, p. 372 et 373.

(2) Ibid., II, p. 374.

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