‹ Origines et sources du Roman de la RoseChapitre 27 sur 53 · HOMÈRE · texte numérisé non relu

HOMÈRE

Le nom d'Homère est deux fois mentionné par Jean de Meun. C'est d*abord la liaison qui dit à Tamant : « Tu as étudié autrefois Homère, mais tu as perdu ton temps, puisque tu as oublié ses enseignements. Sur le seuil du palais de Jupiter, dit Homère, sont deux tonneaux, Tun d'absinthe, Tautre de nectar. La Fortune, suivant son caprice, puise à Tun ou à Tautre pour abreuver les mortels » (v. 7516-7518; 7549 et suiv.).

Cette allégorie se trouve dans le chant XXIV de Tlliade, elle est contée par Achille au vieux Priam, pour le consoler de la mort d'Hector :

Aoiol yccp Te 7c{doi xaTocxetarai Iv Aibç ouSeï

S(i>pa)v oTa 8fôa)9i, xaxcov, ^repoç Se éatov *

^ fjLev x' àfjL[x{Çac Scot) Zebç TepTcix^pauvoç,

dfXXoTE [U"^ Te xax(j) 8 ye xupeTai, dfXXoTe 8' eoOXco •

^ Bé xe Twv XuYpaiv Swy), XwêrjTèv edT)xev,

xai £ xaxY) poiSêpcooTiç Itci ^ô(^va STav IXauvei,

cpoiT^ 8' ouTe ôeotfft TeTtfxévoç ouTe ppoTOÏŒiv (v. 527-533),

Est-ce que' Jean de Meun avait lu l'Iliade? Le vers : Puis que tu Tas étudié (v. 7517),

même s'il était sincère, ne lo prouverait pas. Au moyen âge, il n'existait pas de traduction des œuvres d'Homère, et au treizième siècle, en France, personne n'était capable de comprendre le

SECONDS PARTTE. 105

texte original. A cette époque, ceux qui passaient pour connaStre le grec étaient très rares, et ils n'en auraient pu traduire plusieurs lignes de suite sans commettre d'énormes erreurs, Homère n'était connu alors que par un récit de la guerre de Troie, en vers latins, appelé Homerus latinus, ou encore Pindarus Thebanus, parce qu'il passait pour êlre une traduction de l'Iliade, faite par le grand poète lyrique.

Si Jean de Meun affirmait simplement qu'il a lu Homère, on serait naturellement porté à croire qu'il parle de l'Homère latin. Mais il cite un passage de l'Iliade, et précisément ce passage ne se trouve pas dans le poème latin. La vérité est que Jean n'a fait ici que traduire et délayer, suivant sa coutume, quelques lignes du traité de la Consolation de Boéce : « Nonne adoleacentulus Sûo -roiç m'Ûouî, tÔv [iJv tva xax.Cn, tqv Bà É'TEpov xoiXiÔï, in Jovis limine jacere didicisti (I)? « Boèce ne dit pas quel usage Jupiter fait de ces vases; il ne nomme pas Homère. Il semble doue impossible qu'il ait pu fournir à Jean de Menn la citation plus complète du Roman de la Rose, et l'on pourrait croire que notre auteur l'a rencontrée ailleurs, par eiemple dans la République dePialon, où elle est entière, et accompagnée du nom d'Homère (i). Mais la Consolation était expliquée dans les écoles; elle était glosée dans les manuscrits, et Jean de Meun a pu trouver dans des commentaires ou des gloses les renseignements que le teste de Boèce ne Ini donnait pas, ainsi que la traduction des mots grecs qu'il n'aurait probablement pas su interpréter luimême.

Pour être convaincu que le traité du philosophe latin est bien ici la source directe du Uoman de la Rose, il suffit de considérer comment la citation d'Homère est amenée dans les deux coinpositions. Dans l'une, la Fortune rappelle à Boèce combien elle est inconstante; elle en prend à tfmoin les revers de Crésus, roi de Lydie, et ceux de Paul-Émile, le vainqueur de Persée, revers qui s'expliquent par l'existence des deux tonneaux (3). Dans l'antre, la

(I) De Cuiis,, II, pr. 'î.

(2)Liv. Il, I 379.

(3) An' tu mores igoorabas meos î Nesciebas Croesum , regem Lydonim , Cyro paulo ante formidabilem, mox deindo miserandum, rogi flanimis traditum, misso coelitus imbre dofenaumî Num to pmetorit Paulum Porsau régis a se capti calamitatibus pias impondisse lacrimas? Quid trsgoediarum clamor aliud deQot, nisi LadiBcreto icla Fortunara tolicia régna vertentom ? Nonne adolBBcenlulus.,,, etc. {De Cons,, II, pr. 2). Le reprocho que Raison ^K&it à l'amant d'avoir perdu son temps à êtudior Hoiutro, puisqu'il l'a

Raison rappelle à TamaDt^ c'est-à-dire à Jean de Meuo, combien la Fortune est inconstante, témoin Néron, Crésus, roi de Lydie, Mainfroi, Charles d'Anjou^ dont les revers s'expliquent par Tezistence des deux tonneaux.

Je montrerai, d'ailleurs, dans un des paragraphes suirants, quels emprunts Jean de Meun a faits pour le Roman de la Rose à la Con« solation de Boèce, dont il devait donner plus tard une traduction.

Plus loin, le nom d'Homère revient de nouveau sous la plume de Jean (v. 14560), mais le nom seulement. D'ailleurs, celte fois encore, notre poète l'a trouvé dans un ouvrage latin qu'il imite, le De Arte amandi d'Ovide (II , 279-280) (1).

PTTHAGORB.

Jean de Meun cite les Vers dorés ^ attribués à Pythagore, mais, quoi qu'il en dise, il n'a jamais lu ce poème; c'est dans le commentaire de Ghalcidius sur le Timée de Platon qu'il a trouvé, traduits en latin, avec un contresens (2), les deux vers qu'il a reproduits. La comparaison du passage dans les trois langues ne peut laisser aucun doute sur ce point.

Pythagoras redit nels ,

8e tu son livre onques veïs

Que l'en apelle Vers dorés,

Por les diz du livre honorés :

Quant tu du cors départiras,

Tous frans ou saint ciel t'en iras,

Et lesseras humanité

Vivans en pure deïté (v. 5746-53).

j)v S' àizoktl^oi^ (jîhiLa eç alO^p' ^Xeudepov A6y)ç ,

iddtOLi àôdîvaTOç, 0eiç dffxêpoTOç, oûx fri ôvtjt^ç (v. 70-71) (3).

depuis oublié, paraît bien inspiré par rinterrogation de Philosophie à Boèce : Nonne adolescentibus.., didicisti?

D'autre part, je tiens a grant honte,

Puis que tu ses que letre monte,

Et que estudier te convient,

Quant il d'Orner ne te souvient,

Puis que tu Tas estudié;

Mes tu l'as, ce semble, oblié.

Et n'est ce poine vaine et vuide? (v. 7513-19).

(1) Voyez ci-dessous, p. 124.

(2) Ghalcidius traduit èc alôép' èXeuOepov comme è; al6ép' iXeuOepoç.

(3) Fragmenta pkilosophorum graecorum (édit. Didot, 2 vol. in- 4*, 1860- 1867), t. I, p. 199.

Pythagoras eLiam in suie aureis versibus :

Corpore deposjto rum liber &d aetbera pergei, Evades hominem, factus Deua aetberis almi.

I quia

^^V omn

Bien que l'esprit de Platon, dit Jean de Meun , n'ait jamais pu s'élever jusqu'à la vérité que le Christ devait plus lard révéler au monde, c'est pourtant celui des philosophes anciens

Qui mieus de Dieu parler osa (v. 2047-59).

Ce jugement ne laisse pas d'être curieux pour l'époque oii il a été émis.

Notre auteur, comme ses contemporains, ne connais^iait du philosophe que le Timée, ou, plus exactement, la traduction du Timée par Ghalcidius. Bien qu'il n'ait pas laisse échapper une seule fois de sa plume le nom de Ghalcidius, il loi doit certainement tout ce que dans son poème il place sous le patronage de Platon. Il suffit, pour s'en convaincre, de rapprocher de ses citations les passages correspondants du texte grec et de la version latine. En voici un exemple :

...Platons dist, c'est chose voire, Que plus tenable est la n De ce qu'on aprenl en enfant

'Qf 6tS toi, TO y.ffi\i.ivav , ri itaÉStov [ji,a8i^jxaTa

(Timée, éd. Didot, p. 203, I. 4).

11 Certusque illud expertus sum, leuaciorem Tere raemoHam rerum quae in prima discuntur aetate i (Ghalcidius, éd. Fahr.).

Un autre passage (v. 19995-20050) plus long, et par conséquent plus décisif, soumis an même examen, donne le même résultat; c'est celui où Jean de Meun reproduit littéralement ces lignes de Ghalcidius : « Dii deorum, quorum opifex idemque pater ego, opéra siquidem vos mea eslis, dissolubilia quidem natura, me tamen ita volente indissolubilia. Omne siquidem quod junctum est natura dissolubile est. Ât vero quod bona ratione junctum atque modulatum est, dissolvi velle non est Oei. Quapropter quia facti generatique estis, immortales quidem nequaquam nec omnimodo indissoluhiles, nec tamen unquam dissolvemini, nec

mortis uecessitatem subibitis, quia voluntas mea major est nexus et vegetatior ad aeteriiitatis custodiam quam illi nexus, vestra coagmentala atque vitales, ex quibus aeternitas composita est» (p. 250).

Dans les exemples précédents, Jean de Meun se contente de dire qu'il reproduit la pensée de Platon, sans donner le nom de Touvrage où elle est exprimée; dans l'exemple qui suit, il cite le Timée :

... Platons disoit en s'escole Que doDee nous fu parole For faire nos voloirs entendre, For enseignier et por aprendre.

Geste sentence ci rimee Troveras escrite en Thimee De Platon... (v. 7844-50).

Ces vers peuvent être rapprochés de deux passages seulement du texte grec, et ils ne rendent exactement ni Tun ni l'autre :

4>to)v9iç Te 8y) xal àxoîjç Tcept TcotXtv 6 aùxoç X^yoç , iiA xaûxi twv «utcov Ivexa Tcapi ôewv S£S(i)p^(T6a( , Xoyoç re yip èiz aùxi Taura TetaxTai, Tir)v {/.e- Y{<rrr)v ÇufxêaXXofxevoç eiç auToi fxoTpav... (Ed. Didot, p. 216, 1. 26, 27). ... 'Ava^xaTov [xèv yâtp Tcav ^cov elcépjreTai xpo^Yjv 5t8bv tÇ <T(t)[jLaTi, to Sk \6ywv vSfjLa IÇo) féov xal ÔTnjpeTOîjv cppoviQŒei xàXXtorov xal ipiorov icàvrwv vafjiiTwv {Ibid., p. 237, 1. 16-19).

Cette dernière phrase n'est pas comprise dans la traduction de Chalcidius, qui s'arrête à la page 220, ligne 41, de l'édition Didot. La première y est ainsi rendue :

(( Ëadem vocis quoque etauditus ratio est, ad eosdem usus atque ad plenam vitae hominum instructionein datorum. Siquidem propterea sermonis est ordinata communicatio ut praesto forent mutuae voluntatis indicia (Éd. Fabr., p. 258).

C'est à ces lignes évidemment que notre auteur a fait allusion, bien qu'il ait connu un autre ouvrage de Chalcidius, son Commentaire sur le Timée, où la même pensée est reproduite : « Est enim oratio interpres animo conceplae rationis » (Éd. Fabr., p. 316).

J'ai montré déjà que deux vers de Pythagore, cités dans le Roman de la Rose (v. 5746-5753), ont été pris dans ce commen-

taire (1); voici d'autres emprunts faits au môme ouvrage. Jean dit, en parlant de Thomme :

Il a quanque Ten puct penser,

C'est uns petis mondes novcaus (v. 19984-85).

On lit dans le Commentaire : « Est igitur in corporibus nostris aquae portio et item aeris necnon ignis et terrae. Unde opinor hominem mundum brevem a veteribus appellatum nec immerito. D (Éd. Fabr., p. 351) (2).

Plus loin, Chalcidius, faisant allusion à un passage du Phèdre, dit : c Sequuntur ergo Deum proprium singula et, ut ait Plalo, regem imperatoremque coeli... » (Éd. Fabr., p. 344).

Jean dit de même que Dieu,

C'est 11 rois, c'est li emperei*es (v. 20009).

ARISTOTB.

Relativement à Tépoque et au milieu où il vivait, aux sujets multiples qu'il traitait, Jean de Meun n'apas fait grand usage des écrits d*Aristote: il ne les cite que trois fois, et encore sa première citation (v. 9692-9705) est-elle empruntée à Boèce, comme il le reconnaît d'ailleurs lui-même. C'est la traduction de cette phrase de la Consolation philosophique : < Quod si, ut Âristoteles ait, Lyncei oculis homines uterentur, ut eorum visus obstantia penetraret, nonne introspectis visceribus illud Alcibiadis superficie pulcherrimum corpus turpissimum videietur (3) ?

Les deux autres citations se réfèrent à la Météorologie; l'une est relative aux arcs-en-ciel,

DoDt DUS De set, s'il o*est bon mestre, Por. tenir des regars escole.

Comment li solaus les piole, QaaDtes colors IL ont, ne queles.

Ne porquoi tant, ne porquoi teies.

Ne la cause de lor figure.

Il il convendroit prendre cure D'estre d^dpleB Amtote (r. 18909-^).

(1) Pas;* 10(L

(2) Voir la fin du para^^rapUe relatif à Alain de JUUe.

(3) Boêce^ bv. III, prose 8. L'ouvrage d'Aristote dont cette pttcbbée eet tirée ne nous est pae pan'enu.

1 tO ORIGINES ET SOI'IICES HU ROMAN DE LA ROBE:.

C'ast une allusion au livra I[l de la Mëlèorologie.

L'autre citation est le récit d'un phénomène de réfraction visuelle, raconté au livre III, iv, 3 du méoie traité :

Aristotes tiels tesmoigne,

Qui bien sot de cest? besoigne,

Car toute science avoit chiere :

Una bons, ce dîat, malades iere,

Si li avoit ia maladie

Ba veûe moult afoiblie.

Et li airs icrt oscurs et troblea.

Et dît que par ces raisons doblea.

Vit il en l'air de place en place

Âler par devant soi sa face {v. 19132-41).

Le Roman de la Boso ne parait pas devoir autre chose au philosophe grec.

THËOFHHASTB.

C'est à Théophrastt! que Jean de Menu a pris ses traits les plus satiriques contre le mariage. Il ne s'eu cache pas; au contraire, il laisserait volontiers croire qu'il a lu l'ouvrage dont il donne la titre, et qu'il est utile, ajoute-t-tl, d'étudier à l'école :

Ed son noble livre Auréole,

Qai bien fait a lire en escolo (v. 9316-17).

Malheureusement, ni Jean ni ses contemporains n'ont jamais vu ce livre, qui était perdu déjà depuis hieu des siècles, Il n'en reste qu'une page, traduite en latin, qui nous a étô conservée par saint Jérôme (1), et que Jean de Salishury a reproduite dans le Polycraiicus (2). C'est dans ce dernier ouvrage que Jean de Meun, quoiqu'il ne le dise pas, l'a copiée (v. 9310-57, 9412-37),

PTOL&UÉC.

J'ai vainement cherché dans les œuvres de Ptolémée les trois passages cités sous son nom dans le Homan de la Rose (vers 7781-85, 14576-79. 19502-509), je n'en ai trouvé aucun. Jean de

(t) Advtrsus Jouintenum, I, 17. Saint Jérôme ■.ppelle 1o li pbraste : .,4iiraoîus liber de tiupiiU.

(2) Polycra/icus, VIII, 11.

SeCONDG PAUÏIE, itl

Meun affirme que sa prËmiëre citation est tirëe du commeoceméat de l'Almageste :

Langue doit esirc' l'efrenee,

Car noua lisons de Tholomec

Une parole moult honeate,

Au comencier de s'Almagcste ;

Que gagea est cis qui met patno

A ce que sa langue refraine,

Fors, sans plus, qu&nl de Dieu parole (v. 7780-86).

Les traductions latines de l'Almageste dont on se servait an moyen Âge ont été faites sur un texte araba, elles s'éloignent par conséquent assez de l'original. On peut, à la rigueur, supposer que dans l'une d'elles se trouve la phrase traduite par Jean de Meun ; elle gloserait celle-ci du texte grec : aÛTol -rosaÛTTiv ■n^Qa^xry ouvinrevEfxiïv, B«]v ff/sSôv 6 TipOTe^ov^î in' èxiirniv yfiwi [tf/^oi toù xoifl' ^[iSî Siivan' Sv irepiitoiriirai- ■ . (1). Mais il est plus pi'Obable que Jean de Menn a été trompé par sa mémoire, ou que son manuscrit de l'Almageste avait un prologue dans lequel il a trouve la sentence qu'il rapporte,

Quant aux deux autres citations, il ne m'a pas été possible de retrouver l'ouvrage d'où elles sont tirées. Il est très vraisemblable que notre auteur les attribuait aussi & l'Almageste.

Trois ouvrages de Gicéron : De Seneclule, De Amicitia et De Invenlione rhetorica, ont été mis à contribution par Jean de Meuu.

Le premier de ces traités lui a inspiré une digression sur la jeunesse et la vieillesse. Jean ayant dit que le principe de l'amour est la génération et non pas le plaisir, ajoute que ce dernier sentiment est le prince de tous les vices, la racine de tous

Bi com Tulles le determioe,

Ou livre qu'il flst de Vieillesse,

Qu'il loe et vant plus que Jonesae {v. &15l-i

(15 n Nous en trep rendrons do les présenter avec la brièveté dont cette ma- Lière est susceptible et d'une manière facile h saisir par ceuï qui'déjà y u Édit. et trad. Ualma, Prohème (Composition matliimaliqve de Claude Plolémée (Paris, 1813, 2 vol. in-4'}.

(2] C'est DU chapitre XXXtX (Éd. J, tjommerbrodt) qoe Cicéron éaumère s funeitei des plaisirs des sens.

Partant de celte citation, il établit un parallèle entre les deux âges. A l'exemple de Tauteur latin, il représente les jeunes gens comme les esclaves de leurs passions; il reproche même, très hardiment, à ceux de son siècle, une faute que les Romains ne connaissaient pas : l'abandon à la porte d'un couvent de la liberté qu'ils ont reçue de la nature (v. 5165 et suiv.). Mais tandis que Cicéron peint la vieillesse avec les couleurs les plus gaies, Jean de Meun en fait un sombre tableau :

Travail et Dolor la herbergent.,.(v. 5244).

Les deux philosophes pourtant ne sont pas en contradiction. L'un, quelque peu idéaliste, ne parle que des vieillards qui, pendant leur jeune âge, ont su résister aux passions et, par l'accomplissement de leurs devoirs, éviter les remords tardifs de la conscience et acquérir l'estime de tous (1). Il semble même oublier que l'indigence et les infirmités corporelles ne sont pas toujours des effets de la volonté mal appliquée. L'autre, plus positif, plus vrai, plus humain, considère la majorité des cas, et envisage la vie telle qu*elle est dans la réalité.

Jean connaissait aussi très bien le De AmicUia. Sa dissertation sur Tamitié abonde en réminiscences de ce traité. Il cite d'ailleurs une fois Cicéron, mais il lui doit plus que cette mention ne semble le dire. On le constatera facilement en jetant les yeux sur le tableau suivant, où sont placés en regard du texte latin les vers français qui expriment les mêmes idées. Si Ton compare ensuite le passage tout entier du Roman de la Rose au De Amicitia^ on reconnaîtra que Jean, qui ne suit pas le plan de Cicéron, qui laisse de côté un certain nombre de ses arguments, qui en développe d'autres, n*a pas fait ici œuvre de plagiaire, mais s'est souvenu d'un livre qu'il avait dans la mémoire plutôt que sous les yeux :

Amitié est nommée l'une : Est enim amieitia nihil aliud

C'est bonne volante commune nisi omnium divinarum humana-

De gens entr'eus sans descordance , rumque rerum cura benevolentia Selon la Dieu benivoillance ; et caritate consensio.

£t soit entr'eus communité (Ch. VL)

De tous lors biens en charité, (v. 5406-11.)

(1) Sed in omni ratione mementote eam me scnectutem laudare quae fondamentis adulcscentiae constituta sit. Ex que effîcitur id quod ego magno quondam cum aissensu omnium dixi miseram esse senectutem quae se oratione defendoret (ch. LXIl).

Ne aoit l'iin d'aidier l'autre lent.

... neexspeftemusquidem.dum H

rogemur. Studium aciiiper adsit, 1

eunctatioabsit... (Ch. XIII.) fl

Et loiaus, car riens ne va«droil

... nisi in bonis amiciliam esse H

Li sens ou loiauté faudrait.

non posse... |Ch. V.) ■

.,. net sine virtule amicitia esse H

iiilopacto potest... (Ch. VI.) ^^^H

Que l'un quanqu'il ose penser

Quid dulcius quam babere qui- ^^^^H

Puisse a sou ami recenser

cum omnia.audeas sic loqui ut ^^^^H

Coma soi seul aeûi-etnent.

tecum? ^^^B

Sans soupeçon d'encusement.

(Cb. VI.) V

(V. 5418-ïl.)

Teua mors avoir doivent et seulent

Djspares enim mores disparia ■

Qui parretcmeot amer veulent.

studia sequudtiir, quorum dissi- A

militudo dissociât amicitias. H

I^H Ne puet cstre boms si amiables,

(Cb. XX.) ■

Sunt igitur firmi et stabilea et H

^H S'il n'est si fers et al cslabics

constantes eligendi. ^Ê

^^L Que por Fortune ne ae mueve.

(Cb. xvii.) ^^H

^^B Et (Je SOQ duel la rnoitii^ porte,

Qui esset lantus fruclus in proâ- ^^^H

^^B Et de quanqu'il puct lu conforte,

péris rébus, nisi haberes qui illis ^^^^^Ê

^H Et de U joie a sa partie,

iieque ac lu ipse gaudei-etT Ad- ^^^^^|

^^K 6e l'amor oat a droit partie.

versas vero ferre difficile esset sine ^^^^H

eo qui illas gravius etiam quam tu ^^^H

El secundas res splendidiores ^^^^H

facit iimieilia et adversas partiens ^^^

commuoicansque leviores.

(Ch. VI.)

^^^■^Ttâ loi de ceste amitié,

Haec igilur lex in amicilia san-

^^H DU Tulles, dans un aico ditië,

ciatur ut neque rogemus tes lui--

^^^H Que bien devons faire requeste

pes nec faciamus i-ogati.

^^^K A nos amis, a'clc est boncsic;

(Cb. XII.)

Huoc igitur prima lex amicitiae

^^H 6'elc contient droit et raison.

sanciutur ut ab amicis honesta pe-

l.ainus, ainicorum causa bonesta

faciamus. (Cb. XllI.)

^^H Fora en deus cas qu'il en excepte

Sil inter eos omnium rerum ,

^^^1 M'en les voloit a mort livrer,

consiliorum, voUintotum, sine uUa

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