‹ Origines et sources du Roman de la RoseChapitre 30 sur 53 · VIRGILE · texte numérisé non relu

VIRGILE

Jean de Meun connaissait bien Virgile et Tappréciait justement, en le considérant comme un maître dans la connaissance du cœur féminin :

Virgilcs meîsmes tesinolDgne,

Qui moult congnut de lor besoingne,

Que ja famé n'iert tant estable

Qa'el ne soit diverse et muabie (v. 17262-65).

Plus loin, à propos des vers de la première Géorgique consacrés au récit de Tinvention des arts , il fait cette remarque curieuse, que Virgile s'est inspiré d'un ouvrage grec :

Car es livres gregois trova Comment Jupiter se prova (21049-50).

Le passage est, en effet, uoe imitation d'Hésiode (2).

Dans les vers sybillins de la quatrième églogue, où Virgile chante la naissance d'un enfant qui doit ramener l'âge d'or sur la terre, Jean de Meun, comme tous ses contemporains, comme Dante lui-même, a vu une prédiction de l'avènement prochain du Christ. C'est là une interprétation très ancienne, née chez les premiers auteurs apologétiques, admise par la plupart des pères de l'Église, et sortie bientôt de la littérature ecclésiastique pour faire partie des croyances populaires (3). Au moyen âge, Virgile était rangé par tous, clercs ou laïques, au nombre des prophètes qui ont annoncé la venue du Messie; aujourd'hui, cette croyance n'a pas encore complètement disparu.

(1) De Catilinae conjurationef ch. III. — Cette phrase a été reproduite par Aulu-Gelle (iV. A. , IV, 15) , mais il n'y a aucune raison de supposer que Jean de Meun l'ait prise dans les Nuits attiques plutôt que dans le livre même de Salluste.

(2) 'EpY» y-OLÏ "HjJiepa, v. 42 et suiv.

(3) Cf. D. Comparetti, Virgilio nel medio evo, I, 133, et II, 81 et suiv. (Uvoumo, 1872, 2 vol. in-S*).

Mt^ . ' .*', ,.V

BECONDB PAUTIE. 11*7

Jean de Meun nomme six fois Virgile, traduisant ou paraphrasant de lui les yers suivants :

Bucoliques, III, 93, 93,.. Romau de la Hose, v. 17523-53.

— IV, 7-9 id.; V. 20101-108.

— IX, 69 id., V. 22325-34,

Géorgiques, 1, 125-146... id., v. 21047-112.

Éaèide, IV, 5fi9, 570 ... . id., v. 17262-65.

— VI, 563 id., V. 9757-61.

Il lui a fait d'autres emprunts, sans le nommer :

C'est d'après te quatrième chaut de l'Ëuéide qu'il raconte la perfidie d'Euée à l'égard de Didou et la mort de la malheureuse reine de Carlhago {v. 14I15-51J.

Les vers 14409-15 font allusioii à la mort de Palioure, racontée à la Bn du cinquième chant du même poème.

Deux fois Jean de Meun rappelle la lutte d'Hercule contre Cacus (v. IG509-24, 22630-41), qu'il connaiss.iit évidemment par le huitième chant de l'Éaéide, bien qu'il ne le dise pas. Ovide et Properce ont aussi raconté la mort du fameux brigand du Palatin, mais le rôle que Jean de Meun fait jouer à la Peur dans la défaitcj de Cacus ne peut se rapporter qu'au récit de Virgile, et en particulier à ces vers :

Tum primum aostrj Cacum videre timeniem Turbatuinque oRulis : fugil ilicet otior Euro Speluncamque petit; pedibus timor addidit alas (v. 232-24).

D'ailleurs, certains vers du romau sont littéralement traduits de Virgile :

D'Ërculcs vous peùst membrer.

Quant il volt Cacus desmembri^r.

Trois fois a la porte assailli.

Trois fois burla, trois fois failli,

Trois fois s'assist en la valee

Toul las, pour avoir s'alcnee.

Tant ot soffert paino et travail (v. 22630-36).

ter saxea lenlal

Limina nequidquam, ter fesaus valle resedit (En., Vlll, 231, 2).

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