‹ Origines et sources du Roman de la RoseChapitre 36 sur 53 · CATON · texte numérisé non relu

CATON

Le livre de Galon dont parle Jean de Meun, et dans lequel il est écrit

Que la premeraine vertu

C'est de mètre en sa langue frain (v. 7801-2),

u*e8t autre qu'un recueil de distiques moraux, qui a joui au

fECOSOË PARTIE. 133

moyen âgs, sons le nom de Caton, d'une très grande popularité, et qui, à partir du douzième siècle, a été souvent traduit en français. Les deux vers que je viens de citer sont la Iraductlon de celui-ci :

Virlulem primam csae iiuia compescere liiiguoin (I).

BAfNT AUGUSTIN.

Ce que Fau.v-Semblant dit de l'obligation pour les moines de travailler (v. 12339 et suivants) est lire d'un traité de saint Augustin, Inliiulé : De opère monar.horum ad Âurelium , episcopiim Carthaginejuem. Mais celle cilalion est faite d'après Guillaume de Saint-Amour (2). Le nom do l'illustre évêque d'Hippone ue se retrouve pas ailleurs dans le i-oman, mais peut-être faut-il voir une allusion à uu passago de la Cité de Dieu dans ces quatre vers :

Vojrc Hercules, voire Sauson, Si ropentcil dui, ce ponse on.

Si com en eacrit le recors , Resemblables forces de cors (v. 9933-36).

■ Mortuo aulem Latino, regnavit Aeneas tribus anuis, eisdem il) siipradiclis locis mmentibus regibua, nisi quod Sicyoniorum jani Pelasgus eriit et Hebideoruiu jude\ Samsou ; qui, cum mirabiliter fortis esset, putatus est Hercules (3). >

Jean cite une seule fois Glaudien, sous Ii' nom de Clïiudins, Il rap[)ell3(v. 7091-7IOf))le8 premiers vers des invectives contre Rufin , dans lesquels le poète latin dit que, voyant la vertu persécutée, le crime florissant au milieu de la joie, il a pu douter un instant des dieux , mais qu'il a reconnu bientôt que si les méchants s'élèvent si haut, c'est pour tomber d'une plus lourde chute (4).

(1) Prcmior vors du III' distique.

(2) Voyez, ci-dessous, le paragraphe relat

(3) De Cio.fafB Dai, 1. XVIII, ch. xiï,

(4) In Rufinum, I, 1-23.

134 OntOINBR BT SOURCES hV ROMAN DR LA ROSE.

UTTHOGRAPHES.

Autrefois, dit Jean de Meun, Jupiter mutila Saturne, jeta dans la mer les dépouilles de sa virilité, et de ces débris uaquit la

déesse Vénus,

Car li livres le dit ainsi (v. 6277) (i).

Les livres disent, au contraire , que ce crime a été commis par Saturne sur la personne de Goelus. Un seul a confondu cette fable avec celle de la Titanomacbie, d'après laquelle Jupiter enchaîna son père et le précipita dans le Taitare; c'est le premier des trois Mythographes dont les écrits ont été retrouvés par Angelo Mai, en 1832 :

(( Jupiter palri naturalia resecavil et in mare projecit, et ex eis nata est Venus, dea libidinis » (Myt., T, 102) (2),

L'épisode de la mort de Ci'ésus, tel qu'il esl raconté dans le Roman de Ja Rose (v. 7232-7358), a pour point de départ une allusion de BoccQ (3), mais ses développements, en particulier le rôle de Piianic, flUe du roi de Lydie, ne se trouvent que dans les Mythographes (I, 196, et II, 190).

Le second de ces auteurs est aussi le seul qui fasse naître , comme le Roman de la Rose (v. 17865-75), les trois Furies du mariage d'Achéron et de la Nuit (II, 1-2).

Il est donc certain que Jean de Meun a connu les deux Mythographes, et que le livre du premier est celui dont il fait mention an vers 6277.

Le même livre esl probablement celui qu'il appelle 1" " istoire n, en parlant de la descente de Thésée aux enfers pour y délivrer Pynthoûa{Rom., v. 8898-8904; Myt., I, 48).

Enfin , c'osl encore à ces auteurs (1 , 8 ; II , 97) qu'il a dû emprunter ce qu'il dit de Cérès et de Triptolème (v. 10930-36), bien que la même anecdote soit rapportée, en termes identiques, par Servius, dans ses gloses des Géorgiques (I, H)3).

Peut-être est-ce dans quelque recueil semblable à ceux doiitje viens de parlor que Jean de Meun a trouvé une représentation

(I ) Vers G-:;T1-77 et vers Î0964-68.

(2) Cr. aussi n" 105 : « Jupitor atluUus,cu[n batumus quodnn iiaum corporis oxirnC, jUato cultro amputavit naturalia ojua, qunc projecit, ox quitus Venus nata est, jj

(3) Cf. ci-dcsaus, p. 105, ot plus bas, p. 137, n. 2.

^m (co

d'Atropos ayant trois mamelles, pour abreuver les trois gueules de Cerbère; à moins qu'il n'ait Uû-même imaginé la flgure(v. 20737- 753), en développant celte idée, <ju'il a pu trouver dans le premier Mythographe (fab, 57), et qu'il a lui-même exprimée, que la ciiair des morts sert de pâture au chien de Pluton ;

Cis mastins H pent as mameles, Qu'cl a. tribics, Don pas jjmeles.

Ses trois gi'OÎDS en son sein li muce, Et la groignoie, et tire et suce.

N'onc ne fu ne ja n'iert sevrés.

Si ne qniert il estre abovrès D'autre let, ne ne li demande Estre peiis d'auti-e viande.

Fors seulement de cors et d'ames ; El el li gietc bornes et famea

sa triblo gueule (v. 20749-&9).

Jean de Meun ne cite pas une seule fois Maci'Obe , mais il fait une allusion très explicite au Commentaire sur le songe de Scipion, lorsqu'il pai'le des hommes qui, à la suite d'une trop grande contention de la pensée, croient voir en réalité les objets de leurs méditations,

Si com fisl Scipion jadis,

yui vit enfer, et paradis.

Et ciel, et air, el mer, et terre,

El tout quanque l'en i puol qnerre (v. 19302-305).

On peut considérer lout ce passage du roman {v. 193G2-193G0) comme le développement des lignes suivantes ; « Est enim évÛTcvwv quotiens cura oppressi animi corponsve sive fortunae qualis vigilantem fatigaveral lalem se ingeril dormienti : animi, si amator deliciis suis aut fruentem se videat anl carentem, si metuens quis immineutem sibi vel insidiis vel potestale personam, aut incurrisse hanc ex imagine eogitalionnm suarum aut eil'ugisse videatur; corporis, si tenieto ingurgilatus aut distentus cibo vel abundantia, ppaefocari se aestimet vel gravanlibus exonerari, aut contra si, esuriens cibum aut potum sitiens, desiderare, quaerere vel etiam invenisse videatur; fortunae, cum ae quis aeslimal vel polenlia vel magislratu aul augeri pro desiderio aut exui pro timote i (Comm., I, m, 4).

136 ORIflINBS ET rtODHOES DO ROMAN DE LA ROSE.

C'est surtout dans son exposé du système planétaire (v. 17848-65) que Jean se montre le disciple de Macrobe. Il est vrai que, sans le connaître, il aurait pu, sur bien des points, être d'accord avec lui, ayaut étudié, dans la Liaducliou et le commentaire du Tlmèe de Chalcidius et dans les œuvres d'Alain de Lille, la ihêorie platonicienne, dont ie Commentaire de Macrobe n'est souvent qu'une reproduction; mais lorsqu'il dit que le soleil est placé au centre des sept planètes, comme leur chef, distribuant sa lumière aux étoiles et à la lune, il traduit, sans aucun doute, ce passage : • mediam fere regiouem sol obtinet dux et princeps et moderator luminum reliquorum (Comm., I, xvii, 'i).

Platon place le soleil plus bas, immédiatement au-dessus de la lune.

La théorie de Jean (v. 17750-17769) sur la vérilable année sidérale est aussi empruntée à Macrobe (II, xi, 10), bien que les deux auteui's ne soient pas d'accord sur la durée delà j'évolution céleste. Pour l'un, celte révolution s'accomplit en trente-six mille ans; pour l'autre, elle n'est que de quinze mille ans. Il y a là une simple erreur de chiffres, qui remonte soit au manuscrit du Gommenlaire dont Jean s'est servi , soit seulement aux manuscrits du Romau de la Rose que les éditeurs ont consuUés.

La comparaison de la lune , qui réfléchit la lumière du soleil , avec le verre élamé, qui reflèle les images placées devant lui (v. 17792-17817), est déjà dans Macrobe : « luna speculi instar lumen quo illustralur emittit i (I, zviii, 13).

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