ALAIN DE LILLE
J'ai dit déjà qu'aucun auteur n*a exercé sur la seconde partie du
(1) a Philosophus acutissimus et litteratissimus christianus et ferventissimus in fidc Origcnes, sicut ecclesiastica refert historia, se ipsum castravit, fornicationem effîcacissime fugiens, immo et omnem que fingi posset precavens suspicionem , ut exinde sine nota cum virginibus habitaret » {Polyc. , VIII, VI).
3EC0>DE PAOTTE. 143
' Roman de la Rose une influence aussi grande qu'Alain de Lille (1). Voici les emprunts que Jean lui a faits :
Rom. de la Rose, v. 4896-4992. De Planclu, col. 455 A456 B (3).
— 6657-6910. Ant.,l. VII, ch. 8; I. VIII, ch. 1.
— 7904-7935. De Planclu, col. 451 B-D.
— 1 6827-2 1637. — passîm.
— 19967-19985. Sermon du S.-Esprit, col. 221.
Dans l'éj
gui commence au vers 16827 et va presque jusqu'à la fin du poL-me, Jean commence par nous montrer Nature dans sa forge, travaillant à la reproduction des espèces : c'est une imitation d'Alain ; il compare les œuvres de l'Art à celles de la Nature et dit un mot de l'alchimie : ce passage n'est pas d'Alain , mais il se rattache intimement au précédent. Il essaie ensuite de faire le portrait de Nature et, à l'instar d'Alain, nous la lontre regretlant d'avoir créé l'homme, qui transgresse ses lois, et s'en confessant comme d'une faute à son chapelain. Genius, avant d'entendre sa confession, lui conseille de garder son sangfroid, au lieu de s'emporter, comme le font si souvent les femmes; et, à ce propos, il fait contre le beau sese une satire de quatre 1 cents vers, absolument en dehors du sujet. Nature commence ' enfin sa confession et fait un esposé des connaissances cosraogo- I métaphysiques , astronomiques , etc. , de Jean de Meun, empruntées à Alain, à Boèce, à Macrobe, Aristote, Platon, Ghalcidius, etc., et termine en se plaignant, comme dans le De Piancm, de l'homme, qui, seul de tous les êtres créés, n'observe pas ses I lois. Genius la console , puis revêt les habits pontificaux , et , en S présence de l'armée d'Amour , fulmine , toujours comnie dans le s Planclu, , un anatlièine terrible contre ceux qui ne suivent [wa [ les lois naturellos de l'amour.
Jean de Meun ayant fait beaucoup d'additions à son modèle, empruntées h TRcriture sainte, à Platon, à Aristote, à Cicéron , à Tite-Live, à Virgile, à Ovide, à Horace, à Plolémée, à Boèce, à Valérius, à Aihazen, je vais donner, pour faciliter la comparaison
I entre le roman et le De Planclu^ l'indication des endroits plus directement imités par Jean de Meun :
Rom. de la Rose, v. 16827-16860. — De Planclu, col. 456 D et suiv. - (l)'
3 Jean de Meun dit c
(Ij Voyez page Uj et suiv.
(2) Je cite d'après la Patrologie
3 ellbrls inutiles pour peindre
B lin Migat
Nature (v. 17147-17184) parait inspiré par le portrait si chargé , si recherché, presqu*incompréheDsihle, qu'en a donné Alain (De Planctu, col. 432 et suiv.).
Rom. de la Rose, v. 17189 et suiv. — De PlanctUj col. 449 D.
— 18810 et suiv. — 449 A.
— 19895 et suiv. — 449.
— 20255 et suiv. — 476 et suiv.
— 20409 et suiv. — 481 B-482.
Les vers 19967-19985 sont tirés d'un sermon sur TEsprit-Saint attribué à Alain : a Vel orbis terrarum dicitur homo, qui cum omni creatura aliquam habet similitudinem : esse cum lapidibus, vivere cum arboribus et herbis, sentire cum brutis, rationari cum spirilibus (1).
CompaiDs est a toutes les choses.
11 a son estre avec les pierres.
Et vit avec les herbes drues, Et sent avec les bestes mues, Encor puct il trop plus eu tant Qu'il avec les anges entant.
C'est uns petis mondes noveaus (v. 19967-85) (2).